Arras Film Festival 2016 : La Vallée de la Paix, de France Stiglic

Découverte à l’Arras Film Festival de La Vallée de la Paix, film de 1956 restauré et projeté dans le cadre de la sélection Visions de l’Est. Un puissant film slovène traitant de la Seconde Guerre Mondiale à travers le périple de deux enfants en fuite.

Synopsis : Pendant la Seconde Guerre Mondiale, deux enfants orphelins, Marko et Lotti, partent à la recherche d’une vallée mythique où la guerre n’existe pas. En route, ils rencontrent un aviateur noir américain dont l’avion a été abattu. Ils feront un bout de chemin ensemble.

Notre Review La Vallée de la Paix

Au festival arrageois du film, nous avons découvert le long métrage La Vallée de la Paix (Dolina Miru), qui nous fait suivre l’aventure de deux enfants dans un pays ravagé et divisé par la guerre. Divisé en effet, entre les nazis et leurs partisans (dont beaucoup sont de jeunes enfants orphelins emmenés et formatés par l’Allemagne d’Hitler), le pays est touché par la guerre, précisément par les forces de l’Axe et par les bombardements alliés. Justement, lors d’un énième lâché de bombes par des avions américains, Marko perd ses parents, et Lotti son dernier lien familial, sa grand-mère. Ils sont alors emmenés à l’orphelinat, et ils sont d’ores et déjà considérés par les nazis comme de nouveaux partisans. Mais les deux bambins veulent fuir la guerre, les armes, la violence, et partagent un rêve commun, atteindre un lieu presque mythique, une vallée où vivrait l’oncle de Marko et dont aurait parlé la grand-mère de Lotti, un lieu où la paix régnerait : la vallée de la paix.

Ce périple de l’enfance rappelle celui de La Nuit du Chasseur, le brillant film de Charles Laughton dans lequel un garçon et sa petite soeur fuient leur foyer envahi et meurtri (littéralement) par un faux prêcheur avide d’argent. Ce-dernier, pensant que les deux enfants ont emmené le pactole, et ces jeunots étant des témoins de ses crimes, se lance à leur poursuite. Le film rappelle ainsi un cinéma américain puissant, ainsi que le classicisme mélodramatique hollywoodien par son générique et sa bande-son très sentimentaliste. On pense aussi à la modernité italienne, avec ces images – parfois documentaires – sur les paysages urbains slovènes redessinés par les forces destructrices de la guerre, avec la vie qui continue de s’y animer – via les figures des enfants. Nous avons d’ailleurs de très long plans, parfois mouvementés en traveling (accompagnés de panoramique), captant la vie dans son flux continu. Et nous serons surpris par quelques plans tournés à l’épaule (qui surprendraient moins aujourd’hui tant cela a été récupéré par les cinémas de genre (de l’action à l’épouvante-horreur, inspirant d’ailleurs la pratique du « Found Footage »). Le cinéaste connaît visiblement les cinémas du monde, et s’en inspire pour livrer un essai visuel sur ces espaces et territoires slovènes ravagés par la guerre, et oubliés par la Grande Histoire.

Ainsi, à travers la fuite des deux enfants de la ville à la montagne et campagne, le réalisateur nous livre une cartographie des combats qui touchent la Slovénie. A l’extérieur de la ville, il n’y a plus que les nazis et les Résistants, des traces de combat (un char, des cadavres), et des lieux – qui foisonnaient de vie alors – désertés. Pendant leur parcours, les deux enfants rencontrent un pilote afro-américain. La plus petite sera surprise puis amusée par la différence de couleur de peau. Les deux enfants s’attacheront à ce nouveau parent par accident. Les trois trouveront ensuite un cheval blanc, qui ne cessera de les suivre. Le conte est là, mais le pilote est conscient dès le début du statut utopique de la quête des enfants, mais peut-être s’en sortira-t-il avec eux ? Alors que le groupe progresse, le doute quant à la finalité du voyage s’installe. Derrière eux, les résistants qui les cherchent, les nazis qui les pourchassent. Comme dans Le Labyrinthe de Pan, l’enfance et bien plus que ça, le bien, le courage, l’amusement, la rencontre, l’humanité… se retrouvent au centre d’une guerre que les protagonistes cherchent à fuir par dessus tout, pour (re)trouver la paix.

La Vallée de la Paix est un film incontournable, un conte amusant et sombre, un road-movie émouvant avec son lot d’action, une œuvre à la réalisation très intéressante pour un traitement formidable et original de la Seconde Guerre Mondiale, et une véritable aventure humaine. Enfin on félicitera la qualité de la restauration, tant la copie présentée est belle.

Titre original : Dolina miru

Un film de France Stiglic

Interprètes : John Kitzmiller, Evelyne Wohlfeiler, Tugo Stiglic

Genre : Drame, Guerre

Nominations et prix : « meilleur acteur » remporté pour John Kitzmiller et nomination à la palme d’or pour France Stiglic au Festival de Cannes de 1957

Date de sortie : 1956

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.

En nous : une ode immersive et viscérale dans le travail de création

Premier documentaire de Juliette Binoche, "En nous" est un coup de maître. Né du spectacle de danse créé en 2007 avec Akram Khan, ce film nous immerge dans l'intimité d'un processus artistique tout en ressuscitant la magie de cette œuvre scénique.

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.