Synopsis: La famille Rayburn se réunit au grand complet dans son hôtel de l’archipel des Keys, lorsque les parents doivent être honorés par la communauté. Les quatre enfants sont là et parmi eux, Danny, l’enfant terrible, va bouleverser l’équilibre précaire qui maintenait la famille unie, en dépit des fantômes du passé.
La Ligne Rouge
Du Kessler dans le texte
Après la série Damages, qui avait rappelé que Glenn Close est une grande actrice, Bloodline est le deuxième bébé des frères Kessler en huit ans. Todd A. Kessler et Glenn Kessler sont des couturiers, des maîtres orfèvres de la série télévisée. N’aimant pas les projets simultanés, ils s’attachent à ne scénariser qu’une série à la fois, travaillant peu mais travaillant bien. L’empire Netflix, au chiffre d’affaire en croissance exponentielle, a trouvé son mètre-étalon avec Bloodline, l’unité de mesure des séries à venir qui, désormais, se calculeront en « Bloodline ». La production s’est donc attachée à ne rien laisser au hasard, tout dans cette série est travaillé, retravaillé dans le moindre détail, pour atteindre un sentiment d’absolu.
Pater familias
Bloodline c’est l’histoire de la famille Rayburn, une histoire qui se comprend à travers des contrastes. Contraste entre l’insouciance factice du premier épisode et l’accablement qui domine le dernier. Contraste entre le paradis qui sert de décor à la série et l’enfer que vit cette famille. Une famille minée par le doute, la culpabilité et la honte ne pas être réellement ce qu’elle prétend être. Bloodline c’est l’histoire de la famille Rayburn, des fantômes qui les hantent, de leurs actes coupables et de leurs lâchetés. L’histoire d’une famille qui sacrifia un de ses membres ou profit d’un autre. L’histoire de Danny, de sa vie gâchée pour préserver les apparences et le patrimoine familial, l’histoire de ses trois frères et sœur qui, sous des airs de boys-scouts, cachent les démons de leur honte.
L’art délicat de la gradation
Du générique esthétique aux couleurs intenses, des cadrages à la mise en scène techniquement irréprochable, tout est fait pour proposer une série qui frôle la perfection à chaque instant. On sent une énorme ambition, celle du haut de gamme télévisuel. Bien sûr, il faut accepter de prendre son temps, le rythme de Bloodline est loin de la frénésie d’unWalking Dead. L’action y est très rare et on ne comprend la tournure des événements qu’à partir du huitième épisode, lorsque Danny révèle ses véritables intentions. Avant ça, c’est une succession de fausses pistes, de crescendos vers un drame inexorable, de flashbacks et de flashforwards. Dans Damages, leur précédente série, les frères Kessler avaient déjà démontré qu’ils maîtrisent parfaitement ce procédé d’allers-retours, rebelote ici, avec la même maestria.
Jeunes et vieux
La production, forte de la qualité de Damages et de la force de frappe, désormais incontestable, de Netflix, est allée recruter parmi le gratin des acteurs passés et présents. Elle brouille encore un peu plus la frontière entre cinéma et télévision, frontière dont la disparition est désormais inexorable. Il y a les anciens tels Sissy Spacek (Carrie Au Bal Du Diable, Missing, JFK), tellement atypique avec ce jeu tout en grands regards bleus. Il y a Sam Shepard (Juillet De Sang,Mud – Sur Les Rives Du Mississipi), une « gueule » de cinéma faite pour ce rôle de patriarche imparfait. Il y a les jeunes avec la toujours ravissante Linda Cardellini (Le Secret De Brokeback Mountain, Scooby-Doo), crédible sans atteindre le niveau de l’exceptionnel Kyle Chandler (King-Kong, The Spectacular Now,Le Loup De Wall Street) qui trouve là son meilleur rôle, plein d’épaisseur, de force et de désespoir. Lui qui au mieux, jouait le gentil un peu benêt dans King Kong, trouve enfin le sens de sa carrière de comédien et un rôle à sa hauteur.
La ligne de sang
Alors quelle est cette ligne de sang ? S’agit-il de cette lignée des Rayburn, dont l’histoire est tachée par le sang de la violence et de la mort ? S’agit-il de cette ligne d’horizon en fin de générique, que le coucher de soleil rend rouge sang, symbolisant cette famille enfermée dans le malheur ? Autant de questions sans réelles réponses, qui laissent en bouche un goût exceptionnel, comme ces grands crus qui rassurent par leurs qualités et surprennent par leur audace. Quel dommage alors que la scène qui clôt la première saison ressemble à tellement d’autres, une scène bien trop téléphonée et l’effort de mise en scène n’y change pas grand-chose. Mais au fond, ça reste une broutille dans un océan de qualités. Netflix a encore frappé, mais bien plus fort que d’habitude.
Fiche Technique : Bloodline
Scénario : Todd A. Kessler, Glenn Kessler & Daniel Zelman
Pays: U.S.A.
Distributeur: Netflix
Production : Sony Pictures Television
Casting : Lori Wyman & Aaron Kuhn
Direction artistique : Jason Baldwin Stewart
Décors : William A. Cimino
Costumes : Frank L. Fleming, Lisa R. Frucht & Kate Healey
Effets Spéciaux: John Patteson
Musique : Tony Morales & Edward Rogers
Première diffusion : 20 mars 2015
Format : 13 épisodes de 52’
Statut : En cours
Distribution : Kyle Chandler, Ben Mendelsohn, Linda Cardellini, Norbert Leo Butz, Jacinda Barrett, Jamie McShane, Enrique Murciano, Sam Shepard, Sissy Spacek
Synopsis:Ichabod Crane, espion pour le compte de George Washington durant la guerre d’indépendance se réveille au xxie siècle dans la ville de Sleepy Hollow, dans État de New York. Il n’est pas le seul à revenir d’entre les morts puisque le cavalier sans tête le suit et tue le shérif de la ville, August Corbin. Abbie Mills, ex-partenaire du shérif, se retrouve à faire équipe avec Crane pour résoudre les crimes et les mystères qui entourent le cavalier sans tête.
Le cavalier s’entête…
De cette série on attendait pas grand chose et, surprise, la première saison fut suffisamment délirante pour obtenir un joli succès d’audience et être reconduite pour une deuxième saison. On retrouve donc nos deux témoins de l’apocalypse, Ichabod et Abbie pour de nouvelles aventures face aux forces du mal, après un passage dans le purgatoire et la libération de Katrina Van Tassell. Le duo de choc tente de retrouver sa routine tout en essayant de gérer les profond changement dans leurs dynamique. Il faut maintenant compter sur le retour d’une épouse et la présence du cavalier de la guerre, Henry Parish, qui n’est autre que le fils d’Ichabod et Katrina, tandis que de nombreux personnages de tout bord convergent vers Sleepy Hollow.
Cette saison peut aisément se diviser en deux parties, une première particulièrement efficace et une deuxième un peu ratée. A cause d’un choix de production un peu hasardeux, la fox proposa non pas 13 épisodes comme l’année dernière mais 18. Une forme assez inédite dans le paysage télévisuel américain qui n’est pas sans conséquence sur la teneur de l’intrigue. Les 13 premiers épisodes présente donc la suite du combat contre Moloch et les divers plans d’Henry pour permettre son retour sur terre. Le développement est efficace, l’histoire palpitante et les relations entres les personnages évolue de la meilleure façon possible. Ichabod continue de s’adapter à son nouvel environnement, proposant toujours des analyses assez fines de nos coutumes modernes étranges et de nouveaux personnages viennent s’ajouter à la bande, comme Hawley, un chasseur de trésor, sorte de Benjamin Gates version télé. Ajoutant ça et là quelques indication toujours bien placé sur la vie et les loisirs des personnages (on va pas s’arrêter de vivre pour une apocalypse après tout), tout cela se suit sans déplaisir. Mieux, on a vraiment l’impression que la série a trouvé son rythme parfait, équilibrant avec justesse humour, action, horreur et culture générale. Il s’agirait presque d’un sans fautes, si certains personnages n’avait pas été laissé sur le bord de la route.
C’est malheureusement le cas de Katrina, qui malgré sa condition de sorcière et son lien avec Ichabod n’arrive pas à être intéressante. Une déception car le personnage avait franchement du potentiel, mais les scénaristes ne semblent pas véritablement inspirés par cette présence, pire elle semble véritablement être un fardeau, s’intégrant assez mal dans les intrigues et semblant toujours débarquer comme un cheveux sur la soupe et n’évoluant pas véritablement dans sa psychologie. Peut être que deux personnages féminin fort c’était trop osé pour les producteurs… Une occasion manquée de renforcer la mythologie de la série. Le pire arrivant après la mi-saison qui ressemble a s’y méprendre à une fin de saison. Toutes les intrigues se retrouvent résolues, bien qu’il reste encore quelques épisodes. Et à partir de là c’est un peu la chute libre…on se demande où va la série. Les nouvelles histoire ne semblent faire office que de remplissage, convoquant ça et là divers folklores du monde (La déesse Kali, Solomon Kane…) pour maintenir paresseusement l’attention. Avec quand même une réussite : l’histoire du tableau serial killer est un pur moment d’horreur qui fait froid dans le dos. Néanmoins le cavalier sans tête est toujours relégué au second (voir au troisième) plan et Henry, autrefois grand méchant, passe dans le décor sans faire de vagues.
La déception finale arrivera dans les deux derniers épisodes, où les auteurs nous font miroiter deux fois de suite un bouleversement majeur (le réveil d’un nouveau couvent de sorcière et un voyage dans le temps) qui aboutira chaque fois à une restauration du statut quo…même si la reprise de « Sympathy for the devil » en mode colonial est assez jouissive. Les scénaristes craignait sûrement l’annulation de la série et voulait proposer une fin satisfaisante pour les fans, mais maintenant qu’elle est renouvelée pour une troisième fournée, on ne peut que regretter ce manque de prise de risque qui aurait véritablement fait repartir la série vers de nouveaux horizons plus excitant. En l’état, cela n’augure plus grand chose de bon tant on se demande ce qu’ils pourront bien raconter par la suite. Toujours est il que Sleepy Hollow a fait le bon choix de rester divertissante et décomplexée en alliant parfaitement humour et références mystiques, avec des acteurs qui s’en donnent toujours à cœur joie.
Sleepy Hollow : Fiche Technique
Créateurs : Roberto Orci, Alex Kurtzman, Phillip Iscove, Len Wiseman
Chaîne de diffusion : FOX
Casting : Tom Mison, Katia Winter, Orlando Jones, Nicole Beharie, Lyndie Greenwood, Jahnee Wallace
Nationalité : Américaine
Genre : Science fiction, Thriller
Nombre d’épisodes : 18
Format : 42 minutes
Comment ne pas dire que ce nouveau film de Wang Bing est un chef d’œuvre ? À la folie, un film dont on a du mal à croire qu’il n’interpellera pas n’importe lequel de ses spectateurs ? Un film qui ne fait pas de concession, qui propose jusqu’à près de vingt minutes de plan-séquence sur un homme qui marche et qui marche encore, sans aucun but, dans la pénombre d’une pauvre rue d’une pauvre ville de la province du Yunnan, bouleversant dans sa solitude, dans le vide qui l’enveloppe…
Synopsis: Un hôpital psychiatrique du sud-ouest de la Chine. Une cinquantaine d’hommes vivent enfermés traînant leur mal-être du balcon circulaire grillagé à leur chambre collective. Ces malades, déviants ou opposants, éprouvent au quotidien leur résistance physique et mentale à la violence d’une liberté restreinte. Wang Bing nous plonge dans la « folie » de la Chine contemporaine…
Le grand sommeil
Wang Bing est un grand cinéaste et un grand artiste, mais avant tout un homme qui nous livre une réalité qui donne à réfléchir, qui nous extirpe de notre zone de confort et nous met dans ce bain d’émotions qu’en final on attend de chaque projection.
Tourné presque dans la foulée de son précédent chef d’œuvre, Les trois sœurs du Yunnan, une poignante chronique de la vie paysanne à hauteur de trois fillettes abandonnées à elles-mêmes, A la folie a également été tourné dans ce même secteur suite à une rencontre providentielle, dans un « hôpital psychiatrique » municipal, le seul qui ait accepté ce tournage. Wang Bing dispose d’un matériau de plus de 300 heures de film, et suit sur près de 4 heures la vie d’un vingtaine de ces « patients », les internés comme il les appelle dans les cartels minimalistes qui indiquent leur nom et la durée de leur enfermement.
Chaque personne qu’il a choisi de nous présenter est suivi pendant de longs plans-séquence dans leur quotidien, un quotidien livré à la vue plus ou moins indifférente de tous, dont l’intimité fait partie de l’espace public, dont la folie, la phobie, ou au contraire la trop grande lucidité sont partagées par tous. Les « habitants » mêlent leur vie difficile dans des chambrées qui sont les derniers marqueurs d’un semblant d’individualité, avec en tout et pour tout leur lit et leur pot de chambre comme biens personnalisés. Les fonctions primaires qui leur tiennent lieu de vie sont effectuées accroupis dans ces chambres lugubres, manger, boire, uriner, et dormir. Surtout dormir, essayer d’oublier l’inanité d’une existence perdue, passée à rien. Dormir pour oublier, mais dormir pour se réchauffer aussi dans les bras les uns des autres quand l’hiver à cette époque du nouvel an chinois déverse le froid et la neige, dormir pour éprouver un plaisir, le seul qui leur reste comme ils disent.
La sidération ne quittera pas le spectateur pendant tout le film, tant Wang Bing ne le lâche pas, et la réalité qu’il filme est crue, âpre, la réalité de ces hommes et ces quelques femmes entr’aperçues, livrés à eux-mêmes et aux autres sans aucun filet de secours. Wang Bing ne dit rien de leur histoire passée, seul le générique de fin donnera l’explication sur la présence dans ces lieux de toutes ces personnes : folie, ou pas. Il ne s’intéresse qu’à leur présent abrupt, où la pauvreté s’ajoute à l’enfermement pour faire le terreau d’une humanité déshumanisée, nue au sens propre comme au sens figuré. Mais aussi une humanité fraternelle, des relations inattendues et très émouvantes qui circulent malgré tout.
Ces longs plans-séquence pourraient donner un aspect très scrutateur et clinique au film de Wang Bing. De fait, c’est sans doute l’instinct de survie du spectateur qui essaie de le tenir parfois à distance, de le mettre parfois en « off ». Mais quand le cinéaste filme cette femme qui vient rendre obstinément visite jusque dans sa chambre à son mari qu’elle a fait interner d’office, pour des raisons apparentes de violence conjugale, afin de lui ramener vêtements propres, mandarines ou bonbons, on est bouleversé par son désarroi, bouleversé par l’incompréhension de son mari aussi ; quand il nous montre ce très jeune patient bourré de tocs au moment de se coucher enlever et remettre inlassablement ses chaussures pendant des minutes sans interruption, on est bouleversé par son enfermement, pour le coup psychique. Quand il nous montre cet homme dont il a déjà été question au début de cette chronique, très jeune encore et pourtant enfermé depuis 11 ans déjà, qui part dix jours dans sa famille à l’occasion des fêtes pour y trouver finalement encore moins d’humanité qu’à l’asile, ne proférant aucune parole, ignoré de tous, déambulant sans but dans rues inhospitalières, on ne peut qu’être empathique. Seules de telles longues séquences peuvent permettre de comprendre le non sens de la vie de ces gens que pourtant Wang Bing déclare vouloir montrer comme « des êtres qui ne sont pas différents », et au contraire, le film de Wang Bing est terriblement humain.
Les autorisations obtenues par Wang Bing sont exceptionnelles, car l’administration chinoise en charge, bien que le plus souvent hors-champ, sauf pour distribuer les médicaments, n’est pas vraiment à son avantage dans ce film. Wang Bing ne dénonce rien en apparence, mais hurle son indignation en creux. La qualité de la relation avec les soignants, quand il en existe, est très éprouvante.
À la folie est un très grand film et confirme si c’est nécessaire que Wang Bing est un rouage indispensable de la machinerie cinématographique. Il donne tout son sens à l’acte de filmer…
À la folie, un film documentaire de Wang Bing – trailer – 2014
À la folie : Fiche Technique
Titre original : Feng ai –
Réalisateur : Wang Bing
Genre : Documentaire
Année : 2013
Date de sortie : 11 Mars 2015
Durée : 227 min.
Casting : –
Scénario : –
Musique : –
Chef Op : Xianhui Liu, Wang Bing
Nationalité : HK, Japon, France
Producteur : Louise Prince, Wang Bing
Maisons de production : Moviola, Rai Cinema, Y Production
Distribution (France) : Les acacias distribution
While We’re Young – La B.O./ Trame sonore/Soundtrack
Radio Nostalgie
Attendu pour le 22 juillet prochain, While We’re Young est précédé par une bande originale plutôt étonnante. Sorte de compilation entre la nostalgie bien connue de Ben Stiller pour les années 80 et des musiques plus actuelles. On imagine mal à travers cette bande (peu) originale, ce que va bien pour voir donner While We’re Young, si ce n’est que ce film traite d’une rencontre entre un couple que quadras et un de jeunes adultes. Ce qui est une marque certaine de cohérence, mais qui n’empêche pas un problème du côté des morceaux sélectionnés pour ce disque.
Car s’il est agréable, une fois n’est pas coutume, de trouver David Bowie sur une bande originale, y trouver encore une fois Eye Of The Tiger de Survivor devient lassant. Cette chanson a été usée jusqu’à la corde dans des films depuis Rocky 3 et le reste du disque ne détonne pas. Il s’ouvre sur un air de boite à musique, enchaîne sur un Allegro classique par le New London Consort, n’oublie au passage ni Lionel Richie, ni Foreigner et encore moins Paul McCartney. Bref cette bande originale, supervisée par James Murphy (Greenberg), manie la nostalgie comme une arme de séduction massive, avec pour seul objectif d’attirer les quadras dans les salles obscures à peu de frais.
While We’re Young – La B.O.
Sortie : 24 mars 2015
Distributeur : Milan Records
Durée : 51’
Tracklist :
1. Golden Years par James Murphy 1’07
2. Allegro (Concerto pour luth, 2 violons et continu en D, RV.93) par le New London Consort, Philip Pickett & Tom Finucane 2’28
3. All Night Long (All Night) par Lionel Richie 4’19
4. Buggin Out par A Tribe Called Quest 3’39
5. The Ghost In You par The Psychedelic Furs 4’11
6. The Inch Worm par Danny Kaye 3’10
7. Only The Stars Above Welcome Me Home par James Murphy 1’40
8. Falling (Duke Dumont Remix) par HAIM 5’32
9. Eye Of The Tiger par Survivor 4’05
10. Andante Du Concerto Pour Falutino En Ut Majeur (from « The Wild Child ») par Antoine Duhamel & Michael Savoisin 1’51
11. Waiting For A Girl Like You par Foreigner 4’48
12. Nineteen Hundred And Eighty Five par Paul McCartney & Wings 5’32
Shaun le Mouton : le Film, une bien bêêêêlle maîtrise de l’animation en stop motion
Synopsis : Ayant marre du train train quotidien et aspirant à une journée de repos, Shaun le Mouton décide de prendre les choses en mains pour endormir le Fermier et pouvoir profiter pleinement ses heures de tranquillité. Mais par un concours de circonstances, sa farce propulse son maître, devenu amnésique, en plein cœur de la Grande Ville. La pagaille devenant reine à la ferme de Mossy Bottom, Shaun décide, en compagnie de son troupeau et du chien Bitzer, de se rendre sur place afin de le retrouver. Mais avec un responsable de la fourrière à leurs trousses, la fine équipe aura fort à faire dans ce décor purement urbain…
La stop motion n’est pas spécialement réservée qu’à Tim Burton ou bien aux studio Laïka. Les Britanniques se sont également illustrés dans ce type d’animation qui demande des tonnes de patience et de travail, notamment représentés par Aardman Animations. S’ils se sont déjà attaqués au grand écran avec Chicken Run, Wallace & Gromit : le Mystère du Lapin-Garou et Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout, la société fondée par Peter Lord et David Sproxton s’est surtout fait connaître avec le milieu télévisuel en réalisant divers courts-métrages et séries animées. C’est d’ailleurs avec l’adaptation de l’une d’entre elles qu’Aardman Animations revient à la charge dans les salles obscures. Il s’agit ni plus ni moins de Shaun le Mouton, personnage créé en 1995 (dans Wallace & Gromit : Rasé de près), héros de sa propre série depuis 2007 et qui, pour ses 20 ans, passe le pas de la petite lucarne pour une sortie en grande pompe. Un anniversaire réussi ?
Passer d’un épisode d’une durée moyenne de 7 minutes à un long-métrage affichant au compteur 1h28, la question ne peut être évitée : est-ce qu’un divertissement de ce format peut-il tenir sur une telle distance ? D’autant plus que Shaun le Mouton, de base, est une série animée muette, dans laquelle les personnages ne font que grogner, marmonner et évidemment bêler, l’humour étant pour le coup purement visuel et cartoonesque. Sans parler de l’aspect pâte à modeler de l’ensemble qui ne plaît pas forcément à tout le monde et qui possède bien des limites dans le domaine de l’animation, alors que d’autres studios, par le biais d’un budget plus conséquent, n’hésite pas à avoir recours à l’outil informatique pour les effets visuels. Shaun le Mouton avait-il donc les atouts nécessaires pour devenir un film à part entière ? N’ayant aucunement l’intention de vous faire une blague (1er avril oblige), c’est avec un grand oui que le pari s’annonce payant !
Shaun le Mouton : le Film n’est certainement pas le film d’animation qui saura vous fournir une histoire originale ou encore des sensations fortes. Si vous allez au cinéma voir ce film dans l’espoir d’y trouver ces caractéristiques-là, passez votre chemin ! Néanmoins, Shaun le Mouton, c’est un gag à la seconde, une situation rocambolesque à chaque instant, quelques références plus adultes bien placées (aux Beatles, au Silence des Agneaux…). Le tout servi par un humour des plus efficaces sans jamais lasser, sachant faire rire petits et grands. Le tout saupoudré de quelques moments véritablement touchants qui permettent d’établir une relation pour le moment méconnue entre les personnages de la série et de s’attacher à ses marionnettes en pâte à modeler véritablement attendrissantes (notamment Shaun lui-même et le petit Timmy). Vous l’aurez compris, le film respecte la série en arrivant à raconter quelque chose de manière visuelle et ne se montrant jamais avare en matière d’idées hilarantes. Une façon de rappeler que le cinéma, qu’il soit divertissant ou artistique, est un langage universel qui s’adresse à tout le monde et ce quelque soit sa culture ou son origine, le spectateur pouvant s’y retrouver et comprendre sans difficulté ce qu’il a sous les yeux. Un épisode de 7 minutes, c’est bien. Un film faisant 1h28, c’est juste un délice !
Et pour les plus pointilleux qui voudront mettre leur grain de sel en s’intéressant plus à l’animation, ils ne seront pas déçus du visionnage. En plus de retrouver leur âme d’enfant en riant à gorge déployée, ils pourront profiter d’une stop motion tout ce qu’il y a de plus simple, sans artifices et ne passant jamais par la facilité (aucun effet numérique). De longs mois de travail minutieux de la part des animateurs des studios Aardman Animations qui livre un visuel de toute beauté, à la fluidité exemplaire (le côté « image par image » ne se remarquant jamais à l’écran) et détaillé à la perfection (il suffit de voir les nombreux objets qui composent un seul décor, comme l’établi du Fermier). L’ensemble profite également d’un montage dynamique qui confirme la maîtrise des studios dans ce domaine de l’animation ainsi que d’une bande-originale qui apporte ce qui reste d’énergie pour que le divertissement soit complet.
Pour son anniversaire, les studios Aardman offrent à Shaun le Mouton le moyen d’élargir son public et de séduire bien plus de spectateurs. Un cadeau sous la forme d’un long-métrage grandement réussi, preuve d’un savoir-faire incontestable qui a de quoi faire rougir les productions américaines comme le récent Les Boxtrolls. Les réalisateurs pensent à un second film ? Vu le résultat de ce Shaun le Mouton : le Film, ils peuvent dès aujourd’hui se mettre au travail !
Shaun le Mouton : le Film – Bande-annonce
Fiche technique – Shaun le Mouton : le Film
Titre original : Shaun the Sheep Movie
Royaume-Uni – 2015
Réalisation : Mark Burton et Richard Starzak
Scénario : Mark Burton et Richard Starzak
Distribution : Justin Fletcher (Shaun et Timmy), John Sparkes (Bitzer et le Fermier), Omid Djalili (Trumper), Richard Webber (Shirley), Kate Harbour (Meryl et la mère de Timmy), Tim Hands (Slip), Andy Nyman (Nuts), Simon Greenall (les Jumeaux)…
Date de sortie : 1er avril 2015
Durée : 1h25
Genre : Animation
Direction artistique : Charles Copping et Dave Alex Riddett
Animation : Will Becher et Laurie Sitzia-Hammond
Musique : Ilan Eshkeri
Producteurs : Paul Kewley et Julie Lockhart
Productions : Aardman Animations, StudioCanal et Anton Capital Entertainment
Distributeur : StudioCanal
Synopsis: Tiens-toi droite nous raconte l’histoire de trois femmes très différentes : Louise (Marina Foïs), âme organisatrice d’un pressing, qui postule pour diriger la création du nouveau modèle d’une poupée de type barbie, Sam (Noëmie Lvovsky), mère de cinq filles (dont l’une, qui filme tout, est aussi l’un des personnages principaux du film), qui a de plus en plus de mal à concilier vie de mère et vie professionnelle, et Lili (Laura Smet), improbable miss Francophonie qui ne sait pas trop quoi faire de sa vie.
Le gloubi-boulga de la vie
Dans « Lose yourself », le morceau phare de 8 mile, Eminem commençait en disant « Si tu avais une chance, une opportunité, d’obtenir tout ce que tu as toujours voulu en une fois, est-ce que tu la saisirais ou est-ce que tu la laisserais filer entre tes doigts ? ». Il n’est pas impossible que Katia Lewkowicz se soit posée cette question au moment d’écrire ce film, qui ne ressemble à presque rien de connu dans le cinéma français actuel. Tiens-toi droite est un film qui a constamment conscience de briser un tabou, et semble profiter de la porte entrouverte pour laisser passer le plus d’idées possibles avant que celle-ci ne se referme.
De quel tabou parle-t-on ? Celui de la condition féminine au cinéma. Alors que Céline Sciamma explore patiemment ce thème, un personnage à la fois, Katia Lewkowicz choisit de tout dire, de tout montrer, et plus encore : la femme objet, la femme cadre et créative, la mère de famille, l’adolescente blogueuse, la démission des hommes, la pression, les contraintes de la société, la gestion collective des entreprises, l’idée même de modèle féminin, sont quelques uns des thèmes abordés par ce film.
Le problème est alors : comment incarner tous ces thèmes dans des personnages qui portent une narration ? Rien n’est moins simple : le film commence par trois introductions portées par une voix off que l’on n’entendra plus par la suite, comme si l’on avait manqué les épisodes précédents. Ensuite, dès que l’on commencera à comprendre un personnage, quelque chose d’important va lui arriver et changer radicalement son cadre de vie ou sa manière de penser. Le film est un ouragan d’informations dans lequel le spectateur va devoir se frayer un chemin.
Étrangement, ce qui devrait être un défaut devient assez vite l’une des grandes qualités du film : Tiens-toi droite ne mâche pas le travail du spectateur, et lui offre en échange des scènes intéressantes sur des aspects de la vie rarement abordés au cinéma, notamment dans tout ce qui se rapporte au monde du travail.
WTF pour wahou trop féministe
Malheureusement, même une fois que l’on a réussi à comprendre qui sont les quatre – cinq personnages principaux, même quand l’on accepte que des personnages que l’on pensait importants disparaissent complètement, même quand l’on accepte que le film prenne des tours et des détours, il y a des scènes qui ne passent pas.
En cause le personnage joué par Laura Smet, totalement improbable du début à la fin : miss Francophone venue de Picardie mais ayant grandi en Polynésie, elle va séduire Richard Sammel en un clin d’oeil, puis faire à peu près n’importe quoi n’importe comment. Elle n’est pas le seul électron libre, puisque le personnage de Noémie Lvovsky a ses absences aussi, s’occupant de ses enfants d’une manière qui ferait plaisir aux agents de la DDASS.
Résultat, le film est porté entre deux courants contradictoires : d’un côté le film militant où les femmes doivent montrer leur valeur dans un monde du travail hostile, d’un autre côté un film fantaisiste qui rappelle le cinéma de Valérie Donzelli (remerciée au générique) ou de Sophie Fillières. Incapable de concilier les deux, il finit par s’échouer dans le grand fracas d’une scène finale de basket poitrine nue, moment de libération complètement ahurissant, achevé par une morale : « ce n’est pas le modèle qui doit s’adapter à la femme, mais la femme au modèle », qui semble complètement opposé aux valeurs du film.
Un échec attachant
Au final, Tiens-toi droite est un film sans doute beaucoup trop ambitieux pour son propre bien, comme en témoigne son échec critique, et commercial (37 622 entrées) : dépeindre de nombreux personnages, montrer l’image de la femme réelle, de la femme fantasmée, et de la femme idéale, tout en gardant une part de fantaisie pour éviter le film à thèse, est une épreuve qui demande du temps pour développer son intrigue et un talent de scénariste très rare, que Katia Lewkowicz ne semble pas encore avoir.
Pour autant, le film n’est pas désagréable : les actrices sont excellentes, Marina Foïs en tête, et certaines scènes sont vraiment réussies. Au final, Tiens-toi droite est un peu comme chez la mère à Titi de Renaud : c’est le bonheur, la misère et l’ennui, c’est la mort, c’est la vie.
Tiens-toi droite – Bande Annonce
Tiens-toi droite: Fiche Technique
France – 2014
Réalisation: Katia Lewkowicz
Scénario: Katia Lewkowicz
Interprétation: Marina Foïs (Louise), Noémie Lvovsky (Sam), Laura Smet (Lili), Sarah Adler (Emma), Lola Duenas (Maguerite), Jonathan Zaccaï (Stéphane), Michaël Abiteboul (Damien), Dominique Labourier (la mère de Louise)…
Distributeur: Wild Bunch Distribution
Date de sortie: 26 novembre 2014
Durée: 1h34
Genre: Comédie
Image: Nicolas Gaurin
Décor: Emmanuelle Duplay
Costume: Nathalie Benros
Montage: Fabrice Rouaud, Elif Uluengin
Musique: Jun Miyake
Producteur: Edouard Weil, Alice Girard
Production: Wild Bunch, Rectangle Productions, Orange Studio, Scope Pictures
Tiens-toi droite sort en dvd le 1er Avril 2015 avec en BONUS
Essais filmés avec les enfants – Scènes coupées – Interview de Laura Smet – Photos du Tumblr #TIENSTOIDROITE – Interview de Katia Lewkowitch par MadmoiZelle
Clovis Cornillac, acteur de théâtre, films et séries, se lance dans la réalisation avec un premier film étrangement aussi surprenant qu’académique. Un peu, beaucoup, aveuglément, c’est d’abord un rôle taillé sur mesure pour l’acteur-réalisateur et sa femme, Lilou Fogli.
C’est elle qui a eu l’idée originale du scénario : un couple qui s’aime par la voix exclusivement, à travers une mince cloison. Mais elle ne joue pas cette femme puisque c’est Mélanie Bernier qui tombe ici amoureuse de la voix de Clovis Cornillac. Les deux personnages n’ont pas de prénom, ils s’appellent « Machin » et « Machine », titre d’origine de ce premier long métrage. Voilà toute l’originalité d’Un peu, beaucoup, aveuglément : se parler sans se voir, mais pas derrière un ordinateur comme nos romances modernes nous le permettent. A l’heure où des chaînes de télévision veulent revenir à l’état brut – la nudité – pour des rencontres
censées êtres « plus vraies », Clovis Cornillac se reconcentre sur les sensations. A travers la mince cloison qui les sépare, le couple se parle, construit une relation basée sur l’ouïe et la description de ce qu’ils ressentent. Clovis Cornillac met alors en scène leurs mains qui se posent de chaque côté de la paroi, un dîner qu’ils réalisent chacun de leur côté, en même temps, mais sans parvenir au même résultat. Ils mangent ensemble, mais pas la même chose, sans savoir ce que l’autre a vraiment fabriqué. Ainsi, ils vivent la même expérience, mais décalée. C’est comme ça qu’un orgasme imagé est déclenché par la voix et un lâcher prise au piano du personnage de Mélanie Bernier qui prépare un concours important. Elle est pianiste, effleure les touches de son clavier avec académisme d’abord, puis en ressentant chaque note ensuite alors que lui construit des casses-têtes, fait travailler son esprit, ressent aussi l’étrange sensation de toucher et créer à la fois. Leur sens, outre se voir, sont en ébullition. En prenant le temps de ressentir, de bannir les écrans de son film, Clovis Cornillac s’offre un rôle proche de celui qu’il incarnait dans Chefs (la série de France 2) : un solitaire créatif, privé d’un sens, mais qui goûte la vie peu à peu.
Pour raconter cette romance particulière de deux êtres qui s’aiment sans se voir, Clovis Cornillac a tenté de mettre en scène le cloisonnement, filmant la séparation et le rassemblement du couple dans une même scène. Il laisse un mur et abolit les autres. Il filme aussi les pieds des hommes, la jeune pianiste cherchant à reconnaître son aimé par ce détail. Problème, il ne sort jamais de chez lui ! Résultat, quand elle croit le voir, elle refuse qu’ils se parlent, s’en suit une pantomime avant qu’elle découvre son erreur. Cette mise en scène a un certain intérêt, mais une fois que Cornillac a trouvé une idée, il la répète trop. On voit ainsi plusieurs fois, sans vraies nuances, Mélanie Bernier regardant les pieds ou allant acheter des surgelés. C’est surtout pour son sens des dialogues que Clovis Cornillac se distingue comme scénariste. Fins et drôles, les échanges entre les différents protagonistes font souvent mouche.
Autre force du film, son personnage féminin : il s’émancipe, prend sa revanche sur la domination des autres en ne s’offrant pas tout de suite au regard et en rejetant l’autorité, la puissance d’un corps qui domine (le prof de piano). Nous avons alors là un personnage féminin qui ne choisit pas seulement l’amour, mais aussi de faire ses propres choix. Au-delà, Clovis Cornillac étudie les rapports humains à l’aube des sensations brutes. Musique, goût, voix, sont autant de ressentis qui précèdent le vrai touché et la vue. Mais Clovis Cornillac ne parvient tout de même pas à s’extraire du carcan de la comédie romantique attendue, avec ses personnages secondaires forcément construits en opposition au héros pour en renforcer la pureté, l’essence (même si Philippe Duquesne est superbe dans son rôle). On s’attend à la fin dès le début et malgré l’originalité de la formation du couple, le parcours, Clovis Cornillac atteint les mêmes conclusion : le bonheur dans l’amour qu’on croit unique. Les personnages traversent des obstacles, mais sans nous émouvoir car on sait que tout finira bien, sans difficulté. Même s’il joue avec les codes, le réalisateur ne va pas assez loin et livre un film agréable, mais loin d’être inoubliable. « La réalisation était pour moi l’oeuvre d’un architecte qui exerce son art. Or je ne suis pas très à l’aise avec cette idée de l’Art avec un grand A. Je ne me suis jamais considéré comme un ‘Artiste’ mais comme un artisan d’art. Je me suis d’ailleurs régalé à travailler dans cet esprit pendant trente ans, en tant que comédien. Depuis quatre/cinq ans, l’idée de réaliser me trottait pourtant dans la tête mais je n’avais pas envie de me tromper donc je l’ai mûrie longtemps. Si je réalisais un film, je voulais le faire en espérant réaliser quelque chose de nécessaire correspondant à un besoin artistique. Une fois ce besoin assumé et affirmé, il n’y avait plus de place au doute. »* Clovis Cornillac est avant tout un artisan qui ressent, essaye, expérimente, comme son personnage qui se révélera finalement heureux d’aller à la rencontre de l’autre et de traverser l’écran pour voir et donner à voir.
*propos retranscrits par Allociné à partir du dossier de presse du film
Synopsis : Lui est inventeur de casse-têtes. Investi corps et âme dans son travail, il ne peut se concentrer que dans le silence. Elle est une pianiste accomplie et ne peut vivre sans musique. Elle doit préparer un concours qui pourrait changer sa vie. Ils vont devoir cohabiter sans se voir…
Fiche technique – Un peu, beaucoup, aveuglément
France- 2014. Au cinéma le 6 mai 2015 Réalisation : Clovis Cornillac
Scénario : Lilou Fogli, Clovis Cornillac, Tristan Schulmann
Compositeur : Guillaume Roussel
Directeur de la photographie : Thierry Pouget
Production : Cine Nomine, Fair Play Production, Vamonos Films
Distribution : Paramount
Joey Starr en est déjà à son 18e film et le voilà de retour dans une comédie après Max au côté de Mathilde Seigner ou encore L’amour dure trois ans. Il a aussi partagé l’affiche avec Gérard Depardieu ou encore ému les chaumières avec son rôle de flic/papa à fleur de peau dans Polisse de Maïwenn, récompensé à Cannes.
Synopsis : Alfonso, agent blasé et brutal du Service de Protection des Hautes Personnalités, est obligé de faire équipe avec Walter, jeune recrue inexpérimentée, fasciné par le monde du show-biz. Ce duo improbable est chargé de la protection de Jal-Y, jeune star du R’n’B, menacée par son ex, un criminel en cavale.
Deux singes en hiver
S’il est de retour à Cannes dans la séquence finale du film, c’est pour un festival de musique, double casquette à l’écran donc, de celui qui a mis du temps à se sentir « légitime » dans le cinéma et s’amuse aujourd’hui avec les amis qu’il s’y est fait, dont Manu Payet avec lequel il envahit l’affiche des Gorilles. De son côté, l’acteur et humoriste revient au cinéma après sa première réalisation, Situation amoureuse : c’est compliqué. Les deux hommes n’ont à priori rien à voir et c’est sur ce duo à la buddy movie (opposition de deux figures complètement différentes pour créer un effet comique) que joue Tristan Aurouet, le réalisateur. Dans le film, les deux personnages ressemblent à l’idée qu’on se fait des acteurs dans la vie, même si tout est retravaillé bien entendu, mais Joey Starr, Alfonso, bougonne et cogne, tacle les chanteurs français, dit ce qu’il pense alors que Manu Payet, Walter, parle sans s’arrêter et se permet tout avec son acolyte pourtant susceptible. Un des petits plaisirs du réalisateur d’ailleurs : « dès le début j’ai su que j’allais pouvoir lui faire oser, notamment vis-à-vis de Joey Starr, des choses que peu de gens se permettraient dans la vrai vie ! »*. Au final, son sent que les rôles ont été écrits pour ces deux acteurs.
Une seule réponse : l’humour
La comédie de Tristant Aurouet est sans surprise, mais pas complètement sans saveur. En effet, si les personnages n’évoluent pas vraiment dans le film, l’un ne faisant que s’habituer à l’autre, quelques situations font mouche, on rit parfois même franchement. Côté action, les chorégraphies sont bien menées, même si les situations sont un peu tirées par les cheveux. On est face à un film de mecs dans lequel une chanteuse de variété un peu paumée joue aussi au mec, sans renier sa féminité. Ce personnage féminin aurait pu être un bon contrepoint s’il avait été plus travaillé. L’histoire n’a donc rien d’original, elle emprunte beaucoup à ses grands frères américains et français. Les deux acteurs font le job et semblent même s’amuser un peu. Manu Payet est un acteur, et donc un personnage, attachant qui ne tombe jamais ni dans la méchanceté gratuite, ni dans la vulgarité, même s’il dit des horreurs. En fait, le film propose au départ deux types de réactions face à une situation compliquée : la violence ou la discussion interminable (voire la fuite), mais ça ne marche pas très bien pour chacun des personnages. Au final, Les Gorilles démontre que la meilleure arme des deux entités du duo, c’est l’humour et c’est là qu’ils finissent par se comprendre et se défendre, sans se laisser atteindre.
Vous reprendrez-bien un peu de comédie ?
Bien sûr, la subtilité n’est pas de mise, on ressort sans rien avoir appris de bien nouveau, mais le réalisateur de Narco et de Mineurs 27, prouve qu’il sait réunir des gueules de cinéma pour créer une alchimie inattendue, dommage qu’il ne fasse reposer son film que sur ça, sans proposer ni alternative, ni véritable évolution. On le voit dans les deux apparitions d’invités prestigieux dans le film : Jean Benguigui et Gilles Lellouche, en flic obsédé par la taille de son sexe (et celle des autres par la même occasion). Le film déroule les vannes au kilomètre. Au final, une comédie française de plus qui peut seulement se targuer d’avoir tourné sa scène finale à Cannes, sur le toit du palais des festivals, et d’avoir secouer un peu Joey Starr, mais sans faire bouger son image non plus. Résultat, sa première réplique quand il rencontre Manu Payet et qu’il doit travailler avec lui est : « il m’agace déjà celui-là » et la dernière « ta gueule ». Entre les deux, Aurouet enchaîne les gags et les scènes d’action. Mention tout de même à la lumière du film souvent assez belle. Dans ce monde très codifié des gardes du corps, Aurouet distille un empêcheur de tourner en rond, qui fait foirer toutes les situations avec brio et nous fait oublier le cliché du grand mec baraqué avec son costume noir, ici il faut être un être humain lambda bien que sur-entraîné et rester neutre face aux gens connus. La célébrité brille, mais elle reste à jamais inatteignable. En tout cas, sans en avoir conscience, Joey Starr et Manu Payet viennent de devenir des acteurs attendus. On n’aurait pas forcément parier là-dessus. Faire rire, c’est le seul contrat que s’est fixé Tristan Aurouet et qu’il tient du début à la fin, sans se mettre en danger.
*propos tirés du dossier de presse du film
EN VIDEO – Découvrez la bande annonce du film
Fiche technique – Les Gorilles
Date de sortie : 15 avril 2015
Réalisateur : Tristan Aurouet
Scénaristes : Matt Alexander, Tristan Aurouet, Romain Levy, Mathieu Oullion
Directeur de la photographie : Denis Rouden
Montage : Cyrl Besnard
Production : UMedia, LGM productions
Coproduction : EuropaCorp, Nexus Factory, Orange Studio, TF1 Films Production
Distribution : EuropaCorp Distribution
Malgré les résultats mitigés de sa série phare Agents of S.H.I.E.L.D, la maison des idées continue de s’accrocher à l’appendice télévisuel de son univers cinématographique en proposant un spin-of centré cette fois sur Peggy Carter, l’amour de Captain America. On la retrouve donc après la guerre et la chute de Crâne rouge, de retour à une vie « normale », dans un univers où les règles ont changés, mais pas les hommes…
Synopsis: Nous sommes en 1946. La paix est désormais revenue sur la planète. Les hommes sont revenus du front et Peggy est de nouveau reléguée, obligée de s’occuper des basses œuvres administratives du SSR (Strategic Scientific Reserve), alors qu’elle aimerait tant retourner sur le terrain et botter les fesses des criminels. Pour Peggy, la période est compliquée, d’autant plus qu’elle vient de perdre l’amour de sa vie : Steve Rogers, également connu sous le titre de « Captain America ».
Agent Carton
C’est toujours un peu étrange de critiquer un produit Marvel, car d’un point de vue technique on ne peut pas vraiment reprocher grand chose. La reconstitution de l’après guerre est très bien faite, tant au niveau des costumes que des décors. Seulement passer du cinéma à la télévision inclus une nécessité de revoir sa stratégie en profondeur, et si devant un film on peu faire se contenter d’un scénario simple pour se focaliser sur le spectacle, pour une série, une bonne histoire est primordiale. Un fait que Marvel semble avoir du mal a se rentrer dans le crâne. L’impression général qui ressort d’Agents Carter est celle d’un produit commercial bien emballé, séduisant aux premiers abords, mais terriblement creux avec ses intrigues peu intéressantes et ses personnages vides de substances. Comme les présentoir en carton des cinémas : sympa a regarder de face, inintéressant quand on s’intéresse à ce qu’il y a derrière.
Sur le même principe que les films et leurs agaçantes scènes post-génériques, la seule carotte qui fait avancer le spectateur d’un épisode à l’autre ce sont ces fameux liens avec l’univers cinématographique. Des apparitions ponctuelles d’Howard Stark au cameo d’Ivan Vanko (le père de Whiplash/ Mickey Rourke dans Iron Man 2), tout est là pour rappeler que vous pouvez acheter les films en DVD ou que les prochaines aventures d’Iron Man et ses copains arriveront bientôt au cinéma. Au delà de cet aspect purement promotionnel, la série n’a aucune identité, aucun suspens …rien. On retiendra comme bonnes idées la reconstitution du tournage d’un feuilleton radiophoniques relatant les aventures de Captain America de façon assez kitch et l’évocation de la création du programme Black Widow. Deux aspect malheureusement trop peu développés et paraissant anecdotique dans un produit tellement marqué par une idéologie datée qu’il en devient lourdingue.
Plutôt que de placer directement l’action dans l’après guerre immédiate et la chasse des anciens Nazis, les scénaristes on préféré aller chercher les vieux ennemis de l’Amérique : Les communistes, histoire de nous rappeler qu’ils sont vraiment très méchants. Les intégrer dans l’équation n’est pas une mauvaise idée en soit, mais en l’état il ne font office que de prétexte dans un pur esprit pulp des années 50, avec discours idéologique à deux balles qui ne viendra jamais remettre en cause ou questionner les conviction de nos héros. Il y a des gentils américains et des méchants russes, point final. Alors que même Agent of S.H.I.E.L.D a fait le choix judicieux de redistribuer les cartes entre tout ses personnages afin de mettre un peu de sel, Agent Carter ne propose rien d’autre qu’une intrigue banale a peine digne des cours métrage que le studio s’amusait à produire en bonus des films (dont la série est d’ailleurs tirée). Pour ajouter un peu de psychologie à tout ça, Marvel part en guerre contre le machisme triomphant des années 50 (un peu ironique quand on sait que les comics ont participé d’une certaine image de la femme pendants des décennies), mais là encore, inutile de chercher de la subtilité dans le propos. De façon inexplicable, Peggy Carter, qui avait réussi à s’imposer une place de choix dans l’armée pendant la guerre, se retrouve relégué au rang de secrétaire préposé au café tandis que tout ses collègues se retrouvent défini par un trait de caractère : Macho ou pas Macho, en précisant que le macho est fort et brutal tandis que le féministe est soit handicapé, soit peu enclin à l’action. Pour la subtilité on repassera.
Peggy Carter était un bon personnage dans le film Captain America, dans sa propre série elle finit par devenir agaçante et inintéressante. Pourquoi ne pas avoir proposé une série sur le Howling Comando (avec Peggy Carter dedans) qui parcours l’Europe chassant le nazi et affrontant le communisme ? Rien que l’idée aurait donné une série beaucoup plus fun et amusante à l’écran (un truc dans le genre De l’or pour les braves ou Inglorious Basterd à la sauce comics). Passons sur le plan des antagonistes, aussi classique que peu excitant (parce que l’on sait que le monde n’a pas été détruit vu que Iron man est sorti bien avant et qu’il avait l’air d’aller bien) et restons déprimés de voir que Marvel se contente du service minimum une fois de plus, sans chercher à repousser ses limites, préférant la sécurité d’un produit qui rapporte gros plutôt que le risque de faire une œuvre véritablement intéressante. Et quand on sait les moyens dont les producteurs disposent, c’est impardonnable.
Titre original : Agent Carter
Création : Christopher Markus et Stephen McFeely
Réalisation : Tara Butters et Michele Fazekas
Scénario : Christopher Markus et Stephen McFeely (épisode pilote)
Direction artistique :
Décors :
Costumes :
Photographie : Gabriel Beristain
Montage : Chris Peppe (3 épisodes)
Musique :
Casting : Sarah Finn
Production : Eric Hauserman Carroll
Sociétés de production : ABC Studios et Marvel Television
Sociétés de distribution: ABC
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 35 mm – 1,78:1 – son Dolby Digital
Genre : super-héros, action, science-fiction
Durée : 45 minutes
Gunman, annoncé pour juin est comme chaque nouveau film, précédé par sa bande-originale, composé ici par Marco Beltrami. Ce n’est pas une injure de dire que celle-ci est classique, mais elle l’est dans le meilleur sens du terme. Classique, parce qu’elle s’inscrit dans la droite ligne de ces grandes musiques de films qui deviennent « actrices » d’un long-métrage (sans toutefois en atteindre le niveau). Classique, par sa construction qui se rapproche d’une symphonie. La musique classique a toujours été la mieux placée pour raconter une histoire, il suffit de voir la quantité d’œuvres (principalement des ballets et des opéras) qui racontent des histoires d’amour ou de drame.
Aucune parole dans l’œuvre de Marco Beltrami (November Man, Snowpiercer), la partition est totalement instrumentale et comporte peu de réelles mélodies. Le plus souvent, on reste au stade de la trame musicale. Elle se veut une musique exclusivement narrative, d’ailleurs les titres des morceaux en témoignent. Pourtant ça fonctionne, à l’écoute de ce disque on vit, on voit et on imagine ce que pourra être le film Gunman. Une musique pleine de tensions, de ruptures de rythmes qu’on imagine être autant de rebondissements. Assez austère à écouter pour elle-même (malgré des origines italiennes, Marco Beltrami ne rivalise pas encore avec le grand Morricone), cette bande son reste néanmoins une belle réussite jouant des instruments classiques ou numériques avec le même talent. Talent qu’on espère annonciateur d’un bon film.
The Gunman Soundtrack (2015) – Idris Elba, Sean Penn, Javier Bardem
Synopsis: Entre ces murs, il y a trois cents hommes, il y a l’urgence. Ils ont des noms mais ils ont perdu leur histoire en route. Ils rient et se confrontent, ils refont le monde, celui qu’ils ont perdu. Ils ont un lit. Là ils attendront le jour. C’est Forbin, la nuit à Marseille…..
Des hommes et des Saint-Jean de Dieu
Un sous-sol qu’on devine calme, frais. Un homme seul, austère, qui prie dans ce qui ressemble à une petite chapelle. C’est Didier, le Frère Didier comme ils l’appellent. La personne qui gère et qui vit avec trois ou quatre autres de ses semblables dans ce centre marseillais d’hébergement de nuit. A peine sorti du lieu, il est happé par un brouhaha indescriptible. Il est à peine 16 heures, la masse des travailleurs est encore en train de vaquer à ses occupations, mais les sans-abris, des hommes usés, avinés, édentés, sont déjà en train de faire la queue pour tenter de décrocher pour la nuit un des 300 lits que le centre peut offrir.
300 hommes donc. Loin d’êtres des surhommes, bien à l’inverse des 300 qui peuplent le film éponyme de Zack Snyder. Des hommes qui n’ont plus ni la force ni le courage de se battre contre une réalité sur laquelle ils n’ont plus beaucoup de prise.
Le film documentaire d’Aline Dalbis et d’Emmanuel Gras témoigne d’une très sobre manière de cette infra réalité, l’existence de ces sans-abri. En aucun cas, il ne s’agit d’un reportage ni d’un compte-rendu, le propos des réalisateurs n’est pas là. Il s’agit de capter leur humanité, leur essence même quand il n’y a plus rien à quoi se raccrocher, ni ces biens matériels qui nous divertissent de l’essentiel, ni l’entourage familial et amical qui donne un sens à l’existence de beaucoup. Il s’agit de saisir ces instants de vie ou de vide, comme ce jeune qui nourrit un peu mécaniquement un pigeon, ce vieil orthodoxe qui marmonne une prière qu’il n’a pas oubliée, cet autre encore qui essaie de trouver auprès de ses cohabitants un écho à des blagues qui lui restent d’un passé qu’on devine riche.
Des hommes qui se côtoient plus que ce qu’ils ne veulent, à 5, à 7 ou plus encore dans le même dortoir sans l’espoir d’une quelconque intimité, si ce n’est en se retranchant en eux-mêmes quand ils le peuvent encore, ou derrière les effluves d’alcool et les écrans de fumée quand ils ont abdiqué.
Le film part à la rencontre de ces 300 hommes accueillis tous les jours, mais aussi de quelques autres à leur côté, salariés et bénévoles qui ramènent dans ce centre les règlements, ces vestiges d’une société dont ils se sont détachés. Des règlements que dans la majorité, ils aiment respecter, comme la preuve qu’ils sont encore capables de cela, s’insérer dans la société. Ainsi, la caméra navigue entre eux en montrant les liens d’humanité qui les unissent. Surtout, elle réussit la gageure de montrer qu’au delà de la connotation religieuse qui se trouve derrière le concept de la charité, il y a une vraie volonté de rétablir ces 300 hommes et les milliers d’autres accueillis ici dans leurs droits, et comme disait Robespierre, dans leur « droit imprescriptible d’exister », juste d’exister…
Les réalisateurs ont tourné ce film sur deux hivers, pour prendre le temps qu’il faut et effacer le plus possible le poids de la caméra. De fait, il y a très peu de moment où on sent sa présence, et dans ce cas, on sent que c’est leur intention de laisser le plan dans le film, quand par exemple ce jeune homme estropié, fort en gueule, le seul qui possède un ordinateur, invective un autre, lui interdisant de lui adresser la parole en lui disant « va parler au micro »…
Ce qui intéresse les deux réalisateurs, c’est le présent, la survie quand la vie ne signifie plus rien de tangible. On ne peut cependant s’empêcher d’extrapoler sur la vie de ces hommes privés de leur femme, privés de leurs enfants. Beaucoup de personnes âgées d’origine étrangère sont également échouées dans ce centre, loin de leur référentiel, privés d’une retraite paisible qu’ils auraient sans doute méritée…
De la même façon, et bien que le film se tienne à bonne distance de chacun de ces 300 hommes, ne cherchant ni le pathos ni le folklore, on ne peut être que retourné face à certains d’entre eux, très jeunes, très seuls, ne comprenant pas toujours l’engrenage qui les a amenés ici, certains terrifiés comme des oisillons pris au piège, d’autres fanfaronnant en surface, tous émouvants, et à qui même la force de leur jeunesse ne permet pas d’ aller contre ce qui apparaît déjà comme une fatalité.
Film simple mais percutant, 300 hommes est beau aussi bien dans sa forme, ses cadrages géométriques (dans la très belle cour du centre, à peine différente de celle d’une prison, dans les escaliers, avec le jeu des portes qui n’entrouvrent hélas pas grand-chose), et beau dans le temps généreux que les réalisateurs accordent à ces sans-abris.
300 hommes, moins quelques-uns cités in memoriam au générique.
300 hommes Bande annonce du documentaire
300 hommes : Fiche Technique
Titre original : –
Réalisateur : Aline Dalbis & Emmanuel Gras
Genre : Documentaire
Année : 2014
Date de sortie : 25 Mars 2015
Durée : 82 min.
Casting : –
Scénario : Aline Dalbis & Emmanuel Gras
Musique : –
Chef Op : Emmanuel Gras
Nationalité : France
Producteur : Nora Philippe
Maisons de production : Les films de l’air, In the mood…
Distribution (France) : Sophie Dulac distribution
Blockbuster : un mal nécessaire à la survie du 7ème art ?
Alors que la planète cinéma trépigne d’impatience face à une année 2015 destiné à demeurer dans les annales, tant sa programmation, alternant vague de divertissement old school (Star Wars ; Terminator ; Mad Max ; Mission Impossible, Jurassic Park, James Bond) et nouveau déferlement ultra héroïque (Avengers, Ant-Man, Les 4 Fantastiques) semble incarner le parangon du visage du cinéma contemporain, entre pragmatisme industriel et marketing outrancier, il est amusant d’observer, à travers le prisme de cette année décidément hors norme, la place de choix qu’occupe désormais le blockbuster au sein du paysage cinématographique mondial et de la culture populaire.
Terminator Genisys – Spot TV avec J.K. Simmons – Spectre : le teaser trailer du nouveau James Bond
Une place qui à l’aune de cette année résolument nostalgique, a inspiré CineSeries pour relater en détail la genèse de ce genre devenu majeur et de ses principales itérations (Star Wars, Terminator, Indiana Jones, James Bond), ayant par leurs seules auras ébranlé tout un pan du cinéma, tout en accélérant un phénomène de société devenu aujourd’hui lapalissade : le cinéma comme objet de consommation.
Une crise généralisée tendant à l’émergence d’un nouveau système.
Alors que sa prépondérance constitue aujourd’hui pour beaucoup l’explication du désamour latent de la population pour le cinéma, il demeure opportun de dire que cela n’a pas toujours été ainsi outre-Atlantique. Reflet d’un capitalisme galopant ayant éclos au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, ce genre naît en effet d’un besoin, qui plus est désespéré : le besoin d’un public.
Car, depuis l’essor de ce genre rompu aux massifs déplacements de foules, on aurait tendance à croire que le cinéma, vecteur culturel le plus populaire de la société, a toujours affiché une indécente vitalité. Or, malgré un début en grande pompe, le cinéma américain a traversé, un peu à l’instar de son affrontement contre le téléchargement illégal d’aujourd’hui, une crise majeure à l’aune de la décennie 1950.
Alors que la Seconde Guerre Mondiale est encore dans toutes les mémoires, que la société américaine tend à retrouver son mojo perdu après d’intenses années de conflits, et que John Wayne continue de terrasser de l’apache, voilà en effet que le cinéma, l’un des plus fidèles piliers de l’effort de guerre, stagne et se retrouve en crise. Une crise d’ordre humaine qui voit ainsi la population délaisser dans des proportions inquiétantes les salles obscures et se tourner vers la télévision, alors en plein boom car voyant sa gamme de programme littéralement supplanter le cinéma, jusque alors rompu à enchaîner les romances passionnées (Autant en Emporte le Vent) et les westerns frondeurs terrassés par le soleil (Rio Grande / La Chevauchée Fantastique).
Une flopée de questions se pose alors quant à savoir sa cause. Serait-ce due à un système de promotion et de sorties archaïque qu’il convient de moderniser (les sorties étant à l’époque échelonnées en 3 dates, voyant le film se diffuser d’abord dans les grandes villes puis en Province) ? Ou cela résulte-il tout simplement de la lassitude d’un public à l’égard des genres érigés en hit au cours des années et dont l’aura a décliné en amont du développement de la société ?
Le cinéma comme objet de consommation.
Quoiqu’il en soit, les majors d’Hollywood ne se font pas prier pour révolutionner le système et entreprennent alors d’édicter en maxime commerciale un processus, destiné à transformer chaque long-métrage en événement : la commercialité du cinéma était alors née. A l’instar alors des publicités vantant la cigarette ou les fours micro-ondes, voilà que les films jouissent de campagnes promotionnelles. On y voit des affiches colorées, mettant en avant le nom des vedettes, le réalisateur, le style du film, sans oublier le format.
Panavision (2001: L’Odyssée de l’Espace), Cinérama, la Vistavision, le Technirama, le SuperPanavision 70, le Dynarama, le Warnerscope ou le Cinémascope, autant de formats jusque alors réservés pour les fins connaisseurs du genre et qui se transforment en arguments commerciaux, tant leur dextérité sensé sublimer l’expérience procurée par le film constitue aux yeux des spectateurs un objectif désormais fondamental.
Car malgré cet essor marqueteur, les majors des studios ont aussi pris en compte une notion clé, que celle des attentes du spectateur. En effet, à l’image de la société en pleine mutation aussi bien technologique que sociale, les spectateurs et leurs retours dans les salles obscures semble conditionné à l’émerveillement qu’ils peuvent ressentir. Ils veulent du grand, du beau, du sensationnel, du magnifique et du MODERNE, ce dernier qualificatif étant hautement symbolique en l’espèce tant il répercute de manière spécifique les dires d’André Bazin, figure emblématique des Cahiers du Cinéma, qui dira que « le cinéma substitue à nos regards un monde qui s’accorde à nos désirs »,amenant ainsi une théorie farfelue pour certain que de voir le cinéma se muer en véritable « miroir de la société ».
Un simple retour en arrière permet d’ailleurs de comprendre que ce postulat de cinéma-miroir de la société est vrai. En un mot : Vietnam. Le conflit vietnamien, bourbier exotique et infernal, jouissant de l’essor de la télévision et des moyens de communications, s’est vu littéralement démystifié par ces mêmes caméras et photographies, qui après que le conflit eut été consommé, accoucheront d’œuvres profondément emplis de polémiques telles que Platoon, Apocalypse Now, Full Metal Jacket, Voyage au Bout de l’Enfer ou Taxi Driver ; œuvres ayant marquées les décennies 1970-1980 et entériné la scission du genre, désormais dissocié entre le film de guerre à tendance moralisatrice (Démineurs, Zero Dark Thirty) et celui agissant en tant que réel divertissement (La Chute du Faucon Noir, Stalingrad).
Fly me to the Moon !
Dès lors, quel est le background historique et sociétal pouvant expliquer une telle mutation du 7ème art vers ce nouveau modèle de cinéma, résolument tourné vers le divertissement ? Là, repose tout l’intérêt car si on a pu voir que la société et ses atermoiements influe et stimule les différents genres cinématographiques, on reste encore peu renseigné sur ce qui a constitué le point de départ de cette incessante dynamique.
Un défaut de connaissance heureusement comblé par André Bazin toujours, qui de par son expérience avait pu déjà dénoter que le cinéma, de par sa capacité à refléter le monde dans lequel il est exposé, est rompu aux innovations et rêves de l’Homme. Tel un manifeste du développement de la société, le cinéma se devait alors de refléter les différentes évolutions traversées par l’Homme, quitte à influencer une dynamique et des genres très spécifiques.
Et à travers la galerie d’inventions s’étant vues amenées au cours du 20ème siècle, il y en a une qui à bien des égards peut se targuer d’avoir influé sur cette mode devenue aujourd’hui industrie : l’alunissage d’Apollo 11 le 21 Juillet 1969 !
Fierté de l’Amérique, la mission Apollo 11 restera gravée dans l’inconscient collectif, comme l’une des prouesses technologiques les plus majeures de notre temps. Mais outre l’exploit technique que cette mission a représenté, un autre constat fut tiré de cette escapade spatiale : l’Homme venait de traverser une frontière. Plus qu’un symbole, cet acte constituait aussi un jalon. La destinée de l’Homme s’écrirait désormais dans les étoiles. Une cheminement, qui à travers les paroles de Gaspard Noé, réalisateur français prend un sens totalement nouveau lorsque ce dernier dira que « le cinéma est une réinterprétation du monde », supposant ainsi l’habitude de cet art que de profiter d’une époque ou d’un évènement donné, pour fédérer un public autour d’un thème ayant marqué l’année ou la décennie. Et alors que l’exploration spatiale avait muté d’une utopie à un projet tout ce qu’il y a de plus réalisable, la tentation de coupler cette thématique de conquête et d’exploration à ce précurseur balbutiant du divertissement de masse semblait doté d’une logique à toute épreuve, tant cela permettait de conjuguer actualité à gros spectacle, une recette prisée du public de l’époque et subrepticement nommée blockbuster.
Un genre soumis à d’intenses promotions.
De l’anglais blockbuster signifiant « qui fait exploser le quartier » et dont les origines remontent à l’art militaire (le terme blockbuster désignait lors de la Seconde Guerre Mondiale, la plus puissante bombe utilisée par l’armée anglaise et américaine), le blockbuster se définit alors comme un genre de films remportant un succès important principalement issu des moyens d’ordres financiers et humains investis, donnant d’ailleurs très rapidement au genre l’étiquette de superproductions. Massif, le genre l’est, tant son arrivée, aussi subite qu’inattendue dans les années 1970 s’est longtemps vue considéré comme un pied de nez au Nouvel Hollywood alors en grande forme (Le Parrain notamment) tant il n’a pas manqué de froisser une part importante de la profession, cette dernière révoltée de voir des jeunes cerveaux insolents et vantards user du même mode d’expression que le leur, mais en le travestissant pour le conformer à une vision purement commerciale.
Mais le genre est aussi le vivier d’infatigables tacticiens. Car ce qui a grandement contribué à l’essor de ce genre est bel et bien la dextérité qu’ont eu les producteurs à user des ressorts publicitaires et commerciaux pour vendre et susciter l’attente autour d’un projet. Suivant la maxime édictée en consigne de John Ford, qui veut que « le meilleur cinéma, c’est celui où l’action est longue et les dialogues brefs », le procédé va alors subir un formidable élan lorsque ses principales composantes se verront utilisées dans ce que l’histoire retiendra comme le premier blockbuster : Les Dents de la Mer.
Ce raz de marée au cœur de la profession, c’est un certain Steven Spielberg qui en sera l’initiateur. En 1975, alors âgé de 28 ans, ce dernier tout juste crédité d’un premier film d’étude minimaliste (Duel) et d’un film sacré au Festival de Cannes (Sugarland Express) décide d’adapter un roman horrifique narrant la mésaventure d’une station balnéaire, menacée par un squale. Baptisé Jaws (Les Dents de la Mer), ce film au budget relativement modeste gravitant autour des 12 millions de dollars va jouir de techniques publicitaires révolutionnaires pour l’époque ; les majors du studio dépensant plusieurs millions de dollars pour la promotion et diffusant ainsi moult spot télévisés vantant la technique et le ton horrifique du film pour charmer un public, jusque alors peu habitué à voir de tels spectacle.
Le résultat deviendra un cas d’école. 470 millions de dollars récoltés pour seulement 12 dépensés, 3 Oscars dont meilleur montage, meilleur son et meilleure musique pour le reconnu John Williams, une nomination à l’Oscar du meilleur film la même année et la consécration artistique pour Spielberg, qui deviendra dès lors un des movie-maker, littéralement faiseur de film, les plus reconnus et les plus populaires de la profession.
Un genre qui s’exporte dans l’espace et s’expatrie.
De par cet immense succès, ayant plus que jamais entériné la place de ces nouveaux pontes du divertissement au sein du système, résultera un effet de mode démesuré. On ne comptera ainsi plus le nombre de studios désireux d’égaler le succès des Dents de la Mer, et dont la seule obsession sera de trouver une histoire, sachant conjuguer grand spectacle, nouveauté et modernité.
Et à ce jeu carnassier et ou les dollars pleuvent, c’est la 20th Century Fox qui tirera la meilleure carte lorsqu’elle fera confiance à un certain George Lucas, réalisateur auréolé d’un joli succès public avec son film American Graffiti, ici désireux de mettre en scène un film sachant conjuguer quête initiatique, mondes merveilleux, mythologie et combats spatiaux, directement inspiré d’Akira Kurosawa, Edgar Rice Burroughs et Fritz Lang.
Le nom de cette épopée de science-fiction : Star Wars !
Devenue au fil des années culte (et c’est un euphémisme), la saga de George Lucas perpétuera la rentabilité économique du blockbuster, quand bien même son principal auteur avait parié le contraire et le premier volet, Un Nouvel Espoir sera d’ailleurs pendant longtemps l’un des films les plus lucratifs que le cinéma ait porté, engrangeant pas loin de 560 millions de dollars pour un budget de seulement 10 millions, et une tripotée d’Oscars (majoritairement d’ordres techniques tels que les costumes, effets visuels, musique) dûment mérité.
A l’issue de ces deux coups d’éclats ouvrant la voie sur un nouveau débouché du divertissement de masse, en l’espèce la vente de produits dérivés, le genre en perpétuelle effervescence continuera d’alimenter outrageusement les travées de salles obscures, quitte à s’exporter en Australie ou le premier volet de la saga Mad Max, engrangera 100 millions de dollars, pour des dépenses de 400 000 dollars, et aussi en Angleterre avec la recrudescence de la saga James Bond, ayant troqué ses oripeaux de pur espionnage pour finalement endosser ceux de l’action pure et dure.
Suivra une flopée d’action-movie à fortes tendances patriotiques ou Stallone, Schwarzy et consorts joueront des mécaniques dans des films aux airs de simulacres de one man show (Rocky / Commando / Predator) et l’avènement de ce genre à l’orée des années 2000 avec l’arrivée d’un jeune sorcier au faciès peu expressif et d’une dynastie Marvel en pleine expansion et aujourd’hui omniprésente comme nouveaux porte-étendards.
Vous l’aurez compris, malgré qu’il ait éclot il y a de cela 40 ans, le blockbuster a de beaux jours devant lui. Un postulat qui ne sera point démenti au vu du contenu de cette année, osant raviver cette flamme de la nostalgie avec autant d’ambition que de malice.