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Casting Sauvage, un film de Galaad Hemsi : Critique

Premier film d’un ancien élève de l’ESRA, soutenu par une petite société de production qui n’avait elle-même jusque-là jamais travaillé sur de longs-métrage, Casting Sauvage est une petite perle que personne n’attendait et qui devrait agréablement surprendre les spectateurs qui iront le découvrir dans les quelques salles d’arts et essais qui le distribueront. Une projection-presse et une brève rencontre avec le réalisateur dans les bureaux des Productions du Désert m’ont permis de comprendre et reconnaitre le travail d’orfèvre en amont de ce moyen-métrage inclassable.

Synopsis : L’histoire que raconte le film est simple : « Rémi apprend un jour que son père jusqu’alors inconnu vit à l’autre bout de la France. Il décide de partir à sa rencontre en mobylette. » Mais la singularité du film repose sur le fait que toute cette histoire est filmée dans le cadre unique d’une salle de casting et montée à partir de plus de 100 heures de rushes. 

Le méta-film à l’état pur

Durant quatre longues années, Galaad Hemsi a réuni des hordes d’acteurs amateurs dans le sous-sol d’une école d’art sous prétexte de leur faire auditionner pour un film en préparation devant sa caméra. A partir des dizaines d’heures de rushes qui ont découlé de ces castings, il a ensuite –avec, bien sûr, l’autorisation de droits à l’image des comédiens presque tous joué le jeu- monté un film de soixante-dix minutes.

Du début à la fin, le film se construit donc sur une compilation d’extrait d’auditions en décor unique, un exercice qui, dès les premières images, pourrait sembler rébarbatif s’il n’était entrecoupé de morceaux d’interviews des acteurs, dont on se moque des réponses toutes faites et du manque de confiance en soi, ou au contraire de leur ego surdimensionné,  à la façon d’épreuves pré-éliminatoires de la Star Academy. Le documentaire est amusant, en particulier pour ceux qui ont déjà vécu de pareilles situations, mais au bout d’une quinzaine de minutes, on en vient à se demander si une de plus est bien nécessaire. Et c’est là que la réalisation parvient à nous prendre à revers. Peu à peu, le recul qu’apportaient les conversations entre les acteurs et le metteur en scène se font rares tandis que l’ambiance sonore se met subtilement en place. Les morceaux de scènes qu’interprètent tour à tour les candidats forment un scénario cohérent, le parcours d’un prénommé Remi, identifiable à son écharpe rouge, partant à la recherche de son père qu’il n’a pas connu.

La magie du cinéma, et en particulier la notion « d’absorption diégétique » prennent alors tout leur sens : Emporté par l’histoire, le spectateur en vient à oublier l’absence de décor et d’accessoire mais aussi la ronde des comédiens, ne se demandant plus lequel d’entre eux est le plus juste pour le rôle mais bel et bien si Rémi va retrouver son cher papa et assumer ses propres responsabilités. Autant le scénario en soi n’aurait pas pu aboutir à un film brillant, autant ce processus inédit de le faire jouer à une multitude de non-professionnels lui donne une personnalité propre attachante. Et, preuve ultime de la perte de repère entre réalité et fiction, c’est uniquement l’attitude de certains candidats qui nous renvoie à la dimension artificielle de l’exercice, brisant ainsi la mécanique narrative et créant des décalages très drôles.

Du début à la fin, le film se construit donc sur une compilation d’extrait d’auditions en décor unique, un exercice qui, dès les premières images, pourrait sembler rébarbatif s’il n’était entrecoupé de morceaux d’interviews des acteurs, dont on se moque des réponses toutes faites et du manque de confiance en soi, ou au contraire de leur ego surdimensionné,  à la façon d’épreuves pré-éliminatoires de la Star Academy. Le documentaire est amusant, en particulier pour ceux qui ont déjà vécu de pareilles situations, mais au bout d’une quinzaine de minutes, on en vient à se demander si une de plus est bien nécessaire. Et c’est là que la réalisation parvient à nous prendre à revers. Peu à peu, le recul qu’apportaient les conversations entre les acteurs et le metteur en scène se font rare tandis que l’ambiance sonore se met subtilement en place. Les morceaux de scènes qu’interprètent tour à tour les candidats forment un scénario cohérent, le parcours d’un prénommé Remi, identifiable à son écharpe rouge, partant à la recherche de son père qu’il n’a pas connu.

Et c’est là que la magie du cinéma, et en particulier la notion « d’absorption diégétique » prennent tout leur sens : Emporté par l’histoire, le spectateur en vient à oublier l’absence de décor et d’accessoire mais aussi la ronde des comédiens, ne se demandant plus lequel d’entre eux est le plus juste pour le rôle mais bel et bien si Rémi va retrouver son cher papa et assumer ses propres responsabilités. Autant le scénario en soi n’aurait pas pu aboutir à un film brillant, autant ce processus inédit de le faire jouer à une multitude de non-professionnels lui donne une personnalité propre attachante. Et, preuve ultime de la perte de repère entre réalité et fiction, c’est uniquement l’attitude de certains candidats qui nous renvoie à la dimension artificielle de l’exercice, brisant ainsi la mécanique narrative et créant des décalages très drôles.

Casting Sauvage : Bande-annonce

Casting Sauvage : Fiche Technique

Réalisation : Galaad Hemsi
Scénario : Galaad Hemsi, Raphaël Delétang, Clément Vieu
Interprétation : Galaad Hemsi dans son propre rôle et une multitude d’acteurs qu’il serait impossible de répertorier ici!
Producteurs : Galaad Hemsi, Mehdi Yanat
Directeur de la photographie : Galaad Hemsi, Raphaël Delétang
Monteur : Galaad Hemsi, Loic Lallemand
Production : Les productions du Désert
Distributeur : Les productions du Désert
Genre : Documentaire, Comédie
Durée : 75 minutes
Date de sortie : 11 février 2015

France – 2014

Festival Clermont 2015 – Compétition Nationale

Festival Clermont 2015, le top 10 de la Rédaction

Le Festival International du court-métrage de Clermont-Ferrand fête sa 37ème édition du 30 janvier au 7 février 2015. Avec plus de 7 750 films reçus, dont 400 sélectionnés, le festival confirme sa notoriété mondiale. C’est donc la compétition internationale qui domine le palmarès avec 79 films en compétition, suivie de la sélection nationale et de ses 58 films. La sélection Labo, concentré de fictions et de documentaires expérimentaux et inclassables, regroupe 38 films en compétition. Présente sur place, la Rédaction vous livre ses coups de cœur.

[COMPETITION NATIONALE]

1) Guy MoquetDemis Herenger, France, 2014, Fiction, 28’54

La Rédaction CineSeriesMag a eu un véritable coup de cœur pour ce film, empli de poésie et de romance, qui aborde la banlieue avec un regard plein d’humanité. C’est une œuvre qui apaise, qui procure un sentiment de légèreté, accompagné d’un doux sourire. Le résultat est d’autant plus admirable, que le film a été tourné à la Villeneuve en 12 jours seulement, avec des acteurs apprentis, et très attachants. Kechiche n’aurait pas renié, et nous avons été emporté! Ce court ira d’ailleurs cette année à la Croisette, dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs…

2) Perrault La Fontaine, Mon cul! Hugo P. Thomas, Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma, France, 2014, Fiction, 18’37

Synopsis : Willy Pruvost, un père illettré, tente d’apprendre à lire dans l’espoir de conserver la garde de son fils.

Un film magnifique également. Nous avons aimé la beauté de ce regard paternel. Daniel Vannet, également présent dans la compétition française avec le court Ich bin eine Tata, livre ici une prestation admirable, celle d’un père prêt au sacrifice absolu pour l’amour d’un fils.

3) K-Nada, Hubert Charuel, France, 2014, Fiction, 21’48

Synopsis : Deux frères que tout oppose sont paumés sur la route de leurs rêves un peu absurdes. Dans deux jours, ils doivent se rendre à Amsterdam. Greg pour un concours de DJing, Valentin pour en ramener des kilos de marijuana. Mais entre les parents qui mettent du whisky dans leurs céréales, le patron du bowling qui se prend pour un caïd de Scorsese et la ZX fatiguée, on comprend vite que le go fast en Hollande est mal embarqué.

Nous avons beaucoup ri grâce cette belle comédie de la fraternité. Hubert Charuel, qui a suivi un cursus de producteur à la FEMIS, puis réalisé ce court en dernière année, a assurément le sens de la punchline et de l’ellipse, deux ingrédients indispensables pour réussir une bonne comédie.

4) Aïssa, Clément Tréhin-Lalanne, 2014, Fiction, 8’

Synopsis : Aïssa est congolaise. Elle dit avoir mois de dix-huit ans mais les autorités la croient majeure.

Comment réaliser un film sur l’immigration sans entrer dans un manichéisme trop facile ? Clément Tréhin-Lalanne montre l’exemple avec ce film d’autant plus percutant qu’il est court (8 minutes). Aïssa s’apparente à un huis-clos anxiogène, où une jeune femme noire de 17 ans est soumise à un contrôle médical implacable. En voix-off, on entend la voix impersonnelle du docteur chargé de l’examen, dont le visage reste hors champs  mais dont les mains sont bien visibles, palpant sans ménagement le corps de cette jeune fille effrayée. Les plans serrés sur le corps mi-femme, mi-enfant d’Aïssa, doublés de commentaires médicaux déshumanisés créent un antagonisme gênant, une impression d’un corps violé qui ne lâche pas le spectateur.

La dynamique du film se fonde donc sur le pourquoi : que veut-on à cette jeune fille de 17 ans ? La chute vient répondre, tel un couperet, à la question. La majorité, c’est aussi l’âge où l’on peut être renvoyé dans « son » pays.

5) 8 Balles, Frank Ternier, 2014, Fiction animée, 13’

Synopsis : Je m’appelle Gabriel, j’habite Taipei. J’ai perdu ma femme lors d’une agression. Un homme roux est entré chez moi : il sentait le poisson frit. Il portait une arme ; il en a fait usage sur ma famille. Depuis, j’ai comme un vide, un trou dans ma tête.

8 Balles s’inscrit dans la lignée de ces créations animées parfois plus percutantes et plus violentes que beaucoup de fictions réalistes. Les films d’animation noirs ont été nombreux cette année dans la sélection internationale et française du festival. Entre cannibalisme (The Hole de BongSu Choi) et meurtre organisé (Small people with hats de Sarina Nihei), l’animation fait l’apologie visuelle de la violence de de la perversité humaine.

8 Balles, c’est l’histoire de vendetta d’un expatrié français qui déambule dans les rues odorantes de Taipei afin de retrouver le meurtrier de sa femme. Seul signe particulier du bourreau : son odeur de poisson frit et ses cheveux roux, éléments qui vont devenir obsessionnels chez Gabriel. Visuellement, ce film d’animation est un petit bijou : l’esthétique rappelle celle de la bande-dessinée, le décor taïwanais celui du manga. S’y ajoute une ambiance rendue irréelle par la présence d’éléments absurdes : de gros poissons rouges, marques de l’obsession de Gabriel et produits de son imagination, suivent le héros dans sa quête frénétique. Sans ces voix-off omniprésentes, parfois trop explicites, 8 Balles aurait sans doute gagné en légèreté et en poésie.

6) Notre Dame Des Hormones, Bertrand Mandico, 2014, Fiction, 30’

Synopsis : Deux actrices passent un week-end dans une maison de campagne afin de répéter une pièce de théâtre. Lors d’une promenade dans les bois, l’une d’entre elles déterre une chose étrange. Une créature sans orifices, ni membres. Cette créature devient un objet de convoitise.

La sélection nationale réserve bien des surprises, révélant parfois des petits bijoux d’excentrisme et de folie. Cette année, c’est pour nous Notre Dame Des Hormones qui remporte la palme du court-métrage le plus délicieusement absurde de la programmation. Réalisé par Bertrand Mandico, également auteur du Prehistoric Cabaret (sélection nationale 2014) et produit par Ecce Films, NDDH est inclassable : superbement absurde, délicatement libidineux, il raconte la rencontre de deux actrices avec la « chose », sorte de créature visqueuse et poilue, d’où jaillit une excroissance clairement phallique.

Décidées à en faire leur animal de compagnie en même temps que leur objet sexuel, une lutte  pour la possession de la chose s’engage alors entre ces deux actrices obsédées par leur physique. Tout nous rappelle ici les contes anachroniques de Demy et la poésie surréaliste de Cocteau : les chandeliers humains, les décors mouvants, les couleurs saturées et parfois psychédéliques. Notre Dame Des Hormones va au bout de l’excentricité et c’est précisément ce qui fait sa réussite.

7) Cambodia 2099, Davy Chou, 2014, Fiction, 21′

Synopsis : Phnom Penh, Cambodge. Sur Diamond Island, joyau de modernité du pays, deux amis se racontent les rêves qu’ils ont faits la veille.

Cambodia 2099, c’est un film ésotérique et magique, esthétiquement parfait. Prix spécial du jury jeune à la dernière édition du festival Silhouette, c’est l’imagination débordante de deux cambodgiens qui est ici mise en scène, au coeur de la modernité d’une ville nouvelle et industrielle. On adore !

8) Journée d’appel, Basile Doganis, 2014, Fiction, 25’

Synopsis : Une bande de jeunes banlieusards passent leur journée d’appel à la caserne de Versailles. L’un d’eux, Chris, arrivé trop tard à la caserne, veut rentrer au quartier, mais Momo, une « baltringue » de leur cité, le persuade de passer la journée au Château de Versailles.

Basile Doganis, pour évoquer le sujet sensible et potentiellement « casse-gueule » de l’immigration et de l’intégration, part d’un terrain d’observation inattendu, celui de la journée d’appel à la défense, le service militaire moderne. On suit donc cette bande d’amis de la cité, grande gueules mais pas méchants, désabusés face à la rigueur militaire et au sentiment d’appartenance nationale qu’ils n’ont pas.

Là où le film est intelligent, c’est qu’il ne sombre pas dans leçon de morale ni dans une mise en accusation unilatérale. Si les policiers sont présentés sous un jour plutôt négatif, les militaires semblent eux valorisés pour leur rigueur morale. Quelque part entre ces deux institutions, la bande d’amis cherche sa voie : il y a celui qui a fait des études, la « baltringue » Momo, et les autres qui traînent encore, à l’ombre des barres de HLM.

9) Jonathan’s Chest, Christopher Radcliff, France/Etats-Unis, Fiction, 14’35

Synopsis : Une nuit, Alex est réveillé par la visite d’un garçon qui prétend être son frère disparu depuis des années. Tout bascule pour Alex.

Jonathan’s Chest est un film intriguant : pas de chute finale, une ambiance lynchéenne qui prend aux tripes et titille notre curiosité. Alex est réveillé en pleine nuit par son frère qu’il croyait mort depuis des années. Trouble psychique et réalité se confondent pour troubler un spectateur déjà perplexe. Un petit bijou, coup de cœur de la rédaction.

10) People are strangeJulien Hallard, France, 2014, Fiction, 20’26

Synopsis : Julien se considère comme le sosie légitime de Jim Morrison. Il gagne sa vie au Père Lachaise en distrayant les touristes. Le jour où il apprend que la dépouille de son idole va être rapatriée en Californie, Julien entreprend avec son ami Aldo de voler les restes du « Lizard King ».

Vous ne verrez plus les tombes du Père-Lachaise, Jim Morrison, ni les chats empaillés, de la même manière après le visionnage de cette comédie loufoque, à la fois épopée onirique et déjantée. Une grande réussite, fous rires garantis!

Festival Clermont 2015 – Compétition Internationale

Festival Clermont 2015, Top 10 de la Rédaction

C’est maintenant le moment de vous délivrer notre top 10 de la compétition internationale des courts-métrages du Festival de Clermont-Ferrand 2015 qui, avec 79 films en compétition, nous aura fait voyager à travers les 5 continents, dans des styles et genres cinématographiques des plus variés. Une sélection riche assurément, et de qualité.

[COMPETITION INTERNATIONALE]

1) De Smet, Wim Geudens, Thomas Baerten, Pays-Bas, Belgique, 2014, Fiction, 14’51

Synopsis : Les frères De Smet ont trouvé un système pour vivre tranquillement leur vie de célibataires endurcis. Mais lorsqu’une nouvelle voisine s’installe dans la rue, cet équilibre s’effondre comme un château de cartes.

De Smet est une comédie décalée absolument hilarante, grâce à l’interprétation pleine de conviction de ce trio loufoque, l’enchaînement de sketchs et de personnages caricaturaux, et une réalisation des plus soignées. Fous rires dans la salle à profusion. De Smet vous redonnera la frite!

2) Minsu Kim In Wonderland, Chan-Yang Shim, Corée du Sud, 2013, Fiction, 26’

Synopsis : En rentrant au pays après treize ans d’absence, Minsu Kim trouve sa terre natale quelque peu étrange et terrifiante.

Minsu Kim in Wonderland, c’est un court-métrage délirant, un pamphlet anti-militariste déguisé en farce grotesque. Minsu Kim rentre en Corée du Sud, sa terre natale. Ce qu’il y retrouve le laisse perplexe : un ex-militaire devenu fou, persuadé de l’omniprésence d’espions nord-coréens sur le territoire, une séduisante jeune femme dont il va tomber amoureux.

L’originalité de ce film tient dans cette image flirtant avec l’amateurisme, comme si Chan-Yang Shim avait sorti sa petite caméra portable et filmé un délire entre amis. Précisément, c’est par le biais de la simplicité esthétique et de la comédie décalée que le propos politique s’incarne le mieux, dans une légèreté toute pacifique. Ici, pas de « message » politique lourd et manichéen : Corée du Sud et du Nord sont toutes deux moquées pour leurs querelles ancestrales, leur haine mutuelle qui finira (comme le suggère la chute) par la mort des deux nations.

3) L’homme au chien (Moul Lkelb), Kamal Lazraq, Maroc, France, 2014, Fiction, 25’

Synopsis : Youssef mène une vie recluse et marginale. Son seul ami est son chien Chagadai. Un soir, à la plage, le chien disparaît. Pour le retrouver, Youssef est contraint de s’embarquer dans une quête dangereuse  à travers les bas-fonds de Casablanca.

Moul Lkelb (soutenu par le CNC), est un film au sujet particulièrement original puisque toute l’intrigue tourne autour de cette amitié véritable qu’éprouve Youssef, héros solitaire, pour son chien disparu, ami pour lequel il va s’enfoncer dans les recoins les plus sombres de Casablanca. Héros solitaire au profil d’asocial, Youssef est un riche qui habite à deux pas des bidonvilles, qui promène son chien sous les moqueries des jeunes des rues. Ghali Rtal Bennani interprète très justement ce personnage atypique à la sensibilité exacerbée face à un monde dur où agressivité et virilité sont les standards de la masculinité.

L’innocence enfantine de Youssef va progressivement être ébranlée par ce voyage initiatique dans les bas-fonds nocturnes de la ville. On est loin du Casablanca romantique d’Ingrid Bergman et d’Humphrey Boghardt : ce que Youssef découvre, ce sont des marchés clandestins où sont vendus les chiens volés, donnés en pâtures lors de combats mortels. Malgré tout, c’est l’innocence du héros qui a raison de la violence à laquelle il assiste, lors d’une scène finale touchante et poétique.

4) Pilots on the Way Home (Le retour des aviateurs), Pritt Pärn, Olga Pärn, Estonie, Canada, 2014, Animation, 16’

Synopsis : Privés de leur avion, trois pilotes se retrouvent en plein désert Sur le chemin du retour, un parcours semé d’embûches, ils doivent affronter les mirages et les étranges sirènes de leurs fantasmes.

Le synopsis est trompeur : Pilots on the Way Home n’est pas un film d’animation pour enfants. En effet, la principale activité de ces pilotes déchus (il n’est jamais question de leur avion) est de faire chacun à leur tour l’amour à une sorte de femme-poupée qui, une fois ses différentes « parties » assemblées (la tête, le buste, les jambes), prend vie. Elle les séduit, les excite, par des danses langoureuses et des poses lassives, au milieu d’un désert sans vie.

Un film d’animation pour les grands donc, érotique sans être choquant, et à l’humour noir décapant. L’esthétique du dessin rappelle les hommes burinés de Tardi à l’expression figée et à l’air animal. Bref, on se laisse prendre par ce conte grivois joliment réalisé et divertissant.

5) Hjonabandssaela, Jörundur Ragnarsson, Islande, 2014, Fiction, 14’59

Synopsis : Deux vieux copains voient leurs petites habitudes bouleversées lorsqu’une congénère aux formes avantageuses fait son apparition dans leur jacuzzi.

Un court-métrage dépaysant, décalé et léger qui fait du bien dans cette sélection. Porté par ses deux acteurs principaux, Pröstur Leó Gunnarsson et Theodór Júlíusson, qui interprètent à merveille ces deux joyeux lurons dont l’amitié va être menacée par l’arrivée d’une femme. S’en suivent des scènes de jalousie absurdes, délicieuses à regarder.

6) Ja vi elsker (Oui nous aimons), Hallwar Witzo, Norvège, 2014, Fiction, 14’30

Synopsis : Quatre générations en crise aux quatre coins de la Norvège, le jour de la Fête Nationale.

Le titre du film annonce la couleur : Ja vi elsker est un diminutif de Ja vi elsker dette landet (Oui, nous aimons ce pays), nom de l’hymne norvégien. Le réalisateur choisit donc de présenter, à travers de courtes scènes, différents moments de vie. Alors que la Fête nationale bat son plein, un enfant conduit une voiture, une jeune femme se venge, un homme sort tout nu de son chalet et se retrouve coincé dans le froid… Bref, Ja vi elsker est un film excentrique et barré. On adore !

7) Rodløs, Kira Richards Hansen, Danemark, 2014, Fiction, 19’39

Synopsis : Parcours initiatique d’une jeune adolescente de 14 ans qui travaille dans un garage et traîne avec une bande de copains. Dans sa quête d’identité, elle repousse sans cesse les limites, ce qui va la forcer à assumer de nouveaux aspects de sa personnalité.

Un film sur une adolescente qui se cherche, tomboy assumé en conflit avec ses parents et la société. Rodlos fait penser aux films de Céline Sciamma, dans son traitement du corps et de la quête de l’identité sexuelle. Marqué par une réalisation épurée et une actrice principale convaincante, ce film touchant et juste est un des coups de cœur de la rédaction.

8) Roadtrip, Xaver Xylophon, Allemagne, 2014, Animation, 22’00

Synopsis : Julius n’arrive pas à dormir. Pour se vider la tête, il décide de faire un tour à moto. Seulement voilà, il n’y arrive pas non plus. Un film d’animation sur l’échec, l’insomnie, une moto rouge, le spleen berlinois (même en été) et les chaussettes imperméables.

Xaver Xylophon est un réalisateur indépendant de films d’animation, résidant à Berlin. Il a étudié la communication visuelle à Londres, au London College of Communication et à l’École Supérieure des Beaux-Arts de Berlin-Weissensee. Roadtrip son film de fin d’études, est une animation allemande de toute beauté, par la qualité du dessein bien sur, mais aussi la profondeur de son sujet : la quête de soi.

9) County State USA: Sweet Corn, Jonathan Nowak, Etats-Unis, 2014, Fiction, 23’00

Synopsis : Après avoir braqué une banque dans une petite ville de province, un adolescent doit s’en remettre entièrement à un autochtone – un agriculteur menacé de saisie.

County State USA: Sweet Corn est un autre court qui mériterait d’être primé, tant ses images léchées, ses effets scénaristiques maintenus jusqu’à la chute finale, ainsi que l’interprétation de ses acteurs, dévoilent une grande maîtrise cinématographique. Jonathan Nowak est assurément un nom à retenir…

10) Izlaz U Slucaju Opasnosti, Vladimir Tagic, Serbie, 2014, Fiction, 14’57

Synopsis : Monsieur Stojanovic s’est fait voler sa trousse de secours. Petar fume une cigarette à la fenêtre de sa piaule. Monsieur Ivanovic a des problèmes d’audition. Luka et Marko se battent pour une histoire de foot. Monsieur Filipovic va faire les courses pour sa femme.

Ce film serbe dont le titre veut dire à peu près « sortie de secours », nous raconte 4 histoire indépendantes sous forme de petits sketchs de la vie de tous les jours. On sent progressivement une tension monter entre les protagonistes, jusqu’à l’arrivée du 5ème personnage qui va recroiser les protagonistes des 4 histoires précédentes, qui énervés, vont le gifler sans retenue. Si la claque au cinéma est un classique, l’ensemble n’en demeure pas moins très drôle, simple, et diablement efficace. Avec une musique sublime, qui n’est pas sans évoquer le grand Yann Tiersen.

[COMPETITION LABO]

La sélection Labo, concentré de fictions et de documentaires expérimentaux et inclassables, regroupe 38 films en compétition. Présente sur place, la rédaction vous livre ses coups de cœur.

Small People With Hats (Petites personnes à chapeaux), Sarina Nihei, Royaume-Uni, 2014, Fiction animée, 7’

Synopsis : Dans la société, il y a des personnes de petite taille coiffées d’un chapeau.

Ce film d’animation est tout aussi étrange que son synopsis, qui somme toute résume bien une histoire hermétique, voire insensée. Malgré tout, l’esthétique épurée, les petits personnages « coiffés d’un chapeau » qui se font progressivement exécutés dans le cadre, semblerait-il, d’une expérimentation scientifique, apportent au tout une énième couche d’étrangeté. Bref, un film d’animation incompréhensible, ultra-violent mais fascinant.

S, Richard Hadju, Royaume-Uni, Hongrie, 2014, Documentaire, 19’

Synopsis : un documentaire tourné à Londres qui relate la vie d’une jeune prostituée originaire d’Europe de l’Est et sa relation passionnelle avec son mac.

Le réalisme de cette fiction est particulièrement prenant : impossible de ne pas rester scotché face au récit d’une vie de violence et de prostitution. Car il s’agit bien d’une fiction, inspirée de faits réels. La relation amour-haine, domination-soumission entre la jeune prostituée et son mac sont au cœur de ce témoignage glaçant sur la vie quotidienne de ces filles de l’Est venues chercher une vie meilleure à l’Ouest.  Le mac, à la fois doux et violent, accro au jeux, dépense tout l’argent gagné lors des passes de sa femme. Pourtant, Jana tient bon : bien plus cérébrale que son mari, elle crie son espoir et son optimisme, une vision qui déchire encore plus nos cœurs sensibles de spectateurs.

La Nuit au musée : Le secret des pharaons, un film de Shaun Levy – critique

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La visite est terminée, mais le musée reste ouvert…

Succès surprise au box office, La nuit au musée faisait parti de ces films familiaux pas désagréables mais qui s’oublient vite, basant toute sa narration sur un concept tiré d’un charmant rêve d’enfant : le musée qui prend vie. Le deuxième avait mit la barre plus haut en terme de réalisation, d’enjeux scénaristique et surtout de délire visuel (la séquence de la salle d’aéronautique et les tableaux animés demeurent dans les mémoires) tout en restant assez pantouflard dans son développement général et un peu roublard dans son traitement exalté de l’histoire américaine, insistant trop sur la grandeur de ses figures historiques (Amelia Eerhart, Abraham Lincoln…) et rabaissant les autres (Napoléon obsédé par sa taille…pas très subtil). Ben Stiller et Shaun Levy décident, pour le dernier épisode de leur saga, de délocaliser en Angleterre. Après le musée d’histoire naturelle de New York et le gigantesque Smithsonian de Washinton D.C, c’est au tour du British Museum de Londres d’ouvrir ses portes pour une dernière visite, que l’on espère vraiment palpitante pour une fois.

Les ingrédients habituels sont là : Ben Stiller en gardien de nuit, Owen Wilson et Steeve Coogan reprennent les rôles de Jededhia et Octavius, Robin Williams en Roosevelt… pourtant on sent un manque d’inspiration car les péripéties sont très convenues et surtout le fameux musée passe rapidement au second, voir au troisième plan. Comme si les créateurs ne s’était pas véritablement appropriés les lieux, ne sachant alors pas où placer leur caméra pour en capter l’essence. Il s’agit de l’un des plus célèbre musée du monde, et cette nuit ne fait pas véritablement honneur à la grandeur de cette institution. Certains gags commencent sérieusement a sentir le sapin comme le jeu des échelles avec les figurines qui ne fonctionne plus aussi bien après deux utilisations, et l’histoire des origines de la tablette magique n’intéresse pas tant que cela. On est surpris de voir les moyens déployés dans une introduction en Égypte qui n’apportera pas grand chose au reste du film, contre le peu d’animation présent dans les galeries d’expositions. Peut être que si le film avait duré plus longtemps…

En sortant de la salle, on a le sentiment d’un film qui n’est pas allé jusqu’au bout de ses ambitions. Mais s’il est frustrant ce n’est pas parce qu’il est mauvais, bien au contraire, c’est qu’il a de très bonnes idées que l’on aimerait plus nombreuses. Les scènes d’actions sont plutôt réussis, les constellations animées mettent littéralement des étoiles dans les yeux et la salle des statues grecques qui se déplacent tel des fantômes a quelque chose de mélancolique. Deux nouveau personnages viennent compléter la bande : Ben Kingsley en pharaon, peu présent à l’écran mais qui réussit à être drôle sans ce rendre ridicule, et Dan Steven (Downtown Abbey) en Lancelot du Lac. Ce dernier est l’une des plus belle surprise du film, un personnage qui bénéficie pour une fois d’une écriture soignée, se détachant progressivement de son stéréotype pour devenir un antagoniste mémorable à la fois délirant mais rongé par sa condition de double non-existence. En plus d’être une imitation de l’original, Lancelot est une légende qui n’a jamais vécu. S’ajoute à cela une géniale scène de combat dans un tableau de William Esher, un artiste qui aimait jouer avec les perspectives, offrant une séquence visuellement très chouette. Dommage que le film ne possède pas plus de pépites du genre, préférant en général la sécurité avec des gag déjà vu, des caméo surprises plutôt mal venus et une histoire convenue.

Néanmoins, pour un spectacle familial, le film, La Nuit au musée 3 est hautement recommandable, avec un humour accessible, ne tombant jamais trop dans la vulgarité. En réduisant un peu son aspect catalogue de l’histoire américaine et préférant donner aux enfants l’envie et le goût de la culture, en abordant d’autres mythologies et en rappelant l’importance des études, sans tomber dans le discours démagogique. La conclusion de cette saga s’en tire avec les honneurs en  jouant sur le passage de flambeau, rappelant que ces merveilleux musées sont toujours là, et qu’il suffit d’en pousser les portes pour apprendre du passé. L’acteur Robin Williams effectue ainsi son dernier tour de piste avec un thème cher à son univers : la transmission aux jeunes génération, quittant la scène de la manière la plus honorable qui soit, le regard tourné vers ceux qu’il a toujours aimé, les enfants du monde entier…

 La Nuit au Musée : Le Secret des Pharaons – Bande annonce

La Nuit au Musée : Le secret des pharaons – Fiche Technique

USA – 2015
Comédie/Fantastique
Réalisateur : Shaun Levy
Scénariste : Robert Ben Garant, David Guion, Michael Handelman et Thomas Lennon
Distribution : Ben Stiller, Owen Wilson, Steeve Coogan, Dan Stevens, Ben Kingsley, Ricky Gervais…
Producteurs : Shawn Levy et Chris Columbus
Directeur de la photographie :Guillermo Navarro
Compositeur : Alan Silvestri
Monteur : Dean Zimmerman
Production : 21 Laps Entertainment, Ingenious Film Partners et 1492 Pictures
Distributeur : 20th Century Fox

 

It Follows, un film de David Robert Mitchell – Critique

Comme la plupart des genres bien définis du 7ème art, l’horreur est un sujet difficile à maîtriser. Difficile en effet de sortir des terrains battus et de se créer une identité propre tout en respectant les codes établis depuis les débuts du cinéma. Si le genre semble en ce moment moribond, particulièrement aux États-Unis, où les franchises ont pris le pas sur la recherche d’innovation, quelques perles restent à découvrir. Récemment, Mister Babadook avait ainsi généré une certaine curiosité par son côté ovni, ne ressemblant guère aux productions actuelles. It Follows rentre dans cette catégorie de films à part, agréable vent de fraîcheur au milieu des Paranormal Activity 15, Annabelle ou autres Insidious.

Synopsis : Après une expérience sexuelle apparemment anodine, Jay se retrouve confrontée à d’étranges visions et  l’inextricable impression que quelqu’un, ou quelque chose, la suit. Abasourdis, Jay et ses amis doivent trouver une échappatoire à la menace qui semble les rattraper…

Tout ce que vous avez toujours craint du sexe sans jamais oser l’avouer

Tout comme son prédécesseur Australien, It Follows tente une approche plus intelligente du genre, utilisant tous les clichés qui lui sont associés tout en les détournant à son profit. Il est tout de même bien plus didactique, moins obscur et plus direct que Babadook, tout en restant ouvert à l’analyse et aux interprétations. Son postulat de départ à lui seul pourrait faire l’objet d’un débat. David Robert Mitchell cherche-t-il à faire l’apologie d’une vision très vieux jeu et chaste du sexe, ou essaie-t-il au contraire de désacraliser la chose ? Crée-t-il des puritains ou des libertins ?

Comme beaucoup de slashers, ou à l’instar de l’un des plus grands films d’horreur de tous les temps, It Follows tourne autour du passage à l’âge adulte, de la découverte de la sexualité et des émois et questionnements que cela peut entraîner. Le scénario n’a en cela pas grand chose de très novateur dans le fond, mais reste surprenant dans sa forme en proposant une approche novatrice, bien moins directe que certains de ses modèles. Les personnages sont d’ailleurs globalement bien mieux construits et bien plus crédibles que la plupart des adolescents lambda présents dans ces productions. Même si on n’échappe pas, une nouvelle fois, à certains décisions franchement irrationnelles.

La peur se vit au grand jour

Là où Mitchell se distingue, surtout, c’est par sa réalisation. Une mise en scène sobre, lente, faite de cadres travaillés, de mouvements de caméras au millimètre et d’un montage à l’avenant. On est loin des avalanches de gros plans et inserts censés distiller la terreur en disant au spectateur où regarder. Ici, au contraire, la peur naît de ces espaces ouverts et indéchiffrables, dans lequel le danger peut surgir de nul part. L’impression sourde d’angoisse qui en ressort est le reflet de celle de l’héroïne, traquée dans ses moindres déplacements, et qui ne sait jamais d’où va arriver le danger. Tout dans la suggestion, rien ou si peu dans le frontal.

On pense bien sûr à Carpenter dans le style, et l’influence du maître se ressent effectivement tout au long du film. Dans la présence de la musique, aussi, capitale, parfois un peu envahissante, mais toujours parfaitement utilisée pour faire s’accélérer le rythme cardiaque. Car It Follows, contrairement à beaucoup de ses rivaux, parvient véritablement à créer une sensation de malaise en se basant uniquement sur son univers à la fois onirique et réaliste, et déclenchant la terreur sans forcer ses effets. Si le dernier quart du film, plus direct, est un peu moins maîtrisé, il ne suffit pas à gâcher cette vraie bonne surprise, un film d’horreur qui parvient enfin à faire peur sans être racoleur. La scène de fin risque de vous hanter pour encore quelques temps.

It Follows – Fiche Technique

USA – 2015
Horreur
Réalisateur : David Robert Mitchell
Scénariste : David Robert Mitchell
Distribution : Maika Monroe (Jay), Keir Gilchrist (Paul), Daniel Zovatto (Greg), Jake Weary (Hugh), Lili Sepe (Kelly), Olivia Luccardi (Yara)
Producteurs : Rebecca Green, David Kaplan, Erik Rommesmo, Laura D. Smith
Directeur de la photographie : Mike Gioulakis
Compositeur : Disasterpeace
Monteur : Julio C Perez
Production : Animal Kingdom, Northern Lights Films, Two Flints
Distributeur : Metropolitan FilmExport

Auteur : Mikael Yung

The Dark Knight Rises, un film de Christopher Nolan : Critique

The Dark Knight Rises, la fin idéale pour une trilogie d’exception

Synopsis : Cela fait huit ans que Bruce Wayne a raccroché le costume de Batman, réfugié dans son manoir pour se refaire de ses blessures et de la mort de Rachel. Alors que Jim Gordon a mis fin à la criminalité de Gotham City, une nouvelle menace pèse sur la ville : Bane, un dangereux terroriste, s’apprête à détruire la cité, obligeant Wayne à reprendre du service. Mais ce dernier affrontement s’avérera être le plus difficile et le plus éprouvant pour le Chevalier Noir…

Avec deux succès commerciaux et critiques de grande ampleur en poche, Christopher Nolan fait désormais partie de ces réalisateurs dont le moindre projet en cours suscite un engouement quasi messianique. Et en 2012, nul autre film que The Dark Knight Rises, suite de l’incontestable réussite qu’avait été The Dark Knight – Le Chevalier Noir, ne pouvait représenter cet enthousiasme naissant. Il était surtout curieux de voir si le Britannique allait continuer sur sa lancée, livrant un ultime opus qui partait déjà de base avec deux handicaps majeurs : le décès du comédien Heath Ledger (qui aurait dû initialement apparaître dans une bonne partie de ce film) et le fait de devoir dépasser l’épisode précédent, qui avait mis la barre très, très haut.

La comparaison avec The Dark Knight était inévitable et le constat tombe très rapidement : ce troisième film est, en quelque sorte, une déception du point de vue scénaristique. Non pas que les frères Nolan et David S. Goyer oublient de traiter le personnage de Bruce Wayne/Batman, ce dernier ayant subi un travail d’écriture digne de ce nom dans la continuité des films précédents, lui offrant une fin grandiose à sa longue et douloureuse épopée. Une mauvaise écriture alors ? Cela serait étonnant de la part de Nolan et The Dark Knight Rises prouve bien le contraire, le long-métrage regorgeant de séquences qui sauront à la fois émouvoir (Alfred révélant la vérité sur Rachel), capter votre attention et divertir, et ce grâce à des répliques qui font toujours autant mouche, souvent par le biais d’un second degré souvent bienvenu. Sans compter les innombrables métaphores qu’emploie le film pour montrer la chute du Chevalier Noir et sa renaissance (Bane surgissant des bas-fonds de Gotham, la sortie de la prison, les policiers coincés dans les boyaux de la ville…). Alors, qu’est-ce qui ne va pas dans le scénario de ce troisième opus ?

La faute principalement à la faible ambition de Nolan vis-à-vis de ce Dark Knight Rises : mettre fin à sa trilogie, ni plus ni moins. Il ne cherche plus à révolutionner quoique ce soit ou bien à surprendre le spectateur comme il le faisait depuis son court-métrage Doodlebug. Ici, il suit juste la descente aux enfers de son héros et son apothéose tout en oubliant les autres personnages, un peu trop nombreux pour être traités convenablement et surtout équitablement (Miranda Tate, John Blake) ou qui servent plus le fan service qu’autre chose (Selina Kyle). Christopher Nolan donne l’impression qu’il voulait vraiment en finir avec le Chevalier Noir, au point de tout condenser en un film de 2h40, créant quelques longueurs qui pourront agacer ceux qui ne seront pas entrer dans l’histoire et allant jusqu’à bâcler une ou deux scènes avec une sensation de fait à la va-vite (la prestation finale de Marion Cotillard). Avec cette ultime croisade de Batman, Christopher Nolan n’arrive pas à impressionner comme il l’avait fait avec ses films précédents, et c’est sans doute pour cela que The Dark Knight Rises ne parvient pas à les égaler. En même temps, le réalisateur avait habitué son public à plus d’originalité et de puissance d’écriture, rarement il s’était contenté d’autant de (bonne) simplicité.

Et c’est ce manque d’audace comparé à l’uppercut qu’avait été The Dark Knight qui provoque cette déception face à cet ultime opus qui, malgré ce constat, bat haut la main la majorité des blockbusters hollywoodiens dont Batman Begins. Car si les deux films n’ont pas les qualités d’écriture d’un Prestige ou d’un Inception, The Dark Knight Rises surpasse amplement le premier opus de la trilogie par tout ce savoir-faire et cette aisance que Nolan a acquis au cours de sa carrière américaine. Il reprend ainsi la photographie de Wally Pfister qui transforme chaque scène (dont l’introduction, le premier duel Bane/Batman, la course-poursuite finale…) via une utilisation judicieuse de l’IMAX, un montage dynamique au possible, une musique encore plus tonitruante qu’à l’accoutumée (Hans Zimmer en solo pour cet opus), un enchaînement de séquences d’action (bien filmées soit dit en passant) à la Inception pour faire monter crescendo une tension palpable et d’effets spéciaux faits « à la main » tout bonnement réussis, une fois de plus. Sans compter un casting d’excellente facture, même si Tom Hardy (Bane) ne parvient pas à surpasser Heath Ledger tandis que Marion Cotillard doit continuer sa carrière avec une séquence qui va la poursuivre à jamais sur les réseaux sociaux.

En clair, The Dark Knight Rises, bien qu’il se montre décevant à ne pas surprendre autant qu’un Dark Knight ou un Inception, reste toute de même un blockbuster grandement divertissant et ayant la classe et l’envergure nécessaire pour se hisser au panthéon du genre. Un super-hero movie mature, sombre et travaillé, voilà ce qu’est The Dark Knight Rises. Aucune raison de faire la fine bouche devant la meilleure conclusion que pouvait donner Nolan à sa trilogie ! Sauf si vous voyez en ce long-métrage le signe que le réalisateur devait passer à autre chose pour poursuivre sa carrière cinématographique avec autant d’audace qu’à son habitude.

The Dark Knight Rises : Bande-annonce

Fiche technique – The Dark Knight Rises

États-Unis, Royaume-Uni – 2012
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan, Jonathan Nolan et David S. Goyer, d’après les personnages de Bob Kane et Bill Finger
Interprétation : Christian Bale (Bruce Wayne/Batman), Tom Hardy (Bane), Anne Hathaway (Selina Kyle), Joseph Gordon-Levitt (John Blake), Gary Oldman (le commissaire Jim Gordon), Marion Cotillard (Miranda Tate), Morgan Freeman (Lucius Fox), Michael Caine (Alfred Pennyworth)…
Date de sortie : 25 juillet 2012
Durée : 2h45
Genres : Action, thriller
Image : Wally Pfister
Décors : Nathan Crowley et Kevin Kavanaugh
Costumes : Lindy Hemming
Montage : Lee Smith
Musique : Hans Zimmer
Budget : 250 M$
Producteurs : Christopher Nolan, Emma Thomas et Charles Roven
Productions : Warner Bros., Legendary Pictures, Syncopy et DC Entertainment
Distributeur : Warner Bros. France

Big Eyes, un film de Tim Burton : critique

Tim Burton revient au cinéma en mars avec son dix-septième film, Big Eyes, son deuxième Biopic après le très inspiré Ed Wood. Ces fans pensent l’avoir perdu depuis quelques années et les sorties successives de sa version d’Alice au pays des merveilles et de Dark Shadows, deux films qui ont peiné à marquer les esprits, ou alors en mal. Avec Big Eyes, pas sûr qu’il rattrape son public. Une chose est certaine, il parvient à analyser le long chemin de l’artistique au commercial. C’est peut-être ce qu’il a de plus visionnaire. Pour le reste, rien de bien inspiré, un Biopic classique, sans folie.

Synopsis : L’histoire du peintre Walter Keane et de sa femme Margaret, qui sont devenus célèbre dans les années 50 et 60, grâce à une série de portraits d’enfants affublés de gros yeux

« Mes pauvres yeux par ton éclat abusés, je n’ai plus qu’eux pour pleurer »

« Les yeux sont le reflet de l’âme », voilà ce que lance Margaret à son futur mari, Mr.Keane. Et pour cause, la naïve qui dit ces mots hyper clichés, dessine avec toute son âme des enfants – sa fille, plus précisément, déclinée dans mille postures et en mille visages – avec deux grands yeux, des yeux fous qui emplissent l’image et rendent les portraits complètement fous, dépressifs et … touchants. Du moins au début, quand elle ne veut que « faire plaisir » et laisse son imaginaire se coucher sur la toile. Deux grands yeux, montrés comme vides, absents de toute substance. C’est d’ailleurs de l’intérieur de l’un d’entre eux que la caméra sort au début du film pour s’implanter dans une petite banlieue « so années 50 », d’où s’échappe Margaret et sa fille Jane. Elle quitte un mari qu’on ne voit pas, mais qu’on devine brutal et terrible, pour aller vivre seule. Quand elle débarque, son ami Dee-Ann lui explique bien que désormais, elle la mettra en garde. Tout ça est affreusement plat pour le moment, mais on nous a dit au début que 1) C’était de Tim Burton et 2) C’était un Biopic. Et c’est comme ça qu’on tombe dans deux écueils. Tout d’abord, l’univers de Burton est fantaisiste, mais ici il se contente de la fantaisie des tableaux, des couleurs des années 50-60 et y plaque son univers, sans plus. Ensuite, le Biopic est un genre lessivé, banalisé et extrêmement conventionnel. C’est la deuxième fois que Burton s’y lance, mais cette fois sans transgresser la réalité.

Cependant, on suit cette histoire avec intérêt pour deux raisons : l’usurpation d’identité (ou de paternité d’une œuvre) est un thème extrêmement cinématographique, mais ici rendu très banal, parce qu’il y a Christoph Waltz et que d’emblée son jeu excessif prend le pas sur celui de la pourtant charmante Amy Adams, affublée, et on le sent pendant tout le film, d’un costume. L’autre raison est le basculement de l’art dans sa reproduction à outrance qui lui enlève précisément l’âme que Margaret pensait y avoir injecté. C’est aussi pour ça qu’à un moment donné, elle comprend d’elle-même, et son pinceau aussi, qu’elle doit se renouveler. Elle propose donc un bouleversant autoportrait tout fin, tout petit, avec des yeux « normaux ». Ce tableau-là, son mari ne lui vole pas. Mais ça ne se vend pas puisqu’elle est incapable d’intéresser quelqu’un, toute recluse qu’elle est. Or, comme seulement quelques petits initiés créent la mode, il faut déjà à l’époque faire du « buzz » autour des tableaux. Voilà pourquoi ils se vendent, parce que Walter Keane se vend à la société, lui offre ce qu’elle attend : histoire bien triste, premières esquisses. Bref, une histoire. Personne ne se rend compte de l’affreuse banalité des tableaux – qui se lit pourtant jusque dans l’affreuse banalité des plans. Keane, le mari, est comme la BO du film, qui l’envahit jusque dans les dialogues : affligeant dans sa manière de nier la réalité : il est incapable de peindre et son bagout n’y change rien. Si tous ces sujets sont forts intéressants, tout comme la manipulation dont est victime Margaret qui se remarie sans cesse parce qu’elle a en fait peur de s’assumer, tout est traité de manière simpliste.

Christoph Waltz est en roue libre et fait ce qu’il sait le mieux faire: faire « sourire » quand il le faut et peur quand c’est nécessaire. Le reste est lisse, de la reconstitution aux dialogues, en passant par les personnages secondaires (du galeriste à l’amie, en passant même par la fille de Margaret). Alors que la vérité était là, sous-jacente : devant la toile blanche. Mais comme il aura fallu des heures de procès inutiles – et reconstitué sans saveur par Burton qui croit être drôle parce qu’il laisse Waltz faire son show – il aura fallu tout un film pour que Margaret – louable, serviable et si naïve – montre enfin au monde qu’elle peignait. « C’est moi qui l’ai peint », ça ne suffit pas, il faut peindre en public, c’est tout ! Sur l’affiche, Burton laisse planer un doute en mettant en scène les deux personnages peignant le même tableau. Reproduit à l’infini, le dessin perd de sa saveur, l’auteur disparaît finalement, seule la possession par l’acheteur compte. « Tout le monde l’a, je le veux ». Le film se veut celui d’une émancipation féminine, derrière la question de la création, de l’art, de la reproduction sérielle, ou encore de la critique d’art et de son cercle fermé d’initiés. Pourtant, tout est trop gentillet pour qu’on en garde un quelconque souvenir marquant. Burton ne parvient à aucun moment à rendre ce duel inégal entre mari et femme passionnant, parce que les rapports de forces même entre les acteurs sont déjà joués d’avance. Le film est aussi naïf que son sujet, et c’est bien là tout le problème. On hésite même à croire que Burton soit derrière tout ça, à moins que ça soit le vrai message : à force de succès, on finit par devenir sans saveur, et il n’y a plus guère que les affiches pour témoigner de la dimension « visionnaire » du réalisateur. D’ailleurs, quelqu’un a-t-il bien vu Tim Burton réaliser ce film, ou … ?

Bande-annonce de Big Eyes

Fiche Technique – Big Eyes

Genre : Biopic – Sortie le 18 mars 2015
Réalisateur : Tim Burton
Scénariste : Scott Alexander, Larry Karaszewski
Distribution : Christoph Waltz (Walter Kean), Amy Adams (Margaret), Krysten Ritter (Dee-Ann),  Jason Schwartzman (Ruben), Terence Stamp (John Canaday)
Costume : Colleen Atwood
Directeur de la photographie : Bruno Delbonnel
Monteur :  Joseph C. Bond IV
Sociétés de production : Silverwood Films, Electric City Entertainment, Tim Burton Productions,  The Weinstein Company, Moving Pictures

Snow Therapy, un film de Ruben Östlund : Critique

Le dernier film du suédois Ruben Östlund est  intitulé Force majeure en anglais, Snow Therapy en français et Turist  dans sa langue natale. C’est dire si les points de vue diffèrent, et le film parle notamment de cela, de points de vue par rapport à une situation donnée.

Synopsis : Une famille suédoise passe ensemble quelques précieux jours de vacances dans une station de sports d’hiver des Alpes françaises. Le soleil brille et les pistes sont magnifiques mais lors d’un déjeuner dans un restaurant de montagne, une avalanche vient tout bouleverser. Les clients du restaurant sont pris de panique, Ebba, la mère, appelle son mari Tomas à l’aide tout en essayant de protéger leurs enfants, alors que Tomas, lui, a pris la fuite ne pensant qu’à sauver sa peau… Mais le désastre annoncé ne se produit pas, l’avalanche s’est arrêtée juste avant le restaurant, et la réalité reprend son cours au milieu des rires nerveux. Il n’y a aucun dommage visible, et pourtant, l’univers familial est ébranlé. La réaction inattendue de Tomas va les amener à réévaluer leurs rôles et leurs certitudes, un point d’interrogation planant au dessus du père en particulier. Alors que la fin des vacances approche, le mariage de Tomas et d’Ebba est pendu à un fil, et Tomas tente désespérément de reprendre sa place de patriarche de la famille. Snow Therapy est une comédie grinçante sur le rôle de l’homme au sein de la famille moderne.

Scènes de la vie conjugale

Le film met en scène une belle famille, assez stéréotypée, comme d’ailleurs le choix du bleu et du rose dans l’affiche l’annonce  déjà. Tomas (Johannes Kuhnke), papa athlétique, travailleur et pendu à son iPhone ; Ebba (Lisa Loven Kongsli), maman ultra-saine, très concernée par le bonheur de sa famille qu’elle veut à l’image de la famille nucléaire idéale ; de beaux enfants, une fille, un garçon (Clara et Vincent Wettergen, frère et sœur dans la vie, ce qui accentue encore la cohésion / cohérence de l’ensemble) ; équipement de ski « high level », pyjamas bleus coordonnés, brosses à dent idem, hôtel de luxe et tutti quanti. Il faut les voir en train de dormir tous les quatre dans le même lit : l’image même du bonheur…

Et pourtant, on sent que cette perfection est de surface : lors d’une séance de photo sur fond de neige immaculée et de ciel bleu, le photographe  est obligé de donner de directives précises et hallucinantes (penchez la tête vers votre femme, mettez la main autour de ses épaules, etc.) pour obtenir des gestes d’affection des uns vers les autres ; ou encore, au détour d’un chemin, Tomas qui gronde le jeune Harry, fatigué et ronchon, tandis qu’Ebba justifie son humeur par une faim. Un manque de convergence, de complicité très diffus mais palpable déjà…

Le vernis de papier glacé finit de craquer tout à fait, quand lors du déjeuner au sommet du deuxième jour, et suite à une « avalanche contrôlée » par les employés de la station française de ski des Arcs, Tomas devant le danger attrape son iPhone et ses gants et fuit, laissant Ebba se débrouiller seule pour tenter de  protéger les enfants. Après la fausse alerte, car l’avalanche était bel et bien contrôlée, Tomas revient à la table du déjeuner familial comme si de rien n’était, sous les yeux incrédules de sa femme et de ses enfants. Tout se fissure à partir de là, la confiance, l’image de l’autre, le sentiment du bonheur, l’amour même.

Ruben Östlund montre très bien le délitement de cette famille dans laquelle le rôle de chacun est questionné, celui de ce père en particulier, homme en danger et en panique, mais aussi pater familias qui a failli, alors que manifestement, il doit être le pilier de famille.  Cela, malgré le fait que l’histoire se passe dans une société suédoise, éminemment égalitaire. Tomas s’interroge, et Ebba s’interroge. Le film est découpé en journées -encadrées par l’Eté des Quatre saisons de Vivaldi-, et à la fin de chaque journée, un petit passage par la salle de bains montre la famille au complet, ou le couple seul, côte à côte ou au contraire dos à dos selon le développement de leur relation, une belle idée de cinéma…

A l’origine réalisateur de films sur le ski, Ruben Östlund semble avoir pour habitude de poser longuement sa caméra, nous invitant à scruter ce qui se passe. En cela, et avec le risque de casser le rythme de son film, son travail pourrait faire penser à celui de Haneke : une caméra assez froide qui ne favorise pas l’empathie mais l’observation, une atmosphère inquiétante sans qu’on sache d’où le danger peut venir. Les explosions nocturnes dans la montagne pour provoquer à titre préventif les avalanches ajoutent encore de l’inquiétude. Le réalisateur lui-même ne semble connecté à aucun de ses personnages, pour lesquels il n’affiche aucune complaisance. Ni les deux membres de ce couple enferrés chacun dans leurs propres angoisses, ni les amis rencontrés ici et là, engoncés dans des schémas qu’ils ne contrôlent pas forcément non plus, comme par exemple cette femme, Charlotte, qui affiche ouvertement des relations libres tout en étant mariée, dont on ne sait si c’est un vrai choix de vie ou juste une revanche par rapport à un mari qui en fait autant…Tout au plus pourrait-on imaginer que le rôle du concierge, qui assiste malgré lui à toutes ces pérégrinations de « bobos » qui n’ont pas d’autres soucis plus matériels, pourrait être le point de vue assez détaché de Ruben Östlund par rapport à son propre récit.

Snow Therapy est un film qui fait également penser à l’immense compatriote du réalisateur, Ingmar Bergman, celui des « Scènes de la vie conjugale » notamment cette fameuse scène du dîner où Ebba règle ses comptes à Tomas devant témoins, et lâche tout le ressenti accumulé depuis l’épisode de l’avalanche. Une scène centrale assez longue, où Fanny la jeune femme invitée soutient Ebba sans condition, tandis que son amoureux trouve les pires excuses pour expliquer le geste de Tomas… Une division des sexes d’autant plus étonnante qu’elle a lieu dans cette société-là, une société en avance sur son temps en ce qui concerne ces questions …

Il y a encore beaucoup à dire sur ce film subtil qui souffre malgré tout de quelques longueurs dues à ces longs plans fixes et froids. Ne serait-ce que la beauté des paysages enneigés magnifiquement filmés par son camarade de toujours, Frederik Wenzel. Une montagne inquiétante, belle mais changeante, imprévisible comme la couleur des sentiments…

Snow Therapy : Bande annonce

Snow Therapy : Fiche Technique

Titre original : Turist
Réalisateur : Ruben Östlund
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 28 janvier 2015
Durée : 120 min.
Casting : Johannes Kuhnke (Tomas), Lisa Loven Kongsli (Ebba), Vincent Wettergren (Harry), Clara Wettergren (Vera), Kristofer Hivju (Mats) Fanni Metelius (Fanni)
Scénario : Ruben Östlund
Musique : Ola Fløttum
Chef Op : Frederik Wenzel
Nationalité : Suède
Producteur : Erik Hemmendorff, Marie Kjellson, Philippe Bober
Maisons de production : Plattform Produktion, Motlys, Société parisienne de production
Distribution (France) : Bac Films, DistriB films

 

Inception, un film de Christopher Nolan : Critique

Malgré quelques films hollywoodiens qui ne sont pas passés inaperçus, c’est avec un seul film (The Dark Knight) que le réalisateur Christopher Nolan s’est octroyé le titre de maître du blockbuster de grande ampleur. Le Britannique, qui a fait son bonhomme de chemin aux États-Unis depuis Memento, possède tous les producteurs à ses pieds, dont ceux de la Warner., qui peuvent désormais lui accorder le moindre de ses projets personnels. Comme celui-ci : Inception, un scénario inventé dix ans plus tôt que la production daigne enfin lui financer, sans savoir que ce long-métrage deviendra l’un des plus marquants de ces dernières décennies. Celui qui fera de Christopher Nolan l’un des réalisateurs les plus connus et des plus acclamés de l’inconscient collectif, se rangeant aux côtés de Steven Spielberg et James Cameron.

Synopsis : Dom Cobb est un voleur expérimenté, spécialisé dans l’extraction : procédé qui consiste d’entrer dans le rêve d’un individu et d’y dérober ses secrets. Mais il est également un fugitif traqué dans le monde entier et qui a perdu tout ce qui lui était cher. Jusqu’au jour où un industriel, Saito, lui propose de retrouver sa vie d’avant en échange d’une inception : au lieu d’extraire une information, Cobb devra implanter une idée dans l’esprit d’un individu. Une mission qui n’a jamais été réalisée auparavant mais dont Cobb accepte, prêt à tout pour en finir avec ses démons…

« Comment un esprit simplement humain peut-il écrire un scénario comme celui-là ? »

Pourtant, avec un scénario aussi tortueux que celui d’Inception, le pari était loin d’être réussi pour que le film se présente comme un succès commercial et critique. Et pour cause, le long-métrage parle des rêves, un univers peu traité au cinéma et qui nécessite beaucoup de moyens car possédant sur le papier un potentiel infini. Enfin, tout dépend de comment le réalisateur/scénariste décide de traiter ce sujet, et avec Christopher Nolan à la barre, il fallait bien se douter que le film n’allait pas manquer d’originalité et de complexité. Restait-il encore à savoir ce qu’allait donner un tel projet, qui parle vraisemblablement de voleurs de rêves.

Le scénario d’Inception se compose essentiellement de trois parties. La première, une introduction tout ce qu’il y a de plus classique qui fait entrer le spectateur dans le vif du sujet, sans réelle explication, pour le préparer à cet univers et lui présenter les enjeux du héros (effectuer une inception pour rentrer chez lui). S’ensuivra une bonne heure et demie durant laquelle ce dernier compose son équipe, prépare la mission et se concentre dessus. Une seconde partie qui permet à Nolan, en utilisant le personnage d’Ariane (novice en matière de rêves), d’expliquer l’univers de son film, de ses nombreuses règles (dont le temps et les différents niveaux) et possibilités (changer son apparence, le décor…), du rôle de chacun des protagonistes, des dangers qu’ils peuvent croiser… bref, tout ce qu’il y a à savoir sur le monde des rêves pour que le public soit suffisamment rôdé pour affronter la troisième et dernière partie du film : une bonne heure où le public se retrouve, tels les personnages, lâché dans une succession ahurissante de séquences d’action tout aussi folles les unes que les autres, oxygénées par des moments plus intimes qui creusent le personnage principal (joué par Leonardo DiCaprio). Un scénario qui, sur le coup, ne laisse aucun moment de répit au spectateur mais qui se trouve être aussi limpide que de l’eau de roche.

Cela, Inception le doit à ce que la filmographie de Christopher Nolan a déjà prouvé par le passé : le réalisateur possède un talent d’écriture incontestable. Et il en fallait pour mélanger avec autant de brio plusieurs genres cinématographiques qui n’ont, a priori, pas grande chose à voir entre eux (film de casse, d’espionnage, de science-fiction, d’action, thriller…). Surtout pour représenter un univers aussi vaste et riche tout en le rendant accessible et compréhensible pour tous. Une prouesse que le spectateur doit notamment à des séquences détaillées superbement écrites, qui captivent à chaque instant, savant alterner entre humour, suspense, émotion et tension. Sans oublier une trame secondaire tout simplement brillante, l’histoire d’amour entre le héros et sa défunte épouse, qui permet à Nolan de se jouer du public comme à son habitude en usant d’une narration non chronologique (quelques flashbacks) et de plans d’insert (la fameuse toupie) pour mieux le tromper jusqu’à la toute dernière scène, intrigante comme la plupart du temps dans son cinéma. Captivant, intelligent, touchant et haletant, vous ne pouviez rêver mieux comme blockbuster !

Mais Christopher Nolan ne s’arrête pas à son scénario pour mettre en images sa création. Outre un casting absolument divin (DiCaprio n’est pas seul sur ce coup), la musique tonitruante de Hans Zimmer devenue cultissime et une photographie de très grande ampleur, Wally Pfister rendant chaque plan spectaculaire et ce depuis Insomnia, le Britannique use également de son goût pour les effets spéciaux « maison » (ce qui ne sont pas faits par ordinateur) et le montage. Pour les premiers, le réalisateur impressionne par les nombreuses séquences pour lesquelles ils utilisent ce genre d’effet visuel alors que d’autres se seraient noyés dans la facilité (notamment pour l’inondation au début du film, l’explosion de la base, l’avalanche, le couloir qui tourne, la gravité…). Bien entendu, certains faits par ordinateur viennent compléter là où leur présence est nécessaire (la ville en ruines, la ville de Paris…) mais ils restent peu présents et ne font perdre à aucun moment cette crédibilité qui se dégage de cet univers auquel vous ne pouvez que croire. Une crédibilité qui gagne avec le montage de Nolan, le réalisateur parvenant à concrétiser le monde des rêves et de ses différents niveaux par le biais de séquences parallèles (se déroulant au même moment et ayant un impact entre elles) et de ralentis (pour le temps entre chaque strate de rêve) afin d’offrir à la troisième partie d’Inception une fluidité orgasmique sans pareil. Brillant, tout simplement !

« Comment un esprit simplement humain peut-il écrire un scénario comme celui-là ? » dira le critique Fabrice Leclerc (Studio Ciné Live) lors de la sortie du film. Après avoir vu Inception, c’est immédiatement cette question-là qui vient à l’esprit. Et si la réponse n’est pas le principal intérêt, il aura fallu attendre dix ans pour que ce film se concrétise, le temps que Christopher Nolan puisse mettre à contribution les différentes techniques apprises lors de sa période hollywoodienne (comme bien film les scènes d’action, donner du dynamisme) ou utilisées depuis ses débuts (dont la fameuse narration non chronologique) afin de créer le blockbuster hollywoodien ultime. Il avait scotché le public avec The Dark Knight, le Britannique réitère l’exploit deux ans après seulement pour livrer le divertissement rêvé !

Inception : Bande-annonce

Fiche technique – Inception

États-Unis, Royaume-Uni – 2010
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan
Interprétation : Leonardo DiCaprio (Dom Cobb), Joseph Gordon-Levitt (Arthur), Ellen Page (Ariane), Ken Watanabe (Saito), Marion Cotillard (Mal), Tom Hardy (Eames), Cillian Murphy (Robert Fischer Jr.), Dileep Rao (Yusuf)…
Date de sortie : 21 juillet 2010
Durée : 2h28
Genres : Science-fiction, thriller, espionnage, action
Image : Wally Pfister
Décors : Guy Hendrix Dyas
Costumes : Jeffrey Kurland
Montage : Lee Smith
Musique : Hans Zimmer
Budget : 160 M$
Producteurs : Christopher Nolan et Emma Thomas
Productions : Warner Bros., Legendary Pictures et Syncopy
Distributeur : Warner Bros. France

Waste Land, un film de Pieter Van Hees : Critique

Waste Land,  un polar noir maîtrisé qui vire d’un seul coup dans le bizarroïde

Synopsis : Léo Woeste est inspecteur à la brigade criminelle de Bruxelles vivant avec sa femme Kathleen et leur fils de 5 ans Jack, qui lui permettent de garder pied alors qu’il s’enfonce jour après jour dans les bas-fonds de la ville, le « Waste Land ». Mais le meurtre d’une jeune congolaise va l’amener à rencontrer la sœur de celle-ci, une femme magnétique et déterminée. Entre rituels, fascination et vieux démons, l’équilibre établi par Léo entre son travail et sa famille semble plus que jamais menacé…

À ne pas confondre avec le documentaire brésilien nominé en 2011 à l’Oscar du Meilleur film documentaire, ou encore le jeu vidéo qui, d’ailleurs, s’écrit plutôt Wasteland et non Waste Land. Ici, il s’agit d’un thriller belge mettant en scène Jérémie Renier, celui dont beaucoup de Français imaginent encore en tant que Claude François (dans le film Cloclo), réalisé par Pieter Van Hees qui clôture avec ce nouveau long-métrage sa trilogie intitulée Anatomie de l’amour et de la douleur. Une saga composée d’un film d’horreur (Left Bank), d’un drame (Dirty Mind) et qui se termine donc avec ce Waste Land, un polar ténébreux récompensé du Prix Cineuropa lors du Festival de Cinéma Européen des Arcs en 2014.

Pour son nouveau et douloureux portrait d’un couple, le réalisateur focalise cette fois-ci son intrigue sur un policier sur le point de devenir père et dont l’enquête qu’il doit mener va menacer le bien-être de sa famille. D’autant plus que cette dernière n’est pas des plus stables, le personnage étant marié à une femme ayant déjà un enfant et ne parlant pas la même langue que lui, sans compter qu’elle n’est pas une adepte de son métier (peur de le perdre, de le voir vivre dans la violence, d’être moins importante à ses yeux…) et qu’elle ne désire pas spécialement garder l’enfant qui grandit dans son ventre. Avec cela, il fallait bien que ça arrive : le héros va se retrouver dans les bras d’une autre, la sœur de la victime. Une relation qui va lui faire perdre pied et le plonger dans une obsession (celle de coincer le coupable du meurtre) l’amenant à sa perte. Une longue descente aux enfers qui permet au réalisateur Pieter Van Hees de parler du colonialisme (la Belgique « gouvernant » à une époque le Congo) mais aussi de critiquer une Europe actuelle ayant peur du multiculturalisme au point de laisser la parole à des partis séparatistes ou d’extrême-droite. Et quelle meilleure ville que Bruxelles, siège de l’Europe même, pour symboliser ce dernier sujet ? Vous l’aurez compris, Waste Land se présente comme un thriller engagé et psychologique, riche en thématiques, qui malheureusement peine à convaincre totalement.

Dès les premières minutes, Pieter Van Hees plonge le spectateur dans une Bruxelles des plus glaciales par le biais de plans de la ville peu avantageux, certains mettant en avant des décors guère rassurants, d’autres des personnes endormis sur un banc donnant l’impression d’être mortes. Une rapide introduction qui permet au cinéaste d’installer une ambiance pesante exprimée par des jeux de lumière travaillés et une musique pour le moins étrange dans le seul but de mettre mal à l’aise, afin de s’attacher avec facilité au personnage principal et de vivre sa descente aux enfers avec autant de douleurs que lui. Et l’interprétation des différents comédiens n’est pas étrangère à ce constat, notamment celle de Jérémie Renier, très bon dans la peau de ce policier tourmenté dont on a envie qu’il se sorte de ce mauvais pas sans fracas. Il est le centre d’une mise en scène plutôt ingénieuse, à partir de laquelle le réalisateur peut raconter son histoire par moment sans dialogues ni détails explicites pour prouver quelque chose : filmer la réaction des comédiens pour dire que la femme est enceinte, insister sur le toucher de deux personnages pour montrer qu’ils ont une relation intime… Jusque-là, Waste Land fait preuve d’une maîtrise incontestable. Alors d’où vient cette sensation de frustration quand le générique de fin pointe le bout de son nez ?

Il faut voir du côté du scénario pour se rendre compte que Waste Land a été bâclé. La faute principalement au réalisateur lui-même qui s’est montré un peu trop gourmand niveau thématiques. En effet, Pieter Van Hees s’intéresse tellement à la descente aux enfers de son protagoniste, à sa vie familiale, qu’il en oublie de placer correctement ses sujets paraissant sur le coup survolés (le colonialisme) ou carrément invisibles aux yeux du spectateur (la critique de la Belgique européenne). Il est même impossible de comprendre l’utilité de certaines séquences (le combat de catch, le père du héros, les démons jamais révélés de ce dernier…) ou bien de ne pas rire devant certaines métaphores aussi grosses qu’un paquebot (le bébé se faisant appeler Adam, vu les circonstances du scénario…). Et comme si cela ne suffisait pas, le réalisateur gâche le potentiel captivant de son scénario en faisant plonger celui-ci dans un mysticisme inattendu et bizarroïde (une histoire de rituels, de visions et de sorcellerie) qui prend le pas sur le film, le rendant pour le moins étrange pour ne pas dire guignolesque. Après une première partie captivante, le film perd toute notre attention dans la seconde à cause de cela, et c’est fort dommage…

Il partait pourtant sur d’excellentes bases, Pieter Van Hees ne restera malheureusement pas dans les mémoires avec son Waste Land. S’il arrive à s’en sortir avec ses atouts techniques (mise en scène, photographie, bande originale…) et un casting de bonne facture, le long-métrage laissera pourtant un léger goût amer à ceux qui s’attendaient à une véritable descente aux enfers et non à un film dont le scénario s’apparente presque à un épisode de The X-Files (la science-fiction et le paranormal en moins). Vu le savoir-faire de ce réalisateur plutôt prometteur, il est vraiment malheureux d’arriver à une telle conclusion…

Waste Land : Bande-annonce

Fiche technique – Waste Land

Belgique – 2014
Réalisation : Pieter Van Hees
Scénario : Pieter Van Hees
Interprétation : Jérémie Renier (Léo Woeste), Natali Broods (Kathleen Woeste), Babetida Sadjo (Aysha Tshimanga), Peter Van den Begin (Johnny Rimbaud), Peter Van den Eede (Jean Perdieus), Mourade Zeguendi (Fouad), François Beukelaers (Jozef Woeste)…
Date de sortie : 25 mars 2015
Durée : 1h37
Genre : Thriller
Image : Menno Mans
Décors : Geert Paredis
Costumes : Catherine Marchand
Montage : Nico Leunen
Producteurs : Eurydice Gysel et Koen Mortier
Production : Epidemic
Distributeur : Chrysalis Films

 

Festival Gérardmer 2015 : Interview Alexandre Aja

 Gérardmer 2015 : Entretien avec Alexandre Aja

Membre du Jury long-métrage à l’occasion de la vingt-deuxième édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer, Alexandre Aja a bien gentillement accepté de nous recevoir pour évoquer le festival, la production de genre en France et faire un point sur ses prochains projets.

LeMagduciné : C’est votre troisième venue à Gérardmer. Quel est votre rapport avec le festival ? Est-ce-que le fait d’y être présent en tant que membre du jury touche à votre histoire personnelle ? On se souvient que tout a commencé pour vous lors de la présentation de Haute Tension au TIFFF (Festival du Film International de Toronto). C’est ce qui a véritablement lancé votre carrière internationale. Est-ce-que vous êtes dans une optique de passage de flambeau ici, à trouver la perle du cinéma de genre de demain?

Alexandre Aja : C’est assez amusant, parce que l’évolution du marché et l’exploitation des films font que les festivals vont devenir de plus en plus importants pour les nouveaux cinéastes. Quand Alex Garland (réalisateur de Ex Machina, ndlr) disait « les films ont besoin des festivals », il a raison. Avec l’exposition VOD qui va devenir universelle sur tous ces films d’auteur, en se détachant de l’étiquette sale de Direct-to-Video (DTV), les festivals vont faire la différence. Ca a d’ailleurs toujours été le cas. C’est là tout le but d’être présent en festival, pour être reconnu et créer le buzz. Oui, Haute Tension ça a commencé au TIFFF puis ça a continué avec Sitges, et ça s’est confirmé avec Sundance. Ça a énormément aidé. Vous savez, c’est tellement agréable de parler tout le temps des films. Quand on fabrique des films, on en parle entre amis mais on a peu l’occasion de confronter notre point de vue avec d’autres gens. Quand on est jury, c’est une occasion géniale de voir des films ensemble, de devoir en parler, et justement d’apprendre de ces nouvelles versions et visions des cinéastes de demain. L’unanimité n’est jamais là et c’est ça qui est intéressant. A Gérardmer, il y a quelque chose propre au festival de genre. Une ambiance unique. Une curiosité plus axé sur le cinéma d’auteur. Ici, il y a un respect du genre en comparaison avec d’autres manifestations. C’est très intéressant.

Au cours d’une interview, Christophe Gans évoquait une vague French Frayeur que vous avez initié dès Haute Tension. Aujourd’hui on pourrait penser que cette vague a tendance à s’essouffler. Pensez-vous qu’aujourd’hui le cinéma français est récalcitrant à produire du film d’épouvante ou est-ce la demande du public hexagonal qui n’est pas satisfaisante ?

AJA : Malheureusement, je pense que le cinéma de genre français est quasiment mort, ou du moins agonise. Christophe Gans est un dinosaure, l’un des rares seuls à avoir produit cette année un film fantastique français à gros budget (La Belle et la Bête, ndlr). Je suis extrêmement triste et négatif sur cet état où on n’a pas réussi ce que l’Espagne a fait si brillamment. Ils ont réussi à établir un cinéma de genre en espagnol avec des réalisateurs monstrueux et à acquérir une reconnaissance à la fois critique et publique. L’Orphelinat, [REC], ce sont des films qui font des millions d’entrées. C’est terrible. En France, peu importe le film, que ce soit Haute Tension, Martyrs, Frontière(s), A l’intérieur, tous, il n’y en a pas un qui fait plus de 150 000 entrées. Et ce n’est économiquement pas vivable. Alors oui, il y a un noyau de fans hardcore qui sont les lecteurs de Mad Movies ou de l’Ecran Fantastique. Mais au-delà de ce groupe, il y a une sorte d’a priori général, un consensus implicite dans le public français qui pense que sous prétexte qu’un film d’horreur serait en français, ça ne va pas marcher. Il pense que ça serait cheap. Pourtant, on donne la chance au cinéma de genre asiatique, anglais, américain ou espagnol. En France, ce n’est pas possible. Est-ce-que c’est un échec de notre côté, des réalisateurs qui font les films et n’ont pas réussi à créer des œuvres assez incroyables pour faire changer l’avis des gens ? Peut-être. Des films comme Martyrs ou A l’intérieur ne sont pas aussi accessibles que peuvent l’être [REC] ou The Descent. Ce sont des films terrifiants mais qui ont tout de même une faculté à aller au-delà de quelque chose de trop intime, trop gore, trop marginal.

C’est un vrai que c’est un peu le paradoxe français D’un côté, on a une production hexagonale de genre inexistante et à l’inverse on a des tas de festivals fantastiques en France. Gérardmer donc, Strasbourg, L’Etrange Festival, Nice, le PIFFF, les Hallucinations Collectives, etc.

AJA : La production française est difficile car elle se fait principalement sur des pré-achats avec les chaînes hertziennes, du câble, Canal +. Sans oublier le CNC et les distributeurs. C’est à partir du moment où les chaînes TV n’achètent plus rien avec une interdiction de plus de douze ans qu’on peut déjà ressentir une censure indirecte de la part des partenaires financiers. C’est ce qui fait que la production française est mal barrée. Le problème vient également du fait qu’il n’y ait pas de public. C’est très compliqué sans engouement. Il faudrait que des groupes, des mini-majors se lancent avec un véritable investissement et une prise de risque pour faire exister ces films-là.

Comment voyez-vous l’évolution du cinéma de genre ? Comme une réinvention du cinéma ou un retour aux codes fantastique ancrés ?

AJA : Ça se réinvente à chaque fois. Si ça ne se réinvente pas, ça crée de l’ennuie et le spectateur se lasse parce qu’il anticipe. C’est très intéressant dans les festivals de voir la production avec le public. Un public qui est un acquis pour le genre. Ce sont des gens qui ont envie de voir ce type de productions. Quand ils aiment, ils aiment et quand ils n’aiment pas, il faut vraiment l’avoir voulu pour qu’ils n’aiment pas. On est tout de même en terre conquise. C’est intéressant de voir comment les vieilles formules et les clichés ne prennent plus. Les gens se lassent, et perdent l’envie. On sent un rejet du public. Alors qu’au contraire, quand le film se réinvente et apporte son lot de surprises, ça change tout. Et ça devient vraiment intéressant.

Par rapport au rôle de la VOD, vous pensez qu’il y aura une incidence cruciale ? Pensez-vous que ça puisse être bénéfique pour les réalisateurs ?

AJA : Ce qui se passe en ce moment avec la VOD aux Etats-Unis est nouveau. Et ce qui va s’étendre au reste du monde, ça sera des tournées en festival avec d’éventuelles sorties en salles. J’espère que la France continuera à résister. Mais c’est vrai que l’exploitation VOD va devenir très vite surchargée. En tant que fan, ce n’est pas si mal que ça. Tout d’un coup, on entend parler d’un film qui a fait sensation au Fantastic Fest et deux mois plus tard, on va pouvoir le voir sur des plateformes vidéos en ligne. Il y a une sorte d’accélération de la consommation. Ça, c’est pas mal. Mais comment va-t-on faire la différence entre les DTV d’exploitation -avec ses charmes mais que je ne qualifie pas de cinéma- et les DTV qui sont des films d’auteur ? C’est ce qui se passe aux Etats-Unis, même avec des films à Oscars, qui ont une sortie limitée en salles et qui sortent ensuite en VOD. J’espère que ce changement dans l’exploitation des films va permettre au cinéma de genre de redevenir un cinéma d’auteur. Jusque-là, la sélection de Gérardmer montre sur certains films qu’on a affaire justement à un cinéma d’auteur. Pas un cinéma de pur divertissement mais un cinéma qui donne à réfléchir, qui dit des choses et montre un style complètement nouveau. La démarche post-moderne de s’auto-référencer en permanence est un peu le danger du genre. Elle devient quelque chose qui appartient désormais au passé. Aujourd’hui, on sent des auteurs qui arrivent avec des films qui sont à la fois visuellement incroyables, narrativement intéressants et posent de bonnes questions. Là il y a une évolution, c’est sûr.

En ce qui concerne le casting de vos films, des acteurs aussi incroyables que Daniel Radcliffe (Horns), Ted Levine (La Colline a des Yeux) ou Jerry O’Connell (Piranha 3D) ont déjà joué pour vous. Est-ce-que vous participez à cette phase de casting ?

AJA : Bien sûr. Les premiers rôles sont parfois une évidence. Mais pour certains rôles secondaires, il y a prescription. Par exemple, à la base sur La Colline a des Yeux, ça devait être Ray Liotta. Mais il ne voulait pas mourir. Donc on  a dû changer. Heureusement, Ted Levine était absolument parfait. Il y a toujours des histoires sur chaque plateau. Sur Piranha 3D, Adam Scott devait jouer le rôle de Jerry O’Connell. Parce qu’il était tellement drôle dans Frangins malgré eux (Step Brothers), pour moi il était le personnage parfait. Mais un jour, il m’a dit qu’il avait déjà joué ce genre de personnage et m’a demandé s’il pouvait changer. Et c’est comme ça qu’on a interverti les rôles avec Jerry. Mais à chaque fois, le casting c’est l’essence-même de la régie d’un film. Parfois, on se trompe et des fois on réussit dès le premier coup.

La Neuvième Vie de Louis Drax est actuellement en post-production. Une première image a filtrée. Est-ce-que tu peux nous en dire plus sur ce film ?

AJA : Le film est basé sur le livre éponyme du même nom de Liz Jensen. Un film que devait réaliser à l’époque Anthony Minghella, juste avant de mourir. Son fils Max Minghella -avec qui j’ai travaillé sur Horns– a écrit un script qu’il m’a remis un jour sur le plateau. Et c’était l’un des plus beaux scripts que j’avais jamais lu. Une histoire bouleversante. Je ne connaissais pas encore le livre mais je savais qu’il fallait que je le fasse. L’histoire commence à San Fransisco, c’est un petit garçon de neuf ans qui tombe d’une falaise dans l’océan et va se retrouver dans le coma. C’est une sorte de double-enquête, de thriller psychologique. D’un côté, il y a l’enquête de cet enfant dans le monde inconscient du coma qui va essayer de rassembler les pièces du puzzle pour comprendre ce qui est lui arrivé. Est-ce-qu’il est tombé ou est-ce-qu’on l’a poussé ? De l’autre côté, il y a l’enquête du docteur qui s’en occupe et va essayer de le ramener au réveil. Se faisant, il va tomber amoureux de sa mère. Il va alors se retrouver aussi au cœur d’un autre mystère. C’est une sorte de films à plusieurs couches sur les mystères sombres que l’esprit humain peut cacher. Il y a également du fantastique à travers le monde onirique de celui du coma.

Du coup, sur La Neuvième Vie de Louis Drax, on retrouve Aaron Paul, Sarah Gadon et Jamie « Mister Gray » Dorman.

AJA : Pour des raisons très différentes, ce sont trois personnages qui ont tous un retournement. Des personnages assez complexes avec pas mal d’épaisseur. Aaron Paul s’est imposé assez vite. Sarah Gadon également, même si le film avait été développé avec une autre actrice. Malheureusement, cette dernière a refusé au dernier moment en acceptant un autre film. Mais c’est vrai que j’avais envie de travailler avec Sarah. Je l’avais vu dans Cosmopolis et Maps to the Stars. Dans tous ses films, elle a une nouvelle personnalité. Dans A Dangerous Method, c’est une actrice qui interprète quelque chose qu’elle n’avait jamais fait auparavant. Dans Enemy également. Jamie Dorman est pour moi un acteur sous-estimé par ce qu’il a fait pour le genre à travers The Fall qui reste une série très intéressante. Il a livré une interprétation très loin de ce qui se fait habituellement chez les serial-killer. Il y a un côté extrêmement froid, simple et minimaliste dans son incarnation de ce tueur, au-delà de son rôle attendu dans Cinquante de Nuances de Grey que je n’ai pas encore vu. Son rôle de Mister Gray va peut-être nous aider à faire décoller le film.

Alexandre Aja, vous êtes également producteur. Notamment du prochain film de Johannes Roberts (Storage 24), The Other Side of the Door. Vous avez quelques infos sur l’avancement du projet ?

AJA : Oui, nous sommes actuellement en post-production. C’est un film de maison hantée qui se passe à Bombay (Inde), sur fond de mythologie hindouiste et de réincarnation. C’est un scénario original de Johannes qui m’a foutu une claque quand je l’ai lu. On retrouve le meilleur de Simetierre, et tout ça avec le côté exotique d’un couple américain et leurs enfants qui vivent en Inde et vont faire face au surnaturel. C’était une expérience incroyable de tourner en Inde avec l’aide de la Fox. On espère le sortir en salles d’ici la fin de l’année. Chez Fox, avec qui j’ai produit récemment The Pyramid, ils sont extrêmement contents. The Pyramid marche très bien au box-office mondial : Numéro 1 en Russie, Malaisie et Indonésie. Pour un film de 4 millions de dollars, on est quasiment sûr d’aller au-delà des 25 millions de recettes globales. Ils sont très contents. C’était d’ailleurs ça l’idée avec Fox. Sans le vouloir, on a commencé à travailler sur des sujets qui impliquent des américains ou des anglais dans des pays étrangers sur du cinéma de genre. The Pyramid en Egypte, The Other Side of the Door en Inde et on recherche encore d’autres idées. Il y a énormément de sujets super intéressants dans ce côté à faire sortir des gens de leur contexte. C’est difficile de faire quelque chose de rafraîchissant sur le thème de la maison hantée mais dès que tu arrives en Inde, tu découvres une autre dimension, plus inspiratrice.

Je reviens au casting mais cette fois du côté de l’équipe technique. Depuis vos débuts, on remarque que vous tournez avec la même équipe à quelques exceptions prêtes. Votre directeur photo Maxime Alexandre, votre scénariste Gregory Levasseur, Baxter au montage ou encore Rob à la musique. Vous produisez également les films de Franck Khalfoun. Est-ce-que dans le processus de création de vos films, c’est essentiel d’avoir la même équipe ? D’avoir la même famille sur chaque tournage ?

AJA : D’un point de vue purement égoïste de réalisateur, ce qui compte c’est le résultat. Le fait que je continue à travailler avec les mêmes personnes, c’est parce qu’à chaque fois je suis extrêmement heureux du résultat. On n’a pas pu travailler avec Maxime Alexandre sur Horns. Mais j’étais extrêmement heureux de travailler avec Frederick Helms (directeur photo sur Blue Velvet, Broken Flowers, etc.), qui est un géant de la photographie. J’adorerais refaire un autre film avec lui, et j’en referais surement un. Ca dépend des disponibilités. Je ne suis pas Ridley Scott. Je ne peux pas avoir une équipe qui reste assise à attendre que je fasse mon prochain film. Des fois, ils sont libres, des fois ils ne le sont pas. Quand on fait des films aux Etats-Unis où la direction artistique n’est pas un acquis, c’est vrai que c’est important d’avoir un groupe de gens fidèles autour de la création et qui partagent la même vision. C’est important de pouvoir s’accrocher à ce noyau dur.

Merci de nous avoir accordé un peu de votre temps, Monsieur Aja.

AJA : Merci à vous.

Entretien réalisé avec trois autres confrères, dont un rédacteur des Chroniques de Cliffangher.
Merci à Clément de l’agence Public Système pour avoir permis cette rencontre.

The Dark Knight – Le Chevalier Noir, un film de Christopher Nolan : Critique

Impressionnée par le travail de Christopher Nolan sur ses projets imposés, la Warner. avait laissé le réalisateur s’occuper du Prestige en toute confiance, et cela avait porté ses fruits dans le monde cinématographiques : succès critiques de grande ampleur et deux nominations aux Oscars (Meilleure direction artistique et Meilleure photographie). Ayant conscience des défauts de Batman Begins provoqués par le manque de libertés limitant à l’époque le réalisateur, la production décida alors de lui laisser faire le film qu’il voulait. Ni plus ni moins, Christopher Nolan s’attela rapidement à la tâche avec le scénariste David S. Goyer (qui travaillait toujours sur l’histoire depuis le premier opus) mais aussi son frère Jonathan, avec qui il avait accompli des merveilles sur Memento et Le Prestige, afin de livrer ce qui deviendra comme l’un des longs-métrages les plus marquants de sa filmographie et du cinéma des années 2000.

Synopsis : Alors qu’il est sur le point de mettre un terme à la pègre de Gotham City avec l’aide de Jim Gordon et du nouveau procureur Harvey Dent, en qui il voit un successeur, Bruce Wayne/Batman doit affronter un dangereux criminel sorti de nulle part se faisant appelé le Joker, et qui provoque le chaos le plus total dans la ville…

Sur le papier, pourtant, The Dark Knight n’avait pas grand-chose de bien passionnant à raconter, si ce n’est la continuité de Batman Begins en matière de thématique (la justice en opposition à la vengeance). Et tout cela pour quoi ? Juste pour mettre en scène un face-à-face entre Batman et son ennemi de toujours, le Joker ? Après avoir lu des dizaines de comics, vu des épisodes animés et le film de Tim Burton avec Jack Nicholson, les fans de l’Homme Chauve-Souris étaient vraiment en droit d’attendre autre chose que cette trame scénaristique un brin bateau. Sans oublier les innombrables clichés associés au genre des films de super-héros. Mais justement, c’est en faisant un simple thriller et non une banale adaptation de bande-dessinée que Christopher Nolan va trouver toute la puissance de son Dark Knight.

Ici, le cinéaste s’intéresse bien plus au personnage qu’est Bruce Wayne/Batman et à ce qu’il représente plutôt que les séquences d’action avec lesquelles il ne semblait pas vraiment à l’aise dans Batman Begins. Dans The Dark Knight, elles sont moins nombreuses (juste une course-poursuite et deux-trois corps-à-corps de quelques minutes) bien que plus posées et donc plus lisibles sans perdre leur panache ; permettant ainsi à Nolan de dévoiler son héros au grand jour, c’est-à-dire un simple être humain costumé et armé de gadgets qui fait plus appel à sa déduction plutôt qu’à ses poings (sujet un peu survolé dans Batman Begins). En procédant de la sorte, Nolan inscrit Batman dans un univers encore plus réaliste que dans l’opus précédent, le faisant évoluer dans une Gotham City bien plus proche du Los Angeles de Heat que de celui de Blade Runner, qui lui permet ainsi de donner une toute autre vision du super-héros, différente de l’image optimiste délivrée par Marvel et ses Iron Man, Spider-Man et autres 4 Fantastiques. The Dark Knight propose ainsi le titre de super-héros comme un lourd fardeau à porter qui, malgré un but louable, n’engendre que chaos et sacrifices. Un symbole qu’il faut être prêt à défendre même si cela attire des criminels fous dangereux et la colère des gens. En somme, Nolan livre un Batman sûr de lui mais plus tourmenté que jamais, qui doit combattre un Joker implacable et imprévisible au possible (dû au fait qu’il n’est ni histoire ni passé) ayant toujours une longueur d’avance sur son adversaire et se présentant comme la part sombre de ce dernier.

Et tout cela au service d’un thriller politique qui ne ménage jamais le Chevalier Noir, lui faisant vivre des moments qui remettent en question le statut de super-héros dans notre société. Un scénario qui capte l’attention du public sans jamais la lâcher, le surmenant également par un dynamisme exemplaire dû à des séquences parallèles (actions commentées et se déroulant en même temps) montées à la perfection, des trames secondaires bien écrites (la montée en puissance du Joker, le désarroi de la pègre, la succession de Wayne en Batman, le triangle amoureux Wayne/Dawes/Dent…), et une ambiance à la noirceur inattendue, embellie par la photographie de Wally Pfister et les compositions du tandem Hans Zimmer/James Newton Howard au top niveau, sans toutefois mettre un humour (souvent noir avec le Joker) bienvenue et mettant toujours dans le mille. Le tout, qui plus est, en utilisant les clichés des films de super-héros (femme en détresse, happy end…) pour mieux les contourner et étonner le spectateur comme jamais. Le Britannique fait donc ainsi de son film un divertissement hollywoodien se vantant d’avoir une efficacité et une intelligence rarement atteintes dans ce genre de blockbusters, qui ne laisse jamais son public indifférent, le malmenant aussi bien que son personnage principal avec des séquences, retournements de situation et autres révélations qui se présentent à chaque fois tel un uppercut à la puissance démesurée.

En somme, Christopher Nolan livre avec The Dark Knight un film de super-héros diablement réaliste, qui peut également compter sur un rendu visuel des plus bluffants. Bien loin du « délire » numérique de Batman Begins (déjà que ce film ne comporte pas beaucoup d’effets spéciaux par rapport à la moyenne du genre), The Dark Knight cumule les cascades et autres effets « faits à la main » (comme l’explosion d’un bâtiment) pour en mettre plein la vue, complétant le tout par l’ajout de très rares numérisations (dont l’impressionnant visage de Double-Face) pour que l’illusion prenne forme sans que l’œil devenu averti du public ne s’en rende compte. Il faut dire aussi que Nolan a su, une nouvelle fois, s’entourer de comédiens exceptionnels, reprenant ceux qui avaient fait fureur dans Batman Begins, effectuant des changements là où il fallait (Maggie Gyllenhaal remplaçant Katie Holmes) et faisant appel à de nouvelles têtes mémorables, dont un Heath Ledger qui vaut à lui seul le déplacement dans la peau du Joker. Un casting cinq étoiles auquel le spectateur s’attache sans aucune difficulté, lui permettant de ce fait de croire en la crédibilité, au réalisme de The Dark Knight ainsi qu’à sa cruauté inattendue dans ce genre de film.

Vous l’aurez compris, pour que Christopher Nolan réussisse pleinement un long-métrage, il doit avoir toutes les libertés possibles et inimaginables. The Dark Knight en est la preuve, le Britannique étant arrivé à réaliser un blockbuster maîtrisé de bout en bout, superbement écrit et qui n’ennuie jamais. Mieux, Nolan est parvenu à s’affranchir des nombreux codes du super-hero movie pour carrément réinventer le genre, faisant de son film le modèle de futurs projets hollywoodiens qui ne lui arriveront pas à la cheville (Man of Steel, par exemple). Et enfin, avec cette suite de Batman Begins, Nolan a su livrer l’un de ses meilleurs films. L’un des plus aboutis. Tout bonnement l’un des plus percutants en termes d’écriture, de mise en scène et de divertissement. Batman Begins avait fait renaître le Chevalier Noir de ses cendres, The Dark Knight le propulse au sommet de sa gloire !

 The Dark Knight – Le Chevalier Noir : Bande-annonce

Fiche technique : The Dark Knight – Le Chevalier Noir

Titre original : The Dark Knight
États-Unis, Royaume-Uni – 2008
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan, Jonathan Nolan et David S. Goyer, d’après les personnages créés par Bob Kane et Bill Finger
Interprétation : Christian Bale (Bruce Wayne/Batman), Heath Ledger (le Joker), Aaron Eckhart (Harvey Dent), Gary Oldman (l’inspecteur Jim Gordon), Maggie Gyllenhaal (Rachel Dawes), Michael Caine (Alfred Pennyworth), Morgan Freeman (Lucius Fox), Eric Roberts (Salvatore Maroni)…
Date de sortie : 13 août 2008
Durée : 2h27
Genres : Action, thriller
Image : Wally Pfister
Décors : Nathan Crowley et Peter Lando
Costumes : Lindy Hemming
Montage : Lee Smith
Musique : Hans Zimmer et James Newton Howard
Budget : 185 M$
Producteurs : Christopher Nolan, Emma Thomas, Charles Roven et Lorne Orleans
Productions : Warner Bros., Legendary Pictures et Syncopy
Distributeur : Warner Bros. France