Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Grand invité du Festival Lumière 2026, Tsui Hark est l’un des architectes du cinéma hongkongais et chinois moderne. Figure de proue de la Nouvelle Vague locale, l’un des maîtres du cinéma d’action est aussi un cinéaste de l’aventure… et du burlesque. Durant la première soirée du festival lyonnais, la (re)découverte de Peking Opera Blues a impressionné par sa maîtrise, son jeu polymorphe et habile des genres et son énergie communicative.

Dans un splendide master 4K distribué par Metropolitan Filmexport sous les labels HK Films et Lumière Classics, Peking Opera Blues trouvera enfin le chemin des salles françaises ce 21 octobre, quarante ans après sa sortie hongkongaise. Créé par l’Institut Lumière pour mettre en valeur le fleuron des nouvelles restaurations, ce dernier label accompagne une sortie inédite qui permet de poser un nouveau regard sur un sommet d’inventivité de Tsui Hark. Et assurément, il rejoint ses plus grands films, d’Il était une fois en Chine à Time and Tide, en passant par The Blade.

Synopsis : 1913. Trois femmes, l’une partisane secrète de la cause révolutionnaire, l’autre l’héritière d’une troupe de l’Opéra de Pékin et la troisième une musicienne errante, se donnent la main pour récupérer un document d’une importance capitale pour la nouvelle République de Chine.

La mécanique du pouvoir

Polymorphe, c’est le cas de le dire. Si Tsui Hark est un habitué de l’hybridation des genres, Peking Opera Blues en offre une démonstration particulièrement réjouissante. Le Pékin chaotique de 1913 a rarement semblé si foisonnant au cinéma. La reconstitution de la capitale chinoise, vivante jusque dans ses moindres recoins, compose une fresque aux couleurs flamboyantes, où les décors offrent des contrastes d’une société profondément inégalitaire.

Dans cette aventure qui emprunte au vaudeville, la corruption est dépeinte avec ironie, tandis que la pauvreté affleure constamment dans le cadre. Les rôles assignés aux hommes, réduits à des rouages interchangeables de la machine militaire, et plus encore aux femmes, confinées à leurs statuts d’épouses ou de courtisanes, se heurtent aux aspirations de nos héros. Les généraux, eux, se livrent à leurs intrigues avec une désinvolture qui confine à l’absurde, jusqu’à parier les soldes de leurs propres soldats.

La variété des angles de caméra, le jeu des focales et l’agencement des espaces prolongent les émotions contradictoires des protagonistes. En réalité, c’est tout le savoir-faire cinématographique (et chorégraphique) de Hong Kong qui transparaît dans Peking Opera Blues. Réalisé en 1986, alors que la rétrocession de la colonie britannique à la Chine était déjà actée, le film fait évidemment écho aux inquiétudes d’un territoire confronté à son avenir politique.

Le blues des drôles de dames

Ce regard contemporain est sublimé par une formidable galerie de personnages, dont la lutte prend corps dans un trio d’héroïnes que tout semble opposer. Tsao Wan (Brigitte Lin), fille d’un général, se grime en homme pour prendre part à la fronde et s’imposer dans un univers militaire qui exclut les femmes. Pat Neil (Sally Yeh), fille d’un directeur d’opéra, rêve quant à elle de monter sur scène, ce que la tradition refuse aux dames. Tsui Hark en joue copieusement tout au long du film, dans des séquences railleuses où les hommes fustigent les femmes, incapables de jouer et d’être aussi séduisantes que ceux qui les incarnent sur scène.

Sheung Hung (Cherie Chung), musicienne d’abord guidée par l’appât du gain, paraît moins préoccupée par ces aspirations politiques et artistiques. Pourtant, les intrigues du pouvoir finissent par bouleverser ses certitudes et l’entraînent, elle aussi, au cœur de la grande Histoire. Le film est aussi singulier dans la manière dont les différents genres se confrontent à la beauté de l’opéra et à son réalisme historique, notamment lorsque Sheung Hung se cache façon vaudeville parmi les portants et se fond dans la préparation codifiée jusqu’à l’arrivée des acteurs. Sans oublier la belle utilisation de l’action pure, avec une scénographie du théâtre exploitée pour l’exfiltration sur différents étages d’un final grandiose.

Par-dessus tout, la quintessence du métrage se situe dans la reconstitution de l’opéra, des performances aux costumes, jusqu’aux superbes coulisses où nos héroïnes se cachent pour mieux se retrouver. Le plus beau moment du film se joue sous la neige, aux abords du théâtre, où Tsao Wan, fidèle à son allure masculine, drape son manteau militaire sur les épaules de Pat Neil, encore maquillée pour la scène. Tout Peking Opera Blues tient dans ce geste tendre et libre.

Peking Opera Blues – Bande-annonce

Peking Opera Blues – Fiche Technique

Titre original : Do ma daan
Réalisation : Tsui Hark
Scénario : Raymond To
Interprètes : Brigitte Lin (Tsao Wan), Sally Yeh (Pat Neil), Cherie Chung (Sheung Hung), Mark Cheng (Ling Pak-hoi), Cheung Kwok-keung (Tung Man), Kenneth Tsang (le général Tsao), Ku Feng (le commandant Liu), Paul Chun (Fa Gum-sao)
Photographie : Poon Hang-sang
Montage : David Wu
Musique : James Wong
Décors : Ho Kim-sing, Leung Chi-hing, Vincent Wai
Costumes : Ng Po-ling
Producteurs : Claudie Jan Chung, Tsui Hark
Sociétés de production : Cinema City, Film Workshop, Media Asia Films
Pays de production : Hong Kong – 1986
Société de distribution France : Metropolitan Filmexport
Durée : 1h45
Genre : Action, Comédie, Romance
Date de sortie : 21 octobre 2026

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4

Festival

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