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Rétro Burton : Alice au Pays des Merveilles, Critique

Adepte d’une filmographie compilant autant d’univers macabres que poétiques, résultant d’une vénération quasi papale pour les monstres, Tim Burton constitue à lui seul un étonnant paradoxe. Celui que de voir un réalisateur doté d’une carrière riche et résolument gothique attestant d’un anticonformisme délirant à l’heure de la culture mainstream, pourtant tutoyer les cimes du box-office.

Synopsis: Alice, désormais âgée de 19 ans, retourne dans le monde fantastique qu’elle a découvert quand elle était enfant. Elle y retrouve ses amis le Lapin Blanc, Bonnet Blanc et Blanc Bonnet, le Loir, la Chenille, le Chat du Cheshire et, bien entendu, le Chapelier Fou. Alice s’embarque alors dans une aventure extraordinaire où elle accomplira son destin : mettre fin au règne de terreur de la Reine Rouge.

Une relecture sombre et adulte du classique de littérature de Lewis Carroll.

Un chantre de la bizarrerie et du gothisme.

Postulat somme toute étrange à l’heure ou le didactisme hollywoodien semble comme engoncé dans une spirale mercantile, mais qui permet de mieux cerner le bonhomme, dégageant une prestance devenue légendaire faite d’un code vestimentaire ou tenue noire et lunette kitsch se mêlent, accentuant derechef l’aspect décalé de cet esprit embrumé.

Vous l’aurez compris, Tim Burton est comme un flocon de neige. Unique, versatile, indépendant. Un facétie que le principal intéressé n’a jamais cessé d’alimenter au gré d’une filmographie sacralisant plus que jamais son credo, fait de fantastique et de merveilleux et qui une fois de plus se retrouve employé ici avec une relecture sombre et tourmenté du classique de littérature anglaise de Lewis Carroll, Alice au Pays des Merveilles.

Qui oscille entre constance et réinterprétation.

Ayant provoqué un retentissant tollé sur la toile, l’annonce de Tim Burton comme réalisateur de la nouvelle adaptation en date d’Alice au Pays des Merveilles, passé la surprise, paraissait pourtant teinté d’une logique édifiante. Malgré la crainte légitime de voir cette œuvre, maintes et maintes fois portés sur le grand et le petit écran, scarifié par la mise en scène gothique de son auteur, l’annonce soulevait aussi un vent d’espoir, que celui de voir enfin un univers littéraire connu de tous pleinement assumer son absurdité et sa bizarrerie et ne pas succomber aux excès de ringardise et de kitsch comme l’avait été ses précédentes transcriptions.

Car, à bien des égards, l’histoire et l’univers d’Alice jouissent d’une certaine absurdité chronique. Une jeune fille curieuse, un lapin blanc à la montre de gousset, des flamands comme canne de cricket, et un monde ou la taille varie selon l’ingestion d’une boisson ou d’un gâteau ; autant d’éléments tendant à appuyer le qualificatif merveilleux et propres à réveiller les souvenirs d’enfance de chacun, initiateurs du roman originel.

Un background enfantin, qu’à pourtant voulu effacer Burton en usant de son approche sombre comme à l’accoutumée, pour esquisser ce qui constitue alors une sorte de suite à l’œuvre de Carroll, en la baignant notamment d’un relent psychologique nettement plus adulte, et en transformant la frêle héroïne du roman en une jeune femme quasi frondeuse, et loin de la bonhomie quasi artificielle des précédentes interprètes de cette blonde iconique.

Mais qui opère une certaine banalisation du mythe.

Une transcription audacieuse auquel fait écho la première scène du film, qui, montrant des gentlemen’s à l’époque victorienne, semble indiquer que Burton, malgré la féerie que son style véhicule, préfère baigner cette icône de la littérature dans une société en tout point banalisée, pour se dissocier de la veine puérile jusque alors échue au roman. Surprenante, mais subtile, cette amorce ne sert qu’à amener, le principal protagoniste du film, une certaine Alice.

Devenue une jeune femme douce, fragile quoique frondeuse – en somme radicalement différente de l’image idéalisée par Disney-  évoluant dans un monde engoncé dans ses traditions et promise à un mariage auquel elle ne tient, autant pour la rigueur que cela entraîne que par la laideur de son parti, lord londonien à l’intelligence présumée faible, Alice semble animé par la même curiosité du roman que de connaitre un monde sans diktat ou autres conventions à laquelle elle devrait se plier.

Par peur, sans doute celle du monde réel et de son trop grand formalisme, Alice s’enfuit à la poursuite du fameux lapin blanc et se retrouve finalement dans ce monde merveilleux dont elle a rêvée autrefois. Un monde qui a bien changé et qui vit sous le régime quasi despotique de la Reine Rouge (Helena Bonham Carter), qui à l’instar des anciens Roi de France habite dans l’opulence et fait régner la Terreur ; terreur qui selon une obscure prophétie, se verrait renversée par Alice.

Sans toutefois renoncer à son style.

Qu’on se le dise, espérer une itération burtonienne d’Alice au Pays des Merveilles, sans retrouver ses traditionnels gimmicks aurait été invraisemblable. Sans doute aussi inintéressant, puisque Burton de par son nom constitue un style, une patte indéniable précisément désirée par Disney. Et en ce sens, de par son approche allant résolument à contre-courant, Burton surprend tout en étant constant, car tout en conservant la sève du roman, il s’amuse à la scarifier par petits à-coups bien sentis et toujours aussi jubilatoire.

Univers mortifère et quasi apocalyptique, baignée par une noirceur et un ton grisâtre, personnages véhiculant une part de folie délirante (allant de la folie inhérente au personnage du Chapelier Fou, admirablement interprété par « la muse » de Burton, Johnny Depp à la folie extravagante de la Reine Rouge), récit initiatique et psychologique, autant dire que le matériau d’origine se retrouve travesti par Burton. Une modification qui à bien des égards peut prêter à confusion, mais qui sied parfaitement à cet univers absurde tant le metteur en scène a su bien s’entourer (Anne Hathaway, Christopher Lee, Alan Rickman, Michael Sheen) et dote son film (presque entièrement tourné sur fond verts) d’un univers psychédélique barré, baroque et très chevaleresque, accentuant une fois de plus l’ambition de l’œuvre que celle de dépeindre non pas une virée dans les méandres des rêves et des espoirs perdus, mais davantage une escapade dans les tréfonds de l’apprentissage, de l’éveil à l’âge adulte.

Quoique peut-être légèrement plus populaire qu’à l’accoutumée, Burton, opère ici la plus parfaite démonstration de son talent créatif, mais pèche sans doute par un ton et un phrasé beaucoup plus convenus que ses précédents films qui osaient compiler autant plaisir des yeux que bizarrerie chronique.

Alice au Pays des Merveilles : Fiche Technique

Titre orignal: Alice in Wonderland
États-Unis – 2010
Réalisation: Tim Burton
Scénario: Linda Woolverton d’après: les livres de: Lewis Carroll
Interprétation: Johnny Depp (le Chapelier Fou), Mia Wasikowska (Alice), Matt Lucas (Tweedledee et Tweedledum), Helena Bonham Carter (la Reine Rouge), Anne Hathaway (la Reine Blanche), Crispin Glover (Ilosovic Stayne, le valet), Stephen Fry (voix du Chat du Cheshire), Michael Sheen (voix du Lapin Blanc), Alan Rickman (voix de la Chenille Bleue), Frances De La Tour (tante Imogène), Geraldine James (Lady Ascot), Eleanor Tomlinson (Fiona Chattaway), Lindsay Duncan (Helen Kingsleigh)…
Image: Dariusz Wolski
Montage: Chris Lebenzon
Musique: Danny Elfman
Producteur: Tim Burton, Richard D. Zanuck, Joe Roth, Suzanne Todd, Jennifer Todd
Date de sortie: 24 mars 2010
Durée: 1h49

Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street : Critique

Sweeney Todd : Burton ou l’art du conte conte désenchanté 

Synopsis : Sweeney Todd, un barbier injustement envoyé en prison dont la vie de famille a été détruite, jure de se venger à sa sortie. De retour en ville pour rouvrir sa boutique, il devient le « Demon Barber of Fleet Street » qui « rase la gorge des gentilshommes dont on n’entend plus parler après »

Alors que les critiques s’acharnent sur le réalisateur et que tous pensent qu’il a perdu de son génie, Burton fait taire les médisants avec un excellent Sweeney Todd, Le diabolique barbier de Fleet Street. Une sanglante comédie musicale de Stephen Sondheim adaptée à l’écran par Tim Burton, qui nous présente un Londres charbonneux jubilant de personnages perfides et amers.

De la musique et des couleurs

C’est avant tout une comédie musicale, et les scènes chantés sont omniprésentes, toutes issues de l’oeuvre de Stephen Sondheim. Burton ne fera pas appel cette fois-ci à son acolyte de toujours Danny Elfman.`Les scènes chantées sont riches en émotions et en couleurs, on passe du Londres noir peuplé de vermines à chaque coin de rues au Londres en couleurs, nous sommes Sweeney Todd, nous sommes Benjamin Baker. La caméra peint à la couleur de l’âme du protagoniste, parfait anti-héros. La palette de couleurs reflète non seulement les différents moments de la vie de « Sweeney » mais aussi la perception qu’il a de son entourage. Optimiste en couleur, pessimiste en noir et blanc, la majorité du film est d’ailleurs en noir et blanc grâce au processus Digital Intermediate, afin de dépouiller l’oeuvre de la plupart de ses couleurs

Une ambiance Malsaine

Ce n’est pas un Londres où il fait bon vivre, entre damnés et indésirables, les riches qui déguisent à peine leurs vices « cachés » derrière un saupoudré de parfum. Dans cet univers malsain les scènes chantées, le jeu des acteurs et la stylisation burtonienne donnent un aspect comique et c’est là tout le talent du réalisateur. Il transcende le nihilisme par l’absurde, nous montrant comme des cannibales au sens propre.

Du grand Burton

Ce n’est pas une première pour Burton de faire dans le nihilisme mais il le fait bien. Accompagné de Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman et Sacha Baron Cohen, respectivement Benjamin Barker alias Sweeney Todd, Mlle Lovett, Le Juge Turpin et Pirell, le réalisateur a un casting de choix. On reconnait bien là Jonnhy Depp, toujours près à jouer des personnages à la santé mentale discutable avec une finesse remarquable, et on notera les similitudes qu’ont les 2 « adversaires » Turpin et Sweeney de négliger leurs entourages respectifs et d’être aveuglés pas leurs propres ambitions
En concoctant ce festin sauce sanguinolente, Burton retrouve sa fougue imaginaire, enchaîne avec enthousiasme les rebondissements, pour finalement laisser s’éteindre en chanson la passion de ce chef d’œuvre.

Sweeney Todd, le Diabolique Barbier de Fleet Street – Bande-Annonce (VF)

Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street : Fiche Technique

Titre orginale: Sweeney Todd : The Demon Barber of Fleet Street
États-Unis – 2007
Réalisation: Tim Burton
Scénario: John Logan
d’après: la comédie musicale de: Stephen Sondheim, Hugh Wheeler
Interprétation: Johnny Depp (Sweeney Todd / Benjamin Barker), Helena Bonham Carter (Mrs Lovett), Alan Rickman (le juge Turpin), Timothy Spall (Beadle Bamford), Sacha Baron Cohen (Signor Adolfo Pirelli), Jamie Campbell Bower (Anthony Hope), Laura Michelle Kelly (la mendiante), Jayse Wisener (Johanna), Ed Sanders (Toby)
Image: Dariusz Wolski
Montage: Chris Lebenzon
Musique: Stephen Sondheim
Producteur: John Logan, Laurie MacDonald, Walter F. Parkes, Richard D. Zanuck
Genre:
Date de sortie: 23 janvier 2008
Durée: 1h35

Charlie et la Chocolaterie de Tim Burton: Critique

Charlie et la Chocolaterie, un film éloigné de l’univers gothique qu’affectionne tant Tim Burton, le cinéaste noir

Synopsis : Charlie est un enfant issu d’une famille pauvre. Travaillant pour subvenir aux besoins des siens, il doit économiser chaque penny, et ne peut s’offrir les friandises dont raffolent les enfants de son âge. Pour obtenir son comptant de sucreries, il participe à un concours organisé par l’inquiétant Willy Wonka, le propriétaire de la fabrique de chocolat de la ville. Celui qui découvrira l’un des cinq tickets d’or que Wonka a caché dans les barres de chocolat de sa fabrication gagnera une vie de sucreries.

Tim Burton, connu pour ses films à la noirceur époustouflante et au macabre renversant, a aussi su réaliser Charlie et la Chocolaterie. D’ailleurs, pour certains, seul Tim Burton aurait pu réaliser ce film, car « le cinéaste noir » a su garder un pied dans le monde de l’enfance (peut-on parler de syndrome de Peter Pan ?). Lui seul pouvait porter à l’écran le best-seller de Roald Dahl, une histoire à la fois féerique et sombre, abordant les thèmes de la famille et de la solitude. Le cinéaste en fait un film personnel très sincère, qui nous transporte dans son univers, magique et poétique ! Et aussi étonnant que ce soit, on ressent dans certaines de ces scènes ses idées noires, jusque dans les séquences les plus colorées.

Burton a su saisir à pleine main l’acidité et la méchanceté du roman de Roald Dahl : les gamins, encouragés par leurs parents, courent après la bouffe, se gavent de compétition, boivent les images de leur télévision, sucent le sang d’un « daddy » qui cédera au moindre des caprices. Contrairement à un des enfants où le père de famille se contente de tourner des bouchons de dentifrice pour faire tenir debout la maison familiale qui penche dangereusement vers le sol. La demeure du chocolat, dont la clef n’est rien moins qu’un ticket d’or, devient alors dans ce film, une maison de correction pour enfants pas sages portant le nom de « Wonka », avec Willy Wonka en maître de maison, héros de l’histoire (ou presque), et personnage enfantin.

Tim Burton, qui retrouve pour la énième fois son acteur fétiche Johnny Depp, a réalisé un film familial cette fois-ci, loin de l’univers gothique qu’il affectionne tant d’habitude. Il en résulte alors une version originale où la magie et le rêve prennent vie grâce à cet univers si particulier. Une excellente mise en scène, avec des décors splendides, qu’ils soient en extérieur ou en intérieur (la gigantesque Chocolaterie Wonka par exemple), un énorme travail a été fait et cela se remarque très vite.

À l’intérieur de la chocolaterie, on croirait se retrouver au milieu d’un des décors du film Le Magicien d’Oz de 1939. En effet, les décors réalistes ou en images de synthèse apparaissent surréalistes. Pour l’anecdote : Les scènes ont principalement été tournées aux studios Pinewood, en Angleterre, et c’est tout un studio qui fut submergé par du chocolat liquide afin de les rendre crédibles. Des personnages attachants ou détestables (les fameux enfants conviés à visiter « l’usine à rêve »), l’interprétation des acteurs principaux est plus que parfaite, que ce soit Freddie Highmore (Charlie Buckett) ou l’épatant Johnny Depp (Willy Wonka). Burton a réussi une fois de plus un film, avec brio, grâce à un scénario passionnant, d’excellentes interprétations et, comme toujours avec le cinéaste noir, une superbe B.O composée par Danny Elfman.

Bande annonce : Charlie et la Chocolaterie

Fiche technique :  Charlie et la Chocolaterie

Titre original : Charlie and the Chocolate Factory
Pays d’origine : États-Unis Drapeau, Royaume-Uni
Année : 2005
Scénario : John August, d’après le roman de Roald Dahl
Producteurs : Brad Grey, Richard D. Zanuck, Katterli Frauenfelder1, Derek Frey2
Producteurs exécutif : Bruce Berman, Graham Burke, Liccy Dahl3, Patrick McCormick et Michael Siegel
Sociétés de production : Warner Bros., Village Roadshow Pictures et Plan B Entertainment
Sociétés de distribution : Warner Bros. Pictures, Warner Bros.
Directeur de production : Jessie Thiele
Direction artistique : Leslie Tomkins
Musique : Danny Elfman
Photographie : Philippe Rousselot
Montage : Chris Lebenzon
Décors : Alex McDowell
Costumes : Gabriella Pescucci
Format : Couleurs – 1,85:1 – DTS/Dolby Digital/SDDS – 35 mm
Genre : comédie, fantastique
Durée : 110 minutes
Dates de sortie France: 13 juillet 2005

Rétro Burton : Big Fish – Critique

Synopsis : L’histoire à la fois drôle et poignante d’Edward Bloom, un père débordant d’imagination, et de son fils William. Ce dernier retourne au domicile familial après l’avoir quitté longtemps auparavant, pour être au chevet de son père, atteint d’un cancer. Il souhaite mieux le connaître et découvrir ses secrets avant qu’il ne soit trop tard.

La vie rêvée d’Edward Bloom

L’entrée dans les années 2000 ouvre le paradoxe Burton. Alors que le réalisateur tombe de plus en plus dans une sorte de caricature de lui-même, le succès commercial commence enfin à être au rendez-vous. Comme si le reniement de son art et de ce qui faisait le charme de ses premières œuvres était nécessaire pour enfin devenir « bankable ». Une décennie qui s’ouvre avec un remake sans âme de La Planète des Singes et s’achève par la bouillie d’effets spéciaux qu’est Alice au Pays des Merveilles. Il est donc intéressant de constater que son plus gros flop est aussi son film le plus personnel de la période. Un film qui divise, une nouvelle fois, au sein de sa fanbase.

La lumière au bout du tunnel

Pour comprendre et apprécier Big Fish, il est important de se souvenir que Tim Burton n’aime rien tant que surprendre ses spectateurs (dans sa première partie de carrière, du moins). Il passe ainsi du film de commande Hollywoodien qu’est Batman à un conte gothique personnel et stylisé, et du biopic sobre et en noir et blanc à l’explosion de couleurs et au délire XXL. À partir de là, rien d’étonnant à le voir sortir, après deux films à la tonalité résolument sombres, ce beau conte tout en couleur et plein d’optimisme et de naïveté. Big Fish détonne dans la filmographie de son auteur, mais reste profondément marqué par sa personnalité.

Burton quitte un instant son imagerie gothique mais conserve ses monstres au grand cœur. À travers l’odyssée de cet homme ordinaire vivant des aventures extraordinaires grâce au pouvoir de son imagination (à moins que…), il peuple son univers de toute une galerie de personnages une nouvelle fois hauts en couleur. On est loin de la vision pessimiste et négative de l’humanité qu’il a développé jusqu’à présent. Peut-être l’approche de la paternité l’a-t-il guidé dans cette aventure simple et touchante. Toujours est-il que les valeurs d’amour et de transmission, si elles font écho à certaines de ses œuvres passées, n’auront jamais été aussi bien mise en lumière que dans ce film.

Freaks and geeks

On pourra reprocher à Burton d’avoir mis de l’eau dans son vin, d’aller à contre-courant de son univers habituel (ce qui n’est pas tout à fait vrai, tout de même), toujours est-il qu’il est difficile de ne pas s’émerveiller devant ce superbe conte, aux images léchées et à la mise en scène sobre. En l’absence de Johnny Depp (probablement pour cause de piratage, entre autres), c’est Ewan McGregor qui reprend le flambeau, avec une certaine jouissance. L’interprète d’Obi-Wan Kenobi prouve qu’il est également à l’aise dans des productions plus confidentielles, et plus légères.

S’il a surpris et déçu beaucoup des fans de Burton, Big Fish reste pourtant un conte enchanteur et léger. On est certes loin des obsessions morbides de son auteur, mais le film porte sans aucun doute sa patte, et il est intéressant de voir le contraste avec le reste de sa filmographie. D’autant qu’il s’agit, sans doute, de son dernier film véritablement personnel.

Big Fish – Fiche Technique

USA – 2004
Comédie
Réalisateur : Tim Burton
Scénariste : John August, d’après l’oeuvre de Daniel Wallace
Distribution : Ewan McGregor (Edward Bloom jeune), Albert Finney (Edward Bloom), Alison Lohman (Sandra jeune), Jessica Lange (Sandra Bloom), Helena Bonham Carter (Jenny/la Sorcière)
Producteurs : Dan Jinks, Bruce Cohen, Richard D Zanuck
Directeur de la photographie : Philippe Rousselot
Compositeur : Danny Elfman
Monteur : Chris Lebenzon
Production : Columbia Pictures, The Zanuck Company, Jinks/Cohen Company
Distributeur : Columbia Tristar Films

Auteur : Mikael Yung

La Planète Des Singes, un film de Tim Burton : Critique

La Planète Des Singes n’est pas, et de loin, le meilleur film de Tim Burton, de là à dire qu’il serait le moins bon, il n’y a qu’un pas.

Synopsis : 2029, station orbitale Oberon : des chimpanzés accomplissent des missions dans l’espace. L’un d’eux disparaît, le capitaine Leo Davidson tente de le secourir. Il est alors pris dans une tempête électro-magnétique qui le fait s’écraser en 5021 sur la planète Ashla. Sur place, Leo est fait prisonnier par des singes intelligents et parlants. Aidé d’une poignée d’esclaves et d’Ari, la fille d’un sénateur singe, Leo va tenter de rejoindre Oberon.

Tim, l’enfant (plus si) terrible

Une adaptation fidèle mais…

Car, si celui qu’on surnommait l’enfant terrible d’Hollywood avait réussi par deux fois à s’emparer d’une franchise pour la faire sienne et ainsi livrer deux Batman plus que réussis, il n’en va pas de même avec cette sixième adaptation du livre du Français Pierre Boulle. Si elle est la moins infidèle au roman (ce qui n’est pas difficile, comme dans le livre le voyage est à la fois spatial et temporel), cette version n’en reste pas moins un film sans l’âme de son réalisateur et, surtout, empli d’incohérences.

Money, money, money

Difficile donc, de retrouver le père impertinent d’Edward Aux Mains d’Argent sous ce déluge d’argent (100 millions de dollars tout de même, un de ses plus gros budgets), difficile d’ailleurs d’y retrouver le moindre réalisateur, tant il semble que ce film soit sorti tout droit d’une chaîne de montage cinématographique. Alors oui, tout cet argent a l’avantage de produire des effets spéciaux et un univers simiesques crédibles (mais tellement frileux), ceci jusqu’à la démarche des acteurs, gage d’authenticité. L’apparence des soldats fait partie des rares réussites, tout autant que les maquillages, qui n’ont rien à envier à ceux présents dans le film de 1968 réalisé par Franklin J. Schaffner. Ils en deviennent même troublants, au point qu’on en trouve presque Helena Bonham Carter désirable en chimpanzé.

Helen-Bonham-Carter-planete-des-singes-film-burton

Petits (bons) moments

Tim Burton n’a donc pas été totalement étouffé par une production qu’on imagine le mettant sous surveillance, puisque de cette ambiguïté homme-animal, naîtra un baiser final et furtif entre Leo l’humain et Ari la chimpanzé, un baiser qui faillit disparaître au montage. Burton conserve une part de l’aspect dérangeant de l’histoire de Pierre Boulle, une histoire qui nous renvoie à nos tendances anthropocentristes et même, pour certains, à leur ethnocentrisme, sur lequel ils basent leurs rapports sociaux. Mais on reste si loin de la pensée subversive que Tim Burton avait développée jusque ici… Il aura, avec ce film, subi le destin d’autres réalisateurs, effacés derrière une production qui veut seulement leur nom sur l’affiche en gage de rentrées d’argent supplémentaires.

Un casting castré

Dans cette pétaudière, les bons acteurs (chargés de rapporter encore quelques dollars) au générique se débattent comme ils peuvent, mais restent bien en dessous de leur jeu habituel. Pourtant ce casting est superbe, de Mark Wahlberg (La Nuit Nous Appartient, Les Infiltrés) à Helena Bonham Carter (Fight Club, Maudite Aphrodite) en passant par Tim Roth (Don’t Come Knocking, L’Homme Sans Âge), tous les ingrédients promettaient une performance, mais le cuisinier avait perdu la recette. Quant à la bande originale, parfaitement accolée à l’ambiance du film, souvent très martiale, elle s’avère incapable de s’imprimer dans la mémoire du spectateur. Pertinente donc, mais sans âme, à l’image du film en somme.

Un scénario mal écrit…

Mais le plus gros défaut de cette Planète Des Singes, qu’on parle de scénario ou de dialogues, reste la faiblesse de son écriture. Il suffit d’écouter en particulier les dialogues dont est affublé Mark Wahlberg, pour comprendre : c’est creux, plat, jalonné de clichés et transforme un astronaute égaré en héros badass sans cervelle. Le triangle amoureux qui se forme peu à peu entre Leo, Daena et Ari tient également de l’artifice, tant on ne comprend pas sur quoi il repose. Autant on sent une relation entre Leo et Ari, autant on la cherche en Leo et Daena, à moins qu’il ne s’agisse que de physique. Burton ne se prive pas non plus d’indigentes grosses ficelles, comme la chute de cheval de l’enfant, juste au moment de l’assaut donné par les singes. Seul petit moment de grâce dans ce scénario balisé : le réquisitoire de Charlton Eston, ex-membre honoraire de la N.R.A., contre les armes à feu et la violence des hommes. Un délice pour initiés…

…et sans cohérence

Mais les incohérences l’emportent par K.O. tant Tim Burton ne semble pas maîtriser le voyage temporel et ses implications, ni même s’en amuser autant que Robert Zemeckis avec son Retour Vers Le Futur. Citons pêle-mêle : la capsule (celle du singe) qui part la première et se pose comme une fleur, et atterrit sur la planète plusieurs jours après la seconde (celle de Leo) qui se crashe. Ou alors il y a une ironie, car Leo affirme d’entrée que les hommes font mieux le boulot que les singes. Le vaisseau mère de Leo qui semble s’être, comme sa capsule, écrasé sur la planète mais n’a pas, lui, voyagé dans le futur puisqu’il est là depuis des milliers d’années. Toutes ces incohérences semblent n’être là que comme des facilités de scénario qui permettent à Burton de sortir ses personnages de l’impasse.

La fin ne justifie pas les moyens

Parlons enfin de cette scène finale, qui fit beaucoup parler mais qui est à ce jour la plus fidèle au roman. Elle pose un constat accablant et sans aucune explication logique : les singes ont remplacé l’homme dans l’univers. Dans le film comme dans le livre, cette fin est frustrante bien que captivante. Elle n’offre aucune possibilité d’interprétation ni d’explication et impose au spectateur de l’accepter telle quelle. C’est en ça qu’elle frustre : elle est forte, elle n’a pas d’explication logique et personne de se donne la peine de nous donner un début de piste.

Et Tim se brûla les ailes

On regrettera longtemps ce ratage, qui marquait le début d’une lente descente du talent d’un Tim Burton de moins en moins irrévérencieux. En acceptant ce film, il s’est posé en alibi d’une production avide d’exploiter une franchise depuis longtemps laissée en jachère, oubliant du même coup une indépendance à laquelle il semblait tant tenir. Trop d’argent corrompt le talent, Tim Burton l’a oublié. Il ne reste guère que de fugaces instants où le maître gothique semble venir prendre une respiration, pour ensuite replonger dans les remugles de la super production hollywoodienne, attendant qu’on l’achève tant il sent que non, décidément, cet enfant bâtard ne peut pas être le sien.

La Planète Des Singes (Planet of the Apes) (2001) : Trailer

La Planète Des Singes – Fiche Technique

Titre original : Planet Of The Apes
Réalisation : Tim Burton
Avec : Mark Wahlberg, Helena Bonham Carter, Tim Roth, Estella Warren, Kris Kristofferson
Scénario : William Broyles Jr, Lawrence Konner et Mark Rosenthal d’après Pierre Boulle
Production : Richard D. Zanuck
Décors : Rick Heinrichs
Musique : Danny Elfman
Montage Chris Lebenzon
Costumes : Colleen Atwood
Photographie : Philippe Rousselot
Sociétés de distribution : 20th Century Fox, U.G.C. Fox Distribution
Budget : 100 millions de dollars
Pays : U.S.A.
Genre : science-fiction
Durée : 119’

Auteur : Freddy M.

 

 

 

Divergente 2: Musique, Bande Originale

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Divergente 2 : L’insurrection : Musique

Pour adolescents, vraiment ?

Il semble y avoir une constante dans ces franchises de films pour grands adolescents, outre le recyclage en série de thèmes usés jusqu’à la corde, les producteurs semblent persuadés que ce public a peu de goûts et se contentera indéfiniment d’une certaine médiocrité. La chose se confirme avec la bande originale de ce nouvel opus de Divergente, une bande originale qui ressasse les mêmes thèmes et chansons déjà entendus dans tous les autres films du même acabit. De faux rocks torturés pour sembler rebelle, un usage outrancier de la réverbération qui rendrait inaudible un chant naturel et une incroyable platitude des compositions. De bout en bout, on retrouve les mêmes accords, les mêmes arrangements et des mélodies similaires.

Seul point positif, et des moindres, tout cela est d’un professionnalisme absolu, qu’il s’agisse d’Imagine Dragons, de Royal Blood, ou d’Ana Calvi (qu’est-elle venue faire dans cette galère ?), tout cela être très propre sans qu’un son n’en dépasse. Voilà donc une production impeccable jusqu’à la stérilisation. Soyons clair, on n’écoute pas ici de la musique digne d’une Lorie en mode « repeat », mais typiquement de ces morceaux qui s’amusent à singer les plus grands artistes et à en faire une version « pour ados », alors que ces mêmes ados pourraient certainement trouver les originaux à leur goût. Mais on l’a dit, les producteurs les prennent pour des imbéciles…et se trompent.

On retrouve dans la B.O du film, avec au commande le compositeur Joseph Trapanese, des artistes  comme Ellie Goulding,  A$AP Rocky, Skrillex, le rappeur Kendrick Lamar, le Français Woodkid (Never Let You Down feat. Lykke Li), Zedd et M83 (Holes In The Sky, feat. Haim), Royal Blood (Blood Hands), Anna Calvi (The Heart of You)…

Ellie Goulding – Beating Heart

Soundtrack Insurgent (Theme Song) / Musique du Film Divergente 2 : L’Insurrection

Sortie : 17 mars 2015

Distributeur : Interscope records

Durée : 32’

Tracklist :

1. Holes In The Sky par M83 with HAIM

2. Blood Hands par Royal Blood

3. Never Let You Down par Woodkid

4. The Heart Of You par Anna Calvi

5. Sacrifice par Zella Day

6. Carry Me Home par Sohn

7. Warriors par Imagine Dragons

8. Convergence (Score Suite) par Joseph Trapanese

Divergente 2 : L’Insurrection mis en scène par Robert Schwentke est sur nos écrans cinéma depuis le 18 mars 2015.

Auteur : Freddy M.

BoJack Horseman, saison 1 : Critique

Synopsis: Vedette très appréciée d’une sitcom des années 1990, BoJack Horseman vit aujourd’hui à Hollywood, rejeté de tous et se plaignant de tout. De nos jours, on le suit alors qu’il tente de retrouver la célébrité avec une autobiographie écrite par sa nègre littéraire, Diane NGuyen. BoJack jongle entre une vie de débauche et des amis souvent encombrants : Princess Carolyn, tour à tour sa petite amie, son ex-petite amie et son agent, Todd Chavez, qui habite chez lui et se considère comme son colocataire, et Mr. Peanutbutter, son ami et ennemi à la fois, héros d’une sitcom du même style et de la même époque que BoJack, mais ayant toujours du succès.

Lancé en grandes pompes en septembre dernier avec l’ambition de devenir le leader national de la SVOD, ou vidéo à la demande par abonnement, Netflix s’est heurté à certaines barrières culturelles françaises peu enclines à cette nouvelle consommation de contenus audiovisuels. Bien qu’en perte de vitesse, le français moyen reste pourtant attaché à son téléviseur et son système simple et clair de chaînes télévisées. La situation est identique dans le reste de l’Europe où le géant américain s’est également lancé (Allemagne, Autriche, Belgique, Luxembourg, Suisse), ne bouleversant que très peu leur paysage audiovisuel. Accompagné pourtant d’une campagne publicitaire nationale agressive, omniprésente sur tous les écrans, Netflix aura néanmoins réussi à rassembler entre 250 et 500 000 abonnés français. Pas honteux lorsque l’on voit que les débuts de Netflix se sont fait dans la douleur, avec un catalogue bien trop faible en contenus par rapport au catalogue américain. Si les dirigeants de la filiale française se contentent de répondre que celui-ci évolue en permanence et qu’il faut laisser le temps à la marque de s’installer correctement, Netflix a l’ambition d’investir toujours plus dans des créations originales. Les succès de House of Cards, Orange is the New Black ou The Killing témoignent en leur faveur. Alors, en attendant Daredevil ou la série française Marseille, prenons le temps de revenir sur une création originale Netflix sous-estimée à sa sortie en août 2014.

Horsenication

Reconnu pour ses drames et ses odyssées historiques, Netflix n’avait jamais franchi le pas de l’animation et de la comédie (hormis la 4ème saison de Arrested Development). C’est désormais chose faite avec BoJack Horseman, une série au doux parfum d’anthropomorphisme sur fond de cynisme hollywoodien. Le nom Raphael Bob-Waksberg ne vous dit rien ? C’est normal, c’est son premier projet médiatiquement reconnu, même si ceux qui connaissent la troupe comique Olde English (célèbre pour ses courts en ligne) l’auront bien évidemment reconnu. La légende veut qu’il ait pitché BoJack Horseman avant un meeting avec des dirigeants de Netflix sur un coup de tête, en rassemblant les dessins d’une amie d’enfance accompagnés du synopsis d’un acteur has-been vivant à Los Angeles. Le tout sur fond d’anthropomorphisme, puisque Bob-Waksberg est friand de cet univers, dessinant des animaux depuis tout petit sur un ton plutôt mature. Démarche payante puisque Netflix s’est empressé de lancer la production de cette série. Après Maps to the Stars et le récent Birdman, le contexte actuel témoigne d’une envie des scénaristes de tirer à boulet rouge sur la sacro-sainte cité des Anges, et plus généralement du milieu de l’Entertainment. L’intrigue suit alors les pérégrinations de BoJack, ex-gloire d’une sitcom des années 90 dans un Hollywood aussi dément que déprimant où gravitent autour de lui d’autres personnages à la recherche d’une existence. Notre héros cheval est un personnage autodestructeur, plongé malgré lui au sein d’un environnement égocentrique dans lequel il a su percer grâce à sa lâcheté. Mais derrière ce personnage à l’estime de soi démesurée, il y a un cheval doté d’une certaine conscience qui souhaite se repentir de ce mode de vie. A l’instar d’un Matthew McConaughey revenu d’entre-les-morts, BoJack souhaite démarrer une nouvelle carrière et démontrer son talent. Mais il s’apercevra qu’il est difficile de quitter l’environnement qui l’a nourri toutes ses années et dont il se délecte toujours, jusque dans ses vices les plus immoraux.

Comment ne pas penser à Californication dans ces conditions ? Ce même personnage à la tête d’une œuvre unique qui a contribué à sa gloire et qui cherche vainement à se remettre en selles. Ce même personnage décadent qui ne trouve l’apaisement que dans la consommation exacerbée d’alcools, de drogues en tout genre et de sexe à outrance. Comme s’il s’agissait des preuves de son existence sur Terre. BoJack Horseman est un formidable portrait de la dépression, de ces êtres qui n’ont plus les pieds sur terre et se laissent aller dans une spirale infernale. Une déprime nécessaire qui compense avec une structure hilarante rendant le visionnage de cette série aussi intéressant, qu’introspectif et divertissant. Car c’est à travers sa collaboration avec une nègre (ghost-writer) chargée d’écrire ses mémoires que notre cheval va devoir prendre la mesure de son existence. Vaine et vaniteuse, BoJack est coincé dans un manoir de superficialité -on pourrait dire une version miniature d’Hollywood- où il erre dans des soirées mondaines à la recherche du sens de sa vie. BoJack Horseman est une critique féroce des travers d’Hollywood mais également une représentation des plus fortes des maux de notre société moderne.

Si à la fin de la première saison, on se dit que la série vaut clairement le détour et qu’on est bien content d’apprendre la mise en chantier d’une seconde, il faut reconnaître que BoJack Horseman a eu du mal à trouver ses marques. Les premiers épisodes ne savent clairement pas sur quel pied danser. Si au début, chaque épisode peut être pris (à peu près) indépendamment, à la moitié de la saison, il y a un fil conducteur principal, transformant la série en véritable feuilleton. Est-ce une comédie cynique ou un drame grinçant ? Difficile à dire avant que la série ne prenne un virage à 180°, et déroule quelques épisodes -décomplexés de toutes contraintes scénaristiques- véritablement décalés. Comme si Seth McFarlane était venu faire un tour en studio, jetant à la corbeille tout ce qui n’allait pas et apportant son humour ravageur et graveleux. Dès lors, le ton de la série trouve enfin son dosage entre punchlines et subtilités bienvenues. Sans oublier les situations cocasses avec cet environnement composé d’hommes et d’animaux en tout genre. Si les dialogues sont d’une efficacité remarquable, chaque épisode fait preuve d’inventivité au niveau visuel avec des gags de seconds plans qu’apprécieront les fins observateurs. Et puis quel casting vocal ! Will Arnett, Alison Brie, Aaron Paul, Stanley Tucci, Olivia Wilde, Naomi Watts et j’en passe. Certains ayant même l’autodérision de jouer leur propre rôle dans la série. A noter qu’Aaron Paul est également crédité au générique en tant que producteur exécutif.

Méprisé à sa sortie par des critiques peu emballés qui n’avait vu que deux ou trois épisodes, la série a retrouvé un second souffle avec des articles repentis qui saluaient l’effort d’ingéniosité et de structure dans la deuxième partie de la saison. Avec ces épisodes enrichis par des sous-récits, la série trouve vraiment sa place au sein des productions Netflix (et des productions télévisuelles en général) et s’avère être l’une des meilleurs séries d’animations pour adultes qu’il nous ait été donné de voir. Le basculement de ton soudain de la série, où l’égocentrisme de BoJack doit affronter le cancer en phase final de son acolyte de toujours, les conséquences d’un ami qu’il a trahi, une rupture amoureuse ou l’acharnement des médias, est une franche et mélancolique réussite. De comique ponctué par des éléments dramatiques, la série vire véritablement en drame biographique jonché de fulgurances comiques hilarantes. A ce niveau, on retiendra particulièrement l’avant-dernier épisode qui est un véritable foutoir de trips psychédéliques. Du n’importe-quoi qui témoigne de la nouvelle direction des scénaristes, moins coincés et en totale roue-libre. De par son univers anthropomorphiste, il y a par ailleurs une fraîcheur bienvenue qui démarque la série de ces productions qui se sont déjà emparées du sujet. Le monde de BoJack Horseman est étrange, hypocrite, vaniteux mais aussi terriblement attendrissant avec ces personnages solitaires en quête d’une raison de vivre, tout simplement. Une fresque désespérée et désespérante d’un personnage voué à vivre éternellement une sorte de crise existentialiste.

Et que dire de ce générique aussi somptueux que génial, signé Patrick Carney, le batteur des Black Keys !

Auteur de la critique : Kévin List

Fiche Technique: BoJack Horseman

Créateur : Raphael Bob-Waksberg
Année : 2014
Origine : Etats-Unis
Genre: Comédie, Drame, Animation
Format: 25min (12 épisodes)
Diffuseur : Netflix
1ère diffusion : 22 août 2014

Doublage original: Will Arnett (BoJack Horseman), Aaron Paul (Todd), Amy Sedaris (Princess Caroline), Alison Brie (Diane Nguyen), Paul F. Tompkins (Mr. Peanutbutter)

Retro Burton, Sleepy Hollow, La Légende du Cavalier Sans Tête

Sleepy Hollow est un conte noir et sanglant, librement inspiré de la nouvelle de l’écrivain américain Washington Irving sortie en 1820 et intitulée The Legend of Sleepy Hollow.

Synopsis : En 1799, dans une bourgade de La Nouvelle-Angleterre, plusieurs cadavres sont successivement retrouvés décapités. Les têtes ont disparu. Terrifiés, les habitants sont persuadés que ces meurtres sont commis par un étrange et furieux cavalier, dont la rumeur prétend qu’il est lui-même sans tête. Les autorités new-yorkaises envoient alors leur plus fin limier pour éclaircir ce mystère. Ichabod Crane (Johnny Depp) ne croit ni aux légendes, ni aux vengeances post-mortem. Mais, à  peine arrivé, il succombe au charme étrange et vénéneux de la belle Katrina Van Tassel (Christina Ricci).

 Gros succès commercial auprès des spectateurs, le film obtiendra de multiples récompenses pour ses effets spéciaux particulièrement réussis et sa direction artistique. Pour Burton, c’est la suite d’une carrière fructueuse et l’occasion de mettre en scène un univers horrifique qui perçait ponctuellement dans ses précédentes œuvres : après la comédie fantastique Mars Attack!, Burton se lance enfin dans une intrigue sombre et sanglante, prélude à l’orgie cannibale de Sweeney Todd.

Un univers visuel unique

Sleepy Hollow est structuré sur une opposition initiale entre croyance et rationalité : Ichabod Crane, jeune détective promoteur des nouvelles techniques de criminologie à la toute fin du 18e siècle, se bat contre l’obscurantisme et la barbarie archaïques du système judiciaire de l’époque. Envoyé dans la petite bourgade de Sleepy Hollow par l’effrayant bourgmestre de New York (Christopher Lee), Ichabod va être confronté à des phénomènes surnaturels qu’il tentera par tous les moyens de justifier par des techniques scientifiques farfelues, non sans raison : si le cavalier sans tête est bel et bien une créature magique, les meurtres suivent un dessein vénal qui ne peut être que d’origine humaine.

Afin de mettre en scène cet affrontement du bien et du mal, de la raison et de la magie, Burton s’est entouré d’Emmanuel Lubezki, directeur de la photographie sur Great Expectations (1998) d’Alfunso Cuaron l’année précédente, aujourd’hui oscarisé pour son travail sur Gravity et Birdman. Après avoir abandonné l’idée d’un film en noir et blanc, Burton et Lubezki décident d’opter pour une image quasiment monochrome, qui vient renforcer l’ambiance surnaturelle anxiogène de ce conte horrifique, utilisant également des procédés visuels traditionnels pour souligner l’antagonisme des personnages dont la blancheur morbide contraste violemment avec un environnement obscur.

Un rôle en or pour Johnny Depp

En 1999, Johnny Depp est depuis longtemps devenu l’acteur fétiche du réalisateur, endossant des rôles de héros fragiles et touchants. Dans Edward aux mains d’argent déjà (1990), première collaboration entre les deux artistes, on pouvait admirer les grands yeux innocents et la démarche mal assurée de la créature aux mains-ciseaux, invention inachevée d’un Docteur Frankenstein des temps modernes. Après Ed Wood, où Depp devient le véritable alter-ego fictionnel de Burton, c’est en détective chevronné et sensible que l’on retrouve l’acteur. Alors que Paramount avait demandé à Burton de considérer d’autres acteurs, au premier rang desquels Brad Pitt, Liam Neeson ou encore l’excellent Daniel Day-Lewis, le réalisateur est resté, heureusement, sur son choix initial. Johnny Depp fait là encore un sans faute et signe une interprétation très juste de ce personnage torturé et touchant.

Sleepy Hollow est donc le premier vrai film d’horreur d’un Tim Burton qui a longtemps flirté avec le genre. Le réalisateur ne cache d’ailleurs pas ses références, à Frankenstein surtout, lors d’une scène finale dans un moulin qui fait furieusement penser à celle du film de 1931. Distribué par les studios Paramount et produit par Francis Ford Coppola, Sleepy Hollow devait être un succès et le sera avec plus de 100 millions de dollars de recettes rien qu’aux USA.

Sleepy Hollow-Bande-annonce


Sleepy Hollow, La légende du  Cavalier Sans Tête : Fiche technique

Titre original : Sleepy Hollow
Année : 1999
Durée : 105 minutes
Genre : Fantastique, épouvante-horreur, thriller
Réalisation : Tim Burton
Casting : Johnny Depp, Christina Ricci, Miranda Richardson, Michael Gambon, Christopher Walken, Ray Park, Christopher Lee
Scénario : Kevin Yagher, Tom Stoppard et Andrew Kevin Walker, basé sur la nouvelle de Washington Irving
Musique : Danny Elfman
Société de production et de distribution : Paramount Pictures (USA), Pathé Distribution (France)
Directeur de la photographie : Emmanuel Lubezki

Rétro Tim Burton : Mars Attacks – Critique

Au milieu des années 90, Burton est au sommet de sa créativité. Sa vision résolument sombre des Batman, la poésie gothique d’Edward aux mains d’argent et le biopic d’Ed Wood en ont fait une valeur sûre d’un cinéma différent, loin des canons d’Hollywood et attirant un public en quête d’univers oniriques et délirants. C’est alors qu’arrive Mars Attacks, œuvre loufoque et résolument inclassable. Après Tarantino, qui trouve son inspiration dans les magazines Pulp de sa jeunesse, Burton fait encore plus fort en prenant pour point de départ…des cartes à collectionner offertes dans des paquets de chewing-gum. Ah, les années 90…

Y a-t-il un président pour sauver la Terre ?

Difficile, même 18 ans après, de vraiment cerner ce Mars Attacks. S’agit-il d’une sorte de parodie déjantée se moquant des films d’invasions extra-terrestre et du syndrome de toute-puissance des États-Unis au cinéma ? Après tout, le film est sorti quelques mois après Independence Day (coïncidence ?). Ou bien s’agit-il d’une simple farce cosmique, pour un Tim Burton décidé à surprendre ses fans comme ses détracteurs en s’ingéniant à ne pas suivre les sentiers battus ? Toujours est-il que le scénario est plus une enfilade de sketches autour des pires caricatures du genre qu’une véritable histoire de SF.

Pas moins de 23 personnages s’y suivent et s’y télescopent, de la hippie post-Woodstock et ses colombes au redneck ultra-patriotique et bas du front, en passant par un président incapable et sa famille névrosée. Fidèle à sa réputation, Burton montre une nouvelle fois sa passion pour les freaks à travers ce combat entre des aliens verdâtres et bavards et cette humanité condamnée à disparaître, victime de sa propre stupidité. À noter d’ailleurs que le film est probablement la plus belle brochette de stars affichée dans un seul film pour l’époque. Quand on sait que Johnny Depp ou Michael Keaton, ses deux chouchous, auraient dû figurer au casting…

En rouge et vert

Visuellement inspirée des fameuses cartes à collectionner, la direction artistique est un déluge de couleurs flashys et de trouvailles de plus ou moins bon goût. Tim Burton est au sommet de son art, lâchant totalement la bride à son casting qui prend visiblement un pied monstrueux. Il s’amuse comme un petit fou à s’approprier les codes du film catastrophe pour mieux les détourner, un peu comme il l’avait fait avec les films de super-héros et Batman. Petit problème, le succès ne sera cette fois plus au rendez-vous. Mars Attacks parvient tout juste à rentrer dans ses frais sur le sol américain, et ne fera guère mieux à l’étranger.

S’il a acquis avec les années un statut de culte, le film divise toujours autant. Pour certains, il s’agit de son sommet, et Burton s’est détérioré depuis. Paradoxalement, ce n’est qu’à partir de ce film qu’il commence à rencontrer le succès commercial. Pour d’autres, il ne s’agit que d’une purge visuelle d’une vacuité terrifiante. Chacun se fera son propre avis, bien sûr, mais il est difficile de nier le caractère à part de Mars Attacks dans le paysage cinématographique, et même dans la filmographie de son auteur.

Synopsis : Effervescence sur la planète Terre. Les petits bonshommes verts ont enfin décidé de nous rendre visite. Ils sont sur le point d’atterrir dans leurs rutilantes soucoupes. La fièvre des grands jours s’empare de l’Amérique dans une comédie de science-fiction nostalgique des années cinquante.

Mars Attacks! : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=ukTX26ca9gU

Mars Attacks! : Fiche Technique

Réalisateur : Tim Burton
Scénariste : Jonathan Gems
Interprétation : Jack Nicholson (le président Dale), Glenn Close (Marsha Dale), Pierce Brosnan (Donald Kessler), Natalie Portman (Taffy Dale), Annette Bening (Barbara Land)
Producteurs : Tim Burton, Larry J Franco, Paul Deason
Directeur de la photographie : Peter Suschitzky
Compositeur : Danny Elfman
Monteur : Chris Lebenzon
Production : Warner Bros
Distributeur : Warner Bros France
Genre : Comédie/Science-fiction
Date de sortie : 26 février 1997

USA – 1996

Auteur : Mikael Yung

Ed Wood, un film de Tim Burton : Critique

Loin des anti-héros gothiques et des univers expressionnistes qui ont jalonné ses précédents films, Tim Burton a pris à revers son public en signant la biographie d’un personnage depuis longtemps oublié, dont le seul point commun avec Pee-Wee Herman, Beetlejuice, Bruce Wayne et Edward aux mains d’argent est de vivre en décalage avec la réalité.

Synopsis : Dans les années 50, un jeune cinéaste naïf mais déterminé essaie de percer à Hollywood en réalisant des films de genre autoproduits, mais les échecs successifs de ses réalisations ne lui vaudront rien d’autre que la réputation d’être « Le plus mauvais réalisateur de tous les temps ». 

A Hollywood, tout est possible, à commencer par être médiocre.

Avec un sujet aussi peu attractif et un style réaliste aux antipodes des attentes des fans du réalisateur, l’échec commercial d’Ed Wood semblait garanti. Qu’est-ce qui a pris alors à Tim Burton de revenir sur le parcours du cinéaste le plus méprisé de son époque ? C’est sans nul doute une volonté de parler de son propre rapport à l’industrie hollywoodienne qui a servi de moteur à cette réalisation particulièrement personnelle.

Sans que l’envie de parler de soi ne vienne jamais parasiter la retranscription des déboires artistiques et personnels d’Ed Wood, le parallèle entre les deux cinéastes via leur envie commune de redonner ses lettres de noblesse au cinéma fantastique est évident et fait du long-métrage un miroir d’un microcosme qui n’a, en quarante ans, pas changé. La croyance aveugle de Wood en la magie du 7ème art en fait un personnage attachant, tout autant que son absence de talent le rend terriblement pathétique. Cet homme qui aimait tant le cinéma qu’il se pensait légitime à faire des films, de la manière qu’il aimait tant les femmes qu’il appréciait se travestir, est bel et bien un vrai rêveur, comme seul Tim Burton pouvait le transcender. Ses difficultés à financer ses films, le faisant constamment courir après des mécènes (tour à tour le producteur Georgie Weiss, l’actrice  Loretta King et l’église baptiste de Californie), et à coordonner sa vie amoureuse avec sa transsexualité, forment deux des principaux enjeux du long-métrage. Mais par-dessus ces deux approches matérielles du sujet, celui de la création artistique est évidemment la principale thématique du film.

Cette histoire vraie est filmée dans un noir et blanc d’une qualité esthétique saisissante, un choix qui désolidarisa La Columbia du projet, ce qui n’empêcha pas Tim Burton de poursuivre son travail selon ses propres envies. Le lien entre Burton et Wood fut ainsi renforcé par cette anecdote. La nostalgie qu’impose cette image léchée appuie merveilleusement la poésie de cette quête désespérée après le rêve américain. Elle donne surtout du crédit à la reconstitution de cette histoire qui pourrait sembler purement fictive, voire même tirée par les cheveux. En termes de réalisme, la façon dont sont filmés les tournages de La fiancée du Monstre et de Plan 9 from Outter Space relève d’un perfectionnisme remarquable, et ce tout particulièrement en ce qui concerne l’interprétation des acteurs. La performance de Martin Landau dans la peau de Bela Lugosi (dont l’amitié avec Ed Wood est elle-même calquée sur celle qu’entretenait Burton avec son idole Vincent Price) est la plus mémorable du film, et lui valut ses deux Oscars, celui du meilleur acteur dans un second rôle et celui du meilleur maquillage.

Les autres personnages, de Bunny Breckenridge (interprété par un Bill Murray délicieusement efféminé) à Criswell (Jeffrey Jones, hypnotique en charlatan pour télévision), en passant par Thor Johnson (incarné par le catcheur George Steele), sont autant de figures bigarrées que l’on croirait tout droit sorties de l’imagination fertile de Tim Burton. Et pourtant, la réalité des faits (que rappelle l’apparition surprise d’un individu dont personne n’oserait remettre en doute l’existence, Orson Welles interprété par un Vincent D’onofio très juste) est un signe fort de la loufoquerie ambiante à Hollywood, ville de tous les possibles. Sans pour autant être un happy-end, puisque l’on nous y rappelle que le grand projet d’Ed Wood fut un parfait nanar, la fin du film reste optimiste en vantant la façon dont, avec une volonté de fer, chacun peut réaliser ses rêves. Même une fois devenu une icône de la contre-culture, Ed Wood ne retenta jamais l’expérience du cinéma, il aura donc fallu attendre que ce soit Tim Burton qui réhabilite son travail, à défaut de son œuvre, prouvant ainsi à la fois son goût pour les causes perdues (déjà sensible dans ces réalisations antérieures) mais surtout son amour du cinéma, sous quelque forme que ce soit.

Ed Wood : Bande-annonce

Ed Wood : Fiche Technique

Réalisation: Tim Burton
Scénario: Larry Karaszewski, Scott Alexander
Interprétation : Johnny Depp, Martin Landau, Bill Murray, Sarah Jessica Parker, Patricia Arquette, Jeffrey Jones….
Directeur de la photographie : Stefan Czapsky
Montage: Chris Lebenzon
Compositeur : Howard Shore
Producteur: Tim Burton
Production: Touchstone Pictures
Budget : 18 000 000 $
Genre: Biopic
Durée: 125 min
Date de sortie: 21 juin 1995

Etats-Unis – 1994

Fast And Furious 7 : Musique, Bande Originale

Bo, Soundtrack, musique du film Fast & Furious 7

Street Music

Fast And Furious 7 (tout comme Need For Speed) est à la fois une série de jeux vidéo de films, consacrés à la conduite automobile plutôt virile. Le genre de production qui met en scène des bandes de jeunes, accrocs à l’adrénaline automobile et qui semblent confondre routes publiques et circuits fermés. Il y a encore dix ans de ça les bandes originales, aussi bien de ces films que de ces jeux vidéo, étaient faites presque exclusivement de morceaux de groupes de rock, tels que les Smashing Pumpkins ou Linkin Park. Puis il y eu un glissement, allez savoir pourquoi, peut-être dû aux goûts changeants des fans de ce type de production.

Toujours est-il qu’aujourd’hui, le rock à cédé la place à ce que certains appellent un peu facilement les musiques de rue, telles que le rap, le hip hop et le r’n’b. Résultat, une bande originale gonflée à la testostérone, à la frime, à l’adrénaline et aux relents de tunning. Aucune musique additionnelle à l’horizon, uniquement des morceaux bad ass aux rythmes lourds, appuyés et pleins de morgue. Bref, une bande originale tout à fait à l’image du long-métrage qu’elle accompagne : donner à un film plein de frime une musique elle aussi, pleine de frime. Un défaut ? Sûrement pas, juste une affaire de goûts et d’affection pour un genre.

Découvrez le clip Ride Out :

Musique Fast And Furious 7 : Kid Ink, Tyga, Wale, YG, Rich Homie Quan

Apres le clip Ride out, d’autres clips sortiront durant les prochaines semaines, celui de My Angel le 3 mars, Off-Set le 17, How Bad Do You Want It  le 24 et  See You Again le 6 avril !

Durée : 61’

Distributeur : Atlantic Recordings

Sortie : 17 mars 2015

Tracklist : Fast & Furious

1. Ride Out par Kid Ink, Tyga, Wale, YG, Rich Homie Quan

2. Off-Set par T.I. & Young Thug

3. How Bad Do You Want It (Oh Yeah) par Sevyn Streeter

4. Get Low par Dillon Francis & DJ Snake

5. Go Hard Or Go Home par Wiz Khalifa & Iggy Azalea

6. My Angel par Prince Royce

7. See You Again par Wiz Khalifa (feat. Charlie Puth)

8. Payback par Juicy J, Kevin Gates, Future Sage The Gemini

9. Blast Off par David Guetta & Kaz James

10. Six Days (Remix) par DJ Shadow (feat. Mos Def)

11. Ay Vamos par J. Balvin (feat. French Montana and Nicky Jam)

12. GDFR (Noodles Remix) par Flo Rida (feat. Sage The Gemini And Lookas)

13. Turn Down For What par DJ Snake & Lil Jon

14. Meneo par Fito Blanko

15. I Will Return par Skylar Grey

16. Whip (Bonus Track) par Famous To Most

Auteur : Freddy M.

 

1001 grammes, un film de Bent Hamer : Critique

Après le beau Oslo 31 Août de Joachim Trier, 1001 grammes, le nouveau film de Bent Hamer donne du cinéma norvégien la même impression de mélancolie douce-amère et diffuse, la même idée de la solitude des êtres, la même sensation de calme et de sérénité, la même « norvégianité » en somme : des films aérés, minimalistes et qui vont droit au but.

Synopsis : Lorsque Marie, une scientifique norvégienne, assiste à un séminaire sur le poids réel du kilo à Paris, c’est son propre étalon de la déception, du chagrin, et surtout de l’amour, qui se retrouve sur la balance…

L’effet papillon

Marie est une scientifique employée au bureau norvégien de vérification des poids et des mesures, et s’occupe en particulier du calibrage des kilos-étalons de son pays, la Norvège. Un travail qu’elle partage avec son père, scientifique au même endroit, avec qui elle a des relations discrètes, comme ces « pauses clopes » quotidiennes dans un hallucinant couloir, d’une longueur qui les éloigne mais d’une étroitesse qui les unit. En dehors de ces discussions parcimonieuses avec son père, elle est engluée dans une vie rectiligne et nette, vivant dans une maison trop grande et trop vide,  toute en angles, avec nulle part où se nicher, subissant les caprices d’un ex-petit copain qui prend tout son temps à récupérer ses affaires, enserrée dans sa minuscule voiture électrique. Quand on la voit s’installer chichement dans la pénombre de son salon, au coin d’un feu qui n’est pas là, avec son verre de vin et sa cigarette, on la sent désenchantée, désemparée, même. Elle a le blues, de ce  bleu que Bent Hamer utilise à profusion pour ses habits, pour son lieu de travail, pour sa voiture électrique, pour son univers glacé qui fait un peu froid dans le dos.

La description du quotidien quasi-robotique de Marie est très bien amenée par le réalisateur, il y a dans ce film quelque chose du Brazil de Terry Gilliam qui aurait été réalisé par  Kaurismaki, quelque chose de très poétique et de légèrement absurde.

Le thème du film porte sur le poids, un beau sujet propice aux métaphores qui sont ici certes plus ou moins appuyées. Marie et son père manipulent les poids- étalons du Bureau, mais ils s’interrogent aussi sur le poids de leur propre existence, le père qui porte sa culpabilité d’avoir accepté que son frère soit déshérité à son profit d’une ferme qu’au fond, il n’a jamais exploitée ; la  fille qui porte le poids de sa solitude, d’une vie trop étriquée et sans but, celle qui donne le plus lourd fardeau, « celui de n’avoir rien à porter sur son dos ».

L’actrice Ane Dahl Torp est parfaite dans cette performance assez low-key, où elle fait paraître le moins de sentiments tout en faisant ressentir que sous toute cette glace couve un feu depuis longtemps.

Dans la deuxième partie du film, elle donne une toute autre facette à voir, tout aussi parfaitement travaillée. Suite à l’accident cardiaque de son père, Marie le remplace au pied levé  au congrès du kilo à Paris. Ce périple commence par une conférence dont la sévérité même est la source du comique de la situation. Ces scènes au Bureau International des Poids et Mesures constituent le passage le plus drôle du film, une bouffée  de fraîcheur qui contrebalance de manière très opportune le sérieux de la première partie du film. La vénération du poids originel, « Mère de tous les kilos » est proprement hilarante : présenté aux conférenciers en extase contenue, il est manipulé comme une bombe atomique, admiré comme les joyaux de la couronne, protégé comme un nouveau-né. La présentation est suivie d’ un très beau défilé de tous sous un éclatant soleil parisien, le kilo dans une main et un parapluie (bleu) dans l’autre, une scène qui fait penser à Isao Takahata (et à son récent Contes de la princesse Kaguya) : primesautier, délicat, onirique.

Le ton du film change graduellement : la lumière devient chaude, les couleurs dorées, et le sourire affleure le visage jusque là impassible de Marie. Toute cette chaleur humaine semble enfin la réveiller à elle-même et aux autres. Tout le poids s’envole avec l’entrée en scène de Pi, un scientifique du Bureau qui s’est reconverti en jardinier. Interprété avec beaucoup de douceur par Laurent Stoker,  ce personnage est la clé qui permet à Marie de sortir du carcan qu’elle s’est imposée. La voilà tout à fait différente, lâchant prise, une chrysalide enfin prête pour le monde qui l’entoure.

1001 grammes a peu de choses à raconter, mais ce sont des choses essentielles et Bent Hamer les raconte délicieusement. C’est un film minimaliste dont les scènes les plus structurantes se passent hors-champ, telle par exemple la séparation avec son petit copain que seuls les allers-retours sont montrés, signifiant de manière forte qu’entre ces deux-là, il n’y a plus rien à dire. Et quand ce n’est pas hors champ, Les plans sont de toute beauté, nets et symétriques, ou au contraire d’une poésie folle comme cette âme qui sous nos yeux « s’élève » d’une façon bien belle et inattendue…

1001 Grammes – Bande-annonce VOST

1001 grammes : Fiche Technique

Titre original : 1001 gramm
Réalisateur : Bent Hamer
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 11 Mars 2015
Durée : 93 min.
Casting : Ane Dahl Torp (Marie), Laurent Stocker (Pi), Hildegun Riise (Wenche), Stein Winge (Ernst), Per Christian Ellefsen (Moberg), Didier Flamand (Gérard)
Scénario : Bent Hamer
Musique : John Erik Kaada
Chef Op : John Christian Rosenlund
Nationalité : Norvège, Allemagne, France
Producteur : Bent Hamer, Christoph Friedel, Marianne Slot, Claudia Steffen
Maisons de production : Bulbul Films, Pandora Filmproduktion, Slot Machine, ZDF/Arte
Distribution (France) : Les films du Losange