Rite initiatique à travers le Voyage en Italie de Roberto Rossellini

Voyage en Italie relate l’histoire de Katherine Joyce et son mari, qui se rendent à Naples pour vendre la maison d’un défunt de la famille. Le séjour se révélera être bien plus qu’une affaire d’héritage…

Entre questionnements existentiels et contemplations déconnectées, Voyage en Italie permet une nouvelle fois à Rossellini d’allier la psychologie des personnages aux paysages qui les entourent.

Film documenté

Voyage en Italie est un film que l’on visite. À travers les tournées culturelles de Katherine, le spectateur observe les ruines et les trésors passés de Naples. Grâce aux nombreux panoramiques, le champ visuel est large et propice à la contemplation. Au même titre que notre protagoniste, le spectateur visite Naples ; et, comme elle, il contemple avec oubli ses vestiges.

Ensuite, même si Voyage en Italie paraît moins amateur qu’un Rome, ville ouverte par exemple, le côté brut reste présent. Ainsi, les plans larges et les longs panoramiques sur les paysages attestent d’une volonté authentique de présenter le paysage dans sa forme la plus simple. Il en va de même pour les Napolitains, que l’on voit souvent marcher dans les rues. Nous pouvons apercevoir de nombreux regards caméra, comme s’ils découvraient que Rossellini tourne un long-métrage dans leur ville.

Un regard détaché sur Naples

Le regard est d’ailleurs important, et ce dès le début du film. Très souvent en voiture, le couple se déplace sans pour autant regarder attentivement la ville. Une mission les amène à Naples et elle seule semble digne d’intérêt. Pourtant, les personnages sont liés avec la ville même avant leur arrivée, comme le montrent les nombreux plans subjectifs sur la route. La caméra relie directement son objectif au regard de Katherine. Cet effet assimile le spectateur au personnage, mais permet également de la connecter à Naples malgré elle.

Par ailleurs, nous retrouvons dans ce film la fonction, si chère à Rossellini, des décors. Ces derniers ont en effet une grande influence sur les personnages (comme dans Allemagne Année Zéro notamment), qui se définissent d’abord par le regard. En effet, entre Pompéi et les musées, Katherine observe avec détachement, sans se concentrer réellement sur ce qu’elle regarde. Au lieu de s’imprégner des lieux et des œuvres, elle les considère avec crainte. Elle, issue d’un milieu bourgeois, se heurte avec le passé et la pauvreté à laquelle elle assiste dans les rues. Que ce soit dans les lieux publics ou les lieux culturels, elle semble soumise à une force inconnue qui la dépasse.

Naples, terre de pèlerinage

Pourtant, même si Katherine craint ces endroits, elle y retourne toujours, comme si une étrange fascination l’y attirait. Finalement, les extérieurs en ruine lui rappellent inlassablement la dégradation de son couple (ce que son mari ne manque pas de lui faire remarquer). Le vide qui l’entoure représente le vide amoureux qui l’assomme. D’une certaine manière, Naples personnifie son existence. Même Alex, qui tente de la tromper, se résout finalement à ne pas commettre l’adultère. Naples est donc à la fois la cause, mais également la solution d’une possible réconciliation.

De plus, les croyances planent sur la ville et croire semble être le synonyme de l’espoir. Que ce soit par son amie italienne qui prie en l’honneur de son frère mort à la guerre, ou par les madones omniprésentes, la croyance est partout. Dans la séquence où des milliers de Napolitains sont réunis dans la rue devant la Vierge Marie, Alex réplique : « Comment peuvent-ils y croire ? On dirait des enfants. » Katherine lui répond : « Les enfants sont heureux. » Ce dialogue résume parfaitement le film. Malgré les douleurs du passé, malgré les vestiges, malgré les ruines, il faut continuer de croire pour rester vivant et s’aimer.

Bande-annonce : Voyage en Italie

Fiche technique : Voyage en Italie

Titre original : Viaggio in Italia
Réalisation : Roberto Rossellini
Scénario : Vitaliano Brancati, Roberto Rossellini
Décors : Piero Filippone
Costumes : Fernanda Gattinoni
Photographie : Enzo Serafin
Cadreur : Aldo Scavarda
Son : Eraldo Giordani
Montage : Jolanda Benvenuti
Musique : Renzo Rossellini
Production : Adolfo Fossataro, Alfredo Guarini, Roberto Rossellini
Directeur de production : Marcello D’Amico
Sociétés de production : Italia Film (Italie), Junior Film (Italie), Sveva Film (Italie), Les Films Ariane (France), Francinex (France), SGC (Société générale de cinématographie, France)
Sociétés de distribution : Titanus Distribuzione (Italie), Gamma Film (France), Les Films sans frontières (France), Fine Arts Films (États-Unis)
Dates de sortie : Italie, 7 septembre 1954 ; France, 15 avril 1955

Rite initiatique à travers le Voyage en Italie de Roberto Rossellini
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Festival

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