Accueil Blog Page 759

Avengers : L’ère d’Ultron, un film de Joss Whedon : Critique

Nouveau point de convergence des films Marvel, Avengers : L’ère d’Ultron était encore attendu comme le messie, celui qui mettrait tout le monde d’accord, public, critique et fans hardcore, sur la viabilité d’un univers partagé. Mais si Joss Whedon réussissait à faire illusion dans le premier épisode, il est triste de constater qu’il semble dépassé par l’ampleur du projet. L’ère d’Ultron est un monstre. Un bulldozer financier, calibré pour rafler le jackpot, mais surtout un monstre narratif protéiforme engoncé dans sa chrysalide de divertissement grand public.

La fin d’une époque

Whedon est avant toute chose un scénariste de la télévision, cela se ressent par le grand nombre de personnages à l’écran, ainsi que la multiplicité des intrigues développées donnant l’impression d’une série télévisée de luxe, condensée en 2h40. Le film n’a alors plus l’aspect d’un récit cohérent avec un fil narratif précis, mais plutôt celui d’une créature constituée de divers bout d’histoires maladroitement cousus ensembles, avançant d’un pas lourd et mal assuré. Obligé de composer avec les anciens en ajoutant de nouveaux protagonistes, le messie de la culture geek s’embrouille rapidement, proposant nombre d’idées qui s’entrechoquent parfois violemment. Le récit oscille sans cesse entre humour et sérieux, scènes intimistes et actions groupées, divertissement bourrin ou culture littéraire. Toute la promotion tournait autour d’une référence un peu maladroite au Pinocchio de Walt Disney (une chanson sifflée au détour d’un plan), mais en sortant de la salle on pense plutôt aux romans anglais du XIXième voyant Thor s’improviser en Frankenstein cosmique ou les héros se battre contre Ultron dans les rues d’une Laputa contemporaine. Si les super-héros sont les nouveaux mythes du monde moderne, ils n’en restent pas moins soumis aux grands récit des siècles passés. Difficile de reprocher à un blockbuster de connaître ses classiques, sauf quand ceux-ci sont mis en relation avec les pires clichés narratifs connus.

En première ligne, cette romance maladroite entre Black Widow et Hulk, la minceur des dialogues et le niveau relativement crétin des blagues (analogie entre la taille du monstre et celle de son chibre…classe) ramène les personnages féminins du film presque 20 ans en arrière. Natasha Romanov s’était imposée comme une femme forte ne souffrant pas la comparaison avec ses collègues masculins, le film la transforme en minette, semblant constamment en rut, draguant ouvertement Bruce Banner, parce que la féminité chez Whedon ne peut s’exprimer que par le désir sexuel (pour un autre homme) ou l’instinct maternel, quand la super espionne doit chanter une berceuse au géant vert pour le calmer. Même combat pour le Dr. Helen Cho (nouveau personnage) mariée à son travail de chirurgienne mais se laissant convaincre de venir à une soirée parce qu’elle a le béguin pour Thor. Très moderne tout ça de la part de Whedon, après avoir accusé Jurrasic World d’être sexiste au travers d’un seul extrait, comment compte-t-il justifier ce machisme triomphant qui s’étend sur plus de deux heures?…Question en suspend.

Des maladresses scénaristiques, le film n’en manque pas, que ce soit le surdéveloppement de Hawkeye, jusqu’à la révélation de sa vie privée qui tend vers le ridicule, aux apartés faisant office de micro-teaser à l’intérieur même du film. La quête personnel de Thor (accompagné de son meilleur pote le Dr. Selvig) ne semble être là que pour annoncer le troisième épisode des aventures du dieu nordique et la présentation d’Ulysse Claw (Andy Serkis) ne fait que confirmer le film Black Panther. Difficile d’y voir autre chose qu’une nouvelle forme de stratégie commerciale. Les scènes post génériques ne semblent plus suffire à Marvel, il faut en plus aguicher le public à l’intérieur même des récits. Certains personnages brillent par leur inutilité, tel Quicksilver ou le baron Von Strucker, et l’intrigue réserve quelques trous béants comme l’absence inexpliquée de Hulk pendant dix bonnes minutes lors de la bataille finale. Au milieu de tout ces échecs, on gardera un souvenir positif du méchant Ultron plutôt amusant, de la Vision étonnamment réussie et du running gag du marteau qui fonctionne toujours bien. Néanmoins Whedon se laisse emporter dans son élan et oublie de maintenir une cohérence, malgré des enjeux plus alléchants. Le film, Avengers : L’Ère d’Ultron souffre de cette coexistence fragile entre tous ces éléments qui s’imbriquent fort mal.

Au-delà de ces considérations scénaristiques, il y a peu d’intérêt à juger la réalisation du film tant celle-ci apparaît froide et dépourvue d’identité. S’il peut être un bon scénariste, Whedon est un réalisateur particulièrement surestimé, se contentant de stratégies éprouvées mille fois (ralentit pendant les scènes d’actions, plans séquences numériques servant de cache misère…) pour maintenir éveillé. Jamais le réalisateur ne prend de risque dans sa mise en scène, si bien qu’on a l’impression de revoir encore et toujours les même scènes d’actions, répétitives et peu excitantes. C’est surtout ce manque d’audace visuelle qui étouffe l’ambition scénaristique du film, donnant l’impression d’une œuvre amputée de son potentiel narratif immense, pour rentrer dans les schémas pré-établis. Preuve final que l’ambition du producteur Kevin Feige, bien que lucrative, est infiniment destructrice, annihilant toute créativité dans l’espoir de plaire au plus grand nombre.

Synopsis : Après les événements relatés dans Captain America : Le Soldat de l’hiver qui ont vu la destruction du SHIELD, Tony Stark a créé Ultron avec l’aide de Bruce Banner, une intelligence artificielle capable d’augmenter seule ses capacités, et qui est censée protéger l’humanité de toutes les menaces potentielles et contrôler la légion des Iron Man. Mais le plan de Stark se retourne contre lui lorsque Ultron décide que les principaux ennemis sont en fait les humains, et s’emploie à les éradiquer de la surface de la Terre. Les Avengers se regroupent à nouveau pour lutter contre ce péril mortel, tandis que trois nouveaux personnages apparaissent, ennemis puis alliés : Vif-Argent, la Sorcière rouge et Vision.

Avengers : L’ère d’Ultron – Bande-annonce

Avengers : L’Ère d’Ultron : Fiche Technique

Titre original : Avengers: Age of Ultron
Titre français : Avengers : L’Ère d’Ultron
Réalisation : Joss Whedon
Scénario : Joss Whedon, d’après les personnages créés par Stan Lee et Jack Kirby
Distribution: Robert Downey Jr. (Tony Stark/Iron Man), Chris Evans (Steve Rogers/Captain America), Chris Hemsworth (Thor), Mark Ruffalo (Bruce Banner/Hulk), Scarlett Johansson (Natasha Romanoff/Black Widow), Jeremy Renner (Clint Barton/Hawkeye), Elizabeth Olsen (Wanda Maximoff/Scarlet Witch), Aaron Taylor-Johnson (Pietro Maximoff/Quicksilver), Cobie Smulders (Maria Hill) et James Spader (Ultron).
Direction artistique : Mike Stallion
Décors : Maher Ahmad
Costumes : Alexandra Byrne
Photographie : Ben Davis
Son : Peter Lindsay
Montage : Jeffrey Ford et Lisa Lassek
Musique : Brian Tyler et Danny Elfman
Production : Kevin Feige
Production exécutive : Victoria Alonso, Louis D’Esposito, Alan Fine, Stan Lee et Jeremy Latcham
Société de production : Marvel Studios
Société de distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures
Budget : 250 000 000 dollars
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 35 mm – 2.35:1 – son Dolby Digital / DTS / Dolby Atmos
Genre : super-héros, science-fiction, action
Durée : 142 minutes
Dates de sortie :
Europe : 22 avril 2015
États-Unis : 1er mai 2015

 

Le Dos Rouge, un film d’Antoine Barraud: Critique

Synopsis : Un cinéaste reconnu travaille sur son prochain film, consacré à la monstruosité dans la peinture. Il est guidé dans ses recherches par une historienne de l’art avec laquelle il entame des discussions étranges et passionnées….

Freaks 

La genèse de ce deuxième long-métrage d’Antoine Barraud est complexe, car il est à la fois la forme finale de ce qui devait être un documentaire sur le cinéaste Bertrand Bonello, et l’expression de l’envie originelle du réalisateur d’inviter le spectateur, mais sans doute aussi lui-même, à regarder les œuvres  (tableaux, sculptures, photographies) dans les musées. Barraud avoue en effet devenir  lui-même un visiteur de musée de plus en plus pressé au fil du temps, un visiteur qui voit les œuvres plutôt qu’il ne les regarde. Il atteint donc son double objectif en posant la caméra dans de longs plans-séquence devant des œuvres, des tableaux principalement, vus au travers du regard de Bertrand Bonello, un cinéaste comme lui.

Le film prend la forme d’une fiction, avec comme protagoniste le réalisateur Bertrand (Bertrand Bonello, étonnamment à l’aise devant la caméra) qui fait des recherches afin de trouver l’œuvre d’art qui symboliserait la monstruosité, thème qu’il souhaite traiter dans son prochain film. Il se fait aider en cela par une historienne de l’art (tour à tour jouée par Jeanne Balibar, superbe et toujours égale à elle-même, et Géraldine Pailhas, dans une version sexy du même personnage) qui l’emmène de musée en musée découvrir les œuvres qui pourraient correspondre à sa quête. L’univers de Bertrand est également composé de sa mère, une voix off qui fait office de narratrice au début et à la fin du film (Charlotte Rampling dont la voix se suffit à elle-même en tant que personnage), de sa femme actrice (troublante Joanna Preiss), de sa productrice Alice (Valérie Dréville), d’un journaliste gay pétrifié d’amour et qui n’arrive pas à l’interviewer (Nicolas Maury), et enfin d’amis divers comme son acteur Pascal (Pascal Greggory) ou son ancien médecin (Barbet Schroeder, vu récemment chez Bonello dans son film Saint Laurent). Dans le même temps, Bertrand cache une tâche rouge dans son dos qui grandit à vue d’œil (d’où le dos rouge du titre), peut-être le symbole psychosomatique de la monstruosité après laquelle il court.

On voit par ce casting exigeant d’acteurs rompus à des films d’auteur pas faciles, et par le sujet centré sur l’art et le processus de la création, que le cinéma d’Antoine Barraud s’adresse à des spectateurs plutôt connaisseurs, qui possèdent les codes et les grilles de lecture nécessaires pour entrer dans un univers culturel assez fermé. Il nous invite véritablement, pendant de longues minutes, à regarder avec ses acteurs les tableaux de Miro, de Bellmer, de Bacon, du Caravage, le très troublant « Alice et le miroir » de Balthus  ou encore cet autoportrait de Spilliaert,  et à écouter avec avidité les explications inspirées de Jeanne Balibar/Géraldine Pailhas, comme quand par exemple Jeanne Balibar lui démontre  avec un sens évident du blasphème et de la provocation la nature monstrueuse de la vierge dans le splendide «mort de la Vierge » du Caravage (La Vierge est une figure monstrueuse  par essence, dit-elle en substance), ou les interrogations du personnage/acteur/réalisateur/homme Bertrand (Bonello) devant ces tableaux (sa perplexité par exemple, devant le portrait d’une « danseuse » de Miro, composé d’une plume et d’une pointe). Un des intérêts de ce film est de débrouiller ce qui est d’Antoine Barraud de ce qui est de Bertrand Bonello dans le film, tant ce dernier est présenté à la fois comme lui-même, surtout quand on se réfère à l’idée initiale du documentaire, et comme le double de fiction d’Antoine Barraud.

Le dos rouge est un film déroutant qui peut très vite perdre son spectateur, de par un rythme très lent, un côté contemplatif et une absence de vrai fil conducteur. Mais celui qui a passé les premières minutes le trouvera de plus en plus intéressant au fur et à mesure qu’il avance dans le film. La découverte de ces œuvres d’art est l’attrait majeur du film. Pour le reste, il est assez frustrant, car on se pose trop de questions sans réponse sur les intentions du réalisateur. En dehors de Jeanne Balibar qui en impose beaucoup, et de Bertrand Bonello qui nous intrigue, le film par sa relative froideur nous laisse plutôt de marbre. Au-delà de la curiosité intellectuelle, le film d’Antoine Barraud a du mal à émouvoir. Ni les chants de Joana Preiss (musique de Bonello lui-même), ni les larmes de Bertrand Bonello devant ce tableau de Spilliaert, rien ne nous touche vraiment. Seule peut-être cette belle séquence avec le journaliste transi apporte une vraie émotion : avec son magnifique Hasselblad, Bertrand reproduit avec le journaliste une célèbre photo de Diane Arbus (Homme assis avec un soutien gorge et des bas, New-York, 1967), et on se met à penser que la monstruosité est de son côté, lorsqu’il profite des faiblesses du modèle pour l’utiliser à sa guise…

Trop hermétique, enfermé sur lui-même, Le dos rouge est pourtant un film qui nous embarque presque malgré nous, pour peu que l’on soit intéressé par le domaine si particulier des Beaux-arts.

Le Dos Rouge – Bande Annonce

Le dos rouge: Fiche Technique

Réalisateur : Antoine Barraud
Genre : Comédie dramatique
Année : 2014
Date de sortie : 22 avril 2015
Durée : 127 min.
Casting : Bertrand Bonello (Bertrand), Jeanne Balibar (Célia Bhy), Géraldine Pailhas (l’autre Célia Bhy), Joana Preiss (Barbe), Pascal Greggory (Pascal), Valérie Dréville (Alice), Nicolas Maury (le jeune journaliste), Barbet Schroeder (Le médecin)
Scénario : Antoine Barraud
Musique : Bertrand Bonello
Chef Op : Antoine Parouty
Nationalité : France
Producteur : Antoine Barraud, Cédric Walter, Vincent Wang
Maisons de production : House on fire, Centre Georges Pompidou
Distribution (France) : Epicentre films

 

Enfant 44, un film de Daniel Espinosa : Critique

Enfant 44 est un film ambitieux, au casting impressionnant, mais qui ne donnera jamais la pleine mesure de tout son potentiel. Adaptation du premier tome de la trilogie de Tom Rob Smith, on suit Tom Hardy, un orphelin, devenu un héros de la nation, par le fruit du hasard.

Synopsis : Hiver 1952, Moscou. Leo Demidov est un brillant agent de la police secrète soviétique, promis à un grand avenir au sein du Parti. Lorsque le corps d’un enfant est retrouvé sur une voie ferrée, il est chargé de classer l’affaire. Il s’agit d’un accident, Staline ayant décrété que le crime ne pouvait exister dans le parfait Etat communiste. Mais peu à peu, le doute s’installe dans l’esprit de Léo et il découvre que d’autres enfants ont été victimes « d’accidents » similaires. Tombé en disgrâce, soupçonné de trahison, Léo est contraint à l’exil avec sa femme, Raïssa. Prenant tous les risques, Léo et Raïssa vont se lancer dans la traque de ce tueur en série invisible, qui fera d’eux des ennemis du peuple. 

De l’ombre à la lumière

C’est dans l’URSS Stalinienne, totalitaire et répressive, qu’évolue notre héros, devenu un inspecteur du MGB (police secrète russe). Sous sa carapace impressionnante et son visage marqué par les cicatrices, se cache un homme follement épris de sa femme Noomi Rapace. Il n’hésite pas à déclamer son amour, à son entourage. Elle est sa raison de vivre. Mais dans cet état ou les apparences sont trompeuses, l’amour est un luxe.

En parallèle à cette romance, il y a cet enfant retrouvé assassiner. Tom Hardy est frappé directement par ce décès, c’est le fils d’un de ses hommes. Mais dans cet état, le meurtre n’existe pas, car on ne tue pas au paradis…..par contre, si on pense le contraire, on est exécuté. Tom Hardy est pris entre son devoir envers son supérieur Vincent Cassel, son amitié pour Paddy Considine et sa condition d’orphelin, qui le renvoie à son sombre passé. Mais en coulisses, d’autres forces sont à l’oeuvre pour prendre sa place sociale, mais aussi maritale. Comment va-t’il réussir à protéger sa femme, ses enfants, mais surtout lui-même. C’est ce que l’on va découvrir dans ce film dense, mais brouillon.

Le réalisateur Daniel Espinosa était-il l’homme de la situation ? Sa filmographie ne plaide pas en sa faveur : Easy Money et Sécurité Rapprochée, des séries B de bonnes factures, visuellement réussi, mais qui s’oublie très rapidement. Il n’a pas su passer un cap, en étant pas à la hauteur de ce thriller sombre. La forme est réussie, les plans sur Moscou, sur ce train et l’immensité de ses forêts qui abrite un monstre, sont magnifiques. Il a su recréer l’URSS des années 50, tout en nous faisant ressentir la paranoïa de cette époque et la noirceur de l’intrigue. La photographie de Philippe Rousselot, participe grandement à cette atmosphère pesante.
Tom Hardy est encore une fois parfait. Même s’il fait preuve de tendresse envers sa femme, on sent aussi en lui, une violence qui peut exploser à tout moment. Il bouffe l’écran et son réalisateur semble aussi sous le charme, au point de perdre de vue, la cohérence de son histoire. Daniel Espinosa ne va jamais au fond du sujet, il reste en surface et semble pris de court, par la complexité des diverses intrigues politiques et policières. Il met beaucoup de temps à installer son histoire, à nous présenter les personnages, mais sans vraiment leur donner de la profondeur, en dehors du couple Tom Hardy et Noomi Rapace, de nouveau réuni après Quand vient la nuit.

Il faut s’armer de patience, pour que l’histoire s’intéresse enfin à ce serial killer. Ce qui est plutôt incohérent, vu que nous sommes dans un thriller…Il est inspiré d’Andreï Chikatilo surnommé « Le monstre de Rostov », dont la véritable histoire est assez différente que celle décrite dans le film. Mais sa traque reste superficielle, comme l’ensemble. Encore une fois et malgré un film de 2h15, Daniel Espinosa ne parvient pas à rendre l’histoire passionnante. La forme est belle, mais jamais le fond ne fait son apparition. On reste sur sa faim, face à ce film qui ne décolle jamais. Cette frustration est légèrement compensé par le jeu des acteurs, ou plutôt par des rôles à contre-emploi pour Joel Kinnaman et Gary Oldman, même si on ne leur laisse pas assez de temps, pour exprimer leur talent. Ils brillent avec le peu, qu’on leur offre, au contraire d’un Jason Clarke, rapidement sacrifié et dont on se demande encore, quelle était vraiment son utilité.
Puis pour un réalisateur de films d’actions, Daniel Espinosa ne brille pas non plus dans ce domaine, en semant la confusion, dans les rares moments de combats. Décidément, il semble vraiment larguer et la réponse ne fait plus de doute, il n’était pas l’homme de la situation. Il en est de même de son scénariste Richard Price, qui vit toujours sur la réussite de son premier scénario datant de 1986 La couleur de l’argent. Le duo n’a pas su relever le défi et on en sort, profondément ennuyé de n’avoir pas ressenti grand chose, face à ce semblant de thriller.

Le gouvernement russe a interdit la sortie du film Enfant 44, estimant que ce thriller hollywoodien sur un tueur en série dans l’URSS de Staline, déformait l’Histoire de manière « inacceptable »(source l’Express). Ce pays qui ne respecte pas les droits de l’homme, n’a décidément pas vraiment évoluer, en interdisant aussi le clip de campagne d’Hilary Clinton au moins de 18 ans, car on y voit des couples d’hommes et de femmes. Cela en dit long sur la mentalité de son gouvernement.

Enfant 44 est une déception. L’attente était grande, le casting est à la hauteur, mais on en revient à cette incapacité à donner de l’ampleur à une intrigue, qui avait tout pour être passionnante. Il a ses qualités, mais au final, c’est un énorme ratage.

Enfant 44 : Bande-annonce

Fiche technique : Enfant 44

Child 44
Etats-unis, Royaume-Uni et République Tchèque – 2015
Réalisation : Daniel Espinosa
Scénario : Richard Price d’après l’oeuvre de Tom Rob Smith
Distribution : Tom Hardy, Gary Oldman, Noomi Rapace, Joel Kinnaman, Jason Clarke, Vincent Cassel, Paddy Considine, Fares Fares, Nikolaj Lie Kaas, Charles Dance, Josef Altin et Agnieszka Grochowska
Photographie : Philippe Rousselot
Montage : Dylan Tichenor
Musique : Jon Ekstrand
Sociétés de production: Scott Free Productions, Summit Entertainment, Stillking Films et Worldview Entertainment
Société de distribution : SND
Budget : 50M$
Genre : Thriller
Durée : 136 minutes
Date de sortie française : 15 avril 2015

Auteur : Laurent Wu

En Route, un film de film de Tim Johnson : Critique

Dans l’industrie de plus en plus formatée du film d’animation, il heureux de voir que Dreamworks est toujours là pour mettre son petit grain de folie dans l’engrenage. De la même manière que Kung Fu Panda ou Shrek en leur temps, la bande annonce ne promettait pas grand chose et la surprise est d’autant plus grande. En Route réussi un pari d’équilibriste en mélangeant les genres et en abordant des thèmes légèrement plus complexes que ses concurrents, en gardant son sens de l’humour et sa maestria visuelle.

Synopsis : Des aliens nommés les Boovs choisissent de faire de la Terre leur nouvelle planète d’adoption mais Oh, l’un d’entre eux, révèle par erreur la cachette de son peuple. Contraint de fuir, il fait la connaissance d’une jeune fille nommée Tip (Tif dans la version française) à la recherche de sa mère . Ils vont ensemble devenir des fugitifs embarqués dans l’aventure de leur vie et vont réaliser que leurs enjeux auxquels ils font face sont beaucoup plus complexes que de simples mésententes intergalactiques…

Des bulles plein les yeux

Dès l’introduction, on se retrouve embarqué dans ce qui s’annonce comme une belle folie visuelle comme un film d’animation n’en avait pas proposé depuis longtemps. Les Boovs, sorte de marshmallow octopodes multicolores, fuient une race supposément belliqueuse qui chercherait à les détruire. Il choisissent donc de se cacher sur terre, en déplaçant les humains dans des banlieue/réserves à l’aide de bulles géantes, pendant qu’ils s’installent à leur place. Plus qu’un réflexe de survie, la fuite est chez ces sympathiques aliens une idéologie, un mode de vie. Leur arrogance les poussent également à considérer l’humanité comme un peuple sous développés qui ne peut qu’évoluer en bien à leur contact. Plutôt gonflé ce pitch qui rappelle les vagues de colonisations et le discours « civilisateur » de l’Europe du XIXème siècle, heures sombre de notre histoire. Les choix de l’Australie comme réserve géante et de Paris comme base de commandement ne sont peut être pas anodins. Mais pas de panique, nous somme toujours dans un film pour enfant, ainsi les Boovs se contentent de déplacer les humains sans leur faire de mal, pensant bien faire. Un angle assez naïf qui rassure la jeunesse, mais ne manque pas de résonner plus cynique encore dans notre esprit, car on sait que les humains n’ont pas que des bons cotés et on se doute que les gentils aliens comprendront que leur mode de vie intrusif peut aussi provoquer quelques dégâts. A partir de là nous suivons Ho, gaffeur de première catégorie, obligé de fuir car un mail maladroitement envoyé à toute la galaxie risque de révéler la cachette de son peuple. En chemin il rencontre Tif, une jeune afro-américaine séparée de sa mère lors des déplacements de population. C’est alors le débuts d’un road movie a travers un monde sens dessus dessous.

Bien sur on échappe pas au traditionnel discours sur l’acceptation de l’autre et le vivre ensemble qui est l’étendard de Dreamworks depuis ses débuts, mais pour une phrase cliché, c’est dix idées visuelles qui éclatent à l’écran. De la voiture volante, carburant aux jus de fruits, à la terre remodelée par des bulles géantes, En route est une sympathique invitation au voyage qui ne sacrifie jamais sa fantaisie sur l’autel de pathos et de la morale convenue. Ho finit par devenir attachant et Tif est à des années lumière du personnage de la princesse à sauver. C’est une fille forte, indépendante et débrouillarde. Devant l’écran on a envie de crier « enfin », Tif n’est jamais opposée à une figure masculine qui remettrait ses choix en question et jamais sa condition de fille casse-cou est évoquée frontalement. Tant mieux, elle est probablement le personnage le plus féministe d’un film d’animation car justement son genre n’est jamais au centre d’une conversation. C’est une fille certes, mais c’est surtout quelqu’un de courageux, compréhensif, amical et sympathique, c’est ça qui est important, pas son sexe ou sa couleur de peau. Dreamworks semble l’avoir mieux compris que les autres. Le vrai sujet du film c’est la rencontre, et le genre du road movie s’y prête très bien, tout en autorisant des paysages sublimes où la beauté de l’animation fusionne avec le délire quasi féerique des animateurs. Les monuments flottent dans les airs, emprisonnés dans des bulle de savons, la tour Eiffel se retourne et la statue de la liberté se retrouve avec une moustache. Tout cela rythmé par les sons électroniques de Rihana, qui collent finalement très bien à cet univers de science-fiction pop, coloré et parfois même poétique.

Seul bémol peut être, quelques scènes du point de vue des belliqueux Gorgs n’aurait pas étés de trop, afin de renforcer le message final, plutôt que d’expliquer leur motivations par un monologue paresseux dans un dernier quart d’heure un peu torché rapidement. Mais au delà de ça, En route nous laisse avec des étoiles pleins les yeux et le cœur gros comme ça, heureux de voir que la fantaisie et l’originalité existent toujours à Hollywood, et que Dreamworks prouve une fois de plus, après Dragon et Kung fu Panda, qu’il est aujourd’hui le nouveau roi de l’animation.

En Route ! (Enfin presque…) — Court métrage [Officiel]

En Route ! : Fiche Technique

Titre original : Home
Réalisation : Tim Johnson
Production : Chris Jenkins
Scénario : Tom J. Astle et Matt Ember d’après The True Meaning of Smekday d’Adam Rex
Durée : 94 minutes
Dates de sortie :États-Unis : 27 mars 2015, Belgique : 1er avril 2015 ,France : 15 avril 2015
V.O : Jim Parson, Rihanna, Steve Martin, Jennifer Lopez…
V.F : Alex Lutz, Leïla Bekhti, Jacques Frantz, Guy Lecluse…

Jack, un film de Edward Berger : Critique

Jack est un titre particulièrement bien choisi pour ce film, car il s’agit en effet de Jack seul pendant la majeure partie du film, et de Jack en interaction avec d’autres le reste du temps, le tout étant étudié depuis sa propre perspective.

Synopsis: Fonceur, tenace et plein de ressources, Jack, dix ans à peine, est déjà seul responsable de sa famille : son petit frère Manuel, six ans, et leur mère célibataire aimante, mais totalement immature, Sanna, qui travaille la journée et fait la fête la nuit. Mais cet homme de la maison en culottes courtes n’est pas infaillible et un événement va venir bouleverser le quotidien de ce trio. Les services de protection de l’enfance décident alors de retirer la garde des deux garçons à la jeune femme et de placer Jack dans un centre d’hébergement….

Brothers 

Même pas une minute de film, et le rythme effréné de la vie de Jack, 10 ans, nous happe déjà. Réveil en fanfare, petit déjeuner sur le pouce pour lui et surtout pour son petit frère Manuel, tâches ménagères comme le linge et la vaisselle, ablutions hâtives et Jack saute dans son jean, prêt à foncer pour l’école. Edward Berger filme le tout en steadicam, et on a déjà compris que la vie de Jack n’est pas le long fleuve tranquille qui est le lot de beaucoup de petits garçons de son âge.

Jack a la chance d’avoir une mère très jeune, Sanna, avec l’amant duquel il peut s’amuser à s’arroser d’eau fraîche dans les parcs publics de Berlin en cette fin d’été. Jack a le malheur d’avoir une mère très jeune, presque une enfant encore, aimante sans aucun doute, à sa manière, mais inconsciente de sa responsabilité d’être la mère de deux garçons en bas âge. Alors Jack est responsable de tout et de tous. De son petit frère Manuel surtout, la prunelle de ses yeux, qu’il emmène aussi bien à la baignade qu’à la baignoire. Mais les absences répétées de Sanna ont conduit fatalement au drame, et Jack va être placé en foyer, une sorte de maison de correction, tandis que Manuel reste inexplicablement sous la garde de sa mère, en réalité sous la garde d’une amie de sa mère. Car Sanna a disparu des radars, et une grande partie du film va consister à suivre pendant plus de trois jours l’errance toujours aussi saccadée de Jack et de son petit frère, à la porte de leur appartement et sans personne vers qui se tourner.

Edward Berger n’évite pas toujours les chemins faciles de l’accumulation pour nous rallier à la cause de Jack : brimades et drame au foyer, mère qui ne vient pas le rechercher pour les vacances, musique un peu asphyxiante, et surtout, tous ces adultes, connus et étrangers qui regardent les deux enfants sans les voir. Mais c’est le jeune Ivo Pietzcker, qui joue le rôle de Jack, et dans une moindre mesure Georg Arms, qui interprète le non moins formidable Manuel, qui sauvent véritablement ce film du pathos dans lequel il aurait pu allègrement se noyer. Les enfants jouent de manière idéale, avec beaucoup de sérieux et de pragmatisme pour créer la distance nécessaire, mais avec suffisamment d’émotion pour susciter l’empathie.

Le scénario d’Edward Berger et de sa femme Nele Müller-Stöfen (également actrice du film dans le rôle de la gentille Becki, la référente de Jack dans son nouveau foyer)  n’est pas aussi étoffé que par exemple celui du film de la française Ursula Meier, L’enfant d’en haut, un film qui présente des analogies avec Jack, et qui traite également de l’enfance difficile  dans le milieu de la montagne des sports d’hiver. Ursula Meier traite son sujet sur fond de travail clandestin, ce qui étoffe considérablement le récit. Ce scénario est en revanche aussi ténu que celui de Hirokazu Kore-Eda pour son chef d’œuvre Nobody knows. Mais Kore-Eda est un maître dans l’art de raconter des histoires avec les enfants, et surtout de filmer à leur hauteur. Plutôt que le stress permanent qui est palpable dans Jack, le réalisateur japonais montre au contraire ces quatre enfants abandonnés par leur mère dans un très long métrage  (le récit se déroule sur plusieurs années) qui leur laisse le temps de respirer et de vivre. Pas toujours de manière heureuse, loin de là, même, mais de vivre. Un film qui brise le cœur sans aucun effet de style. Ce parallèle avec le film de Kore-Eda est inévitable, et  n’est donc malheureusement pas toujours à l’avantage d’Edward Berger.

Dans l’ensemble, Jack est un film intéressant qui met en exergue la belle relation fraternelle entre Jack et Manuel, un film qui nous promène joliment dans les méandres de Berlin, un film qui nous apporte aussi quelques matières à réflexion sur cette Allemagne (trop) libérale qui conduit à ce que deux enfants de cet âge se retrouvent a dormir dehors pendant plusieurs jours et presque sans manger, sans que personne ne s’en inquiète. Enfin, un film empreint de tendresse malgré tout comme par exemple les séquences de jeu avec la mère, ou celles avec Jonas, un des ex de leur mère, une brève trouée de joies enfantines dans leur malheur, où encore quand les deux frères, en guise de repas, se goinfrent de sucre et de lait  en sachets volés dans un café avoisinant, montrant enfin que malgré leur opiniâtreté, ils ne sont que des enfants, avec des fantasmes d’enfants comme celui de ne se nourrir que de sachets de sucre et de lait…

Jack – Bande-annonce VOST

Jack : Fiche Technique

Titre original : Jack
Réalisateur : Edward Berger
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 8 avril 2015
Durée : 103 min.
Casting : Ivo Pietzcker (Jack), Georg Arms (Manuel), Luise Heyer (Sanna), Nele Müller-Stöfen (Becki), Vincent Redetzki (Jonas)
Scénario : Edward Berger, Nele Müller-Stöfen
Musique : Christophe M Kaiser, Julian Maas
Chef Op : Jens Harant
Nationalité : Allemagne
Producteur : Jan Krüger, René Römmert
Maisons de production : Focus Features , StudioCanal , Relativity Media , Mike Zoss Productions, Working Title Films
Distribution (France) : Studio Canal

Turn, saison 1: Critique de la série

Synopsis : La Guerre d’Indépendance fait rage aux Amériques en cette fin de XVIIIème siècle. Abe Woodhull, un simple paysan, va se retrouver à cause de ses convictions, comme le tout premier espion d’un réseau, créé par George Washington, alors commandant de l’armée d’indépendance.

Indépendance

Guerre civile, guerre familiale

Qu’on lui voue une haine sans limites où qu’on lui porte un amour sans fin, les U.S.A. est un pays qui fascine. Fascination due à des contradictions innombrables, héritées d’une Histoire certes récente, mais d’une incroyable complexité. C’est le passage le plus important de cette Histoire, que Craig Silverstein nous invite à parcourir : la Guerre d’Indépendance. Elle fut à la fois une guerre classique entre deux états, mais aussi une guerre civile entre loyalistes (fidèles à la couronne d’Angleterre) et patriotes (partisans de l’indépendance des colonies), parfois au sein d’une même famille. Ce qu’il y a de très particulier dans cette affaire, c’est que les patriotes qui sont à la base des colons, se sont comportés vis-à-vis des britanniques, comme des colonisés en train de chasser l’envahisseur.

Commander in chief

Sans aborder les qualités purement techniques de la série, Turn a un réel intérêt pédagogique. Car, même si l’on peut regarder les U.S.A. avec mépris, on ne peut nier que comprendre les fondements historiques de la plus grande puissance mondiale, aide à comprendre le monde d’aujourd’hui et notamment, l’idéologie de tout un peuple. On assimile mieux, les causes de la création du premier réseau d’espions à grande échelle, avec l’approbation de George Washington. On comprend mieux ce statut de « commander in chief » qu’a chaque président des U.S.A. Bref, on appréhende mieux l’importance de cette guerre, entre les tuniques bleues et les tuniques rouges et pourquoi, le peuple américain, se sent aujourd’hui tellement à part.

Récréer une époque

Ce travail historique passe par un travail étonnant sur les décors, les costumes et la recréation d’un contexte. On sent la volonté de la production d’être la plus authentique possible, d’être irréprochable de ce côté-là. Il faut reconnaître qu’à part quelques fonds verts parfois douteux (mais économiques c’est vrai), le sentiment d’immersion est bien réel. On sent un pays au développement économique encore incertain, des colons qui triment alors que les représentants de la couronne semblent bien vivre, d’où cette volonté d’autonomie qui grandit peu à peu.

Spy game

L’idée de traiter cette Histoire par le biais de la création du premier réseau d’espions, appelé le Culper Ring, a pour but de mettre du suspense et de l’action dans la série. Dans les premiers épisodes, cette idée fonctionne peu, voir pas du tout. Car la série peine vraiment à trouver un rythme et prend peut-être trop de temps à se mettre en place. Puis ça vient peu à peu, et les derniers épisodes sont enfin dignes de ce qui peut se faire de mieux avec de telles contraintes historiques. Ce rythme enfin trouvé doit être conservé pour les saisons suivantes, sous peine de signer à brève échéance la fin d’une histoire captivante.

Casting so british

Ce qui serait dommage, avec un tel casting qui, des stars aux moins stars, parvient à donner corps à des personnages entrés dans l’histoire mondiale. Même si Seth Numrich (The Good Wife) manque cruellement d’épaisseur, il est « compensé » par d’autres acteurs tels que Kevin McNally (Pirates Des Caraïbes) en charismatique homme de loi. Au générique également le toujours excellent Angus Macfayden (Equilibrium, Braveheart), sorte de gros ours aussi dangereux qu’un reptile (drôle de mélange). Sans oublier Jamie Bell, révélé à l’âge de 12 ans dans Billy Elliot et qui se trace depuis, une carrière tranquille et de qualité, avec des films comme Snowpiercer et Nymphomaniac.

Apprendre et comprendre

Il faut prendre votre temps avec Turn, autant qu’elle prendra son temps avec vous. Se dire qu’à défaut d’attendre ses qualités techniques (qui finissent par arriver), il faut apprécier ce qu’elle a à vous raconter. Il faut prendre le temps d’écouter cette Histoire, avant de découvrir comment elle va nous être racontée. Le seul vrai défaut de Turn, reste finalement son retard à l’allumage, qui fera peut-être décrocher certains spectateurs. Pour les autres, ils comprendront combien on peut se tromper sur la supposée pauvreté de l’histoire de cette jeune nation, et combien il y a à apprendre sur les motivations d’un peuple, dont on ne sait jamais s’il nous attire ou nous révulse.

Turn : Bande annonce

Turn – Fiche Technique 

Scénario : Craig Silverstein, d’après Washington’s Pies d’Alexander Rose
Diffuseurs : AMC & OCS Max (pour la France)
Pays : U.S.A.
Format : 10 épisodes de 42’
Statut: en production
Première diffusion : 6 avril 2014
Sortie DVD : 22 avril 2015
Distribution : Jamie Bell, Seth Numrich, Daniel Henshall, Heather Lind, Meegan Warner, Kevin R. McNally, Burn Gorman et Angus Mcfayden.

 

 

Expo : « Lumière ! Le Cinéma inventé » au Grand Palais

Exposition : Coup de projecteur sur les Frères Lumière

L’Institut Lumière de Lyon et le Centre National de la Cinématographie (CNC) organisent une exposition, « Lumière! Le Cinéma inventé », consacrée aux frères Lumière et à la naissance magique et technique du cinéma, jusqu’au 14 juin 2015 dans le salon d’honneur du Grand Palais à Paris. CineSeries-Mag s’y est rendu, récit. 

louis-et-auguste-lumiere

Comme le musée Lumière le fait toute l’année, le Grand Palais a réuni de nombreuses images en mouvement et autres prototypes du Cinématographe pour présenter l’invention du cinéma par Louis Lumière en 1895. À l’occasion des 120 ans de cette innovation majeure, la collection inestimable s’exporte à Paris et célèbre les premières images vivantes, témoins d’une époque, mais aussi de la naissance d’un art qui ne cesse de célébrer la vie et l’émotion, captant le temps dans son commencement et sa fin et ce, à l’infini. Mis en parallèle avec trois contemporains, Charles Pathé, Léon Gaumont et George Méliès, d’autres inventeurs aussi, les frères Lumière sont montrés comme des industriels passionnés, portés par un fort goût pour l’image, la couleur et bientôt, grâce à leur père, le mouvement. Mais la force de l’exposition est aussi de s’éloigner des portraits officiels et parfois arides des premiers frères du cinéma pour les montrer en famille, à travers des photographies ou films. Insuffler du mouvement aux images fixes, capter le réel et le voir bouger, voilà de quelle volonté est né le cinéma.

Des images, du mouvement, de la vie et un peu de couleur

sortie-d-suine-lumière-premier-film
« Sortie d’usine » – premier film du cinéma

Dans l’exposition, une large place est consacrée à la diffusion, sous différentes formes souvent ludiques, parfois étonnantes, des 1 422 films Lumière. On entre ainsi dans l’exposition par la diffusion sur un écran géant du tout premier film : Sortie d’usine. Décanté, le film passe en boucle et on se prend à rester quelques instants devant ces images à l’apparence réaliste, mais déjà fabriquées car mises en scène et répétées. C’est tout naturellement que nous pénétrons ensuite dans la « rue du premier-film » où l’industrie des frères Lumière est détaillée. Comme leur invention ne vient pas de nulle part, c’est d’abord la photographie, son développement, les plaques que fabriquaient les usines Lumière qui nous sont présentées. L’image animée évolue très vite, comme ses supports. On peut ainsi découvrir les films à travers les premières « boîtes de films Lumière », animer l’image à l’aide de dispositifs artisanaux ou la faire défiler sur un écran tactile, sur un mur, choisir, la voir multipliée. Pour faire renaître cet héritage dans nos vies saturées d’images, l’exposition propose même de revivre la première séance de cinéma, dans le Salon Indien où 33 personnes, dont George Méliès, se sont assises pour la première fois pour observer un film au cinéma. Le salon a été recréé en partie pour cette occasion, le dispositif aussi. L’émotion est là, l’impression de redonner de la valeur aux images est passionnante. On redécouvre cette magie intacte de l’image qui s’anime pour la toute première fois, que de nombreuses citations de grands noms viennent étayer et faire ressentir. Ces belles images du passé ont encore une influence majeure dans notre cinéma d’aujourd’hui, dont quelques cinéastes actuels se font les héritiers. Louis Lumière avait un autre but cependant : la photographie couleur qu’il expérimentera dans un Autochrome. La beauté des couleurs, ce sont les plaques originelles qui sont présentées, fait ressentir quelque chose d’inouïe à l’oeil qui voit le passé et le ressent avec une émotion bien présente. Autre « nouveauté » expérimentée dès 1895 et que l’on découvre ici sans lunettes : la 3D !

« Offrir le monde au monde » [Bertrand Tavernier]

Né d’une toute petite volonté de mise en mouvement, le cinéma des frères Lumière devient très vite une industrie et s’invite dans le monde entier. C’est au début du XXe siècle que de nombreux opérateurs parcourent le monde et ramènent des images qui sont diffusées dans les ancêtres de nos salles de cinéma actuelles. Des images qui témoignent de leur époque, mais pas seulement. Il y a aussi cette volonté de voir le monde, de filmer le réel, de le comprendre. Un pan de l’exposition est consacré à cette gigantesque entreprise de découverte, celle aussi d’analyser le mouvement, le cinéma s’écrit donc dès le début hors frontière, même s’il est né en France. L’exposition parisienne offre également le cinéma au monde, dans une salle immense, sans véritable murs, le visiteur circule, voit, ressent, expérimente et découvre. Termes techniques toujours illustrés par la pratique, réévaluation du statut de l’image qui devient magique, l’espace du salon d’honneur du Grand Palais a été revisité pour devenir un spectacle permanent. Plongés dans une lumière bleutée, les explorateurs de la naissance du cinéma ressemblent à de grands enfants devant les premiers jouets optiques. Un espace jeunesse est d’ailleurs installé au cœur de l’exposition pour rendre accessible le cinéma et ses débuts à tous.

Persistance rétinienne

Le cinéma des frères Lumière rééxiste et persiste grâce à cette exposition qui présente sur un même panneau, intitulé 1895-1905, les 1 422 films Lumière en petit format, seul le premier s’agrandit, toujours cette fameuse Sortie d’usine. Sur le côté du panneau, deux salles consacrées à des documentaires sur les Lumière d’un côté et sur l’évolution de l’image de l’argentique au numérique de l’autre, permettent d’explorer plus avant le cinéma et ses techniques. C’est déjà presque la fin de l’exposition, après un bref passage par les photographies couleur de Louis Lumière. On redécouvre la pellicule papier avant de filer vers ces « traces et héritage » des Lumière au 20e siècle, mais aussi encore aujourd’hui. Le cinéma s’interroge en permanence sur sa propre existence, son évolution. Le cinéma qui « ouvrai(t) une fenêtre sur l’infini » selon les mots d’Henri Langlois, cet infini qu’on découvre immobiles dans une salle obscure. Le cinéma, dès ses débuts, a capté la vie dans ce qu’elle a d’immuable, d’éternel, mais toujours aussi de terriblement évident et contemporain. Il y avait déjà quelque chose de l’ordre du fantastique chez ces frères Lumière qui ont capté les premières images en mouvement et ont donc saisi une émotion nouvelle, éternelle et impossible à saisir de nouveau. Pourtant, de nombreux cinéastes continueront l’oeuvre des Lumière : Renoir, Bresson, Pialat, Rosselini, Tavernier avec Un dimanche à la campagne et ses couleurs proches des autochromes de Louis et Abbas Kiarostami. Mais ce cinéma des débuts, de pionniers, inspirera plus d’un cinéma, celui qui saisit un premier geste, une fulgurance, une permanence, qui rit de lui, qui se met en scène, qui s’engage dans un processus animé et donne à voir au-délà du réel, un regard devenu essentiel.

Les techniques ont pourtant évolué, c’est vers la fin que l’exposition le dit avec force, et ont donné lieu à « l’élaboration de nouvelles théories esthétiques », même si des cinéaste comme Philippe Garrel, dont le dernier film ouvrira la Quinzaine des réalisateurs à Cannes cette année, se battent pour faire vivre encore la pellicule 35 mm. Si aujourd’hui l’image projetée semble moins extraordinaire qu’auparavant, qu’il y a moins à découvrir du réel capté qui soudain s’anime comme si un geste aussi innocent qu’un repas d’enfant pouvait ne jamais vieillir, le cinéma demeure tout de même un émerveillement permanent, une découverte grâce à des cinéastes inventifs. C’est comme ça que s’achève l’exposition, sur ce message de transmission et de persistance du geste originel. On y voit Jerry Schtatzberg, Xavier Dolan, Michael Crimino, Pedro Almodovar, Paolo Sorrentino et Quentin Tarantino revisitter le premier film, Sortie d’usine, en tournant à nouveau sur le site originel du Hangar du Premier-Film à Lyon. Dans ces nouvelles images chacun a mis sa touche personnelle, cet élan qui les fait créer, certains ont interrogé nos nouveaux modes de consommation de l’image, sur portable, quand d’autres ont célébré le burlesque, la fantaisie des premiers essais Lumière. Une voltige vieille de 120 ans et pourtant permanente, si bien résumée dans ces mots qui seront donc ceux de la fin : « Je ne demande rien d’autre pour le cinéma, serait-il appelé un jour à disparaître sous la forme que nous avons connue : seulement la reconnaissance que cette forme aura été et demeure unique, à travers l’expérience vécue dans la communauté d’une séance, de la perception du temps, de la mémoire et de l’oubli mêlés que seul son dispositif induit, grâce à l’immobilité forcée du corps dans le silence et l’obscurité. Rien de plus, rien de moins » [Raymond Bellour].

Planes 2, un film de Roberts Gannaway : Critique

Le film Planes 2, : un envol commercial bien plus maîtrisé que le précédent

Synopsis : Alors qu’il est devenu une star des rallyes aériens, Dusty Crophopper casse lors d’un entraînement sa boîte de vitesse, endommageant son moteur et compromettant ainsi ses prochaines courses, son avenir. En attendant que ses amis trouvent une solution, il se lance le défi de devenir pompier de l’air, afin de sauver la carrière de son ami Mayday. Pour cela, il se rend dans le parc national de Piston Peak pour y effectuer un stage auprès d’une équipe d’élite menée par Blade Ranger. Mais la notoriété et le courage de Dusty ne suffiront pas, car entre gagner des courses et sauver des vies, le fossé est large…

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que Disney daigne continuer à surfer sur le petit succès de Planes, livrant pour l’occasion au public une suite neuf mois à peine après la sortie du premier opus. Qui initialement devait, comme son prédécesseur, sortir directement en vidéo et non dans les salles de cinéma. Histoire de ne pas faire patienter les jeunes spectateurs charmés par les aventures de Dusty Crophopper ? Ou bien de profiter de ces derniers pour amasser quelques dollars par-ci par-là en continuant d’user de la notoriété universelle de Cars ? Si c’est plutôt vers la seconde question que s’oriente la majorité des réponses, vous allez voir que malgré son statut de « pompe à fric pour enfants », Planes 2 s’en sort bien mieux que le tout premier, et ce sur bien des points.

Pourtant, le fait d’avoir une suite qui relève le niveau n’était vraiment pas gagner d’avance, surtout avec un aspect aussi commercial que celui de Planes. Et pour cause, le premier film agaçait par son manque flagrant d’ambition, allant jusqu’à reprendre la trame et les personnages de Cars, changeant juste l’aspect et le nom de ces derniers, et de resservir au jeune public une énième histoire de courses et de dépassement de soi, sans arriver à casser la baraque. La faute principalement à un visuel qui ne se contente que du minimum syndical et de séquences spectaculaire aux abonnés absents. Sur le papier, c’est exactement la même chose pour Planes 2 qui, malgré une animation légèrement améliorée, ne parvient toujours pas à procurer ne serait-ce qu’un soupçon d’adrénaline et ce même pour les enfants, qui doivent du coup se contenter d’un humour qui ne vole pas bien haut et de quelques séquences manquant de peps. Plus commercial encore, l’utilisation des personnages dans le long-métrage même : le film fait comme Cars 2, à savoir mettre de côté les anciens protagonistes (voire en oublier) pour mettre en avant une ribambelle de nouveaux véhicules, permettant ainsi au studio de se faire un bon petit chiffre du côté des produits dérivés (jouets, jeux vidéo…). Oui, au premier abord, Planes 2 n’avait pas grand-chose de bien croustillant à proposer !

Mais contre toute attente, cette suite jouit d’un atout que ne possédait pas le premier volet : un scénario, un vrai ! D’accord, Planes 2 ne transpire par l’originalité et propose un amas de clichés (dont le personnage bougon qui cache un douloureux passé) au service d’une intrigue mille fois vue qui, pour le coup, ne surprendra personne. Mais il est à des années lumières du vide scénaristique qu’était son prédécesseur et cela grâce à une idée toute bête : faire de Dusty, star des rallyes aériens, un avion incapable de faire une course sous peine de finir à la casse. À partir de cette base d’écriture, Planes 2 enchaîne aussitôt sur une histoire de pompiers des airs qui fournit à l’ensemble de véritables enjeux (l’aide, le sauvetage, la mort, le sacrifice…), des moments de bravoure bienvenus et de l’ambition au niveau des leçons moralisatrices destinées au jeune public (la reconversion, les priorités dans la vie, les réflexes en cas de danger, l’handicap…). Bref, contrairement à l’opus précédent, cette suite se présente au public avec quelque chose à raconter, et le résultat final n’en est que meilleur.

Et pour cause, malgré son classicisme et ses accrocs techniques, Planes 2 arrive à capter l’attention des spectateurs de tout âge et cela grâce à son script, justement. Un travail d’écriture qui permet au long-métrage de proposer des personnages, dont Dusty en tête, bien plus charismatiques et attachants que dans le premier film, offrant ainsi de l’intérêt à l’ensemble, une maturité insoupçonnée et même des moments touchants qui font mouche. À défaut de proposer des séquences qui pètent le feu et ce malgré des chansons du groupe AC/DC, Planes 2 suscitent l’attention à tel point que ses défauts passent inaperçus et que l’ennui ne pointe jamais le bout de son nez. Les enfants s’amuseront sans aucune difficulté avec cette suite qui  ne les prend nullement pour des pigeons (bien loin de l’arnaque qu’était Planes premier du nom), les adultes auront de quoi passer le temps et de faire plaisir à leur progéniture sans aucun regret.

Alors oui, cela n’arrive pas à la cheville d’une Reine des Neiges ou d’un Pixar. Oui, le film aurait bien plus sa place à la télévision que sur un écran de cinéma. Mais vu le progrès effectué depuis le premier opus, Planes 2 mérite amplement que l’on s’y attarde ne serait-ce que pour passer un agréable moment en famille. Simple et attachant. Pour une suite purement commerciale, le résultat est plutôt convaincant, vous ne trouvez pas ?

Fiche technique – Planes 2

Titre original : Planes : Fire & Rescue
États-Unis – 2014
Réalisation : Roberts Gannaway
Scénario : Jeffrey M. Howard et Roberts Gannaway
Doublage : Dane Cook / Fred Testot (Dusty Crophopper), Ed Harris / Philippe Catoire (Blade Ranger), Julie Bowen / Audrey Lamy (Lil’ Dipper), Curtis Armstrong / Gérard Darier (Maru), John Michael Higgins / David Kruger (Cad Spinner), Hal Holbrook / Jean-François Garreaud (Mayday), Wes Studi / Saïd Amadis (Windlifter), Brad Garrett / Frantz Confiac (Chug)…
Date de sortie : 23 juillet 2014
Durée : 1h23
Genre : Animation
Direction artistique : Toby Wilson
Animation : Toby Wilson
Montage : Dan Molina
Musique : Mark Mancina
Budget :  50 M$
Producteur : Ferrell Barron
Productions : Walt Disney Pictures, DisneyToon Studios, Prana Studios et Prana Animation Studios
Distributeur : The Walt Disney Company France

Lost River : Musique, Bande Originale

Lost River – La B.O./Trame Sonore/Soundtrack 

Une Musique Éclectique

La voilà, la preuve qu’il n’est quand même pas si compliqué de composer une bande originale à la fois « commerciale » et artistique ! Commerciale, parce qu’elle est accessible au plus grand nombre, que ses mélodies se retiennent sans difficulté et parce-que tout simplement, le plaisir qu’on prend à l’écouter est une évidence. Artistique, parce qu’il y a un authentique travail de création, une volonté de proposer un son nouveau, un univers propre au film et à Johnny Jewel, son compositeur. Un son exclusivement synthétique, comme un héritage reçu d’illustres prédécesseurs tels qu’Eric Serra ou Vangelis. On croirait même entendre par moments la bande originale de Blade Runner. Une bande vraiment originale donc, mais qui pourrait aussi revendiquer des influences venues de Pink Floyd ou même Björk.

Longue de pas moins d’une centaine de minutes, cette bande-originale est à écouter d’urgence, pour ses qualités musicales, pour ses quelques interprètes (Chromatics, Saoirse Ronan), pour la richesse et la variété de ses compositions et arrangements. Mais surtout, parce qu’elle renoue avec l’esprit de quelques grands compositeurs de cinéma de la fin du XXème siècle, parmi lesquels on pourrait ajouter Georgio Moroder. Petit détail intéressant, Johnny Jewel remet au goût du jour cette idée d’ajouter à la partition quelques dialogues tirés du film, les utilisant comme un instrument à part entière et faisant de Lost River un tout indissociable.

Sortie : 30 mars 2015

Distributeur : Italians Do It Better

Durée : 100’

Tracklist :

1. Tell Me Par Johnny Jewel feat. Saoirse Ronan 2’43

2. Yes (Love Theme from Lost River) par Chromatics 3’25

3. Shell Game par Glass Candy 3’08

4. Echoes par Johnny Jewel 2’27

5. The Big Bad Wolf par Johnny Jewel feat. Ben Mendelsohn & Rob Zabrecky 0’48

6. Cool Water par Johnny Jewel feat. Ben Mendelsohn 3’12

7. Deep Purple par Billy Ward & His Dominoes 2’15

8. Bullytown par Johnny Jewel feat. Matt Smith 5’23

9. Bullytown (Full Version) par Johnny Jewel feat. Matt Smith 5’23

10. The Dead Zone par Johnny Jewel 6’47

11. Blue Moon par Chromatics 3’37

12. A Bloody Good Time par Johnny Jewel feat. Eva Mendes & Landyn Stewart 2’59

13. Behind The Mask par Desire 2’27

14. Underwater par Johnny Jewel 3’53

15. Barnum’s Steam Calliope par Sunset Four feat. Matt Smith 0’48

16. Carousel, pt. I par Johnny Jewel 2’23

17. Hope par Johnny Jewel 1’13

18. Yes (Symmetry Remix) par Chromatics 4’31

19. Deep Purple par Larry Clinton feat. Mary Dugan 2’22

20. The Goddess Of Gore par Johnny Jewel feat. Rob Zabrecky 1’10

21. Moliendo Café par Lucho Gatica 2’01

22. Echoes (Reprise) par Johnny Jewel 1’29

23. Ascension par Johnny Jewel 3’13

24. Spellbound par Johnny Jewel 4’17

25. Burning Houses par Johnny Jewel feat. Reda Kateb 1’59

26. Tell Me (Jukebox Version) par Johnny Jewel & Ruth Radalet 3’01

27. Slow Motion par Johnny Jewel 3’19

28. Communion par Johnny Jewel feat. Rob Zabrecky 2’27

29. Carousel, pt. II par Johnny Jewel 2’09

30. Wandering par Johnny Jewel 1’02

31. Deep Purple (Reprise) par Larry Clinton 1’03

32. Reunion par Johnny Jewel 1’43

33. Death par Johnny Jewel 1’59

34. Rat, Face, & Bully par Johnny Jewel feat. Saoirse Ronan & Matt Smith

35. Candlelight Burns par Johnny Jewel 2’48

36. Fossil Fuels par Johnny Jewel 4’32

37. Franky’s Theme par Johnny Jewel 1’49

38. Yes (Lullaby from Lost River) par Chromatics 2’37

Auteur : Freddy M.

Rétro Coen : Ladykillers – Critique du film

Remake de la comédie anglaise du même nom d’Alexander MacKendrick (1955), Ladykillers version Coen reprend le pitch original, un mystérieux professeur abuse de la crédulité d’une vielle veuve en prétextant répéter un concert avec son ensemble baroque, mais déplace l’intrigue de l’Angleterre d’après guerre au sud des États-Unis.

La vielle Mrs Munson n’est plus une catholique, mais une protestante afro-américaine, qui passe son temps entre les offices de l’église et le bureau du shérif, pour se plaindre de tout et n’importe quoi. Récompensé par un prix d’interprétation à Cannes pour la prestation inspirée de Irma P. Hall, le film est pris en grippe par une bonne partie de la critique, qui ne semble pas avoir goûté la plaisanterie. Qualifié de film mineur, d’idiot voir même de raciste (parmi les plus enflammés), tout le monde semble s’acharner à dire que Ladykillers fait tâche dans la filmographie quasi irréprochable des deux frères. Sauf que, s’il est vrai que le film n’a pas la profondeur psychologique d’un Barton Fink, ou le cynisme d’un Fargo, il n’en reste pas moins l’une des comédies les plus intelligentes et maîtrisées des années 2000.

La Mélodie Du Braqueur

Le film est déjà séduisant au premier abord avec sa photographie léchée et sa troupe d’acteurs particulièrement hétéroclite. Prenant à contre-pied la logique des films de braquage, les Coen embauchent les gueules les moins assorties du cinéma contemporain. J.K Simmons (Spiderman) en artificier redneck au colon irrité, Marlon Wayans (Scary Movie) en agent infiltré porté sur le rap et le sexe, Ryan Hurst (Sons of Anarchy) dans le rôle d’un quarterback benêt et Tzi Ma (24h Chrono), un vétéran de la guerre d’Indochine légèrement taciturne. Une équipe de bras cassés parfaite, à laquelle vient s’ajouter Tom Hanks, pour sa seule collaboration avec les réalisateurs (ils ne voulaient que lui dans le rôle), reprenant la partition du Dr. Goldthwait Higginson Dorr III. Derrière ce nom sympathiquement désuet, se cache le cerveau de l’opération : un homme élégant, plein de manières, passionné de belles lettres et dont le drame personnel semble d’être né à la mauvaise époque. Une interprétation inspirée, à contre emploi de ses rôles habituels de quadra sympathique. Face à lui la rigide Mrs Munson, d’abord séduite par ce gentleman d’un autre temps, ne tardera pas à découvrir ses motivations criminelles. Aidés par une écriture minutieuse et des dialogues au tempo parfait, les acteurs déploient un large spectre de comédie, allant de la blague potache la plus triviale, à la référence littéraire la plus savante. Les Coen rassemblent ainsi, dans une maison de banlieue, tout un microcosme multiculturel, et les tensions entre les univers antithétiques des personnages, deviennent rapidement le principal moteur de l’intrigue, reléguant le braquage au second plan. Tous les ingrédients pour faire une bonne comédie sont là, et pourtant Ladykillers est plus que cela.

Il y a un aspect qui semble avoir échappé aux critiques lors de la sortie du film : la musique. L’accompagnement musical chez les frères Coen est central, dans leur filmographie (il suffit de revoir O’brother ou The big Lebowski). Ici, l’intrigue est rythmée par les chansons gospel de la chorale paroissiale, appréciées de Mrs Munson, mais aussi par le flow agressif du rap de Gawain (Damon Wayans), ainsi que les airs baroques qui servent de couverture à l’entreprise du professeur Dorr. Les deux réalisateurs eux-mêmes ont confirmé que ce qui les intéressait en premier lieu, c’était de confronter ces trois genres que l’on associe rarement. Avec l’aide de leurs collaborateurs habituels, Carter Bunwell et T.Bone Burnett, l’équipe compose une partition remarquable, où le bottleneck de Blind Willie Johnson rencontre les accords baroques des menuets Boccherini. Les voix de différentes époques se confrontent (Gospel protestant contre Baroque de la contre-réforme) et s’alimentent les unes les autres, offrant deux séquences de braquages (forage du tunnel et perçage du coffre) particulièrement jouissives. La musique fonctionne d’abord comme marqueur social, assimilant le hip-hop gangsta à la rue, le baroque à l’intellectualisme et le gospel à la religion. Mais très vite, on comprend qu’elle devient un personnage à part entière, influant sur le comportement de tous les protagonistes. C’est par l’évocation de la musique, que le professeur convainc Mrs Munson de lui louer sa cave, et c’est elle qui provoquera le retour imprévu de celle-ci de l’office, et la découverte de la supercherie. Cette musique, c’est Dieu lui même qui veille sur la vieille logeuse et observe attentivement le déroulement des événements (nombre de symboles témoignent d’une présence mystique dans le film) et tant qu’à faire, essaye de récupérer sa part du gâteau. De la même manière que Stanley Kubrick dans 2001, L’Odyssée De l’Espace, créait le personnage d’Hall 9000 par la seule force du montage, les Coen composent leur divinité à l’aide d’une partition particulièrement subtile. Il s’agit probablement de leur travail musical le plus intelligent et le plus complexe depuis le début de leur riche filmographie.

Ladykillers serait un film mineur ? Même cette affirmation critique donne envie de sourire, preuve finale de la virtuosité totale de cette comédie noire.

Synopsis: État du Mississippi. Le professeur Goldthwaite H. Dorr emménage dans la maison d’une dame d’un certain âge, Mme Munson, en tant que locataire. D’apparence brillant et distingué, il souhaite en réalité réaliser le casse du siècle : creuser un tunnel à partir de la cave de la maison jusqu’à un bateau accosté sur les berges du fleuve, qui abrite un important casino. Entouré de complices qu’il présente comme « ses musiciens » (en prétextant des répétitions de musique renaissance), le professeur découvre bientôt que sa logeuse s’avère être bien plus curieuse qu’il ne l’avait cru…

Ladykillers : Bande annonce

Fiche Technique : Ladykillers

Titre original : The Ladykillers
Titre québécois : Les Tueurs de dames
Réalisation : Joel et Ethan Coen1
Scénario : Joel et Ethan Coen, d’après le scénario original de William Rose
Production : Joel et Ethan Coen, Tom Jacobson, Barry Josephson, Barry Sonnenfeld
Décors : Dennis Gassner
Costumes : Mary Zophres
Directeur de la photographie : Roger Deakins
Montage : Joel et Ethan Coen
Musique : Carter Burwell
Sociétés de distribution : Buena Vista International ;Gaumont Buena Vista International
Budget : 35 millions $
Langues originales : anglais, vietnamien
Format : Couleur • 1.85:1 • 35 mm – DTS • Dolby Digital • SDDS
Durée : 104 minutes
Dates de sortie : 2004

Les Opportunistes de Paolo Virzi: critique DVD

Synopsis : Près du lac de Côme en Italie. Les familles de la richissime Carla Bernaschi et de Dino Ossola, agent immobilier au bord de la faillite, sont liées par une même obsession : l’argent. Un accident la veille de noël va brutalement changer leurs destins.

Le Capital humain

Le cinéma italien nous a toujours offert de succulentes perles cinématographiques. Paolo Virzi (« La prima cosa bella »), réalise ainsi fin 2014, « Les Opportunistes », adaptation du roman « The Human Capital » de Stephen Amidon, titre français qui aurait été préférable. A travers son histoire, il façonne une critique malheureusement trop légère pour interpeller, malgré une interprétation de qualité de la part des têtes d’affiches.

Le film dépeint la société italienne contemporaine des années 2010, en crise économique. Un soir, un cycliste est renversé par un 4×4, à partir de là, le récit se construit sur quatre chapitres qui permettent d’éclairer les circonstances de l’accident. L’atmosphère filmique est ici clairement donnée par le réalisateur pour nous confronter à la dure fatalité. Le film traitera de luttes de classes dans une société inégalitaire.

Pour faire simple, l’aspect mosaïque du film est caractérisé par une poignée de personnages, tous constitué d’antihéros. Un homme de classe moyenne souhaite s’élever socialement auprès d’un homme d’affaire véreux tandis que sa fille tombe amoureuse d’un garçon élevé à la dure par un père criminel, dans les quartiers pauvres. Un véritable film chorale où les destinées se croisent et influent sur les autres, jouant sur la fatalité et l’espoir.

Paolo Virzi paraît trop sûr de son puzzle pour réellement s’y impliquer. A trop vouloir faire confiance à son procédé et le laisser se développer sans réel contrôle, le système fonctionne moins bien. La technique oscille entre le maladroit, notamment à travers ses clichés et le poussif avec ses lourdeurs scénaristiques. L’équilibre effectué entre le drame mondain et la comédie populaire est trop instable pour permettre l’analyse pertinente et frappante d’une Italie déliquescente. Si le cadre scénaristique divisé n’est pas inintéressant, il reste un peu vain sur ses principes narratifs et encore une fois, sur son équilibre.

Le capital humain, qui constitue la base pamphlétaire du scénario, est une statistique calculée par les assurances selon l’espérance de vie, du revenu potentiel, du nombre et de la qualité des relations affectives du défunt. Une donnée aussi inhumaine qu’incohérente, qui caractérise la décadence sociétale Italienne, où les grands hommes d’affaires misent leurs fortunes sur la chute économique de leur propre pays. Le parallèle est évident avec la corruption mafieuse dont est victime la population Italienne, où les inégalités socio-économique ne cessent de s’élargir.

Dans cette animosité socio-économique, le personnage de Carla représente toutes les qualités et toutes les défaillances du film. La protagoniste, jouée par Valeria Bruni Tedeschi symbolise toute l’impuissance d’un pouvoir politique intègre à s’imposer au pouvoir. Le chapitre qui lui est consacré est le mieux interprété mais également le moins bien mis en scène, notamment par le progressif abandon du réalisateur, à travailler son cadre. Un contraste fort regrettable d’autant que certains passages sont brillants scénaristiquement parlant, réussissant enfin à capter le spectateur sur la réalité sociale.

Le microcosme que construisent les personnages entre eux, caractérisation d’un pouvoir politique aux ambitions purement individualiste, s’oppose à une vision crédule d’une entraide sociale. Tout est fait pour que les castes s’affrontent et ne s’assistent pas. Le seul filon d’espoir, incarné par les personnages de Séréna et Luca, se retrouvent happé par des puissances qui les dépassent et la tragédie sociale est symboliquement parfaite tant la rupture est violente entre leur incrédulité et la monstruosité des puissances.

Par la mollesse visuelle que nous offre le réalisateur, on croirait par moment plus assister à une « Scripted Reality » improvisé, c’est à dire la reconstitution pseudo-documentaire de fait divers adaptés aux exigences de la fiction, aux thèmes sociales récurrentes (arnaque, mensonge) qu’à un véritable long métrage. Quel dommage que ces accrocs de réalisation, néanmoins pas si désagréables, gâchent le potentiel d’un film qui avait tout pour réussir, de brillante manière, sa courageuse critique. Fort heureusement, les performances d’acteurs sont immenses.

Outre le jeu candide proposé par Valeria Bruni Tedeschi ; Fabrizio Bentivoglio interprète avec justesse un homme opportuniste, prêt à tout pour s’élever socialement, jusqu’à y laisser sa fortune et sa famille. Mais le film ne serait pas grand-chose sans les révélations qu’ils nous proposent. Que ce soit Matilde Gioli (Séréna), Fabrizio Gifuni (Massimiliano) ou Giovanni Anzaldo (Luca), les trois comédiens brillent par leur présence. Ils nous offrent des performances dignes, portent le long métrage et arrivent presque à faire oublier certains défauts.

La mise en scène de Paolo Virzi est assez étrange, dans le mauvais sens du terme. Trop appuyée pour paraître réaliste et trop maladroite pour paraître travaillée. Le fait d’avoir laissé son casse-tête se dérouler sans que le spectateur ait l’impression qu’il interfère rend la chose souvent vaine. Malgré l’intérêt que l’on y porte, l’évidente paresse de son auteur ne permet pas une implication du spectateur suffisante, rendant la tragédie pathétique.

Les Opportunistes est un film aléatoire, tantôt brillant, tantôt maladroit, il livre une critique trop dilué d’une Italie déliquescente. Si le puzzle scénaristique est plutôt bien fait, le pamphlet, lui, tombe à l’eau. Heureusement que les performances sont époustouflantes permettant au spectateur de passer un bon moment dans ce qui semble être un honnête film à mi-chemin entre le drame mondain et la comédie sociale.

Les opportunistes : Bande annonce

critique-dvd-les-opportunistesLes Opportunistes

De Paolo Virzì Avec Valeria Bruni Tedeschi, Fabrizio Bentivoglio et Valeria Golino

SORTIE EN DVD ET EN BLU-RAY LE 7 AVRIL 2015

Fiche technique Les Opportunistes (Il Capitale Umano)

Réalisé par Paolo Virzi en salles le 19 Novembre 2014.
Avec : Valeria Bruni Tedeschi, Fabrizio Bentivoglio, Valeria Golino, Fabrizio Gifuni, Luigi Lo Cascio, Giovanni Anzaldo, Matilde Gioli, Guglielmo Pinelli, Gigio Alberti, Bebo Storti, Vincent Nemeth
Scénario : Francesco Bruni, Francesco Piccolo, Paolo Virzì d’après Capital Humain de Stephen Amidon
Production : Fabrizio Donvito, Benedetto Habib, Marco Cohen
Photographie : Jérôme Alméras
Montage : Cecilia Zanuso
Costumes : Bettina Pontiggia
Décors : Mauro Radaelli
Musique : Carlo Virzì
Distribution : BAC Films
Durée : 1h49

Divergente 2 : L’insurrection, un film de Robert Schwentke : Critique

Convergence

Êtes-vous un vrai cinéphile ? Si c’est le cas vous n’êtes pas seulement quelqu’un qui aime le cinéma, non, ce serait trop facile. Vous aimez voir des films, mais surtout vous savez faire la différence entre un navet et un chef d’œuvre. Vous êtes capable reconnaître le talent d’un réalisateur à la manière dont celui-ci met en relation les images et les sons afin de faire naître chez le spectateur l’émotion ou la réflexion adéquate. Vous aimez être surpris, découvrir de nouvelles choses, mais aussi de temps en temps vous appréciez un blockbuster, un film à grand spectacle, avec de l’action et un peu de romance, car parfois ce n’est pas si désagréable. Ce n’est pas un chef d’œuvre, vous en êtes conscient et vous saurez trouver les arguments adéquats pour vous le prouver. Vos amis vous demande régulièrement des conseils, ou ce que vous avez pensé des dernières sorties en salle, et vous vous faites une joie de leur répondre. L’éclectisme est votre atout principal et vous essayez toujours d’en voir plus, afin d’affiner votre sens critique. Si cette description vous correspond, vous êtes un vrai cinéphile, ouvert et cultivé…et vous êtes victime de « l’effet Barnum ». Rien de grave, ça arrive à tout le monde. Il s’agit juste de la propension que possède une personne à accepter une description vague comme s’appliquant à elle-même en particulier. Ce qui vient d’être décrit pourrait finalement s’appliquer à n’importe qui, mais on aime se rassurer en se disant que l’on est particulier, que l’on sort de la masse, et surtout on aime que l’on nous le dise. C’est sur ce principe que fonctionne la publicité, les horoscopes et bien sur une bonne partie du cinéma contemporain, avec des personnages auxquels ont peut facilement s’identifier, car ils ne sont pas si différents de nous. Le problème avec la saga Divergente, c’est que rarement ce procédé, qui demande tout de même une certaine subtilité dans la rhétorique, n’avait semblé aussi évident.

Petit rappel des faits : dans le premier épisode on découvrait le personnage de Beatrice/Triss, vivant dans un monde post-apocalyptique divisé en 5 factions remplissant chacun une fonction précise (agriculture, justice, combat, gestion et science). Mais au moment de choisir son orientation, notre héroïne découvre avec stupeur que le test psychologique la désigne comme un divergente. Diantre…mais qu’est-ce donc ? Comme on nous l’explique, c’est une personne qui ne rentre dans aucune des cases susmentionnées, possédant des atouts de chacune des castes. Elle serait donc en danger car les dirigeants n’aiment pas vraiment ça, quand on ne rentre pas dans les cases. Et tout le film ne dépassait jamais vraiment ce postulat de base, se gardant bien d’expliquer ce qu’était véritablement une « divergence ». Une description vague qui rendrait possible l’identification au personnage, non pas en la présentant comme quelqu’un de supérieur à la moyenne, mais au contraire en diminuant les capacités de tout ceux qui l’entourent. Ce n’est pas elle qui détonne, ce sont les autres qui sont nuls, car obligés de se contenter de tâches prédéfinies par un test (assez mystérieux aussi). Ce monde qui tournerait autour de sa personne que l’on aime bien fantasmer occasionnellement, Divergente l’a créé. On devrait nous présenter une société qui se désintègre car trop formatée, mais tout tourne autour de Triss et sa « particularité », cette ado qui se rebelle contre le monde et le fera plier. On s’identifie au personnage et on voit défiler 2h de film qui nous répète comme un mantra que nous, spectateurs assis au milieux d’une masse grouillante, sommes particuliers, car nous non plus nous n’entrons pas dans des cases prédéfinies par des salauds de législateurs ! Le film ne développait pas véritablement le concept, se contentant ensuite de dérouler une intrigue de teen movie classique assez prude, à laquelle on appliquait un décor post-apocalyptique, quelques scènes d’action et de violences adolescentes pour coller à la tendance du moment.

La suite est a peu près dans le même ordre d’idée, continuant d’essayer de rendre crédible un univers qui n’a aucune logique interne. Pourquoi une technologie aussi développée et toujours ces décors crasseux et ces ruines à perte de vue ? Et comment la méchante peut-elle persuader tout le monde que le système de faction doit rester en place, tandis qu’elle est elle-même en train de le détruire ? Et à quoi sert la faction des audacieux si chaque faction semble avoir sa propre force de défense ? Beaucoup de questions qui mettent à mal la crédibilité de l’ensemble, mais qui ne semblent pas intéresser les scénaristes. Non, ce qu’il faut c’est que le public s’identifie à tout prix à leur héroïne. On verra donc Shaylene Woodley dans tous les plans du film : elle court, marche, saute, pleure, fait des rêves bizarres avec Naomie Watts…bien, c’est un être humain parfaitement fonctionnel, on peu donc s’identifier à elle. Pas besoin de développer sa psychologie et la rendre véritablement exceptionnelle, les autres personnages s’en chargent, répétant à qui veut l’entendre qu’elle est une divergente, donc spéciale…vous suivez ? D’ailleurs, elle ne fait pas grand chose dans le film, ce sont toujours les autres qui la tirent d’un mauvais pas (notamment le beau et musclé « Quatre »), mais bon, on nous dit qu’elle est importante donc soit (d’ailleurs les autres personnages sont extrêmement peu développés)… Pour continuer sur cette lancée, on remarquera que les adjectifs utilisés par les personnages sont toujours assez génériques, par exemple elle est décrite comme « mortelle »…mais encore ? Serait-il possible de préciser le propos au lieu de s’arrêter à cette affirmation gratuite ? Manifestement non.

Au-delà de ce postulat de base (la divergence), le reste du film ne raconte pas grands chose et utilise à outrance les effets numériques pour faire du remplissage. Le réalisateur semblant se rendre compte que ce qu’il proposait comme un teen movie d’action en manquait finalement cruellement, il décide donc de faire tout péter pendant les séquences de rêve ou de simulation. C’est un peu comme si Freud se retrouvait adapté au cinéma, revu et corrigé par Michael Bay et John Woo. Une maison en flamme s’envole, le décor explose sous les pas de Triss…ce n’est pas très beau à voir, assez abrutissant et surtout inutile dans l’intrigue. Tout ces effets de manche ne sont présent que pour détourner notre attention de la vacuité du scénario avant de nous surprendre par un twist final décevant, car en plus d’en remettre une couche sur cette histoire de divergence qui rend les gens spéciaux, il reprend quasiment à la réplique près celui du Labyrinthe (sorti quelques mois avant). Une fois de plus, Divergente est le dernier arrivé, celui qui ne semble que copier ses prédécesseurs pour ramasser les derniers morceaux d’une audience déjà acquise au genre, réussissant l’exploit de se faire griller la priorité par un nouveau-né. C’est tellement gros, que ça devient pathétique.

Synopsis: Alors que le désir de révolution commence à se faire sentir dans toutes les factions Tris, Quatre, Caleb, Peter et Marcus se réfugient chez les Fraternels. Ils devront chercher des alliés pour cette prochaine mission. Après avoir trouvé « la boîte », Jeanine est persuadée qu’elle contient des informations contre les Divergents. Mais il lui faut un Divergent compatible avec toutes les factions pour l’ouvrir. Les Érudits vont alors traquer tous les Divergents pour trouver celui qui correspondra . Entre amour, amitié, choix, haine et trahison Tris devra faire face à plusieurs épreuves toutes plus dures les unes que les autres.

Divergente 2 : l’insurrection – Bande Annonce

Fiche Technique : Divergente 2 : L’Insurrection

Titre québécois : La Série Divergence : Insurgés
Titre original : Insurgent
Réalisation : Robert Schwentke
Scénario : Brian Duffield et Akiva Goldsman, d’après Divergente 2 de Veronica Roth
Direction artistique : Alec Hammond
Décors : Alan Hook
Photographie : Florian Ballhaus
Production : Lucy Fisher, Pouya Shahbazian et Douglas Wick
Musique : Joseph Trapanese
Sociétés de production : Red Wagon Entertainment
Summit Entertainment
Sociétés de distribution : Summit Entertainment, SND
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur – 2,35:1 – son Dolby numérique
Genre : science-Fiction
Durée : 119 minutes
Dates de sortie1 :
Belgique, France : 18 mars 2015
États-Unis, Canada : 20 mars 2015