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Taken 3 : Musique, Bande Originale

Taken 3 – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Bande (pas) originale

La bande-originale de Taken 3 aurait pu être totalement prévisible, s’enfoncer dans les méandres du cinéma d’action en enfilant les stéréotypes des musiques musclées et presque martiales, de ce genre cinématographique. On n’en est pas très loin en fait, les partitions musicales sont exactement ce qu’on attend d’elles : pleines d’emphase, aux rythmes lents et très appuyés, comme pour marquer la détermination du « héros ». Rien de bien original à écouter de ce côté-là, on est en terrain conquis et, sans surprise, le compositeur Nathaniel Mechaly s’impose des passages obligés, accouchant d’une partition certes qui s’écoute, mais est interchangeable avec un bon wagon d’autres « œuvres » du même genre. Pour plaire à tous, on mélange instruments traditionnels et quelques belles nappes de synthé pour un résultat sans autre ambition que de ne froisser personne.

L’originalité, c’est un bien grand mot, serait plus à chercher (et qui sait, à trouver) du côté des chansons qui ne se contentent pas que de celle du générique de fin. Les plus réussies sont Let Me Weep, Toes ou encore A Stutter. Bien sûr, rien qui ira cartonner en haut des charts internationaux, mais suffisamment de qualités dans l’interprétation, la composition et les arrangements pour ne pas avoir envie de jeter (tout le) bébé avec l’eau du bain. Le plus étonnant en fait, c’est la douceur de ces interprétations dans un film « de brutes ». Une « humanité » qui semble s’être perdue face au rouleau compresseur de la franchise Taken. Il y a finalement quelques bonnes choses à prendre dans le travail de Nathaniel Mechaly, il y en a malheureusement beaucoup plus à laisser…

Sortie : 5 janvier 2015

Distributeur : EuropaCorp

Durée : 68’

Tracklist :

1. Taken 3 Opening par Nathaniel Mechaly 0’36

2. Let Me Weep par Gaelle Mechaly 2’55

3. Toes pas Glass Animals 4’17

4. Predictable par Nathaniel Mechaly 1’20

5. Leonor Is Dead par Nathaniel Mechaly 1’42

6. Bryan Runs par Nathaniel Mechaly 2’52

7. A Stutter par Olafur Arnalds 5’09

8. He’s Playing You par Nathaniel Mechaly 1’38

9. Bryan’s Escape 4’09

10. He Didn’t Do It par Nathaniel Mechaly 4’09

11. Inspector Dotzler par Nathaniel Mechaly 1’18

12. College Pursuit par Nathaniel Mechaly 2’30

13. Kim Interrogation par Nathaniel Mechaly 3’38

14. Fourth Yogurt From The Back 1’27

15. Malankov’s Penthouse par Nathaniel Mechaly 2’40

16. Up To The Russians par Nathaniel Mechaly 1’28

17. He’s A Ghost pa Nathaniel Mechaly 3’03

18. Bryan’s Grief par Nathaniel Mechaly 6’14

19. Anything Yet ? par Nathaniel Mechaly 2’38

20. Store Fight par Nathaniel Mechaly 2’36

21. Porsche Pursuit par Nathaniel Mechaly 4’21

22. Saving Kim par Nathaniel Mechaly 4’51

23. Infinity par The XX 5’15

Auteur Freddy M.

Lost River, un film de Ryan Gosling : Critique

Ryan Gosling est une personnalité qui a su jouer sur plusieurs tableaux depuis sa plus tendre enfance. Gamin adorable dans La Bande à Mickey, il est devenu un idéal masculin pour ces dames depuis N’oublie jamais. Un fardeau pour l’acteur canadien qui semble vouloir s’affranchir de cette étiquette minable. Il le dit lui-même; il ne s’est « jamais vu comme un sex-symbol« . Musicien doué, Ryan Gosling est également à la tête d’un groupe indie folk qu’il a fondé, les Dead Man’s Bones. Les Inrocks iront même jusqu’à classer leur premier album dans la liste des quinze meilleurs opus de 2009. Bourré de talents, le public ne le connaît pourtant qu’à travers ses rôles de belles gueules et d’hommes romantiques mystérieux. Le comble pour un acteur aux multiples talents, loin d’être jugé à sa juste-valeur. Mais Ryan Gosling n’est pas qu’une belle gueule sur un corps d’Apollon. C’est aussi un esprit torturé qui cherche à s’affranchir de son passé et des étiquettes qu’on lui colle. En étant à l’affiche coup sur coup de Blue Valentine et Drive, l’acteur canadien se fait le porte-étendard d’un cinéma d’auteur américain exigeant et stylisé. Une image qu’il entretient volontiers en restant dans un cinéma arty qui trouve son apogée avec les envoûtants Only God Forgives et The Place Beyond the Pines. A travers ses déclarations, on sent que le garçon souhaite être autrement reconnu pour ses performances au sein d’œuvres véritablement artistiques que pour ses « abdos photoshoppés« . Passionné par les exploits de ses illustres pairs cinéastes, Ryan Gosling tend à leur rendre hommage avec Lost River. Un vibrant cri du cœur de la part d’un vrai bon cinéphile. Certains films de Nicolas Winding Refn et Derek Cianfrance viennent d’être cités. Ce n’est pas un hasard. Ce qui semble avoir surtout aidé Ryan Gosling a franchir le pas de la réalisation, ce sont ces rencontres avec les deux cinéastes, pour lesquels il réitérera à chaque fois l’expérience.

The Place Beyond Detroit

D’autres illustres réalisateurs semblent également servir d’inspiration à Lost River. En effet, ce dernier est une oeuvre hybride qui trouve sa source à travers le travail remarqué et remarquable de génies du cinéma. On pensera volontiers à David Lynch, Dario Argento ou Terrence Malick dès l’introduction. Certains iront jusqu’à citer Alejandro Jodorowsky, Gregg Araki, Gaspar Noé ou Harmony Korine. La liste peut encore être longue. Afin d’injecter une vraie identité visuelle à son récit, Ryan Gosling s’est adjoint les services du chef opérateur Benoit Debie, ayant justement œuvré par le passé pour Korine et Noé. Le canadien n’a pas hésité à s’entourer d’une équipe de talentueux faiseurs d’image. Au montage, il est allé jusqu’à embaucher le monteur de Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Valdís Óskarsdóttir. Au fond, Lost River nous en indique beaucoup sur Ryan Gosling et ses films de chevet. Pour l’équipe du film, le jeune réalisateur a bâti une forte équipe grâce à son expérience des plateaux. Mais surtout grâce à sa rencontre avec gens avec qui il a déjà travaillé ou qui l’ont marqué dans certains films. C’est d’ailleurs pour cette raison que Reda Kateb figure au casting, le canadien ayant été impressionné par sa performance dans Un Prophète ou Zero Dark Thirty. A ses côtés, un casting de prestige compose la première réalisation du canadien et détonne dans cette oeuvre d’une dimension expérimentale parfois déconcertante, loin des conglomérats des grands studios hollywoodiens. Un tant-soi peu cinéphile et vous reconnaîtrez toutes les têtes qui figurent dans le casting. Si c’est bel et bien la Warner qui distribue le film (en VOD aux Etats-Unis), elle semble en revanche ne pas assumer le parti-pris de ce film, véritable conte de fée sous acides. Pas assez grand public ? Evidemment, mais si c’était ce que rechercher son réalisateur ?

Cette première incursion dans le cinéma selon Gosling pourrait effectivement sembler déroutante, si tenté que l’on ne connaît l’acteur pour ses rôles de premier plan. Mais au fond, si Lost River aborde franchement le cinéma méta et en dit long sur son réalisateur, il nous permet également d’avoir un regard arty et désillusionné sur le rêve américain et sa ville de Détroit abandonné de tous. Ce sont des monstres qui ont désormais investi la ville. Des hommes qui ont cédé aux plus viscérales des pulsions, du sang au sexe en passant par l’argent et la destruction. Il est évident que cette mère célibataire (Christina Hendricks, sublime) et ses deux fils en proie à la faillite devront franchir certaines limites. Ils devront retourner à la surface pour s’affranchir des monstres qui les attirent dans les limbes de la perversité. Mais si d’évidentes idées semblent se dégager du récit pour nous proposer une réflexion, il manque clairement une vision d’ensemble qui aurait pu éviter au film d’être un peu vain. Il se dégage de Lost River une atmosphère onirique à la Del Toro. Les nuits semblent s’y fondre dans des virées nocturnes psychotiques. Tout le parti-pris du film est de favoriser l’identité visuelle au détriment du récit et des interactions entre les personnages. Difficile de considérer cela comme un défaut puisqu’au final Lost River s’apprécie plus comme une expérience sensorielle que comme une véritable intrigue à suivre. Mais tout cela se fait malheureusement au détriment de l’absence de tension, d’alchimie entre les acteurs et d’un rythme decrescendo qui nuit à l’appréciation du film. Si les sensations sont bien présentes et que la fascination à la vue de certaines images fantasmagoriques nous gagne, il nous arrive par moment de perdre pied dans ces quatre-vingt quinze minutes confuses. A trop vouloir privilégier le cadre, Ryan Gosling en oublie les personnages qui le composent. Difficile pour eux d’exister malgré cette attraction fascinante qui -paradoxalement- nous les rapproche de nous autant qu’il nous en éloigne. Certaines sous-intrigues perdent au change comme cette romance entre deux âmes isolés pour laquelle aucune substance n’en ressort vraiment. Ce sont donc les visions d’un jeune cinéaste dopé au cinéma d’auteur qui priment donc sur l’histoire.

Malheureusement pour Ryan, le film souffre justement du poids de ses références. Lost River apparaît plus comme l’oeuvre d’un garçon qui souhaite prouver à quel point il a été influencé par une culture cinématographique singulière et sensorielle. Le spectre de David Lynch et de ses compères n’est jamais très loin. Tous les cinéastes que le jeune réalisateur souhaite saluer à travers son film ne font qu’alourdir sa portée. A vouloir apposer sa marque personnelle et cultivée, Gosling fait l’erreur de tomber dans l’énumération d’une galerie de cinéaste pour un film qui -finalement- devient impersonnel. Preuve en est avec tous ces articles -dont celui-ci- qui ne font que citer les très nombreuses références du film. On pourrait croire à un caprice de jeune premier de la classe mais il n’en est rien. Il faut voir Lost River avant tout comme un profond cri du cœur. Restons-en sur le souvenir de la première incursion naïve mais touchante d’un cinéaste en devenir. Tout comme cette ville engloutie sous les eaux,Lost River est beau, tellement beau mais se contente malheureusement de rester à la surface, nous cachant toute la profondeur de son récit dans ses entrailles. Il faut peut-être y plonger la tête à l’instar de notre héros pour y découvrir toute la réussite de ce film brillant formellement mais fondamentalement bancal. Il serait cependant dommage de ne pas croire au potentiel du canadien pour persévérer dans cette voie et nous offrir un second long-métrage dans la même veine. L’aboutissement en plus.

Synopsis: Dans une ville qui se meurt, Billy, mère célibataire de deux enfants, est entraînée peu à peu dans les bas-fonds d’un monde sombre et macabre, pendant que Bones, son fils aîné, découvre une route secrète menant à une cité engloutie. Billy et son fils devront aller jusqu’au bout pour que leur famille s’en sorte.

Fiche Technique: Lost River

Etats-Unis
Genre: Thriller, Fantastique
Durée: 95min
Sortie en salles le 08 avril 2015

Réalisation: Ryan Gosling
Scénario: Ryan Gosling
Interprétation: Christina Hendricks (Billy), Iain De Caestecker (Bones), Saoirse Ronan (Rat), Matt Smith (Bully), Ben Mendelsohn (Dave), Eva Mendes (Cat), Reda Kateb (Cab Driver), Barbara Steele (Grandma)
Image : Benoît Debie
Décor : Beth Mickle & Lisa K. Sessions
Costume: Erin Benach
Montage: Valdís Óskarsdóttir & Nico Leunen
Musique : Johnny Jewel
Producteur: Ryan Gosling, Marc Platt (II), Adam Siegel, David Lancaster, Michel Litvak, Jeffrey Stott, Gary Michael Walters et Noaz Deshe
Production: Bold Films, Marc Platt Productions et Phantasma Films
Distributeur: The Jokers / Le Pacte
Budget : /
Festival: Sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2014

L’Astragale, un film de Brigitte Sy : critique

L’Astragale, film de Brigitte Sy, est adapté des mémoires d’Albertine Sarrazin, jeune femme évadée de prison et amoureuse éternelle. Deuxième film adapté de ce roman à succès, après un premier en 1969, cet Astragale là réussit le paris de dépasser la simple retranscription des faits, il dresse le portrait d’une héroïne éternelle.

La réalisatrice s’intéresse ici à un an de la vie d’Albertine, de son évasion de prison en 1957 à une première arrestation en 1958. Cette année marque pour la jeune femme le début d’un nouvel amour, empêché par la cavale. Albertine y expérimente, à 19 ans seulement, le manque, le désir et l’inaltérable besoin de marcher, voire de courir. De n’habiter nulle part et partout à la fois, d’être au monde. L’Astragale tel que Brigitte Sy l’imagine et le réalise est un film d’amour sobre, magnifique et pudique qui met en avant les visages et la lumière d’un Paris lumineux, fait de rencontres et de cachettes.

Entre les murs

L’Astragale commence par une époustouflante scène d’ouverture, éclairée avec talent et minutie. C’est la nuit, Albertine (Leïla Bekhti) est prête à sauter du mur de sa prison, à s’évader. Elle se donne du courage et saute à plat ventre. En cherchant à se relever elle découvre qu’elle est blessée, elle ne peut pas marcher. La caméra la suit rampant sur le sol boueux, jusqu’à la route où elle arrête une voiture. L’homme qui s’y trouve ne peut pas la sauver, il arrête donc une autre voiture. Dedans, Julien (Reda Kateb) s’approche de la jeune femme qui pleure couchée près de la voiture, éclairée seulement par les phares de celles qui passent à côté d’elle. Julien soulève alors Albertine de terre, il la prend dans ses bras et l’emmène sous un arbre. Il lui promet de revenir, lui demande de l’attendre. Voilà, une double fulgurance dans la vie d’Albertine : un os du pied cassé, l’astragale, et un coup de foudre. Dans cette première scène, elle doit déjà attendre Julien. C’est comme ça qu’est construit tout le film de Brigitte Sy, autour de l’attente amoureuse. Cette première scène, en noir et blanc comme tout le film, est magnifique parce que ses plans sont travaillés comme des cadres où se joue à la fois la force des corps et celle des visages, que la lumière y est extrêmement importante, lumineuse et sombre à la fois.

Après cette rencontre inattendue, Julien et Albertine rejoignent une planque à moto. C’est à Paris qu’Albertine veut s’établir, ce sera donc chez Nini, une femme aussi méchante que gentille et dans l’appartement de laquelle Albertine se sent prisonnière. Les cadres sont sobres, il n’y a pas à proprement parler de reconstitution folklorique dans le film car Brigitte Sy a joué sur l’intemporalité et la simplicité. Albertine devient Sophie et doit porter une perruque blonde. Dans les rues, elle tente de ne pas se faire reconnaître, mais tout se joue pourtant par l’image. Son visage dépasse un simple changement d’identité. Captée en photo, elle respire Albertine, même en Sophie. Si elle vend son corps aux hommes, elle reste complètement entière dans l’amour qu’elle offre à Julien, qui peine à l’aimer en retour au départ. Ce qui frappe d’emblée, dans le difficile univers qu’habite Albertine, c’est la douceur et la bonté de Julien auquel Reda Kateb offre ses traits avec force, comme toujours. Doucereux une seconde, il peut exploser l’instant d’après, mais protège son jeune amour comme un trésor, même s’il lui faudra un an pour dire je t’aime.

Amoureuse de l’amour

Albertine cabotine dans les rues de Paris, boîte, rencontre et attend. Elle revoit Marie, sa complice et son amoureuse d’autrefois, qui affirme l’aimer plus que Julien. La jeune femme a fait de la prison par amour pour Marie. Ensemble, elles sont amoureuses et libres. Pourtant, c’est par déconvenue de Julien qu’Albertine retrouve Marie au bord de la mer. Ses propres retrouvailles maritimes avec Julien sont, elles, plutôt avortée. L’amour agit sur Albertine aussi durablement que sa blessure au pied, elle dit elle même « je ne peux pas faire marche arrière ». Guidée par son sentiment, Albertine parle de l’argent, le vol est pour elle comme l’amour, une succession de gestes qui parfois mènent au miracle, comme d’un besoin de possession. Si elle ne peut posséder l’autre dans l’amour car il est toujours fuyant, elle n’appartient à personne. Alors pour mieux s’appartenir, Albertine écrit, pas comme on parle, mais dans une langue aussi travaillée que percutante. Par l’écrit et l’amour, elle expérimente la souffrance, signe d’un véritable amour. L’empêchement est toujours extrêmement bien mis en scène, tout comme l’attachement d’Albertine pour Julien qui se sent un peu perdu face à tous les mots qu’il engendre malgré lui.

L’Astragale est un film sur l’amour, sur l’absence de l’autre comme d’une terre où poser un pied bloqué. Albertine est apatride, mais partout elle envahit l’espace. Julien créer de l’amour autour de lui sans le vouloir vraiment. Il y a dans ce film, autant de tendresse que de dureté, celle pourtant magnifiée des prostituées qui font claquer leurs talons sur les trottoirs parisiens. Albertine n’a besoin d’aucune drogue, on lui propose pourtant l’opium. La sienne c’est d’être une amoureuse transie, entière et libre. Toujours de biais, même quand elle est photographiée, la vie d’Albertine aura été rythmée par la passion et la débauche, c’est elle qui le dit, mais surtout par un succès littéraire. Ce très beau film, simple et romanesque, lui rend un hommage vibrant. On vibre d’ailleurs en musique avec un thème récurrent teinté de violon qui achève d’entourer L‘Astragale d’un charme éternel. D’autant que tous les acteurs offrent une partition éclatante, Leïla Bekhti en Albertine en tête, sa voix qui lit comme son visage et son corps sont tout entier dans cette histoire de femme libre, mais attachée à l’amour. Reda Kateb, Esther Garrel, Jocelyne Desverchère, India hair impriment eux aussi leur présence, à jamais figée sur une pellicule en mouvement qui dit la force du cinéma : faire vivre des figures réelles ou imaginées et leur faire traverser le temps sans ombrage. « C’est également le portrait d’une jeune femme dont la passion de l’extrême, l’amour de la liberté et l’ivresse de la jeunesse en font une héroïne éternellement moderne. Albertine n’appartient à rien, elle s’appartient. Elle est son monde, sa terre, sa propre planète. Une planète en feu qui explosera plus tard en plein vol. »* Albertine Sarrazin, la vraie, est morte à 29 ans à la suite d’une erreur médicale.

*Brigitte Sy à propos de son héroïne, citation rapportée par Allociné.

Synopsis : Une nuit d’avril 1957. Albertine, 19 ans, saute du mur de la prison où elle purge une peine pour hold-up. Dans sa chute, elle se brise l’os du pied : l’astragale. Elle est secourue par Julien, repris de justice, qui l’emmène et la cache chez une amie à Paris. Pendant qu’il mène sa vie de malfrat en province, elle réapprend à marcher dans la capitale. Julien est arrêté et emprisonné. Seule et recherchée par la police, elle se prostitue pour survivre et, de planque en planque, de rencontre en rencontre, lutte au prix de toutes les audaces pour sa fragile liberté et pour supporter la douloureuse absence de Julien…

EN VIDEO – Découvrez la bande annonce du film

Fiche technique – L’Astragale

Date de sortie : 8 avril 2015
Réalisation : Brigitte Sy
Scénario : Brigitte Sy et Serge Le Péron
Interprètes : Leïla Bekhti (Albertine), Reda Kateb (Julien), Esther Garrel (Marie), Jocelyne Desverchere (Nini), India Hair (Suzy)
Compositeur : Béatrice Thiriet
Producteur : Paulo BrancoDirecteur de la photographie : Frédéric Serve
Monteuse : Julie Dupré
Distributeur : Alfama Films

 

Spotless, Saison 1 : critique de la série

Dernière née des créations originales de Canal+, Spotless est une série franco-britannique qui réunit deux concepteurs anglophones, soit l’Américaine Corinne Marrinan (Les Experts) et le Britannique Ed McCardie (Shameless), et un metteur en scène français, Pascal Chaumeil (auquel on doit notamment la comédie L’Arnacoeur). Premier constat, si le rythme est plutôt lent, on ne s’ennuie pas devant Spotless puisque, si la série prend le temps de poser ses personnages, l’intrigue avance assez vite, rebondit. A l’image des personnages principaux, la série ne dort jamais.

Synopsis : Cela fait des années qu’ils ne se sont pas vus lorsque Martin, un loser qui multiplie les mauvaises fréquentations et accumule les problèmes, débarque chez son frère, Jean, un Frenchy installé à Londres où il mène une vie bien rangée. Martin n’est pas le bienvenu. Jean a tiré un trait sur son passé. Mais le métier de Jean, nettoyeur de scènes de crimes, et le don de Martin d’attirer les embrouilles vont très vite les propulser dans l’univers à la fois sordide et délirant du crime organisé.

Le crime est leur affaire

Si Jean, premier personnage qu’on aperçoit à l’écran, est nettoyeur de scènes de crimes, vidées de leurs cadavres, dans sa vie professionnelle, il a lissé sa vie de famille derrière une façade chic et parfaite : un beau pavillon, une belle femme et deux enfants qui intègrent des écoles privées. Pour passer le temps et défaire ses démons, il a une maîtresse. Rien de bien orignal jusque-là, mais c’est comme ça qu’est d’abord présenté Jean Bastière (Marc-André Grondin). On le voit jouer (et jouir par la même occasion) avec sa maîtresse, nettoyer du sang et de la cervelle puis rentrer chez lui où l’attend son frère, l’élément déclencheur. A rebours de la vie toute proprette de Jean, Martin (Denis Ménochet) déménage. Imposant physiquement, sans éducation et un peu paumé, il vient bouleverser  la vie de son frère (qui se croyait jusque-là hyper moral) auquel il révèle qu’il a dans sa camionnette un frigo avec un cadavre dedans et de la drogue dans la morte en prime. De quoi plonger les deux frères de sangs (dans tous les sens du terme) dans une macabre association avec un malfrat, poète à ses heures, Nelson Clay et ses acolytes tous plus mafieux et drôles (malgré eux) les uns que les autres. Beaucoup d’influences tournent autour de cette série tragi-comique. On pense alors à Breaking Bad, Dexter ou encore True Dedective (pour le générique). Autant de grands frères, que les frères Bastière frôlent sans les dépasser bien entendu.  Ils s’embarquent dans un engrenage déjà-vu, mais on s’attache à leur histoire, à cette inévitable descente aux enfers. Jean, le plus frêle, devient de plus en plus froid et distant (avec sa femme et ses enfants, mais aussi avec sa tâche ingrate et délicate) alors que Martin, au premier abord plus repoussant, devient plus consistant, plus touchant dans sa façon d’être à rebrousse poil, dans le mauvais sens.

Du sang et des bons mots

Côté seconds rôles, on déplore que la famille soit plutôt sous-exploitée, si la rébellion pointe chez la femme de Jean, Julie, elle n’explose jamais et c’est bien dommage. La série repose sur l’association de deux contraires qu’une sombre histoire de cadavre dans l’eau, en France, a séparé tout autant que rapproché (mais cette image mystérieuse revient trop souvent). Portée par une mise en scène intelligente, léchée et imposante, la série se laisse regarder avec plaisir, d’autant qu’on cherche toujours à savoir ce qui va bien pouvoir se passer ensuite. Pourtant, Spotless n’est pas une série si addictive, car elle réutilise des codes usés jusqu’à la corde, mais en se les réappropriant. On devine alors que la force de la série repose toute entière sur son casting, impeccable, et sur ses dialogues, qui font souvent mouches. Parfois très écrites, parfois plus spontanées, les répliques sont un régale. Les situations, un peu moins. Une fois une ou deux scènes de crimes nettoyées, l’idée paraît réchauffée, même si la BO* rend tout ça beaucoup plus accrocheur. Les concepteurs s’accrochent donc à une vision de Londres, souvent filmée en série, plus noire, moins carte postale. Les Anglais rient des Français, les Français des Anglais et ainsi de suite, le cliché se dévisse et s’expatrie. Le jeu des apparences est parfois inattendu, mais parfois seulement. Les auteurs jouent sans arrêt du décalage, musicale (du Trenet dans le premier épisode ou encore Guy Béart dans le troisième), tout autant que fraternel ou visuel. Les foyers deviennent des reflets de leurs occupants, plus que jamais, l’épaisseur psychologique des personnages vient aussi de là. Chacun a la tête de l’emploi et Spotless s’écrit comme une série avec du sang français, mais sans avoir à en rougir, au contraire. La série oscille sans cesse entre notre bonne vieille vulgarité, notre esprit de confrontation et ce petit quelque chose dans l’humour et dans la classe dont seuls les anglais ont le secret. Dans Spotless, tout est sale puis propre l’instant d’après, jusqu’à ce qu’une petite goutte (de sang ou d’eau dans le vase) fasse tout déborder. A suivre donc !

* EN VIDEO – Découvrez le générique et la bande originale de Spotless, composée par Timber Timbre

Fiche Technique – Spotless :

Titre original : Spotless
Genre : thriller, horreur
Création : Ed McCardie, Corinne Marrinan
Acteurs : Marc-André Grondin, Denis Ménochet, Miranda Raison, Doug Allen, Liam Garrigan, Ciarán Owens, Kate Magowan, Tanya Fear, Naomi Radcliffe, Lucy Akhurst, Jemma Donovan, Niall Hayes, Brendan Coyle…
Pays d’origine : France
Drapeau : Royaume-Uni
Chaîne d’origine : Canal+
Nb. de saisons : 1
Nb. d’épisodes : 10
Durée : 52 minutes
Diff. originale : 16 mars 2015 – en production

France – 2015

Fast & Furious 7, un film de James Wan : Critique

Fast & Furious 7, un film purement badass qui roule sur les acquis du 5

Synopsis : Alors qu’ils pensaient enfin couler des jours paisibles après leurs nombreuses virées, Dominic Toretto et sa « famille » vont devoir faire face à Deckard Shaw, un mystérieux et dangereux agresseur qui n’est autre que le frère de leur précédent ennemi, Owen Shaw. Bien décidé à venger ce dernier, il va s’avérer être un redoutable adversaire qui va forcer la bande à reprendre la route et dépasser les limites du possible…

Depuis le cinquième opus et son succès surprise, la franchise est entrée dans la cour des grands, des blockbusters faramineux qui rapportent et qui suscitent l’attention d’un public qui s’élargit de film en film. Car oui, qui aurait pu penser que 14 ans après le premier film (2001, quand même…), la saga Fast & Furious perdurerait autant, arrivant ainsi à la septième virée et promettant de nouvelles aventures dans les années à venir (la production a récemment annoncé la mise en chantier d’un 8, 9 et 10ème film) ? Personne, cela va sans dire ! Mais la formule n’a-t-elle pas subi une certaine baisse de régime à force de suivre le même chemin ?

Scénaristiquement parlant, il ne faut rien attendre de Fast & Furious 7. En même temps, si vous allez voir ce film, c’est que vous connaissez la franchise (au moins à partir du 5) tout en sachant qu’il ne faut pas trop en demander dans ce genre de divertissement, vu que la recette est la même depuis quelques années. En somme, ce nouvel opus ne déroge pas à la règle de la saga : une troupe de mordus de la route et de grosses cylindrées devant affronter un redoutable adversaire en toute illégalité tout en faisant chauffer l’asphalte, admirant au ralenti les pépés en petites tenues sous des airs de hip-hop et faisant voyager le spectateur par des plans exotiques dignes des plus belles cartes postales. Bref, si vous commencez à en avoir marre de Dominic Toretto qui continue à faire l’éloge gnangnan de sa « famille » en plein milieu d’une trame aussi invraisemblable que certaines séquences, au profit d’un déballage d’action d’une très grande efficacité, passez votre chemin, Fast & Furious 7 reprenant sans se cacher ce concept initié par le cinquième opus. Mais vous manquerez ce qui se présente sans fausse note comme l’épisode le plus fun de toute la franchise !

Alors oui, un tel film demande avant tout de laisser son cerveau de côté avant le visionnage au risque d’avoir une crise cardiaque devant d’aussi grosses ficelles scénaristiques, des répliques d’une monumentale bêtise et toute cette testostérone qui dégouline de l’écran. Mais en même temps, c’est pour le plaisir que vous allez voir le film et rien d’autre. Et cela, le réalisateur James Wan, le scénariste Chris Morgan et les acteurs l’ont bien compris. Malgré les moments dramatiques du long-métrage, qui mettent notamment en scène l’amnésie de Letty tout en gâchant le rythme, le tout se révèle être la définition exacte de la badass attitude. Un divertissement qui fonce à toute berzingue dans le manque de sérieux purement assumé en doublant les séquences d’action invraisemblables, saupoudrées de punchlines efficaces et de personnages attachants pour bien des raisons. Une distribution plus que généreuse de « badasserie » qui permet à la franchise de tenir la distance sans faire tomber cette dernière dans la redite ennuyeuse. Le spectateur féru d’action survitaminée, d’explosions en tout genre et de cascades à couper le souffle en aura indiscutablement pour son argent, malgré des effets numériques qui n’arrivent toujours pas à passer la seconde depuis l’existence de la saga.

Ce constat, Fast & Furious 7 le doit en partie à James Wan, réalisateur spécialement connu dans le domaine de l’horreur (Saw, Insidious 1 et 2, Conjuring) et qui se retrouve pour la première fois à la tête d’une superproduction dépassant les 200 millions de dollars. Bien qu’il n’ait pas vraiment de mise en scène personnelle et que le bonhomme ait dû se glisser dans le moule clipesque propre à la saga, il a su démontrer avec ce film qu’il peut diriger un tel projet sans lui faire perdre une once d’efficacité. Il suffit de voir les scènes d’action, fluides, énergiques, lisibles et bien montées. Ou encore sa manière de filmer la plupart des comédiens, allant jusqu’à en iconifier certains : Jason Statham retrouve sans mal la classe qui le distinguait dans Le Transporteur, Dwayne Johnson n’a jamais été aussi cool que dans ce film… En la personne de James Wan, Hollywood vient de trouver une nouvelle valeur sûre en matière de faiseur de divertissements qui sait autant amuser son public que lui-même !

Et Paul Walker dans tout cela ? Car oui, impossible d’évoquer Fast & Furious 7 sans parler du décès du comédien et de l’impact sur la version finale du film. Avec les nombreux hommages et déclarations sur le sujet qui ont fait la une des medias depuis plusieurs mois, le risque de voir le long-métrage user de cette tragédie comme argument marketing, atout au succès commercial ou bien prétexte à du tire-larmes. Rien de tout cela, étant donné que l’absence de l’acteur ne se remarque quasiment pas. Sauf pour un œil avisé qui saura repérer les différentes ficelles du tournage réalisées pour donner encore l’illusion de sa présence au sein de l’équipe (doublures, effets numériques, incrustations…), et la réalisation d’un hommage véritablement touchant qui lui a été rendu en fin de film (confirmant l’esprit de « famille » qui règne dans cette franchise). Fast & Furious 7 n’en fait jamais trop sur la disparition de Paul Walker tout en arrivant à émouvoir via une seule séquence, une bien belle façon de lui dire au revoir.

Il ne reste plus qu’à espérer que les prochains opus prennent leur voie et évitent de se reposer sur son décès comme a très bien su le faire ce septième volet. Ou bien qu’ils sachent renouveler un tantinet la franchise qui, pour le moment, continue sur les acquis du 5. Avec Fast & Furious 7, la recette fonctionne encore et James Wan possède les capacités nécessaires pour tenir le volant question dynamisme, sensation et efficacité. Mais pour combien de temps ? En tout cas, ce nouveau volet saura combler les amateurs d’action, se présentant comme un divertissement diablement fun et sans aucune prise de tête. Le long-métrage idéal pour s’amuser !

Fast & Furious 7 : Bande-annonce

Fiche technique – Fast & Furious 7

Titre original : Furious 7
États-Unis, Japon – 2015
Réalisation : James Wan
Scénario : Chris Morgan, d’après les personnages créés par Gary Scott Thompson
Interprétation : Vin Diesel (Dominic ‘Dom’ Toretto), Paul Walker (Brian O’Conner), Jason Statham (Deckard Shaw), Michelle Rodriguez (Letty Ortiz), Jordana Brewster (Mia Toretto), Tyrese Gibson (Roman Pearce), Chris ‘Ludacris’ Bridges (Tej Parker), Dwayne Johnson (Luke Hobbs)…
Date de sortie : 1er avril 2015
Durée : 2h17
Genre : Action
Image : Marc Spicer et Stephen F. Windon
Décors : Bill Brzeski
Costumes : Sanja Milkovic Hays
Montage : Christian Wagner, Leigh Folsom Boyd, Dylan Highsmith et Kirk M. Morri
Musique : Brian Tyler
Budget : 250 M$
Producteurs : Neal H. Moritz, Michael Fottrell et Vin Diesel
Productions : Universal Pictures, Original Film, Fast 7 Productions, Dentsu et One Race Films
Distributeur : Universal Pictures International France

 

Un Homme Idéal: Musique, Bande Originale

Un Homme Idéal – la B.O./Trame sonore/Soundtrack

Il faut le reconnaître le film de Yann Gozlan, Un Homme Idéal, bénéficie d’une bande-originale réussie et particulièrement adaptée au thriller qu’est ce long-métrage. En effet, la musique de Cyrille Aufort (Ombline, L’Âge De Raison) sait avoir, à la fois une trame musicale pure, et quelques fulgurances mélodiques, notamment par quelques très belles partitions de pianos, comme sur le magnifique Mathieu Et Alice. C’est dès Prologue, qu’on comprend que la qualité est au rendez-vous, le morceau est plein de fougue et semble presque sortir d’un blockbuster. On enchaîne sur Vie Banale, bien plus posé et méditatif, privilégiant les instruments classiques tels que le violon.

C’est à partir du morceau suivant, Léon Vauban, qu’on plonge plutôt dans un univers de trame sonore, où l’épure semble de mise. Le morceau est très lent, aucune mélodie identifiable ne semble vraiment s’en dégager. Sans manquer d’intérêt pour un mélomane, ces morceaux restent d’un accès plus ardu, dès lors qu’ils ne sont plus associés au film. On retrouve d’ailleurs cette sobriété dans la liste des morceaux, aux titres souvent terre à terre, dont la fonction est d’évoquer un moment du film, plutôt que d’être poétiques. Citons pêle-mêle : Agression, À La Nage, CambriolageTraîner Le Corps, Rendez-Vous Parking ou encore Incendie. Au final rien de rébarbatif, juste un passage obligé d’une bande-originale traditionnelle, mais qui garde la saveur de belles compositions pleines d’inspiration et du talent de son compositeur.

Sortie : 16 mars 2015

Distributeur : Sony Records

Durée : 46’

https://www.youtube.com/watch?v=vnCxsoA1I8g

Tracklist un homme idéal :

1. Prologue 1’18

2. Vie Banale 1’34

3. Léon Vauban 2’57

4. Writer Training 2’50

5. Fausse Agression 2’08

6. Success Story 1’51

7. À La Nage 1’21

8. Je Ne Suis Pas De Ce Monde 1’09

9. Mathieu Et Alice 1’05

10. Marc Eden 1’51

11. Voler La Mémoire d’Un Mort 1’40

12. Cambriolage 2’04

13. Stan 1’33

14. Trainer Le Corps 2’08

15. Zodiac 2’50

16. Un Homme Idéal (version 1)

17. Rendez-vous Parking 1’13

18. Faux Semblants 2’06

19. Découverte De Stan 0’59

20. Les Adieux 3’43

21. Incendie 2’54

22. Épilogue 2’34

23. Un Homme Idéal (version 2) 2’28

Auteur :  Freddy M.

Dark Places, un film de Gilles Pacquet-Brenner : Critique

[Critique] Dark Places, tous les ingrédients d’un chef d’œuvre… mais un cuisinier malhabile

Synopsis : Près de trente ans après le meurtre de sa mère et de ses deux sœurs, dont elle a été l’unique témoin, Libby Day est encore hantée par les fantômes du passé. Malgré qu’elle ait fait accuser son grand frère Ben, et que celui-ci n’ait jamais nié les faits, elle reste pleine de doutes sur le déroulement des faits lors de cette nuit cauchemardesque. Quand les membres d’un club de passionnés de faits divers morbides, persuadés de l’innocence de Ben, lui apprennent qu’ils veulent enquêter sur le massacre, Libby va devoir se replonger dans les événements de ce passé qu’elle cherchait à refouler depuis longtemps.

Trainant le lourd boulet de Gomez et Tavares qui aurait pu mettre fin à sa carrière en France, Gilles Paquet-Brenner avait surpris le public en signant le drame historico-pathos Elle S’appelle Sarah. Ce film ayant plu aux Etats-Unis, le cinéaste a pu aller y trouver des sociétés de production indépendantes. Celles-ci, devant le succès du roman Les apparences de Gillian Flynn, acceptèrent d’acheter les droits d’un autre roman de la même auteure. Et le fait que Charlize Theron se soit reconnue dans le personnage (la star sud-africaine a vécu un traumatisme familial similaire) permit au projet de se voir octroyer un budget important. A ce moment-là toutefois, ni Paquet-Brenner ni les producteurs n’imaginaient que David Fincher allaient les devancer en tournant et sortant son adaptation des Apparences. L’argument « Par l’auteur de Gone Girl » accolé au film allait alors devenir non seulement particulièrement attirant mais aussi le rendre attendu au tournant.

Et justement, on reconnaît dans ce scénario un point commun flagrant avec Gone Girl, devenant ainsi la touche personnelle de Flynn, c’est une narration parallèle entre deux histoires décalées dans le temps, entre le mari et la femme dans Gone Girl, et ici entre les événements de 1985 et l’enquête contemporaine. Or justement, cette construction parallèle entre passé et présent était déjà à la base d’Elle s’appelle Sarah, et ne représentait donc pas une réelle prise de risque pour son réalisateur. C’est toutefois dans la façon de gérer le suspense et les rebondissements dans une telle structure que Paquet-Brenner se devait de se montrer habile (rappelons que ses précédentes tentatives de thriller, UV et Les Emmurés, avaient été des échecs).

En plus de ce système dramaturgique labyrinthique qui rend l’investigation immersive, le film profite d’un casting irréprochable. Le défi réussi dans le choix des interprètes relevait justement de rendre crédible la différence de trente entre les personnages du passé et ceux du présent. La ressemblance et le mimétisme de jeu entre les interprètes du même personnage, et particulier entre Chloë Grace Moretz et Andrea Roth, sont éblouissants. L’autre force du film est incontestablement sa lumière, qui se devait de s’adapter à ce titre, Dark Places, qui annonçait des images très ténébreuses. L’embauche de Barry Ackroyd, chef opérateur ayant travaillé avec Ken Loach, Paul Greengrass et sur Démineurs, permet de rendre les nombreuses scènes nocturnes splendides.

Charlize Theron, dans ce rôle de garçon manqué tourmentée par son passé, est tout à fait convaincante, même si son jeu corporel reste limité et qu’elle aurait dû jouer davantage la carte du déni, ce qui aurait rendu plus bouleversant sa confrontation à ses souvenirs douloureux. Le rôle du geek un peu inquiétant colle parfaitement à Nicholas Hoult, dont on regrettera que son personnage ne soit utilisé que comme le point de départ du récit et finisse par en être un peu écarté. Christina Hendricks, dans le rôle de la mère, est sans doute l’actrice qui livre la prestation la moins intense du film. En revanche, Tye Sheridan (découvert dans The Tree of Life et qui prêtera bientôt ses traits à Cyclope dans le prochain X-Men) et Chloë Grace Moretz sont tout simplement bluffants dans leurs rôles d’adolescents perturbés.
Le suspense parvient à se maintenir tout au long du développement scénaristique, grâce notamment à la succession de rebondissement assurée par la double narration. Cependant, la mise en scène n’est absolument pas évocatrice et n’aide pas à accentuer la tension et l’anxiété. C’est bien dommage que le réalisateur ne parvienne jamais à transcender le sentiment d’angoisse et de culpabilité de son héroïne, ni même à rendre haletant les montées d’adrénaline. On ressent également qu’il ne connait pas l’univers rural américain puisqu’aucun personnage secondaire ne vient alimenter l’esprit du middle-west ni développer les crises économiques et sociétales évoquées dans le scénario. Quant à la résolution de l’enquête, son apparition trop abrupte est encore une fois la preuve de la maladresse du réalisateur français.

On regrettera que ce roman de Gillian Flynn n’est pas été adapté par un autre réalisateur que Gilles Paquet-Brenner, car avec un casting et une équipe technique aussi talentueux, Dark Places aurait presque pu se hisser au rang des grands thrillers sombres de David Fincher plutôt que de n’être qu’un bon petit polar du dimanche soir.

Dark Places : Bande-annonce (VOST)

Dark Places: Fiche Technique

Réalisation : Gilles Paquet-Brenner
Scénario : Gilles Paquet-Brenner d’après un roman de Gillian Flynn
Interprétation : Charlize Theron, Nicholas Hoult, Christina Hendricks, Corey Stoll, Tye Sheridan, Chloë Grace Moretz…
Musique : Gregory Tripi
Chef Opérateur : Barry Ackroyd
Montage: Douglas Crise, Billy Fox
Producteurs : Prince Azim, Charlize Theron, A.J. Dix, Matt Jackson…
Maisons de production : Exclusive Media Group, Cuatro Plus Films, Hugo Films…
Distribution (France) : Mars Distribution
Genre : Thriller, Drame
Durée : 113 min
Date de sortie : 8 avril 2015

Etats-Unis – 2014

Les enquêtes du département V : Profanation, un film de Mikkel Nørgaard : Critique

Comme son nom complet l’indique, Profanation fait partie d’une série : Les enquêtes du département V. On trouve derrière ce titre une belle réunion de ce qui fait le cinéma commercial Danois.

Synopsis : Carl Morck et Assad fêtent la création officielle du département V, chargé de résoudre les affaires laissées en suspens depuis des années. Des circonstances tragiques vont les faire réexaminer une affaire de viol et de meurtre qui avait pourtant trouvé un coupable. Ils vont devoir creuser plus en avant dans le passé, s’ils veulent trouver la vérité. 

Association de bienfaiteurs

Il s’agit tout d’abord d’une adaptation des romans de Jussi Adler-Olsen, dont les six déjà parus sont de gros succès de librairie. On trouve ensuite à la tête du projet deux noms relativement familiers : Mikkel Norgaard et Nikolaj Arcel. Le premier, réalisateur des deux premiers films, nous est connu par la série Borgen (dont on retrouve aussi l’acteur Pilou Asbaek) tandis que le second, scénariste et futur réalisateur du troisième épisode : Délivrance a réalisé le très remarqué Royal Affair et écrit l’adaptation des deux premiers tomes de Millenium.

Si l’on étend l’analyse au casting et à l’équipe technique, on croise des noms familiers des amateurs de cinéma et de série scandinave : The Killing pour l’acteur principal Nikolaj Lie Kaas, Millenium pour le chef opérateur Eric Kress, ou encore Morse pour les compositeurs Johan Söderqvist et Uno Helmersson.

Pourquoi vous dire tout cela : si nous sommes naturellement plus au fait du cinéma hexagonal et anglo-saxon, les deux premiers volets des Enquêtes du département V ont été de vrais succès populaires dans leur pays d’origine, disputant au Hobbit de Peter Jackson le titre de champion du box-office. Bien que le film soit produit par Zentropa, il ne représente pas le Danemark du cinéma d’auteur de Lars Von Trier, Thomas Vinterberg ou Susanne Bier, mais celui du polar nordique.

Quelque chose de pourri au royaume de Danemark

Pour faire un bon polar, spécialement nordique il faut :

– Un enquêteur désabusé

– Un crime horrible

– De puissants adversaires

Profanation possède ces trois éléments. Les enquêteurs tout d’abord. Comme il s’agit d’un deuxième volet (le premier, Miséricorde est sorti directement en V.O.D. comme on vous l’a expliqué ici), ils ne nous sont pas présentés à nouveau, mais on comprend instinctivement qui est qui. Dans ce volet apparaît un personnage assez important des romans en la personne de Rose, la secrétaire du duo Carl Morck et Assad. Sympathique, au caractère égal et efficace, elle est un appui solide pour le pauvre Assad, perdu face à la mauvaise humeur de Carl. Ce trio fonctionne bien : Carl est le moteur de l’action, irascible mais attiré par la vérité comme le papillon par la lumière, Assad tente de le calmer quand il va trop loin et est celui qui comprend les sentiments des autres, tandis que Rose tente de faire le joint entre les autres en préparant un café de bonne qualité, et préparant les dossiers pour les enquêteurs.

Evidemment, le personnage de Carl Morck est celui qui ressort le plus dans l’histoire : il vit une vie de fantôme, étranger à son fils comme à lui même, mais son humanité se révèle dans sa volonté de rendre justice aux victimes, quoi qu’il en coûte. Tel Columbo, il incarne cette figure d’enquêteur que personne ne prend au sérieux, qui ennuie tout le monde, mais qui finit par trouver et prouver l’identité du coupable.

Un crime horrible ensuite : un frère et une sœur assassiné, la femme violée auparavant, qui ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Reprenant le travail d’un enquêteur opiniâtre, nos héros vont faire le lien entre cette affaire et de nombreuses agressions ayant eu lieu dans la région. Polar nordique oblige, on retrouvera la fameuse cache secrète de l’un des tueurs où se côtoie accessoires sadomasochistes et trophées pris aux victimes.

Des adversaires puissants : l’intérêt de Profanation ne tient pas à la présence de nombreux twists qui, comme dans Gone Girl, changeraient constamment la perception que nous avons des événements. Si les coupables sont très vite connus, la question est de savoir comment le héros va réussir à les arrêter. Ils appartiennent en effet aux plus hautes sphères de l’Etat, et jouent de toute leur influence pour empêcher Carl Morck de les atteindre. On retrouve le thème des élites corrompues des Hommes qui n’aimaient pas les femmes, et là aussi le héros va devoir jouer de ruse et d’opiniâtreté pour renverser le rapport de puissance.

Froids dossiers

Si Profanation ne brille pas particulièrement par son originalité ou son suspens, il se rattrape par sa construction et surtout par ses personnages.

En effet, comme dans la série Cold Case, les témoignages sur le passé amènent à de nombreux flashbacks, au centre desquels on trouve le deuxième personnage principal du film : Kimmie, le témoin principal, recherchée aussi bien par Carl Morck que par le coupable.

Ancienne élève d’une école privée élitiste, elle apparaît comme asociale mais peu dangereuse. Sa relation avec le beau et riche Ditlev Pram, loin de la civiliser, va exacerber ses mauvais penchants jusqu’à l’amener à se briser physiquement et moralement.

Devenue sans domicile fixe dans le temps présent, elle n’en est pas pour autant dénuée de ressource et ne se contente pas d’être une proie sans défense. Elle joue ainsi un rôle pivot par sa double relation à Ditlev et Carl : manipulée par Ditlev, elle cherche à se venger ; recherchée par Carl, elle refuse d’être sauvée.

Ainsi, l’intrigue ne consiste pas tellement en la recherche d’un coupable qu’en la compréhension du passé : cette profanation ressemble à une psychanalyse brutale, où l’enquêteur tente de comprendre l’événement qui a brisé une jeune femme qui avait les cartes en main pour réussir sa vie. Pour autant, la comparaison faîte par Mikkel Norgaard entre le couple Ditlev / Kimmie et Roméo et Juliette dans le dossier de presse paraît déplacée : si l’évolution des deux est tragique, Kimmie est largement responsable du mal qui lui est arrivée et les deux amoureux sont plus proches de Mickey et Mallory Knox, le couple de Tueurs nés.

Cette ambiguïté est ce qui rend le film intéressant : si l’on a naturellement tendance à plaindre ce personnage qui a vécu toute sa vie dans le remords, ses actions passées et présentes en font d’elle aussi bien une victime qu’un bourreau.

Un polar solide

Les enquêtes du département V : Profanation est un film qui laisse une impression étrange : tout y est fait pour plaire, et pourtant l’on éprouve quelques réticences. L’intrigue est solide et avance bien, mais elle est dénuée de suspens, ce qui est assez embêtant pour un thriller. La réalisation enchaîne les belles images, mais on a toujours cette impression de personnages qui refusent d’allumer la lumière chez eux afin que l’on ressente la noirceur de l’intrigue. Le personnage de Kimmie est fouillé et intéressant mais les autres sont assez creux.

Pour autant, on prend un réel plaisir à suivre les aventures de Carl Morck et Assad, et, comme pour une série TV de luxe, on a envie de les retrouver pour une autre de leurs enquêtes en sortant de la salle, ce qui justifie d’avoir sorti la première de leurs aventures en même temps, en VOD, et nous pousse à attendre le troisième volet.  David Fincher voulait adapter Millénium pour pouvoir mener une franchise de polars destinée à des adultes : et s’il s’était simplement trompé de roman nordique à adapter ?

Les enquêtes du département V : Profanation : Bande-annonce (VOST)

Les enquêtes du département V : Profanation : Fiche technique

Titre original : Fasandraeberne
Réalisation: Mikkel Nørgaard
Scénario: Nikolaj Arcel, Rasmus Heisterberg d’après le roman de Jussi Adler-Olsen
Interprétation: Nikolaj Lie Kaas (Carl Morck), Fares Fares (Assad), Danica Curcic (Kimmie Larsen adulte), Sarah Sofie Boussnina (Kimmie jeune), Pilou Asbaek (Ditlev Pram adulte), Marco Ilso (Ditlev jeune)
Distributeur: Wild Bunch Distribution
Image: Eric Kress
Décor: Rasmus Thjellesen
Costume: Stine Thaning
Montage: Morten Egholm, Frederik Strunk
Musique: Patrik Andrén, Uno Helmersson, Johan Söderqvist
Producteur: Jonas Bagger, Madeleine Ekman, Peter Aalbaek, Maria Köpf, Louise Vesth
Société de production: Zentropa Entertainments
Genre: Policier
Date de sortie: 08 avril 2015
Durée: 119 minutes

Danemark – 2014

 

Mozart in the jungle, saison 1 : Critique Série

Dans le monde des séries musicale, Mozart in the jungle fait figure d’ovni.

Synopsis: Rodrigo, jeune prodige trentenaire, rejoint le prestigieux orchestre de New York suite au départ du maître vieillissant dont l’ego n’a cessé de croître avec l’âge. Ce dernier voit sa mise à l’écart comme une injustice envers son talent et son dévouement. Parmi les nouveaux musiciens, Hailey, hautboïste, réalise ce qui se cache en coulisses…

Variations et fugues

Prenant à contre pieds la tendance actuelle post-glee qui lorgne plutôt vers la pop commerciale pour s’assurer des recettes en amonts (via les ventes de disques), les créateurs Roman Coppola, Paul Weitz et Jason Shwartzman préfèrent revenir aux fondamentaux : la musique classique. Face à ce choix risqué, la phrase « la musique classique est déficitaire depuis 200 ans, ça n’a jamais été une bonne affaire » prononcée par Malcolm McDowell résonne automatiquement comme une amusante mise en perspective de l’aspect casse-gueule de l’entreprise.

Librement inspirée de l’autobiographie de l’hautboïste Blair Tindall (Mozart in the Jungle : Sex, drugs, and classical music), la série suit la vie des membres de l’orchestre philharmonique de New York, entre concerts, répétitions et arrondissement de fin de mois. Au travers de ses nombreux personnages, on découvre ce monde méconnu au service d’un héritage musical qui tend à disparaître car il rapporte peu. Si les scénaristes cèdent parfois au romantisme, notamment avec le personnage de Rodrigo le fougueux chef d’orchestre (Gaël Garcia Bernal), les interactions des personnages sonnent toujours juste et tous ont une partition psychologique écrite avec une précision qui fait plaisir à voir. Du vieux maestro poussé à la retraite au percussionniste dealer de drogue, Mozart… fait défiler énormément de figures diverses et offre un portrait imparfait mais assez juste de cet univers assez mal considéré. Tout ce beau monde se croise dans un univers teinté d’une douce fantaisie, jamais trop vulgaire, trop niais ou trop larmoyant. Un dosage subtile qui donne à la série l’image de la vie même…rythmée par les moments de galères, les instant magiques et les plaisir simple du monde.

Mozart in the jungle ne cesse de surprendre à la fois pas ses choix scénaristiques particuliers (avec quelques passages oniriques), son casting hétéroclite (Malcolm McDowell, Jason Shwartzman…) et son identité musicale qui oscille entre grands classiques (Mozart, Beethoven…) et autres pièces plus confidentielle (Sibelius, Malher…). Les auteurs n’hésitant pas à sortir du cadre de la simple salle de concert, en montrant toujours avec humour le système B auquel les musiciens doivent se plier pour arrondir leurs fin de mois. Spectacles idiots de Broadway (Oeudipe la comédie musicale), cours de musique pour les fils à maman et enregistrement de musiques de films, sont finalement le lot quotidiens de ces artistes que l’on a trop souvent tendance à confondre avec leurs instruments. « Il faut toujours être un peu masochiste pour jouer du hautbois » dit le personnage d’Haylee…on pourrait en dire de même pour tout les musiciens tant le travail abattu n’apporte que très peu de reconnaissance.

Ce petit bijou d’humour détonne dans l’univers formaté des sitcom et autres séries musicale en rendant finalement hommage à ces musiciens trop souvent dans l’ombre des autres artistes. La saison s’enfile d’une traite (merci Amazon) et on en ressort le sourire jusqu’aux oreilles, avec une furieuses envie de réécouter ses classiques.

Mozart in the Jungle : Fiche Technique

Pays : États-Unis
Date : 2014
Créateurs : Alex Timber, Paul Weitz, Roman Coppola, Jason Shwartzman
Castings : Gael Garcia Bernal, Malcolm McDowell, Lola Kirke, Saffron Burrows, Bernadette Peters…
Épisodes : 10
Production : Amazon Studio

 

Cake, un film de Daniel Barnz : Critique

Cake, le rôle dont Jennifer Aniston avait besoin

Synopsis : Depuis un terrible accident, Claire est touchée dans la chair comme dans l’âme. En plus d’être devenue dépendante aux médicaments qui l’aident à tenir debout, elle est surtout devenue si difficile à vivre que même son mariage semble de ne pas pouvoir s’en relever. Et, dans son groupe de soutien, tout juste endeuillé par le suicide d’une de ses membres, son attitude cassante lui vaut les foudres de la responsable. De plus en plus dépressive, Claire en vient à se demander si l’option du suicide ne serait pas envisageable pour elle aussi…

L’ancienne interprète de Rachel dans Friends, depuis reléguée à des rôles d’aguicheuses dans des comédies romantiques de mauvais goût, vient peut-être enfin de trouver, dans ce quatrième film de Daniel Barnz, l’opportunité de prouver aux producteurs américains qu’elle est capable de sortir de cette case. Débarrassée de tout maquillage (hormis ceux lui fournissant des cicatrices sur le visage et les jambes), l’actrice se donne le défi, peut courant à Hollywood, d’apparaître au naturel. La façon très juste qu’elle a de jouer le mal-être de Claire, en la rendant à la fois nerveuse et en manque d’affection est la preuve qu’elle a su prendre pour modèle des personnes réellement atteintes d’un stress post-traumatique, en l’occurrence de son amie (ayant participé à la production du film), l’ancienne cascadeuse Courtney Solomon. L’amoindrissement physique de son personnage est en revanche traité avec moins de rigueur. Tour à tour incapable de se tenir debout et parfaitement en état, l’état de santé de Claire semble quelque peu aléatoire au gré de l’histoire.

La façon dont le scénario prend, au bout d’une quinzaine de minutes, des allures fantastiques quand Claire se met à parler au fantôme de Nina, une jeune femme récemment suicidée, ne va pas lancer ce portrait de femme vers un trip mystique mais donne à son personnage une nouvelle orientation, en la faisant passer du stade de victime du destin assez antipathique à celui d’une femme hésitant entre passer à l’acte à son tour et se reconstruire. La présence d’une femme de ménage ultra-généreuse était jusque-là le dernier lien social de Claire, qui va dès lors tenter de se rapprocher du mari de Nina. Tout pourrait alors laisser croire que le scénario va suivre un schéma romantique classique les menant dans les bras l’un de l’autre, mais que nenni. Mais alors, vers quelle finalité le réalisateur veut-il mener son film ? C’est bien là le problème.

Alors que le casting est irréprochable, le film pêche en effet par sa tendance à se mettre à rapidement tourner en rond. En plus de Jennifer Anniston qui réussit à rendre son personnage touchant sans jamais jouer la carte misérabiliste de l’auto-apitoiement, Adriana Barraza (dans le rôle de Silvana, la femme de ménage mexicaine) est excellente, tout comme Anna Kendrick (la Cendrillon d’Into The Woods, ici dans le rôle de Nina) ou encore Sam Worthington et Felicity Hoffman (qui, elle aussi, a bien du mal à percer à Hollywood depuis la série qui l’a fait connaitre). Et pourtant, entre tous ces personnages brillamment interprétés, les relations restent, du début à la fin, dans un état de statu-quo assez regrettable.

L’intervention, dans la dernière demi-heure, d’un autre personnage, en l’occurrence une jeune fugueuse, n’aidera pas à donner un coup de fouet à une dramaturgie qui patine. Et pour cause, elle n’est absolument pas exploitée. Plutôt que de créer de telles fausses-pistes, le scénario aurait allègrement pu se concentrer davantage sur l’éloignement entre Claire et son mari, son conflit avec l’auteur de l’accident, sa rééducation ou les conséquences de son addiction à l’alcool et à la drogue, autant de sujets vaguement survolés. On dit que si le public américain n’a pas répondu présent à ce long-métrage, c’est parce qu’il ne serait pas prêt à voir Jennifer Anniston endosser des rôles dramatiques, mais peut-être la faute est-il à un scénario qui n’aurait pas dû sortir de la liste noire sans être un minimum retravaillé.
Cake est donc un film à ne conseiller qu’à ceux qui veulent se prouver que Jennifer Anniston est une actrice bien plus talentueuse et moins superficielle que ce qu’Hollywood nous en montre depuis longtemps. Sinon, il s’agit d’un portrait de femme plein de promesses mélodramatique mais dont on regrettera qu’il ne sache pas quoi de son héroïne.

Cake : Bande Annonce Officielle (VOST)

Cake : Fiche technique

Réalisation : Daniel Barnz
Scénario : Patrick Tobin
Interprétation : Jennifer Aniston, Adriana Barraza, Anna Kendrick, Sam Worthington…
Musique : Christophe Beck
Chef Opérateur : Rachel Morrison
Montage: Kristina Boden, Michelle Harrison
Producteurs : Kristin Hahn, Mark Canton, Ben Barnz, Courtney Solomon…
Maisons de production : Echo Films, We’re Not Brothers Productions
Distribution (France) : Warner Bros.
Durée : 102 min
Genre : Drame
Date de sortie : 8 avril 2015

Etats-Unis – 2013

 

De l’autre coté du mur, un film de Christian Schwochow : Critique

Le cinéma allemand ne cesse de questionner la fracture du pays, sa répercussion sur son histoire moderne et au-delà, ce devoir de mémoire rétrospectif prompt à éveiller les nouvelles consciences endormies sur la nécessaire remise en question de toute certitude trop évidente.

Synopsis : fin des années 70, quelques années après la mort de son fiancé, Nelly décide de fuir la RDA avec son fils afin de laisser ses souvenirs derrière elle. La jeune femme croit à un nouveau départ de l’autre côté du mur, mais en Occident où elle n’a aucune attache, son passé va la rattraper… La jeune femme va-t-elle enfin réussir à trouver la liberté ?

La fracture entre liberté et idéologie

Comme si les traumatismes d’un passé communiste étouffant et pas si lointain, ne demandaient qu’à resurgir à la moindre petite étincelle populaire, annonciatrice d’une méfiance renouvelée à l’égard d’une classe politique pernicieuse et inquisitrice. Ancrée dans une tradition cinématographique germaine quelque peu à bout de souffle au sortir de l’antagonisme Est/Ouest, la contestation de l’ordre établi semble à nouveau inspirer les cinéastes, qui s’emparent avec beaucoup d’habileté d’un matériau dramatique usé jusqu’à la corde, pour redessiner les contours de ce renouvellement. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un œil intéressé sur cette dernière décennie: Good Bye Lenin! (2003), La Vie Des Autres (2006), La Bande à Baader (2008), Barbara (2012), pour les plus illustres. Ils ont pour la plupart rencontré une belle reconnaissance internationale.

Que peut nous apporter, en 2014, une énième mouture sur cette dualité culturelle saxonne? A première vue, une histoire d’espionnage sur fond de guerre froide et d’incompréhension entre les peuples, rien que de plus classique. Et pourtant! La singularité De l’autre coté du mur est de marier ce classicisme un peu rétrograde à une forme d’utopie consolatrice, et de lier ces deux éléments narratifs à une échelle équivalente. Le danger de cette synchronisation aurait été de privilégier une repentance morale trop écrasante pour faire de son héroïne principale une martyre symbolique, une sorte de « bonne » allemande incomprise franchissant la frontière pour mieux révéler l’effroyable emprise inique de la RDA. Tel n’est pas le cas ici, où l’apparence irréprochable de la mystérieuse mère cache bien des fêlures enfouies, troublante métaphore d’une liberté viciée de l’autre côté du mur. Si les rouages bien connus de la filature incarnant toute la défiance d’une époque flouée, traversent évidemment l’intrigue, c’est pour mieux s’en démarquer et caractériser implicitement la confusion mentale d’une Nation à la recherche d’une nouvelle identité. La réunification, lente et douloureuse, demande de consentir à une union non pas parfaite, tant elle relève de l’impossibilité, mais à même d’apaiser et de soutenir le sentiment d’appartenance intrinsèque au pays. Ce faisant, le long-métrage incite L’Ancienne Europe à apprendre de ses erreurs passées pour mieux s’interconnecter. Ainsi de ces origines soviétiques dialoguant avec des compatriotes natifs de Pologne rencontrés fortuitement, advient une communauté faisant fi des antagonismes pour s’inscrire dans un avenir plus serein, tandis que l’impérialisme américain sauveur du monde s’octroie le droit d’assujettir insidieusement l’opprimé.

L’ouverture, glaciale de contrôle et de privation, dépeint la suspicion permanente et l’absence d’espace privé. Le corps (qui plus est féminin) n’appartient plus à l’individu mais doit se soumettre tout entier au regard méprisant d’une entité officielle. Les démarches administratives, nombreuses et harassantes, instaurent l’emprise étatique et parachèvent dans une implacable démonstration, la machine infernale d’un système totalitaire. Dénoncer cet impair revient à s’isoler encore davantage, traître au sein de sa propre patrie (beau personnage masculin d’indécis, tenaillé entre son illusoire échappée Fédérale et son hypothétique retour en Démocratie). L’enjeu principal se situe la : la liberté si chèrement acquise n’est-elle pas vidée de toute idéologie émancipatrice, sous ses atours attrayants ? Se peut-il qu’une division aussi béante s’efface aussi simplement par un juste transfert territorial ? Qu’en est-il de l’état de droit dans un contexte particulier, quand il réduit des vies entières à de simples fonctionnalités optampérantes ?

Le film s’empare avec force et subtilité des interrogations qu’il suscite et parvient à captiver l’attention, aidé dans sa tâche par des acteurs en totale adéquation avec le projet. Ce n’était pas évident, d’autant plus que le scénario alambiqué demandait pas mal de concentration et qu’il était parfois peu aisé d’appréhender les nombreuses pistes tracées. Le résultat final n’en aurait été que plus exaltant sans quelques fausses notes évitables (la brève romance avec l’enquêteur attendri par tant de détermination, une propension assez maladroite à mettre en avant l’aide masculine en guise d’avancée et l’incroyable séquence surréaliste de nouveau bonheur façon encart publicitaire), et une fin certes ouverte à de multiples interprétations, mais sans réel lien direct avec l’ensemble. N’en demeure pas moins une belle découverte et la preuve que l’héritage alémanique reste bien vivant.

De l’autre côté du mur – Bande-annonce VOST

Fiche technique du film De l’autre côté du mur

Titre : De l’autre côté du mur
Titre original : Westen
Réalisation : Christian Schwochow
Scénario : Heide Schwochow, d’après le roman Feu de camp de Julia Franck
Montage : Jens Klüber
Musique : Lorenz Dangel
Photographie : Frank Lamm
Producteur : Thomas Kufus et Barbara Buhl
Production : Ö Filmproduktion Gmbh, Zero One Film et Terz FilmProduktion
Distribution : Main Street Films et Sophie Dulac Distribution
Pays d’origine : Drapeau de l’Allemagne Allemagne
Langue originale : allemand
Genre : Film dramatique
Durée : 102 minutes
Auteur : Le Cinéphile Dijonnais (Sabri)

 

Une Belle Fin, un film de Uberto Pasolini : Critique

Même si son premier film (Sri Lanka National Handball Team) est passé complètement inaperçu chez nous, Uberto Pasolini n’est pas un inconnu. Rien que son nom déjà est particulièrement évocateur pour les cinéphiles, et pourtant il ne s’agit pas du fils de Pier Paolo Pasolini… mais le neveu de Luchino Visconti!

Professionnel du deuil

Ensuite, cet italien installé en Angleterre y a produit de nombreux films, dont le plus connu est ni plus ni moins que The Full Monty. Et écrivant, produisant et réalisant ce second film, U. Pasolini traite d’un sujet grave, celui de l’isolement et de la désocialisation des individus dans la société moderne. A travers la rigueur de John May et une mise en scène dépouillée constituée de plans fixes (soit l’antithèse du chaste qui caractérisait le cinéma de tonton Luchino!), l’aspect cyclique et austère de la vie du personnage est superbement mis en avant sans jamais rendre son film ennuyeux.

La passion de John May pour la réhabilitation de la mémoire de chaque vie perdue le pousse à compenser sa propre solitude en collectionnant les photos, pleines de vie, des morts et assumer leur deuil. Un comportement que l’on pourrait qualifier de fétichisme morbide, mais qui apparaît, au cœur de cette existence maussade, comme quelque chose d’extrêmement touchant.

Pour qui en doute encore, l’acteur Eddie Marsan est purement excellent. Même s’il est généralement affublé à des rôles secondaires, il enchaine brillamment, en Angleterre comme à Hollywood, et depuis une quinzaine d’années, des rôles comiques (Le Dernier pub avant la fin du monde, Ordure, Hancock…), dramatiques (21 grammes, Tyrannosaur…) et des superproductions (Gangs of New-York, Mission Impossible 3, Sherlock Holmes…). Une Belle Fin est donc sa première opportunité d’occuper un rôle principal, et il s’en sert très bien. Dégageant un stoïcisme attendrissant, son jeu limité ne l’empêche pas de transmettre à travers ses mimiques une profonde humanité et à rendre son rôle véritablement attachant.

Si les personnages secondaires s’avèrent finalement assez peu exploités, c’est parce que la narration emprunte par moment au schéma du road-movie mais c’est surtout parce que les plus importants d’entre eux sont ceux qui sont absents. Rarement un film aura ainsi réussi à rendre la disparition d’inconnus aussi bouleversante. La quête de John May pour reconstruire le parcours d’un homme retrouvé mort, et dont il fait une cause personnelle puisqu’il vient d’apprendre son licenciement, parvient à démontrer que même si l’on finit ses jours loin de tout, il y a toujours des personnes à qui on manquera. C’est justement là le drame de John May, puisque, plus le film avance, plus on en vient à se demander si lui, qui aime tant la vie, aura quelqu’un pour le pleurer si personne, derrière lui, ne reprend son travail. Une tragédie que le réalisateur parvient à exploiter grâce à une pirouette scénaristique finale qui transcende le lyrisme de son long-métrage.
Au sortir du film, on n’a qu’une envie, celle d’aller au-devant des gens qui nous entoure, de s’assurer que l’on ne tombera dans l’oubli et que l’on ne sera pas réduit à l’état de détritus par un système irrespectueux de ses anciens comme nous le présente le film. Le charme poétique et l’humanité de cette réalisation calme et apaisée font un bien fou dont il serait vraiment dommage de se priver.

Synopsis : John May est un modeste fonctionnaire travaillant dans la chambre mortuaire d’un grand hôpital londonien. Il se consacre corps et âme à son métier consistant à retrouver les proches des morts que personne n’est venu identifier et organiser leur enterrement. S’affligeant de la solitude dont souffrent ses contemporains, il semble ne pas se rendre compte qu’il vit lui-même seul et qu’il risque de tomber dans l’oubli à sa mort. Lorsqu’on lui apprend qu’il est licencié, John May perd tout ce qui lui est cher.

Une Belle Fin : Bande Annonce

Une Belle Fin: Fiche Technique

Titre original : Still Life
Réalisation : Uberto Pasolini
Casting : Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury, Andrew Buchan, Neil D’Souza…
Scénario : Uberto Pasolini
Musique : Rachel Portman
Chef Opérateur : Stefano Falivene
Montage: Gavin Buckley, Tracy Granger
Producteur : Uberto Pasolini, Christopher Simon, Felix Vossen
Maisons de production : Redwave Films, Embargo Films
Distribution (France) : Version Originale / Condor
Durée : 87 min
Genre : Drame
Date de sortie : 15 avril 2015

Grande-Bretagne/Italie – 2013