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Comment optimiser votre chaîne d’approvisionnement pour une efficacité maximale

L’optimisation de la chaîne d’approvisionnement consiste à rationaliser de manière systématique le flux des matériaux et des informations au sein d’une organisation, de bout en bout. Cela nécessite d’analyser et d’améliorer chaque composant opérationnel afin de maximiser l’efficacité et la valeur.

Comme le souligne Philip Heilmann, expert en logistique : « La clé d’une chaîne d’approvisionnement performante réside dans la capacité à anticiper les besoins et à ajuster constamment ses opérations, plutôt que de simplement réagir aux perturbations. »

Lorsque vous optimisez votre chaîne d’approvisionnement, vous obtenez plusieurs avantages clés. La réduction des coûts découle de l’élimination des inefficacités des processus, de la rationalisation des réseaux de transport et du maintien de niveaux de stocks optimaux. La rentabilité augmente grâce à l’amélioration des opérations et à l’évitement des frais d’expédition urgents. La satisfaction client s’améliore également avec des délais de livraison plus courts et une meilleure précision des commandes.

De plus, vous gagnez en visibilité et en contrôle sur les mouvements de stocks et la logistique. Votre organisation améliore sa gestion des risques et sa résilience face aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement. Les entreprises dotées de chaînes d’approvisionnement optimisées s’adaptent rapidement aux fluctuations de la demande. Elles assurent un suivi précis des stocks sur plusieurs sites. La prise de décision s’appuie davantage sur l’analyse des données que sur de simples hypothèses.

« Les produits peuvent être facilement copiés », a déclaré Yossi Sheffi du MIT Center for Transportation and Logistics, « mais une chaîne d’approvisionnement peut offrir un véritable avantage concurrentiel. » Tandis que vos concurrents luttent contre les défis logistiques, votre entreprise assure une livraison constante, fiable et efficace.

Évaluation de votre chaîne d’approvisionnement

Avant de mettre en œuvre des stratégies d’optimisation, vous devez bien comprendre votre chaîne d’approvisionnement actuelle. Cette phase d’évaluation incarne la sagesse apparemment simple du « connais-toi toi-même ». Une idée facile à formuler, mais difficile à appliquer.

Commencez par cartographier toute votre chaîne d’approvisionnement. Documentez chaque étape, de l’approvisionnement à la livraison finale. Identifiez les acteurs clés : fournisseurs, fabricants, distributeurs, prestataires logistiques et détaillants. Examinez la circulation de l’information entre les entités et les points de friction éventuels.

Analysez ensuite vos processus opérationnels. Comment anticipez-vous la demande ? Quels systèmes de gestion des stocks utilisez-vous ? Comment planifiez-vous la production ou les commandes, et comment coordonnez-vous le transport ? Ces questions permettent de révéler les inefficacités cachées.

Repérez les opportunités d’amélioration dans des domaines critiques. Les inefficacités en matière de transport se traduisent souvent par des camions à moitié pleins, des itinéraires mal conçus ou des modes d’expédition inadaptés aux produits. Les problèmes de stock se manifestent par des excédents coûteux ou des ruptures fréquentes. Les processus manuels comme les documents papier ou les tableurs signalent un potentiel d’automatisation. Un manque de visibilité indique que vous ne pouvez pas suivre vos niveaux de stock ou l’état des expéditions en temps réel.

Recueillez les données de performance pour chaque domaine et obtenez les meilleurs benchmarks sectoriels disponibles. Comparez vos résultats à ces références pour hiérarchiser les problèmes à traiter en priorité selon leur impact potentiel.

Stratégies d’optimisation de la chaîne d’approvisionnement

L’étape suivante consiste à appliquer des stratégies ciblées dans chaque domaine de vos opérations. Ces stratégies doivent corriger des inefficacités précises tout en soutenant vos objectifs commerciaux globaux.

Planification de la demande et prévisions

Une planification efficace de la demande est la base de l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement. Les prévisions collaboratives permettent de recueillir les contributions des ventes, du marketing et des partenaires externes. Les données de ventes historiques et les tendances du marché sont essentielles pour identifier les schémas saisonniers. Développez plusieurs scénarios de prévision pour anticiper différentes conditions de marché.

Gestion et optimisation des stocks

L’analyse ABC est une méthode qui classe les produits en fonction de leur valeur. Les articles de catégorie A sont les plus précieux et nécessitent une gestion rapprochée. Ils devraient représenter la plus grande part de la valeur de vos stocks. Vous pouvez même prévoir une sécurité accrue pour ces produits. C’est aussi sur cette catégorie que doivent porter vos efforts de prévision.

Fixez des seuils de réapprovisionnement et des niveaux de stock de sécurité basés sur les délais d’approvisionnement et la volatilité de la demande. Envisagez des programmes de gestion de stock par le fournisseur (VMI) avec des partenaires de confiance. Écoulez régulièrement les stocks obsolètes ou à rotation lente pour libérer du capital.

Transport et logistique

Regroupez les expéditions pour maximiser le taux de remplissage des véhicules et réduire les coûts de transport. Évaluez les changements de mode : passer de l’aérien au maritime pour les produits moins urgents peut être judicieux. Étudiez vos itinéraires pour réduire les kilomètres parcourus et la consommation de carburant. Négociez des contrats avec les transporteurs en vous engageant sur des volumes pour de meilleurs tarifs. Envisagez le transbordement pour limiter la manutention et le stockage.

Gestion et optimisation des entrepôts

Repensez les plans d’entrepôt pour réduire les distances de déplacement, surtout pour les articles fréquents ou de grande valeur. Utilisez des stratégies de « slotting » pour placer les articles populaires dans des emplacements facilement accessibles. Standardisez les processus de réception et de préparation des commandes. Regroupez les commandes similaires pour améliorer l’efficacité de la préparation. Suivez quotidiennement les indicateurs de performance de l’entrepôt.

L’analyse des données au service de l’optimisation

Les données sont au cœur de l’optimisation de la chaîne d’approvisionnement. Créez des tableaux de bord affichant les indicateurs clés pour chaque domaine. Utilisez l’analyse des tendances pour repérer les problèmes récurrents et les nouvelles opportunités. Tenez des revues régulières de performance avec vos équipes pour discuter des indicateurs et plans d’amélioration. Réalisez des simulations pour tester les changements avant de les mettre en œuvre.

Les entreprises peuvent significativement améliorer leurs performances logistiques tout en maîtrisant les coûts et en augmentant la satisfaction client. « Nous regardons simplement la ligne du temps, du moment où le client passe commande jusqu’à celui où nous encaissons l’argent », disait Taiichi Ohno de Toyota. « Et nous réduisons cette ligne du temps en éliminant les gaspillages sans valeur ajoutée. »

Exploiter la technologie

ERP – Systèmes de planification des ressources d’entreprise

Les ERP sont la colonne vertébrale des opérations de la chaîne d’approvisionnement moderne. Ces plateformes intégrées gèrent les processus clés comme l’approvisionnement, la production et la distribution. Les solutions ERP avancées offrent une visibilité en temps réel et centralisent les données. Elles facilitent aussi la coordination entre les achats, la fabrication et l’exécution des commandes.

TMS – Systèmes de gestion du transport

Les TMS optimisent les mouvements de fret et les relations avec les transporteurs. Un bon TMS automatise le choix du transporteur selon les tarifs, niveaux de service et capacités. Il maximise l’utilisation des moyens de transport et minimise les coûts. Les TMS permettent aussi le suivi des expéditions et l’audit des factures de transport. Ils produisent des rapports détaillés pour analyser les performances logistiques.

WMS – Systèmes de gestion des entrepôts

Les WMS transforment les opérations d’entreposage. Un bon système optimise les emplacements de stockage selon les caractéristiques des articles. Il crée des itinéraires de prélèvement efficaces et propose des fonctions avancées comme le « wave picking » ou le « batch picking ». Les WMS offrent aussi des outils de gestion de la main-d’œuvre pour équilibrer les charges de travail.

BI – Intelligence d’affaires

Les plateformes de BI transforment les données brutes en informations exploitables. Elles créent des tableaux de bord visuels pour détecter les tendances de performance et les anomalies. Les outils de BI alimentent des modèles prédictifs pour anticiper les perturbations. Ils permettent de simuler l’impact de certains changements. Les analyses avancées révèlent des opportunités d’optimisation parfois invisibles autrement.

Amélioration continue et surveillance

L’efficacité de la chaîne d’approvisionnement exige une surveillance continue. Établissez des revues régulières. Collaborez avec les équipes des différents services pour identifier de nouvelles pistes d’optimisation.

Suivez les indicateurs de performance clés, comme :

  • Le taux de livraisons à temps
  • La rotation des stocks
  • Le coût de transport par unité
  • La satisfaction client

Comparez vos métriques aux normes sectorielles et à vos performances passées. Analysez les tendances, pas seulement les données ponctuelles. Utilisez l’analyse des causes profondes en cas de baisse de performance. L’optimisation ne consiste pas seulement à prendre une avance ponctuelle, mais à garder cette avance durablement.

Construire un avantage concurrentiel durable

Optimiser votre chaîne d’approvisionnement construit un avantage concurrentiel pérenne. Les entreprises qui s’améliorent en continu surpassent leurs concurrents, même en période de crise. Lorsque vous livrez plus vite, à moindre coût et avec une meilleure réactivité, vos concurrents ont du mal à suivre.

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« Le Cinéma de Dino Risi » : foisonnant et multidimensionnel

Dans Le Cinéma de Dino Risi, Charles Beaud analyse l’œuvre d’un réalisateur italien parmi les plus importants de l’histoire. Dino Risi, qui a traversé un demi-siècle sur grand écran, est souvent résumé à son art consommé de la comédie, mais ce petit essai dévoile la complexité et les nuances d’une filmographie où drame et satire s’entrelacent subtilement.

Derrière l’apparente légèreté des films populaires, Dino Risi n’a jamais manqué de porter une réflexion subtile, et parfois sombre, sur l’identité et les mutations sociétales de l’Italie d’après-guerre. Charles Beaud rappelle opportunément la formation initiale du cinéaste en psychiatrie, qui peut expliquer l’acuité de son regard et son intérêt marqué pour les fragilités humaines.

« Si Risi va progressivement se détacher de l’influence du néoréalisme, le cinéaste va, tout au long de sa carrière, développer cette capacité à observer les réalités et à les représenter. » En effet, le parcours ici proposé suit une chronologie qui éclaire l’évolution stylistique du réalisateur : de ses débuts néoréalistes, avec des documentaires, jusqu’à la maturité flamboyante des années 60 et 70. Cette période représente l’apogée artistique de Risi, caractérisée par une comédie acerbe aux accents dramatiques. À travers des œuvres emblématiques comme Une vie difficile, Le Fanfaron ouLes Monstres, Charles Beaud met en évidence l’importance des années 60, période charnière où Dino Risi affirme pleinement son style, conjuguant divertissement populaire et critique sociale incisive.

Le livre analyse plus précisément une sélection pertinente de quinze films, offrant un éclairage approfondi sur les motifs récurrents dans une filmographie féconde. L’association récurrente de personnages opposés est exemplairement incarnée dans Le Fanfaron, décrit comme l’œuvre quintessentielle de Dino Risi, où l’opposition entre Bruno et Roberto dessine un portrait saisissant des transformations économiques et sociales italiennes. Une vie difficile adopte quant à lui le schéma narratif des histoires parallèles : Dino Risi plaque un miroir entre la trajectoire intime des personnages et celle, historique, de l’Italie. L’auteur propose par ailleurs une comparaison avec Nous nous sommes tant aimés d’Ettore Scola.

Charles Beaud met volontiers en avant les particularités stylistiques de Dino Risi, qui réussit l’équilibre délicat d’un cinéma populaire et réfléchi. On découvre ainsi sa capacité à traiter des sujets graves à travers un humour grinçant et incisif, caractéristique particulièrement visible dans les films à sketches comme Les Monstres, véritable satire sociale aussi féroce qu’hilarante. On en apprend par ailleurs plus sur son rapport aux protagonistes : « Dino Risi considère le personnage comme un point de départ. Il est donc particulièrement attentif à sa construction et à la mise en valeur de son humanité, condition sans laquelle le spectateur ne peut s’identifier. »

Le livre évoque également avec justesse la sensibilité particulière du réalisateur pour ses personnages féminins, dont l’émancipation progressive témoigne de l’évolution des mœurs en Italie entre les années 1950 et 1980. De même, les personnages masculins, souvent ambivalents et peu fiables, comme par exemple dans Le Signe de Vénus, deviennent sous sa caméra un miroir tendu à la société italienne et à ses contradictions.

Charles Beaud souligne combien les films de Dino Risi demeurent profondément ancrés dans leur temps. L’analyse de ses œuvres majeures permet ainsi de redécouvrir le cinéaste non seulement comme un maître incontesté de la comédie italienne, mais aussi comme un observateur attentif et implacable des évolutions culturelles, sociales et politiques de son pays. « Il ne faut pas considérer les films de Dino Risi comme des retours en arrière mais plutôt comme des films en prise directe avec leur contexte historique de production. » C’est pour cela qu’il s’intéresse tellement au fascisme, à la solitude, à l’exclusion – mais aussi au rapport entre les générations ou au renversement comique des rôles…

Le Cinéma de Dino Risi s’adresse autant aux cinéphiles avertis qu’à tous ceux désireux de comprendre comment une œuvre populaire peut aussi être le reflet subtil et perspicace d’une époque. Flanqué de son acteur fétiche Vittorio Gassman, Risi a traversé les décennies, changé de registre, mais conservé cette même acuité de regard, qui, à la faveur d’un cinéma nerveux et dynamique, a portraituré des personnages attachants et/ou monstrueux, symptomatiques de l’Italie qui les accueillait.

Le Cinéma de Dino Risi, Charles Beaud
LettMotif, mars 2025, 200 pages

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4

« Le Polar » : évolution d’un genre

Avec l’ouvrage graphique intitulé Le Polar, publié par les Humanoïdes Associés, Claire Caland et Sandrine Kerion signent un volume ambitieux, foisonnant et très documenté, qui explore l’évolution et les multiples facettes du genre policier, depuis ses origines antiques jusqu’à ses plus récents avatars contemporains.

D’emblée, les auteures rappellent l’intuition éclairante d’André Malraux pour qui le polar prend racine dans la tragédie de Sophocle, Œdipe roi. On y retrouve déjà la mécanique classique : crime, enquête, fausses pistes et révélations successives, véritables fondations d’un genre promis à un riche avenir. Ce voyage à travers les âges se poursuit avec la figure fascinante d’Eugène-François Vidocq, ancien chef de la sûreté devenu détective privé, dont l’existence inspira à Balzac des personnages marquants et posa les prémices du polar moderne.

La bande dessinée met ensuite en lumière l’importance d’Edgar Allan Poe, inventeur au XIXe siècle du « detective novel », fondé sur la logique implacable de la « ratiocination », notamment à travers son emblématique récit Double assassinat dans la rue Morgue. L’inachevé Mystère d’Edwin Drood de Charles Dickens vient enrichir ce panorama des précurseurs en offrant au genre ses lettres de noblesse littéraire.

Inévitablement, un chapitre entier est consacré à l’emblématique Sherlock Holmes. Sandrine Kerion et Claire Caland l’effeuillent et passent en revue les interprétations cinématographiques successives du personnage, incarné tour à tour par Buster Keaton, Peter Cushing, Robert Downey Jr. ou encore Benedict Cumberbatch, ce qui tend à souligner l’influence durable du détective de Conan Doyle sur l’imaginaire collectif.

En France, répondant au succès de Holmes, Maurice Leblanc crée Arsène Lupin, héros à l’identité mouvante, génie du déguisement grâce à sa maîtrise de la dermatologie. À ses côtés, les auteures célèbrent également les « ladies detectives », figures féminines du genre policier représentées notamment par Agatha Christie, Kerry Greenwood ou encore la baronne Orczy. L’œuvre d’Agatha Christie, enrichie par son expertise en pharmacologie acquise durant la Première Guerre mondiale, donne naissance à l’âge d’or du « whodunit », sous-genre où l’intrigue est reine.

Côté américain, la bande dessinée revient sur l’émergence du « hard-boiled » dans les années 1920 avec des auteurs emblématiques comme Dashiell Hammett, dont l’adaptation au cinéma par John Huston dans Le Faucon maltais marque un tournant décisif. Raymond Chandler perpétue ce style avec des chefs-d’œuvre tels que Le Grand sommeil et le scénario magistral d’Assurance sur la mort réalisé par Billy Wilder.

En France, Marcel Duhamel donne naissance à l’emblématique « Série noire » de Gallimard, qui mêle action, suspense et intrigue serrée. Sous sa direction éclairée, des auteurs comme Chester Himes et David Goodis trouvent une audience enthousiaste. Le cinéma français vient appuyer cette révolution littéraire, notamment grâce à François Truffaut et son adaptation culte de Tirez sur le pianiste.

Albert Simonin et Michel Audiard, figures incontournables du polar français, collaborent quant à eux sur treize films. Les dialogues incisifs et poétiques d’Audiard, nourris par l’argot des faubourgs, marquent durablement l’imaginaire cinématographique français dans des films comme Les Tontons flingueurs ou Mélodie en sous-sol.

L’ouvrage ne néglige pas non plus la figure iconique du commissaire Maigret, incarnée au cinéma et à la télévision par Jean Gabin, Gérard Depardieu ou encore Bruno Cremer, et dont l’impact culturel est discuté. Dans un registre différent, le thriller, dont les racines remontent jusqu’à l’Odyssée d’Homère, est abordé sous toutes ses dimensions, notamment grâce à Alfred Hitchcock, maître incontesté du suspense. L’évolution vers le « néopolar noir », symbolisée par des collections comme Rivages Noirs ou Le Poulpe, prouve que le genre policier reste en perpétuelle réinvention.

Enfin, un éclairage approfondi est consacré aux dérivés modernes du thriller psychologique avec les figures inquiétantes de Tom Ripley ou Hannibal Lecter. Le phénomène mondial initié par James Ellroy avec Le Dahlia noir et prolongé par Stephen King, Naoki Urasawa et le polar scandinave, notamment la saga Millenium de Stieg Larsson, clôt magistralement cette fresque passionnante.

Ce travail remarquable de Claire Caland et Sandrine Kerion, très documenté, réussit ainsi à conjuguer érudition et plaisir de lecture. Il offre une synthèse captivante du genre policier à travers les âges et les continents.

Le Polar, Claire Caland et Sandrine Kerion
Humanoïdes Associés, mars 2025, 216 pages

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4.5

« Contagion » : la mécanique complexe des pandémies

Avec Contagion (Marabulles), Pierre Bessière et Céline Penot abordent un sujet complexe, qu’ils vulgarisent en clercs : la dynamique des virus et des épidémies. En prenant comme point de départ l’épidémie Nipah de 1998 en Malaisie, une maladie transmise à l’homme par les chauves-souris via les porcs, ils offrent une analyse des zoonoses, ces maladies transmises naturellement des animaux à l’humain.

Pierre Bessière et Céline Penot soulignent particulièrement comment l’activité humaine, telle que la déforestation ou l’agriculture intensive, conduit à une exposition accrue des populations humaines à des pathogènes autrefois isolés, par exemple dans les forêts tropicales. La force pédagogique de Contagion réside précisément dans la clarification minutieuse de certains concepts fondamentaux de l’épidémiologie.

La différence entre virus et bactéries y est ainsi expliquée avec une grande clarté : tandis que les bactéries sont des organismes vivants unicellulaires pouvant se multiplier par elles-mêmes, les virus sont des agents infectieux nécessitant obligatoirement une cellule hôte pour se répliquer. Le concept du R0, taux de reproduction de base indiquant le nombre moyen d’individus contaminés par un seul malade, est explicité avec des exemples concrets et illustrés, permettant au lecteur de comprendre pourquoi certaines maladies se propagent plus rapidement que d’autres.

Le récit aborde, tant dans sa partie narrative que non-narrative, les différents modes de transmission des maladies infectieuses – par contact direct, par gouttelettes ou aérosols ou encore par des vecteurs intermédiaires comme les insectes ou les animaux domestiques. Ils montrent comment une infection virale peut se répandre de seuil en seuil et pourquoi les barrières – physiques, immunitaires, vaccinales – s’avèrent primordiales pour en stopper (ou limiter) les effets.

Pierre Bessière et Céline Penot reviennent brièvement sur la grippe espagnole de 1918, une pandémie qui a causé plus de 50 millions de morts, sur la variole, ou sur la crise sanitaire plus récente du Covid-19. Autre point fort de l’album : le chapitre consacré aux vaccins. Tout en expliquant comme la vaccination booste le système immunitaire en éveillant nos mécanismes protecteurs naturels, ils présentent les controverses y étant associées, par exemple le cas Andrew Wakefield, à l’origine d’une méfiance injustifiée envers certains vaccins.

Enfin, l’ouvrage se penche avec pédagogie sur l’immunologie. Le lecteur découvre comment notre organisme se défend contre les virus grâce à son système immunitaire : les globules blancs repèrent et neutralisent les agents infectieux, les anticorps les ciblent spécifiquement et la mémoire immunitaire permet au corps de réagir rapidement en cas de nouvelle exposition à un pathogène déjà rencontré.

Contagion remporte brillamment son pari : transformer une thématique complexe en une réflexion ludique et passionnante, apportant à chacun des clefs essentielles pour comprendre les liens délicats entre l’Homme, la santé mondiale et la préservation de notre environnement. Un sujet déjà abordé dans l’excellent La Fabrique des pandémies, de Marie-Monique Robin.

Contagion, Pierre Bessière et Céline Penot
Marabulles, mars 2025, 128 pages

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4

« TMNT Reborn » : quand l’action cède à la réflexion

Avec le quatrième tome de la série TMNT Reborn, Sophie Campbell poursuit une exploration introspective assez éloignée de l’action brute et des affrontements spectaculaires. Intitulé de façon évocatrice Qui sème le vent…, ce volume, paru chez HiComics, interroge les alliances et la complexité morale des personnages.

La scénariste Sophie Campbell opte pour une narration lente, qui fait renaître de ses cendres Oroku Saki, plus connu sous le nom de Shredder. Jadis ennemi juré des Tortues, ce dernier se présente désormais sous un jour ambigu, cherchant à racheter ses erreurs passées en intervenant discrètement, de manière presque paternaliste, dans la vie de ses anciens adversaires. Cette rédemption en filigrane vient subtilement perturber l’équilibre précaire du quartier mutant de New York, plongé dans une crise politique et sociale.

Là-bas affleurent des enjeux de pouvoir et certains risques liés aux tensions en cours. Le régime instauré par Old Hob et ses Mutanimaux est jugé oppressant et contre-productif. Il va bientôt faire face à une rébellion légitime mais périlleuse, menée notamment par Sally Pride. La contestation vire rapidement au chaos ; la communication est rompue et le manque de transparence tend à opposer des créatures que tout devrait rapprocher. C’est dans ces dilemmes moraux que le récit puise toute sa force, offrant au lecteur une réflexion sur la nature ambiguë du pouvoir.

Ce volume brille particulièrement dans son exploration psychologique de personnages familiers comme Raphaël et Leonardo. L’ancien leader, par exemple, est montré en quête d’une identité personnelle ; il se sent seul, délaissé, sans dessein. Raphaël, de son côté, perpétue une caractérisation en miroir à Alopex, par laquelle on interroge même ses qualités paternelles.

Cette approche introspective n’est pas sans défauts. Elle engendre quelques longueurs qui peuvent décourager le lecteur habitué aux cadences effrénées des épisodes classiques. Les affrontements, assez rares, manquent d’intensité et peinent à véritablement transmettre la gravité des enjeux narratifs. Dommage, car les planches sont réussies, bien composées et flattent souvent l’oeil.

Au final, Qui sème le vent… s’avère un tome riche, bien ficelé, mais dont l’intérêt réside surtout dans ses dialogues et ses dilemmes. Une proposition qui donne de la chair aux personnages mais qui sacrifie beaucoup du spectacle.

TMNT Reborn (T.04) : Qui sème le vent…, Sophie Campbell et Nadège Gayon-Debonnet
HiComics, mars 2025, 144 pages

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3

Lire Lolita à Téhéran : le cercle des femmes disparues

Peut-on vivre, ou même survivre, dans une prison sociale et patriarcale ? Un vent de révolution et de liberté répond à cette réalité iranienne et continue de souffler vers nos cinémas, quand bien même ce film a été tourné en Italie. Lire Lolita à Téhéran réussit le pari de restituer de précieux témoignages sur l’émancipation des femmes, portées par la littérature, mais échoue à insuffler une âme ou de la tension à son intrigue.

Synopsis : Azar Nafisi, professeure à l’université de Téhéran, réunit secrètement sept de ses étudiantes pour lire des classiques de la littérature occidentale interdits par le régime. Alors que les fondamentalistes sont au pouvoir, ces femmes se retrouvent, retirent leur voile et discutent de leurs espoirs, de leurs amours et de leur place dans une société de plus en plus oppressive. Pour elles, lire Lolita à Téhéran, c’est célébrer le pouvoir libérateur de la littérature.

Habitué à brosser divers portraits de familles affiliées à la culture israélienne, que ce soit à travers un mariage teinté de deuil et d’adieu (La Fiancée syrienne), une femme prise en étau dans un dispositif répressif par son voisin, le ministre de la Défense (Les Citronniers), ou en montrant l’absurdité de la discrimination dans un internat (Mon Fils), Eran Riklis semble, malgré l’ironie des conflits politiques et religieux en vigueur, tout indiquer pour ausculter les tensions culturelles similaires de son pays voisin, l’Iran. Il se saisit ainsi du roman autobiographique d’Azar Nafisi, professeur d’anglais à l’université de Téhéran, qui a encouragé un mouvement d’insubordination et la transgression auprès des femmes de son entourage. Une manière radicale et pacifique afin de récupérer un peu de liberté dans un environnement de plus en plus hostile pour elles.

Un printemps éphémère

L’espoir renaît après la révolution iranienne de 1979. Les réfugiés reviennent peu à peu chez eux pour fonder une famille et pour redorer l’identité de leur nation retrouvée. Azar Nafisi fait partie de ceux-là, mais les prémices d’un régime islamique défaillant s’annoncent dès son contrôle à la douane. Femme de lettres et de caractère, rien n’aurait pu prédire que son rôle d’enseignante à l’université serait compromis par des livres, ou plutôt des idées pouvant contrarier les courants de pensée sunnite ou chiite. Méthodique et symbolique dans sa mise en scène, le réalisateur israélien s’applique à surligner les valeurs intuitives du régime islamique de l’Iran, dont certaines sont encore valides à ce jour. Riklis apporte un grand soin à sa composition de l’image, en étant conscient de sa portée patrimoniale et pédagogique pour les générations futures. Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre, le port du voile, détentions arbitraires, torture et peine de mort sont autant de thématiques récurrentes du cinéma iranien autour des droits humains bafoués. Et parmi eux, Azar s’est frotté à l’impitoyable censure du gouvernement.

Il fallait une Golshifteh Farahani remarquable pour camper ce rôle clé, celui d’une matriarche de la littérature, et c’est le cas. Cependant, Riklis manque à lui insuffler l’énergie des premiers cours d’Azar tout le long d’un récit aussi linéaire que ses personnages. Il y avait pourtant de belles promesses autour du procès ludique, organisé par les étudiants d’Azar, concernant le roman Gatsby le Magnifique, de Francis Scott Fitzgerald. Certains hommes auraient préféré passer ces exemplaires au chalumeau, si bien qu’on se rapproche de la dystopie décrite dans Fahrenheit 451. Mais Riklis s’intéresse davantage à ce que renvoient ses personnages qu’il en néglige la nature fondamentale du régime islamique, qui s’immisce dans l’intimité des citoyens et des familles. Les Graines du figuier sauvage en a formidablement brossé le portrait en suggérant l’emprise de l’État et la terreur qu’elle suscite à travers l’autorité paternelle. Il est plus difficile d’en dégager un soupçon de tension dans Lire Lolita à Téhéran, malgré une envie de porter la flamme de la lutte des femmes.

Résistance silencieuse

« Purifiez le programme ! » C’est ce que l’on peut lire tout au long du récit et ce que l’on peut traduire du comportement des gardiens de la révolution. Le changement arrive à grand pas et le port obligatoire du hijab n’est qu’une étape, parmi tant d’autres, qui poussera Azar à réunir ses plus fidèles élèves dans un rassemblement clandestin, à l’abri de tout regard et jugement masculin. Et cela, malgré la complicité de son époux, Bijan (Arash Marandi), conscient de la nécessité et des limites de cette résistance silencieuse. Plus de barrière, plus de hijab, juste des femmes amoureuses de leurs bouquins. Ces rencontres furtives forment un sas de décompression et de réflexion pour celles-ci, car la littérature étudiée les pousse à faire leur propre choix. Sont-elles finalement les « Lolita » de leur époque ?

De Daisy Miller à Orgueils et Préjugés, en passant bien entendu par Lolita de Vladimir Nabokov, chacune d’entre elles s’ôte un poids dans la société patriarcale où leurs aspirations et leurs désirs sont contrôlés. Riklis parvient à rendre quelques-uns de ces moments touchants et intimes, mais lorsqu’il s’agit de faire dialoguer cette parenthèse avec la dure réalité qui les attend en dehors de ce salon de sérénité, le réalisateur tombe dans les travers d’un discours trop démonstratif. La brève participation, bien que marquante, de Zar Amir Ebrahimi (Les Nuits de Mashhad, Les Survivants, Tatami) en témoigne, car il ne s’attaque pas en profondeur à ce qui pourrait sembler évident, comme la question des femmes battues. En prenant autant de distance avec les personnages et leurs enjeux politiques, on ne peut que se raccrocher aux faits réels qui ont laissé des cicatrices sur les Iraniennes. Suggérer ce drame par quelques séquences fugaces n’aident en rien l’intrigue à tenir le spectateur en haleine, bien qu’elles soient en accord avec son ton diplomatique.

Si Je suis toujours là souffrait de ses multiples épilogues, le film brésilien ne manquait pas de séquences marquantes et oppressantes afin d’ausculter, de manière formelle, les rouages d’un régime totalitaire. Celui de cette Iran « libérée » s’en rapproche avec son lot de répression policière. La Loi de Téhéran donnait déjà un aperçu du sort réservé aux « indésirables », mais Lire Lolita à Téhéran souffre d’un traitement et peu convaincant de la tension, au détriment d’une reconstitution lissée du parcours d’Azar Nafisi à travers la rigidification d’une société renfermée sur elle-même. C’est un film qui n’ose pas et qui ne se risque pas à froisser ses valeurs féministes, qu’il en trahit ses intentions initiales. Une séquence début du générique de fin montrant Golshifteh Farahani chantant la vie comme jamais en atteste, ce qui dessert la conclusion inspirante d’une sororité triomphante. Cet aparté agit comme une insertion opportuniste et dispensable, qu’il synthétise ce qui ne fonctionne pas dans ce récit qui peine à déployer son potentiel émotionnel.

Lire Lolita à Téhéran – Bande-annonce

Lire Lolita à Téhéran – Fiche technique

Titre original : Reading Lolita in Tehran
Réalisation : Eran Riklis
Scénario : Marjorie David (d’après le livre d’Azar Nafisi)
Interprètes : Golshifteh Farahani, Zar Amir, Mina Kavani
Image : Hélène Louvart
Décors : Tonino Zera
Costumes : Mary Montalto
Montage : Arik Lahav-Leibovich
Son : Aviv Aldema, Nin Hazan
Musique : Yonatan Riklis
Producteurs : Marica Stocchi, Gianluca Curti, Moshe Edery, Santo Versace, Eran Riklis, Michael Sharfshtein
Production : Minerva Pictures, United King Films, Rai Cinema, Topia Communications, Rosamont, Eran Riklis Productions
Pays de production : Italie, Israël
Distribution France : Metropolitan Filmexport
Durée : 1h48
Genre : Drame
Date de sortie : 26 mars 2025

Lire Lolita à Téhéran : le cercle des femmes disparues
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La nuit des lanternes et son rituel perturbé

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Pour sa toute première BD, le dessinateur-scénariste Jean-Etienne nous propose une ambiance façon New Age qui tourne au fantastique avec irruptions de monstres, sur une petite île indéterminée, mais qu’on pourrait imaginer au large de la Bretagne (voir les prénoms des protagonistes).

Sur cette île, la petite communauté des habitants s’apprête pour la nuit des lanternes, une fête locale en rapport avec d’anciennes croyances qui n’ont rien de religieux. Ceci dit, cette fête met en avant une sorte de rite mené par une vieille femme. Au centre de ce rite, un symbole représentant une maison stylisée et les lanternes personnalisées apportées par les participants. Accueillante, la mamie souhaite la bienvenue aux arrivants venus honorer l’entité des lanternes de l’île. Parmi les participants à cette cérémonie, une femme (Irène) avec ses deux enfants, la plus grande Eloane et Erwan le cadet juché sur les épaules de sa mère. De nombreux détail retiennent d’emblée l’attention, notamment dans tous les éléments de décor de la fête. Et puis, le physique d’Irène fait presque androgyne, ce qui amène quelques hésitations dans la compréhension de la suite. Enfin, Eloane semble de mauvais poil et on comprend qu’elle a eu des mots avec son père qui est resté à la maison. La maison, c’est le phare où le père rumine, sans doute éméché. Mais le cours des événements se trouve chamboulé par un panache de fumée qui s’élève soudain, justement du côté du phare. On réalise alors que ces premières planches correspondent à ce qu’Eloane se remémore d’une précédente nuit des lanternes quelques années auparavant, alors qu’elle y revient inopinément, marquée par son enracinement. Entre sa mère et Eloane, la tension n’est jamais retombée après le drame qu’elle vient de se remémorer. Depuis ce même drame, Erwan ne parle plus, se contentant d’utiliser son smartphone pour s’exprimer avec une voix numérique.

Le rite

Le tout début nous apporte donc déjà beaucoup d’éléments. Le premier chapitre dans sa totalité en apporte encore bien d’autres. Pour la cérémonie qui se met en place, chaque participant doit apporter sa lanterne allumée au pied d’une immense statue devant laquelle la mamie se tient. Celle-ci recommande « Pensez à toutes ces choses que vous gardez en vous… Et qui vous brûlent de l’intérieur. » Puis « Allumez votre lanterne ! Et gardez-la précieusement… Laissez-la s’éteindre toute seule. Vous serez apaisés et une belle année s’offrira à vous ! » Cela sent l’ambiance New Age à plein nez. Sauf qu’Eloane et sa mère se disputent avant même la fin du rite avec les lanternes. De retour dans la maison (construite à-côté de l’ancien phare) son petit frère tente de persuader Eloane de rester au moins une nuit. Peine perdue. Et, de rage, Eloane balance sa lanterne allumée contre un mur. On a alors droit à une vraie surprise pour clore ce premier chapitre (page 42, sur un total de 184, en comptant les 4 pages de recherches graphiques à la fin). La suite en réserve quelques autres.

Originalité et influences

Cet album présente bien des aspects séduisants, le premier étant son style graphique très léché, avec un trait vraiment élégant que Jean-Etienne n’hésite pas à mettre en avant à plusieurs moments par des dessins de grande taille très agréables à l’œil. Le second est un scénario où les éléments viennent s’emboiter progressivement. Ensuite, ce scénario vient s’enrichir d’éléments fantastiques qui peuvent surprendre. On sent que l’auteur trouve son inspiration dans son goût pour le genre fantastique de manière générale et même pour la fantasy à tendance horrifique selon mon impression. Heureusement, il n’en fait pas trop, se contentant de faire en sorte que tout se tienne, à partir de ce qui se passe dans la petite communauté vivant sur l’île. Bien entendu, l’aspect fantastique qui fait intervenir des créatures effrayantes n’est pas trop creusé (quid des origines ?) Ainsi, on finit par comprendre que cette nuit des lanternes doit son ordonnancement à une légende locale à propos d’un monstre marin dans un lac de l’île. On sent que l’auteur mêle de nombreux éléments ayant marqué son imaginaire, dont l’histoire du monstre du loch Ness, pour élaborer cette histoire de son cru. L’aspect graphique fait légèrement penser (les lanternes) à une ambiance orientale, mais le cœur du scénario est donc bien une histoire familiale où des éléments fantastiques interviennent, avec des scènes de violence qui me font penser que l’auteur doit également être un adepte des jeux vidéo. Bref, le vrai regret pour cet album, c’est que l’auteur introduise de nombreux éléments qui éveillent quelques échos dans l’esprit du lecteur, mais qu’il ne cherche jamais à rattacher son histoire à la réalité tangible. Le dossier de recherches graphiques en fin d’album montre bien la volonté de présenter quelque chose de vraiment personnel. Très bien, mais on sent les influences et les goûts de cet amateur de comics, fan de Mike Mignola (Hellboy) et Sean Murphy (Batman), Jean-Etienne garde néanmoins ses références très françaises (décors, notamment). Graphiquement, l’ambiance nocturne lui convient parfaitement et les couleurs choisies s’harmonisent bien pour créer un univers qui se tient.

La Nuit des Lanternes, Jean-Etienne
Delcourt : sortie le 26 mars 2025

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3.5

Les incidents de la nuit – 2 – Travers, le Dieu Enn et les libraires

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Poursuivant son exploration du Paris occulte, David B. nous entraine dans un étrange univers où beaucoup d’éléments s’imbriquent et où on croise une incroyable galerie d’étranges personnages. Ce deuxième volet s’avère tout à fait dans la lignée du premier. 

L’album commence par un résumé en quatre planches du premier volet nous rappelant que l’auteur se met lui-même en scène, rêvant initialement d’une revue intitulée Les Incidents de la nuit dont il apprend qu’elle a été créée par un ancien soldat de Napoléon, Émile Travers, défiguré à Waterloo. La revue s’intéresse aux aspects occultes de la politique et aux mystères liés à l’histoire de l’humanité. David B. y apprend aussi que Travers a défié l’ange de la mort et qu’il est lié à La Flotte une bande de truands. Travers semble également lié à la secte adorant le dieu Enn, dieu de l’anéantissement et de la destruction ou encore le dieu inconnu n’ayant pas de temple. Ce premier volet s’intéresse à la lutte du dieu inconnu contre l’humanité et au premier génocide. Travers cherche à renaître et il prépare quelque chose de terrible. Alors qu’une nouvelle livraison des Incidents de la nuit devient disponible en kiosque, son personnel est trouvé massacré dans ses bureaux. David B. contacte alors le commissaire Humborgne qui considère que Travers survit quelque part dans les marges de la mort et prépare le retour du dieu Enn. Sur le chemin du retour chez lui, David B. est lardé de coups de couteau par cinq inconnus sur un pont de Paris. L’ensemble est donc aussi loufoque que fascinant et convainquant. David B. mettant en scène son propre assassinat, quel tour de passe-passe lui permettra de concocter une suite ???

Une enquête dans le Paris occulte

Dans cette suite (à partir de la planche 91) Marie la journaliste qui accompagnait David B. dans ses investigations parisiennes annonce la disparition du jeune homme au commissaire Humborgne qui s’interrogeait déjà. Il sent que quelque chose se prépare, en particulier du côté des clochards, les yeux des ponts qui en savent longs et protègent Paris. Marie rencontre leur maîtresse qui lui fait un topo sur cette mission de protection de la ville de Paris, issue d’une tradition séculaire et qui lui révèle que le pont le plus important de Paris serait le pont de Caulaincourt, celui qui ne surplombe pas d’eau mais les tombes du cimetière de Montmartre. Elle incite Marie à parcourir Paris en observant tout, à la recherche de signes, car l’histoire de la ville remonte loin. Cette femme s’inquiète, considérant elle aussi que La Flotte prépare quelque chose de grave. Alors qu’Humborgne enquête (chapitre 3, une nouveauté puisque les deux premiers n’ont pas été signalés) sur les agissements de La Flotte dont il interroge les membres qu’il connait, Lhôm le libraire, l’appelle pour lui signaler un individu dans sa boutique. Il s’agit en fait de Jean-Christophe, le frère de David B. celui-là même qu’on voit sur l’illustration de couverture. Or, on lui tire dessus avant même qu’il puisse entamer la discussion avec Humborgne. S’ensuit le chapitre 4 (planches 117-128) intitulé Le combat parmi les livres. A la suite de quoi, les survivants se retranchent dans la librairie de Lhôm (celui-ci étant mal en point) et le chapitre 5 nous présente la géographie secrète de la ville de Paris, selon les libraires. Mais ce n’est qu’une introduction pour nous présenter le combat en cours avec ses enjeux, en lien avec la révolte des clochards, ce qui nous ramène très loin dans le temps, jusqu’à la manière dont les rois de France se préparaient à accéder au pouvoir, le vrai, celui qui leur permettait de se faire une place dans l’Histoire par leurs actes et accomplissements au cours de leur règne. Le tout en gardant à l’esprit la sauvegarde de la ville de Paris.

David B. digne héritier des feuilletonistes du XIXe

Si graphiquement ce deuxième volet s’avère (très) légèrement moins inspiré que le premier, il ne déçoit pas du tout, parce que David B. nous embarque dans de nouvelles péripéties délirantes, tout en restant toujours aussi convainquant. Je pense ainsi à tout ce qu’il montre comme étant soi-disant le passé occulte de Paris et des rois de France, présenté d’une manière qui caricature avec maestria l’érudition des spécialistes. Alors oui, cela part un peu dans tous les sens, mais c’est tellement original qu’on se laisse emporter. David B. s’y montre le digne héritier des feuilletonistes du XIXe siècle (époque où remonte les origines de La Flotte), ce qui m’incite à faire le rapprochement avec Jacques Tardi, autre héritier des feuilletonistes et autre grand admirateur de la ville de Paris, de son architecture et des lieux qui font son histoire. Comme Tardi, David B. s’amuse beaucoup avec les croyances occultes. A vrai dire, le sujet paraît inépuisable et l’auteur le présente et l’utilise d’une manière aussi personnelle qu’enthousiasmante. On ne s’en lasse pas et on en redemande. D’ailleurs, dans la grande tradition des feuilletons, l’album s’achève avec une planche exposant les nombreuses questions qui restent en suspens et en annonçant que nous trouverons les réponses dans Les coulisses. Pour conclure, il faut savoir que Les Incidents de la nuit a fait l’objet d’une première parution en trois albums (1999, 2000 et 2002), alors que celui-ci comprend les planches 91-199 et qu’à ma connaissance nous attendons toujours la parution des coulisses annoncées. A moins qu’elles circulent déjà sous le manteau…

Les incidents de la nuit – Intégrale 2, David B.
L’Association (Collection Ciboulette) : sorti le 17 septembre 2013

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4

Blanche Neige, ni plus ni moins que Disney en 2025

On l’attendait, ou plutôt le craignait. Le voici. Après de nombreux remakes allant de passables à catastrophiques (mais aucun de vraiment réussi..), Disney s’est attaqué à ses origines. Pas loin de 100 années après le classique et intemporel Blanche-Neige et les Sept Nains de 1937, c’est un nouveau film en prise de vues réelles qui arrive sur nos écrans. Difficile de l’ignorer, tant le projet a enchaîné les difficultés. Inutile de tourner autour de la pomme, ce Blanche Neige n’est qu’un pot cassé de ce qu’est devenu le copain Mickey depuis quelques années, pour le meilleur, mais quand même plus pour le pire…

Blanche Neige : Shadows

Quand on parle de projet maudit en 2025, difficile de penser à autre chose que ce projet-là. Côté jeu-vidéo, on pourrait citer le très récent Assassin’s Creed : Shadows. Deux œuvres qui ont enchaîné les polémiques et les déboires avant même leur sortie. Deux œuvres que les anti-woke détestent sans même s’y être essayés. Là où le parallèle avec Shadows est intéressant, c’est qu’il souffre de tous les mêmes défauts que ce Blanche Neige. Disney et Ubisoft sont désormais les deux faces d’une même pièce. Deux entreprises autrefois connues pour la qualité de leurs productions, plébiscitées pour l’impact qu’elles ont eu dans leur milieu respectif. Deux entreprises qui, autrefois, s’écoutaient et livraient le produit qu’elles voulaient tout en prenant des risques pour surprendre. Aujourd’hui, ces deux géants ont totalement abandonné ambition, innovation et créativité, au profit de l’absence quasi totale de risques. Résultat, malgré de bonnes idées de fond, ce Blanche Neige est tellement aseptisé qu’il en est devenu parfaitement inoffensif.

On s’y attendait, à partir de l’instant où l’on a su, après une fantastique déclaration de Peter Dinklage, que les nains seraient remplacés par des créatures magiques. Oui oui. En 2025, Disney a tellement perdu tout courage qu’il suffit de la déclaration d’un seul acteur, loin de faire l’unanimité qui plus est, pour faire un rétropédalage à 180°. C’est d’autant plus incompréhensible qu’un acteur de petite taille est bel et bien au casting du film. D’autres éléments disparaissent, le plus important d’entre eux étant bien sûr le prince charmant, remplacé par Jonathan, un jeune homme du peuple pas inintéressant. Alors, comprenez bien qu’il n’y a rien de mal à s’éloigner du matériel original. C’est même une réelle nécessité et le film le sait. Si le fil rouge reste le même une très grande partie du film, quelques divergences finissent par apparaître, jusqu’à la réinvention totale de l’intrigue sur son dernier acte.

Zegler vs Gadot

Le choix de Rachel Zegler est de ces éléments qui ont fait hurler certains au scandale. Comment une actrice d’origine colombienne peut-elle prétendre incarner Blanche Neige, dont la peau blanche est l’élément caractéristique ? Le film désamorce cette question dès les premiers instants. Quant à Zegler, qui donnait déjà de la voix dans le magnifique West Side Story de Spielberg ou Hunger Games : La ballade du serpent et de l’oiseau chanteur, elle porte parfaitement le rôle sur ses épaules. Sa voix douce colle parfaitement avec la pureté qu’incarne son personnage et son alchimie avec Andrew Burnap (Jonathan) fonctionne bien. On n’en dira pas autant des nains, la CGI laissant la pauvre Rachel dans un néant de solitude. Le récit la voulant plus forte et indépendante, les scénaristes la gratifient de nouvelles interactions qui se révèlent plutôt pertinentes et bienvenues. On pense à Jonathan, les bandits ou encore la Méchante Reine.

Et c’est là que la pomme commence à pourrir. Avec ce Blanche Neige, l’actrice Gal Gadot, révélée dans Wonder Woman démontre encore une fois toute la médiocrité et la pauvreté de son jeu d’actrice. Difficile de se dire que Marc Webb lui a, à ce point, demandé d’être à côté de la plaque. Oui, cabotiner quand on incarne un grand méchant, c’est sympa (les meilleurs se souviendront encore de Jeremy Irons dans le vieux film Donjons & Dragons). En revanche, grimacer pour masquer qu’on est incapable d’avoir plus de deux expressions faciales, c’est naze. C’est déjà pas glorieux quand elle s’adresse à son miroir ou quand elle regarde la ville du haut de sa tour. C’est franchement gênant quand elle chante (alors que la chanson en elle-même est pas mal). Mais alors, quand elle se retrouve face à Rachel Zegler, le talent des deux actrices est sidérant de différence. On ne reviendra pas sur la relation entre elles en dehors du tournage, jugée très électrique en raison de leurs totales divergences d’opinion politique.

Marc webb, pris dans la toile de Disney

On pourrait mettre tout l’échec du film sur le dos de Gadot, tant elle massacre le personnage qu’elle incarne. Ce serait toutefois injuste. Les nains ne sont pas tellement mieux et on a presque l’impression de revivre le traumatisme du bébé en CGI des derniers Twilight. Si Simplet a été mieux traité que les autres, que ce soit narrativement ou visuellement, le choix de transformer les nains en des créatures magiques d’une rare laideur reste incompréhensible. Également, ceux qui ne supportent pas les comédies musicales qui chantent trop souvent détesteront sincèrement le projet. Si les chansons ne sont pas désagréables pour les oreilles et même plutôt réussies d’un point de vue strictement visuel, leur intérêt narratif n’est pas toujours évident et la platitude insultante de la mise en scène n’aide pas. Elles s’enchainent sans conviction à tel point que le film se découperait presque en mini-série Disney+ avec un épisode par chanson.

C’est d’ailleurs le gros point noir de ce remake. Il n’est pas aussi immonde que les premiers visuels le laissaient penser. Il n’est pas tant modernisé que cela et pas plus « wokisé » qu’on le laisse entendre. Zegler est géniale. Gadot est insupportable. Il n’y a pas de nains, sauf un. Pas de prince mais il fallait quand même un gars qui puisse faire le baiser pour réveiller Blanche Neige. Bref, on souffle constamment le chaud et le froid et on ressent encore et toujours que Disney reste en surface de toutes ses nouvelles idées. Ce remake est à destination des enfants et le studio ne s’en cache pas. En revanche, engager un réalisateur talentueux pour aboutir à un film composé essentiellement de champs/contre-champs, c’est navrant. Dommage, d’autant que les décors sont jolis, l’aspect médiéval fonctionne pas mal et quelques transitions sont efficaces. Malheureusement, on attendait mieux (en fait, non, on attendait pire). Reste sa capacité à filmer les histoires d’amour, plutôt intacte, même si on est loin de l’alchimie entre Emma Stone et Andrew Garfield…

Blanche Neige : Bande-annonce

Fiche technique : Blanche Neige

  • Titre original : Snow White
  • Réalisateur : Marc Webb
  • Scénario : Greta Gerwig, Erin Cressida Wilson (d’après le conte des frères Grimm)
  • Production : Marc Platt, Disney
  • Acteurs principaux : Rachel Zegler (Blanche Neige), Gal Gadot (la Reine), Andrew Burnap (Jonathan)
  • Musique : Benj Pasek & Justin Paul
  • Genre : Fantastique, aventure, comédie musicale
  • Durée : Environ 2h
  • Nationalité : Américaine
  • Date de sortie : 2025 (France)
  • Distributeur : Walt Disney Studios Motion Pictures
Note des lecteurs5 Notes

2

Lumière, l’aventure continue !

Avec plus de 100 vues dûment sélectionnées et amplement commentées, Thierry Frémaux nous fait pénétrer dans la genèse du cinématographe, contrainte par l’essentiel. Une succession de bonheurs pour le cinéphile.

Lumière : une aventure cinématographique intemporelle

« Lumière : l’aventure continue » dit le titre, puisqu’elle avait commencé. Un premier montage de 108 vues fut réalisé par Thierry Frémaux en 2017. Ce second opus reprend pourtant l’histoire à sa genèse, ne serait-ce que pour ceux qui n’ont pas vu le premier.

Le film le précise d’emblée : Auguste et Louis Lumière n’ont pas inventé le cinéma – Edison en avait élaboré le mécanisme – mais bien sa projection en grand, devant un public. Célébrer les Lumière, à l’heure où de plus en plus de gens visionnent des films sur leur téléphone, c’est donc rappeler que l’essence du 7e art réside dans cette chose très simple : regarder ce qui se déroule sur un écran plus grand que soi.

Sur les près de 2 000 vues Lumière qui ont été tournées par Louis ou ses assistants, Thierry Frémaux a sélectionné une grosse centaine de joyaux, qu’il commente abondamment. Il les a regroupés par thème – les voyages, les transports, l’armée, les comédiens, etc. La qualité de l’image est bluffante. Mais ce qui est plus bluffant encore, c’est la stature de Louis Lumière réalisateur. À l’aube du XXe siècle, tout était déjà là. La succession de plus de cent films de 50 secondes aurait pu, aurait dû, logiquement, lasser. Lorsque Frémaux annonce le menu, on a un peu cette crainte.

Il n’en est rien, tant ce qui est donné à voir est tout simplement merveilleux. On ressent une double émotion : émotion « historique » devant ces témoignages si authentiques d’un temps révolu, émotion esthétique devant les images et leur mise en scène.

Filmer les flux : quand les frères Lumière capturent la dynamique du quotidien

Frémaux commence donc par le commencement : la fameuse Sortie des usines Lumière, qui donnera lieu à plusieurs remakes récents sur place, rue du Premier Film, là où s’est établi l’Institut Lumière. On apprend que trois versions furent tournées, dont on peut comparer le déroulé – seule celle qui a été retenue est frontale, la meilleure. Des attelages de chevaux apparaissent dans les deux autres. Dans la version retenue, on notera que ce sont d’abord des femmes qui se mettent en marche, un détail auquel on donnera peut-être une dimension symbolique si l’on a la fibre féministe. On appréciera ce chien incongru qui vient semer la zizanie, des hommes qui cabotinent un peu, une joyeuse mêlée qui conclut le film. Le thème de la « sortie » sera amplement exploité : une sortie des soldats de leur caserne, des flux s’échappant de toutes parts, une sortie de la cathédrale de Cologne, tout le monde étant sur son trente-et-un comme c’était la règle lorsqu’on se rendait à l’office.

On retrouve des flux superbement mis en scène dans deux vues :

– une scène de combat guerrier dans les Alpes : déferlement d’hommes d’une colline, alors que s’écoule en bas un torrent impétueux ; lorsque les canons crachent leurs panaches blancs, ceux-ci répondent à l’écume crépitante du torrent ;

– une scène de cyclistes dans une cour militaire (cf. photo) qui effectuent un ballet de toute beauté, majestueux, vaporeux, onirique.

Le thème des transports est idéal pour montrer ces flux : de nombreuses vues leur sont donc consacrées. La question de la place de la caméra est cruciale. Souvent, elle est positionnée à l’angle de deux rues, comme dans cette scène à New York qui permet de suivre deux mouvements antagonistes. Une contrainte pour les chefs opérateurs de Lumière est qu’ils ne pouvaient pas voir le rendu de leurs plans, comme les combos, aujourd’hui, permettent de le faire : ils devaient projeter le résultat dans leur tête. Une gageure.

C’est parfois la caméra qui bouge, embarquée sur un bateau, sur un autobus ou sur une locomotive : les Lumière ont aussi inventé le travelling, dont Frémaux nous apprend qu’on le nommait, en bon français, simplement panorama. Là aussi, la qualité, en termes de stabilité et de régularité, est étonnante.

Saisir les accidents : la magie spontanée des premières images cinématographiques

Soixante ans avant la Nouvelle Vague, le cinéma s’attachait déjà à saisir les accidents de la vie. Ainsi, dans une vue où des chariots militaires, en Italie, franchissent un ravin, l’un d’eux reste coincé. L’un des soldats fait signe à la caméra que le film est raté. Bien au contraire : ce sont les efforts pour désenclaver le chariot qui font tout le sel de la séquence.

La fameuse scène burlesque du Faux cul-de-jatte montre un chien (toujours les chiens, si épatants comédiens !) qui est venu pisser contre un mur en arrière-plan. Lorsque le faux cul-de-jatte, soupçonné par la police, s’enfuit, le chien s’élance à ses trousses. Cette intrusion imprévue donne de l’ampleur à la chute du sketch.

Dans les scènes de rue, souvent des personnages traversent le cadre de façon impromptue, voire se placent durablement devant la caméra, recouvrant totalement l’arrière-plan. Loin de gâcher la scène, ces accidents en font toute la valeur. Qui est attaché à la magie de ce qui se crée dans l’instant présent sera ému par ces irruptions pleines de fraîcheur…

Dans la foule indistincte, il arrive qu’un personnage ressorte par son charisme : ainsi d’un jeune garçon qui ne cesse de fixer la caméra et devient, comme le dit Frémaux, « le sujet du film ». Ce peut-être aussi une action que le cadreur n’avait pas prévu : lors d’un défilé, au premier plan, un homme asperge une dame de confettis, focalisant l’attention.

Le principe est simple, au point d’être devenu, dans les écoles de cinéma, un exercice : « Réalisez une vue Lumière ». C’est-à-dire positionnez votre caméra à un endroit bien choisi pour que celle-ci capte ce qui se passe durant 50 secondes. Une double contrainte, de forme et de temps, qui s’avère féconde, toute contrainte en art étant source de créativité. Plus vous multipliez les paramètres, plus ceux-ci se diluent et perdent de leur force. La composition du plan, ce qui y entre et en sort, le mouvement de la scène : voilà les trois points essentiels de cet art-là. La magie du cinéma des débuts est d’avoir creusé les quelques leviers dont il disposait. Sa force, c’est de n’avoir eu accès ni au parlant, ni à la durée, ni aux studios, ni aux effets spéciaux, etc. Son ressort créatif, c’est la limitation de ses moyens. Ce n’est pas un hasard si nombre de grands cinéastes, de Hitchcock à Scorsese en passant par Kurosawa, ont revendiqué comme influence fondamentale le cinéma muet.

Les amoureux des plans fixes installés dans la durée seront comblés, comme le dit Frémaux, qui cite quatre figures majeures du cinéma leur ayant donné leurs lettres de noblesses : Varda, Akerman, Bresson et Kiarostami. Au passage, on saluera le respect de la parité.

Dans le sillage des grands peintres : les Lumière à l’école des Beaux-Arts

Du plan fixe au tableau, il n’y a qu’un pas : on sent logiquement l’influence de la peinture dans la composition des cadres, la répartition des teintes et les jeux de lumière. C’est particulièrement net dans Les fumeuses, unique vue tournée par Auguste Lumière, qu’on croirait, comme le souligne Frémaux, reproduit d’après un tableau de Millet. Un plan fixe sur des vagues se fracassant sur les rochers rappelle le tableau éponyme de Courbet (La vague), qu’on peut admirer au musée des Beaux Arts de Lyon. Lorsqu’une vue montre deux bébés en barboteuses ou des enfants qui jouent, c’est à Renoir que l’on pense, un autre Auguste, dont le fils Jean reprendra le flambeau du naturalisme et de l’humanisme. Le rapprochement avec l’impressionnisme, dont la naissance du cinéma est contemporaine, s’impose : comme le célèbre courant artistique, les Lumière voulurent montrer la vie des gens simples, captés le plus souvent en plein air dans leur lieu de vie.

L’art de la composition dont font preuve Louis et ses assistants renvoie sans cesse à la peinture. Dans une vue faite à Chamonix, l’arrière plan est saturé de blanc, quand les personnages au premier plan sont sombres. On croirait presque un décor tant le contraste est saisissant ! Dans une vue montrant une locomotive pénétrant dans un tunnel, les rails scintillent dans l’obscurité, avant que les bouffées blanches s’échappant de la cheminée ne viennent trouer comme des flashes leur écrin sombre. Thierry Frémaux évoque aussi Turner, le grand coloriste britannique.

Dans un plan montrant des paysannes au travail ou des skieurs sur la neige, les protagonistes sont alignées sur la ligne de fuite, creusant la profondeur de champ comme le fera un Orson Welles. De même, dans une séquence comique dérivée du fameux Arroseur arrosé, ancêtre du cinéma burlesque, un jardinier et son tuyau se tient à l’arrière-plan de deux joueurs sur le point de se battre. Il attire le regard, à juste titre : l’eau, bien sûr, va s’en mêler.

Les guides des musées le montrent, par exemple dans le documentaire de Frederik Wiseman sur la National Gallery : les peintres devaient tout raconter en une seule image. Là encore, la contrainte crée la beauté. C’est aussi le cas ici, en 50 secondes. Un plan sur des menuisiers au travail focalise sur une chose : les mouvements latéraux et verticaux des gestes de rabotage, évoquant une mécanique bien huilée. On retrouvera cette attention à la synchronicité des mouvements chez Ozu. Au bord d’une rizière, un paysan se juche sur une roue permettant d’alimenter le champ à gauche de l’écran : il semble nourrir la terre de son geste acrobatique. Parfois, Lumière se contente d’une idée toute simple : une armée qui avance, jusqu’à manquer de heurter la caméra. Cette vue-là nous sera montrée sans aucun commentaire.

Divertir : l’équilibre entre art et divertissement

Le cinéma des Lumière ne se donne pas pour objet uniquement de témoigner d’une époque, comme lorsqu’il rapporte des images des quatre coins du monde : il entend aussi amuser, puisqu’il faut attirer le public dans les salles. Ambition artistique et divertissement, les deux mamelles du 7ème art sont déjà là : d’un côté Hollywood et son industrie de l’entertainment, de l’autre le cinéma art et essai. Méliès s’investira dans le premier, Lumière dans le second – l’unique film colorisé montrant une pochade pleine d’artifices n’est vraiment pas le meilleur du film, qui entend ne pas cacher ce qui fut, parfois, moins convaincant.

Art et divertissement : l’incompatibilité entre ces deux « mamelles » n’est pas une fatalité. La vue montrant de jeunes acrobates réalisant des prodiges est aussi épatante que réussie plastiquement. Un célèbre saltimbanque faisant tourner des assiettes ou déployant un ruban aux airs de serpent fou amuse autant qu’il émerveille par l’image qu’il produit. Parfois, les 50 secondes laissent la place à un plan vidé de ses protagonistes, donnant de l’ampleur à la fin : ainsi de la scène entre Chocolat (d’où vient, nous apprend Frémaux, l’expression « être chocolat ») et un clown blanc, qui s’achève sur un chapeau à terre en bas à droite. Poésie. Chaplin et Buster Keaton, entre autres, viendront bientôt confirmer qu’on peut faire rire amenant l’art à son plus haut niveau.

Pour faire naître le frisson, les cinéastes font preuve d’inventivité. Ils imaginent de passer le film à l’envers puis de nouveau à l’endroit lors d’une séance de saute-moutons. Dès le départ, l’exploitation publicitaire de l’invention a été imaginée, en témoigne cette vue pour des savons américains. Les Lumière ont même inventé… le making of ! Plusieurs scènes nous montrent un opérateur devant sa petite boîte sur trépied, actionnant sa manivelle. Frémaux rappelle à cette occasion pourquoi on parle de tournage d’un film. Le geste n’en est que plus émouvant.

L’apport de Thierry Frémaux : un hommage magistral

Tout ce qui précède parle davantage des vues Lumière que du film de Frémaux. Quel est l’apport du célèbre délégué du festival de Cannes ?

Il fallait sélectionner les vues, travail gigantesque. On l’a dit, les trois quarts au moins de celles-ci forcent l’admiration. Bravo.

Il fallait ensuite choisir une musique pour les accompagner. Après Saint-Saëns en 2017, le choix de Fauré est judicieux : contemporain des frères Lumière, il colle bien aux images sans les vampiriser. Ou presque : on aurait plaidé pour des pièces moins chargées instrumentalement. Sans compter que le violoniste dégouline souvent de pathos dans son jeu. Reste que certaines mélodies sont splendides : celle utilisée pour le générique ou encore la fameuse Sicilienne.

Enfin l’essentiel, les commentaires. Ils sont joliment rédigés et correctement lus, même si la voix éraillée de Frémaux finit par fatiguer un peu. Le lyrisme déployé est parfois outré : on se dit sans cesse « là, c’est la fin », mais non, ce bouquet final n’en était pas un… Parfois, le dithyrambe tourne à vide : ainsi lorsque Frémaux lance en substance : « la valeur de cette scène ? sa beauté« . L’homme, emporté par son emphase, ne sait pas toujours s’arrêter.

On aurait pu faire mieux, mais à la marge : c’est indéniablement un trésor qui nous est ici livré. On est face à ces pépites comme devant les peintures rupestres de Lascaux ou Chauvet : effarés, éblouis. Dès le départ, l’art était là, consommé. De quoi nourrir des siècles de créateurs. Ces témoignages sont éminemment précieux, en 2024 comme en 2017.

Lumière, l’aventure continue – Bande-annonce

Lumière, l’aventure continue – Fiche technique

Réalisation : Thierry Frémaux
Écrit et commenté par Thierry Frémaux (d’après une série de vues cinématographiques tournées par Louis Lumière et ses opérateurs à partir de 1895)

Montage : Jonathan Cayssials, Simon Gemelli, Thierry Frémaux
Musique originale : Gabriel Fauré
Post-production : Jonathan Cayssials, Simon Gemelli
Productrice : Maelle Arnaud
Production : Sorties d’usine Productions, Institut Lumière
Producteur associé : Nathanaël Karmitz / MK2
Pays de production : France
Distribution France : Ad Vitam
Durée : 1h44
Genre : Documentaire
Date de sortie : 19 mars 2025

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Novocaïne : film anesthésiant et générique

Une petite comédie d’action, de type série B décomplexée, on est toujours client ! Dotée d’un titre original et accrocheur, et d’un canevas qui l’est tout autant, on se dit qu’on va passer un bon moment. Sauf que Novocaïne n’a à offrir qu’un concept dont il tire quelques séquences de violence amusantes. Sa réalisation est académique et vieillotte, et le scénario cousu de fil blanc. Pour couronner le tout, le film est longuet, mettant autant de temps à démarrer qu’à conclure. Si Jack Quai a la tête de l’emploi, sa love interest est fade. Même le méchant de service est caricatural et horripilant.

Synopsis : Lorsque la fille de ses rêves est kidnappée, Nate, un homme ordinaire, transforme son incapacité à ressentir la douleur en une force inattendue dans son combat pour la retrouver.

Le refrain est connu : on prend un quidam, un personnage ordinaire, et on le met dans une situation totalement extraordinaire, prompte à enchaîner les péripéties. Cela peut aboutir à une comédie, à un film d’action, mais aussi à un mélange des deux comme Novocaïne. Et c’est Jack Quaid (fils de Dennis et de Meg Ryan) qui s’y colle. L’acteur qui monte (Scream ou le récent et excellent Companion), après avoir été découvert dans la série The Boys, colle parfaitement à cette typologie de personnage, malgré une certaine redondance.

Ici, le canevas est prometteur même si, à y regarder plus près, il n’a ni queue ni tête et ouvre la porte à une pluie d’invraisemblances. En effet, les possibilités ou impossibilités de la maladie du personnage sont clairement au bon vouloir des scénaristes selon leurs besoins narratifs, selon le fameux concept que notre héros ne ressent pas la douleur à cause d’une maladie neurologique. Quand il croit tomber amoureux et que sa dulcinée se fait kidnapper, il se met alors en tête de poursuivre les ravisseurs et se transforme en cobaye cinématographique de tous les sévices possibles.

C’est d’ailleurs là que réside le seul intérêt de Novocaïne : des séquences presque cartoonesques où Quaid se voit infligé toute sorte de coups violents. Elles seraient de la torture s’il sentait quelque chose, mais elles tendent ici vers un certain humour. Il y a quelques chorégraphies amusantes que ne renierait pas un John Wick, avec de multiples ustensiles et idées pour qu’il saigne, se brûle, se coupe, se luxe ou tout autres gâteries. Mais finalement, Novocaïne n’est pas si généreux que cela non plus à ce niveau, et le spectateur se lasse vite de combats à sens unique.

En dehors du concept de Novocaïne, l’encéphalogramme demeure plat. L’histoire prévisible ressemble à de trop nombreux  films d’action qui garnissaient les vidéoclubs jadis, les plateformes aujourd’hui. Malgré deux metteurs en scène (à l’origine du sympathique Villains) derrière la caméra, la réalisation est générique et paresseuse au possible. Le long-métrage du duo ne tient pas la longueur de ses presque deux heures.

Ajoutons à cela des seconds rôles horripilants, une love interest fade ( à laquelle se prête Amber Midthunder, pourtant très bien dans Prey), et Ray Nicholson (fils de Jack) qui joue un des méchants les plus caricaturaux et agaçants vu dans un film depuis longtemps. Une série B décevante donc, peu recommandable, à moins d’aimer sans modération voir un personnage enchaîner des sévices de maintes et originales façons…

Bande-annonce – Novocaïne

Fiche technique – Novocaïne

Réalisateur : Dan Berk & Robert Olsen.
Scénariste : Lars Jacobson.
Production: Safehouse Pictures.
Distribution: Paramount Pictures France.
Interprétation : Jack Quaid, Amber Midthunder, Ray Nicholson, Betty Gabriel, Matt Walsh, …
Genres : Comédie – Action.
Date de sortie : 26 mars 2025
Durée : 1h50.
Pays : USA.

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1.5

Vermiglio de Maura Delpero : Des Monts et merveilles

Vermiglio : Le second film de l’italienne Maura Delpero, insufflé de son histoire familiale, est remarquable de justesse et d’émotion, malgré, ou grâce à, une certaine austérité qui laisse beaucoup de place au non-dit et à l’intime de ses personnages.

Synopsis de Vermiglio:  Au cœur de l’hiver 1944. Dans un petit village de montagne du Trentin, au nord de l’Italie, la guerre est à la fois lointaine et omniprésente. Lorsqu’un jeune soldat arrive, cherchant refuge, la dynamique de la famille de l’instituteur local est changée à jamais. Le jeune homme et la fille aînée tombent amoureux, ce qui mène au mariage et à un destin inattendu…

 Photo de Famille

Il y a à peine 15 jours, nous nous sommes extasiés sur Black Dog, comme étant le meilleur film de l’année jusqu’ici ; Aujourd’hui, ce film chinois est déjà rejoint par Vermiglio, le nouveau film de l’italienne Maura Delpero, un métrage tout aussi impressionnant. Ce deuxième film de la cinéaste confirme, haut la main, son talent, après un Maternal déjà très maîtrisé. Le film est assez austère, plutôt taiseux et sans fioriture, et laisse énormément de place à une certaine respiration, un certain rythme propre aux bons documentaires (on pense, dans des genres bien différents évidemment, à Wang Bing ou encore à Frederik Wiseman) ; Maura Delpero capitalise à raison sur son expérience.

Mais qui dit film presque éthéré ne dit pas dans le cas présent absence de fond ou de fil conducteur. Nous sommes en 1944/1945, la trame de fond est la fin de la guerre, et la vie qui s’ensuit, même si Vermiglio, le village auquel le film doit son titre, est assez distant du théâtre des opérations. Les familles étaient alors plus que nombreuses. C’est le cas des Graziadei, 7 enfants au compteur, sans compter ceux qu’on a déjà perdus, et ceux qui sont en route. Autant de points de vue qui se croisent, qui s’entrechoquent dans une ambiance familiale très attachante, joyeuse ou triste, sérieuse ou espiègle. Il est remarquable que même les personnages les moins diserts, les moins importants, on pense par exemple à deux des petits garçons, dont on se souvient à peine des prénoms et encore moins de la voix, disent quelque chose de la vie qui s’ écoule, à travers du peu de cas qu’on fait d’eux : ils sont là, pourraient ne pas être là, et sont pourtant visiblement essentiels à leur famille…

Les protagonistes sont les 3 sœurs aînées, Lucia (Martina Scrinzi), Ada (Rachele Potrich), et la jeune Flavia (Anna Thaler), des adolescentes qui partagent une chambre. L’intimité n’existe pas, la masturbation se pratique hors champ, puisqu’elle se pratique, derrière la porte des armoires. Chacune a ses propres aspirations, ses propres tourments, mais les secrets de l’une deviennent les secrets de toutes les autres. C’est surtout à travers leur regard que se raconte  l’histoire de la famille Graziadei, celle d’un père (Tommaso Ragno)  omnipotent qui fait la pluie et le beau temps de tous, qui se ruine en cigarettes et s’achète des disques quand la mère compte les patates pour nourrir leur nombreuse progéniture. Une famille peu regardante quand on peut marier une fille et se défaire d’une bouche à nourrir. Une famille encore où on ne peut pas donner à tout le monde les mêmes chances, car les chances de vie meilleure sont rares, parcimonieuses. Les choses qui arrivent à ces 3 filles synthétisent sans avoir besoin d’être didactique l’importance dans cette communauté de la religion, du patriarcat, de la pauvreté et de la guerre, mais aussi de la sororité et de l’amour familial qui se frayent un chemin malgré les difficultés.

Vermiglio n’est en aucun cas du cinéma-vérité, même si le jeu assez spontané et naturaliste des petits acteurs pourrait y faire penser, ainsi qu’une cinématographie inondée de lumière naturelle et les couleurs neutres de la vie réelle . C’est au contraire un film avec un scénario bien ficelé, à la fois dans l’espace-temps (le film couvre les quatre saisons de manière marquée), et dans le narratif qui s’attache à une belle caractérisation de ses personnages. Nous avons même, sous la forme d’un nouveau secret dévoilé, un vrai drame au milieu du film, qui affectera le cours de la vie des membres de la famille, voire du village tout entier, tant ses implications touchent au fondement même de la structuration de ces communautés villageoises. Davantage encore que dans Maternal, Maura Delpero réussit parfaitement son virage sur l’aile par rapport à sa précédente carrière de documentariste, en en tirant le meilleur parti sans en être écrasée.

À bas bruit, Vermiglio fait remarquablement le job de nous transporter dans un temps et un lieu qui sont éloignés de nous. D’aucuns lui reprochent une certaine langueur, une certaine lenteur. Mais l’ADN même du film est celui-là, celui de l’intériorité, de l’intimité, au niveau individuel, mais également dans les sous-entendus familiaux ou de la communauté villageoise de ces temps-là. Encore une réussite qui, comme pour le bon vin, promet au cinéphile un millésime 2025 enchanteur.

Vermiglio, ou la Mariée des Montagnes – Bande annonce

Vermiglio, ou la Mariée des Montagnes – Fiche technique

Réalisateur : Maura Delpero
Scenario : Maura Delpero
Interprétation : Tommaso Ragno (Cesare Graziadei), Roberta Rovelli (Adele), Martina Scrinzi (Lucia Graziadei), Giuseppe De Domenico (Pietro Riso), Carlotta Gamba (Virginia), Orietta Notari (Zia Cesira), Santiago Fondevila (Attilio), Rachele Potrich (Ada Graziadei), Anna Thaler (Flavia Graziadei), Patrick Gardner (Dino Graziadei), Enrico Panizza (Pietrin)
Photographie : Mikhail Krichman
Montage : Luca Mattei
Musique : Matteo Franceschini
Producteurs : Francesca Andreoli, Maura Delpero, Santiago Fondevila, Leonardo Guerra Seràgnoli, co-producteurs : Carole Baraton,  Pauline Boucheny Pinon, Jacques-Henri Bronckart, Tatjana Kozar
Maisons de production : Cinedora, Charades, Versus Production, Rai Cinema Co-production :
Distribution : Paname Distribution
Durée : 119 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 19 Mars 2025
Italie· France· Belgique  – 2024

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4.5