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San Andreas, un film de Brad Peyton : Critique

Erreur Cataclysmique

Depuis la renaissance des films catastrophes dans les années 90, ceux-ci sont réduits au cinéma qu’à de vulgaires nanars (Le Pic de Dante, Daylight, Armageddon et la majeure partie des films de Roland Emmerich). Souvent invraisemblables et à la gloire de la toute puissance des Etats-Unis ils véhiculent des morales pompeuses et dérangeantes par leurs visions presque candides de la mort et de la destruction à grande échelle. Ces films ont érigés une véritable colonie de clichés devenant même un cahier des charges que s’emploient à suivre à la lettre chaque nouveau film de catastrophes devenant par la sorte de véritables échecs artistiques ambulants. Honnêtement cela fait un moment qu’il n’y a pas eu de bons films de catastrophe, à se demander même si il y en a déjà eu. En tout cas San Andreas fait partie des films qui cumulent tous les poncifs du genre.

Déjà le scénario se montre incroyablement risible et prévisible car il n’est qu’un succession de clichés allant de la blonde un peu stupide qui lit ses sms au volant au riche mégalomane égoïste qui se révélera être une ordure en passant par la bonne famille américaine qui n’hésite pas à se précipiter dans le danger pour sauver son prochain. Honnêtement quand l’on voit qu’ils se sont mis à 6 pour nous pondre un scénario de cette envergure, on peut dire que c’est du génie… On comprend maintenant pourquoi ça va aussi mal à Hollywood. Car il n’y a absolument rien dans ce film, l’écriture des personnages  est de niveau maternelle avec l’habituel trauma familial qui torture le héros et le pousse à se surpasser, la famille recomposée avec la mère qui s’est marié avec un homme riche d’apparence sympathique mais qui se révélera être un salaud égoïste, la fille qui est intelligente, belle et « débrouillarde » et etc. Il y en a même qui sont totalement inutiles au récit et qui ne sont là que pour faire du remplissage comme le professeur qui étudie les séismes et son équipe. De plus la plupart des personnages sont stupides et prennent les pires décisions possibles, seul le héros du film aura un peu de jugeote et encore car quand on n’est pas capable de voir une immense crevasse à moins de 10 mètres sur une ligne droite on ferait mieux de retourner se coucher. Et n’oublions pas de dire aussi que le film est limite raciste car le premier (voir le seul) personnage d’importance qui meurt est asiatique et que lorsque les personnages ont besoin d’appareil électroniques ils vont dans le quartier chinois, niveau stéréotypes insultants le film atteint des sommets.

Dans tout cela on a les acteurs qui surnagent tant bien que mal pour essayer de se montrer convaincant même cela ne fonctionne que rarement. Dwayne Johnson prend trop son rôle au sérieux et en fait donc beaucoup trop, étant constamment à coté de la plaque renforçant le côté nanardesque du film. D’ailleurs ils sont tous plus où moins dans le surjeu notamment Paul Giamatti même si il en ressort une certaine grâce, il s’amuse comme un petit fou et arrive à nous prendre au jeu. Sinon les autres relativement insignifiants à l’image du caméo de Kylie Minogue mais il faut reconnaître qu’Alexandra Daddario s’en sort plutôt bien, elle se montre souvent très juste et elle est sans conteste l’atout charme du film. Elle justifie à elle seule le déplacement.

Il n’y a plus grand-chose d’autre à dire sur le film. D’un point de vue technique les effets spéciaux sont tantôt réussis tantôt très laids, le montage est relativement correct assurant un rythme soutenu et la musique se montre pompeuse et agaçante. Sinon la mise en scène de Brad Peyton est à l’image du reste, c’est-à-dire mauvaise. Que ce soit dans la manière de présenter ses personnages de façon caricaturale (l’introduction du film atteint des sommets de ridicule), l’enchaînement des catastrophes et les moments émotions, le réalisateur en fait toujours trop, se contentant juste de singer le travail déjà bancal d’un certain Roland Emmerich. Seul un plan séquence se montre plutôt bien foutu par sa maîtrise chirurgicale et sa durée.

San Andreas est donc un très mauvais film et il n’y a pas besoin de tergiverser trop longtemps sur lui. Le film fait même office de cas d’école dans tout ce qu’il ne faut pas faire au cinéma, ici rien ne fonctionne que ce soit sur le spectacle ou l’émotion. On est face à un produit fade et incroyablement plat qui en plus se prend terriblement au sérieux et ne mérite d’être vu qu’avec une bande de potes près à relever toutes les imbécillités du film (et il y en a beaucoup) et se marrer un bon coup. Un nanar à l’état pur.

Synopsis : Lorsque la tristement célèbre Faille de San Andreas finit par s’ouvrir, et par provoquer un séisme de magnitude 9 en Californie, un pilote d’hélicoptère de secours en montagne et la femme dont il s’est séparé quittent Los Angeles pour San Francisco dans l’espoir de sauver leur fille unique. Alors qu’ils s’engagent dans ce dangereux périple vers le nord de l’État, pensant que le pire est bientôt derrière eux, ils ne tardent pas à comprendre que la réalité est bien plus effroyable encore…

San Andreas – Bande Annonce Officielle 3 (VOST) – Dwayne Johnson / Alexandra Daddario

San Andreas : Fiche technique

Réalisateur : Peyton Brad
Acteurs : Dwayne  Johnson, Carla Gugino, Alexandra Daddario
Genre : Catastrophe
Date de sortie : 27 mai 2015
Durée : 1h54mn
Titre original : San Andreas

Plus fort que les bombes : le drame norvégien arrive aux U.S.A.

Plus fort que les bombes : une diffusion aux U.S.A. pour le drame familial norvégien présenté à Cannes.

Synopsis : Trois ans après le décès de son épouse, la célèbre photographe Isabelle Reed (Isabelle Huppert), Gene (Gabriel Byrne) parvient tant bien que mal à vivre sa vie auprès de son fils Conrad (Devin Druid), un adolescent introverti. Une exposition des photos d’Isabelle conduit le fils aîné, Jonah (Jesse Eisenberg), à revenir à la maison familiale et à vivre de nouveau avec son père et son frère – ce qui n’était pas arrivé depuis un long moment.

New-York, le 26 mai 2015, la compagnie The Orchad vient d’annoncer l’acquisition des droits de l’exploitation Nord-américaine du drame familial de Joachim Trier : Plus fort que les bombes (Louder than bombs). Avec Plus fort que les bombes, Le réalisateur norvégien de Reprise et d’Oslo, 31 août a poursuivi son ascension jusqu’à la sélection officielle du festival de Cannes.

Le film porte à l’écran Gabriel Byrne (Vikings, Miller’s Crossing, Usual suspects), Jesse Eisenberg (Bienvenue à Zombieland 1 et 2, The Social Network, Insaisissables) et l’actrice française Isabelle Huppert (The Disappearance of Eleanor Rigby, La Religieuse). Le casting est complété par Amy Ryan (Birdman, Evasion, Gone Baby Gone), David Strathairn (Godzilla, Alphas, Good Night and Good Luck) et le jeune Devin Druid. Plus fort que les bombes a été coécrit par Eskil Vogt, le scénariste et réalisateur de Blind, Un rêve éveillé et qui avait déjà collaboré sur Oslo, 31 août.

Au-delà de l’affection et des frictions qui rythme la vie de cette famille en reconstruction, le film montre les réactions de chacun face à cette perte brutale. Aux mêmes instants, les trois protagonistes réagissent différemment aux souvenirs de cette épouse et mère. Plus fort que les bombes observe ces trois hommes qui cherchent un moyen de revivre ensemble et de se réconcilier malgré la perte de cette femme exceptionnelle qui a profondément influencé leur vie. Les disputes, amenées avec un humour surprenant, informent le spectateur sur le parcours des trois personnages et les actes significatifs qui ont changé leur famille pour toujours.

Le site américain Indiewire décrit le film comme « un conte intelligent et mesuré imprégné et complété par les performances de tous [les acteurs]. » tandis que The Village Voice écrit que « Trier a créé une dimension jamais vue jusque là. » Le réalisateur norvégien, Joachim Trier, explique à son tour : « Je suis excité de travailler avec une compagnie aussi innovatrice et visionnaire que The Orchad qui va accompagner notre film auprès des audiences Nord-américaines. Nous avons tourné le film aux U.S.A. donc c’est particulièrement significatif d’avoir trouvé ce célèbre partenaire pour notre diffusion. »

« Plus fort que les bombes est calme, sensible, filmé à la perfection, bonifié par la performance d’un casting prestigieux », ajoute Paul Davidson, vice-président à The Orchads. « Nous sommes absolument motivés par cette histoire non conventionnelle et spirituelle, dont nous allons développer l’audience. »

Plus fort que les bombes est produit par Motlys et Memento film. Du côté américain, se joignent les producteurs Joshua Astrachan de Animal Kingdom, Marc Turtletaub (réalisateur de Safety not Guaranteed) de Beachside et Albert Berger (Nebraska, Retour à Cold Mountain) et Ron Yerxa (Charlie Countryman) de Bona Fide.

PLUS FORT QUE LES BOMBES Extrait du Film # 2 (Cannes 2015)

https://www.youtube.com/watch?v=ziK_EVM3WTg

Mia Madre, un film de Nanni Moretti : critique

Nanni Moretti était de retour à Cannes cette année en compétition officielle avec Mia Madre et ce, quatre ans après Habemus Papam. Le réalisateur mêle ici deux thèmes qui lui sont chers : le cinéma et le deuil, tout cela entremêlé entre fiction et réalité, entre humour et drame.

Synopsis : Margherita est une réalisatrice en plein tournage d’un film dont le rôle principal est tenu par un célèbre acteur américain. À ses questionnements d’artiste engagée, se mêlent des angoisses d’ordre privé : sa mère est à l’hôpital, sa fille en pleine crise d’adolescence. Et son frère, quant à lui, se montre comme toujours irréprochable… Margherita parviendra-t-elle à se sentir à la hauteur, dans son travail comme dans sa famille ?

Tout sur ma mère 

Un film émouvant récompensé par le prix du jury œcuménique au 68e festival de Cannes. Ce prix, très solennel, a notamment souligné la dimension émotionnelle de l’oeuvre du maître italien, distingué à Cannes d’une palme d’or pour son drame familial La Chambre du fils (2001). Mia Madre a ainsi été reconnu « pour sa maîtrise et son exploration fine et élégante, imprégnée d’humour, de thèmes essentiels dont les différents deuils auxquels la vie nous confronte », a déclaré le jury œcuménique. L’oeuvre est en effet d’une grande sensibilité et d’une belle justesse émotionnelle dans les liens qui unissent une vieille femme au seuil de sa vie et deux générations de femmes, Margherita, personnage central, et sa jeune fille à laquelle la grand-mère transmet tout un héritage intellectuel (elle l’aide à apprendre le latin et peu à peu le goût de la jeune fille pour cette « langue morte » s’affine). Pourtant, à côté de ça, Nanni Moretti, qui se met en scène dans son personnage éponyme, Giovanni, parle aussi de son propre deuil, puisque le réalisateur a perdu récemment sa propre mère. Mais il parle aussi de cinéma et des acteurs, avec le même humour cinglant que dans ses films les plus politiques.

Un portrait croisé de femme et de cinéaste 

En fait, plus qu’avec son propre rôle de frère, Nanni Moretti se met en scène à travers un alter-ego féminin, celui d’une réalisatrice en plein bilan, Margherita, incarnée d’ailleurs par l’actrice Margherita Buy. L’autofiction est une des clef majeur de l’oeuvre de Moretti, qui avec des films comme Journal intime, se pose comme l’un des premiers réalisateurs à avoir porté ce genre très personnel du côté du cinéma. Un genre qui se révèle aussi hautement universel dans le cas de Moretti. En quoi ce personnage féminin lui ressemble-t-il vraiment ? C’est un être souvent en proie au doute, qui râle doucement, empoigne un tournage de manière quasi obsessionnelle. Quand Nanni Moretti fait dire en substance à Margherita (face à des acteurs incrédules) « tu dois jouer ton personnage avec conviction, mais tout en étant à côté, comme un acteur qui joue un personnage », il y a quelque chose d’un plaidoyer, d’une note d’intention. Etre à la fois dans la fiction et dans la destruction de celle-ci « regardez, je suis en train de faire un film, je joue dedans, je suis moi sans être moi », voilà ce que semble dire Moretti à chaque instant. Mais surtout Mia Madre a été écrit dans « l’urgence » de figer la perte de sa mère par un réalisateur épris d’art, du besoin de mettre en scène l’intime. Le film qu’elle est en train de faire parle d’ouvriers en révolte contre des licenciements, à fortiori le film de Moretti parle d’engagement, de désengagement et de la confrontation entre une vie privée devenue chaotique et un travail traversé par une tornade.

Oscillant entre des visites à l’hôpital, pour voir sa mère, et ses journées de tournage, la vie de Margherita ne s’arrête plus et ses angoisses envahissent de plus en plus la vie de la réalisatrice et déséquilibre la vie de ceux qui l’entourent. Elle veut prendre tout l’espace, mais est pourtant confronter à des douleurs, des personnages hauts en couleurs et un frère quasi irréprochable, très discret, incarné par un très sobre Nanni Moretti. Le rôle fort, le rôle le plus « dérangeant », elle varie de la douceur à l’exaspération, c’est donc cette femme qui le tient. Presque noyée jusqu’au cou, son appartement subit un dégât des eaux, Margherita formule des demandes de plus en plus improbables, s’acharne. Cela donne lieu à des scènes délicieuses, comme celle d’un tournage d’une séquence interminable au volant d’une voiture. John Turturo apporte ainsi une dimension burlesque au film, en incarnant un comédien américain qui ne sait pas retenir une seule ligne de texte. Il emmène souvent Margherita au bord de la crise de nerfs.

Une oeuvre simple et sensible, non dénuée d’humour

Le film est aussi une déambulation presque en rêve dans les rues, celle de la mère ou encore celle de Margherita qui s’extirpe d’un cinéma (où est projeté Les ailes du désir de Wenders) pour rencontrer dans une interminable file des visages connus qui la confronte à elle-même par leurs discours. Le film est un véritable torrent d’émotions tant il fait de l’appartement de la mère, formidablement incarnée, un lieu de mémoire, de consécration de la culture, un lieu où toute une vie défile en quelques plans aériens. On y sent toute la puissance d’un lieu chargé d’Histoire(s). Cherchant à atteindre dans cette partie intime du film, une pureté du sentiment, comme celle qu’il avait déjà trouvé dans La Chambre du fils, Moretti parvient à rendre ce drame du deuil et de la fin de vie totalement universel. S’il se met en scène à travers cette histoire, il a aussi choisi d’être lui-même en retrait dans le film. C’est une merveilleuse idée puisqu’à travers cela il est parvenu à mettre sur le devant de la scène deux magnifiques actrices, à écrire deux superbes portraits de femmes. Ce qu’il raconte ici est personnel, bien entendu, mais est traité sans volonté de se mettre en lumière, mais plutôt de parler de la disparition, de l’oubli et de la persistance d’un être dans les vies de ses proches. Les souvenirs sont une pierre angulaire, la fois en l’avenir un trait d’horizon, ils cimentent le film, qui n’oublie jamais d’être drôle et traite de tous les thèmes cités sans fausse note. Nanni Moretti est un véritable funambule de l’autofiction, quelque chose d’un homme modeste qui fait naître les larmes avec la simplicité d’un regard sur la vie qui s’en va et sur celle qui continue, aussi absurde et déboussolée soit-elle.

Mia MadreBande-annonce 

Fiche technique – Mia Madre

Réalisation : Nanni Moretti
Scénario : Nanni Moretti, Francesco Piccolo, Valia Santella
Interprètes : Margherita Buy, Nanni Moretti, John Turturro, Beatrice Mancini
Date de sortie : 23 décembre 2015
Distributeur : Le Pacte

Les Cowboys, un film de Thomas Bidegain : critique

Avec Les Cowboys, présenté à la Quinzaine des réalisateurs cette année à Cannes, Thomas Bidegain passe pour la première fois à la réalisation

Synopsis : Une grande prairie, un rassemblement country western quelque part dans l’est de la France. Alain danse avec Kelly, sa fille de 16 ans. Mais ce jour là Kelly disparaît. La vie de la famille s’effondre. Alain n’aura alors de cesse que de chercher sa fille, au prix de l’amour des siens et de tout ce qu’il possédait. Le voilà projeté dans un monde en plein bouleversement où son seul soutien sera désormais Kid, son fils, qui lui a sacrifié sa jeunesse.

Ce scénariste, célèbre pour sa collaboration avec Jacques Audiard pour des films comme Un Prophète ou Dheepan (palme d’or à Cannes en 2015), planchait depuis bientôt quatre ans sur Les Cowboys, et c’est tout naturellement son envie de travailler avec des acteurs (François Damiens et John C. Reilly entre autres) qui l’a poussé derrière la caméra. Ce tout premier film est une fresque de grande ampleur, l’histoire se déroulant sur une période entre 1994 et 2012, mais aussi un tableau ambitieux : celui d’une famille tout autant qu’un voyage à travers le monde à la poursuite d’une jeune fille convertie à l’islam radical par amour. Sans verser dans le discours anti-fanatique, ni prétendre faire une histoire du Djihad, Bidegain tente de comprendre comment l’histoire de notre 21e siècle et des grandes crises terroristes qui l’ont traversé a pu impacter une famille à l’échelle de la perte d’un être cher. Pas toujours réussi dans son côté intime, le film a pourtant le talent de déplacer des montagnes et de donner à voir une vie entière, sur trois générations, avec beaucoup de force.

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé »

Dans un premier temps, Thomas Bidegain évalue et filme les conséquences d’une disparition sur une famille et plus largement une communauté country comme celle qui ouvre le film et dont les proches de Kelly font partie. C’est donc dans l’intimité qu’il regarde les êtres se demander où est Kelly, commencer à envisager de vivre sans elle. Or, ça n’est pas toujours possible pour cette communauté de Cowboys du dimanche de vivre face au monde, comme ça n’est pas toujours possible pour un père d’accepter de vivre dans sa fille. Le réalisateur confiait ainsi aux spectateurs de la Quinzaine : « C’est absolument une histoire de famille et comment le départ de Kelly les affecte ainsi que la communauté. On a deux solutions, soit s’adapter comme le fils ou ne pas pouvoir s’adapter comme le père. » (retrouvez l’intégralité de la rencontre ici). Non seulement Alain ne s’adapte pas vraiment aux autres, au monde qui l’entoure, mais il ne supporte pas de laisser sa fille partir, même quand il reçoit sa lettre de départ, expliquant ses convictions nouvelles et radicales. Ce choix de se glisser dans l’intimité de la famille, de mener l’enquête auprès d’un père qui se rend à un rendez-vous comme un cowboy irait parler avec un Indien en fait d’abord un grand drame familial, avec des dialogues parfois un peu faux, mais une certaine justesse qui domine dans les situations (séparation, relation père-fils, scènes au sein de la communauté). Ici, la mère semble plus éloignée de « l’instinct maternel » qu’on prête le plus souvent aux femmes (à tort ou à raison, la récente série Disparue jouait, quant à elle, très bien le juste milieu entre les deux parents), elle se détache de la recherche, sachant sa fille perdue, presque froidement, elle éloigne son souvenir. La sensibilité est clairement du côté de François Damiens qui incarne, pour la troisième fois à l’écran, un père qui cherche sa fille (après Suzanne et Gare du Nord).

Pourtant, Thomas Bidegain ne propose pas un simple film familial, mais bien un western version 21e siècle, soit un film qui montre deux personnages persuadés d’être plus ou moins des Cowboys et qui pensent partir à la conquête d’un monde peuplé d’Indiens. Leur quête pour la justice se heurte alors à des lois nouvelles, à des consciences parfois butées et à des croyances à l’impact encore insoupçonné. Ce film est en effet marqué par une rupture essentielle : le 11 septembre 2001. Dans les grands plans larges que propose Bidegain, qui balayent souvent les paysages, on retrouve l’esthétique de la confrontation entre deux peuples, représenté par deux figures de mâles adultes. Ici, il faut des transactions pour communiquer et des traducteurs pour se comprendre. On fume le calumet de la paix, se déplace parfois à cheval. Et Kelly fait figure de prisonnière du désert, mais un désert moderne. Si c’est dans le vrai désert que Alain et son fils Kid vont chercher Kelly, c’est aussi dans les flashs de la radio ou de la télévision qu’ils croient percevoir sa présence (quand on y annonce les attentats du 11/09 ou ceux de Londres).

« Ce n’est pas tant l’histoire d’un père qui cherche sa fille que celle d’un fils qui cherche son père »

C’est en ces termes que François Damiens, qui incarne le père du film, résumait l’enjeu des Cowboys. Car en effet, quand Kelly disparaît, Kid, le deuxième enfant de la famille, est encore très jeune. Il voit sa sœur disparaître, dont il ne garde qu’un souvenir qui vient hanter le film en son cœur, mais aussi son père s’éloigner. Pour ne pas le perdre, il va le suivre dans sa folie, dans ses recherches effrénées, dans sa quête impossible. C’est lui qui tiendra encore longtemps le flambeau par la suite, ne pouvant plus « rentrer chez lui » car persuadé de ne plus avoir d’autre maison que là-bas, à la recherche d’une Kelly disparue pour toujours puisque cette dernière a changé de nom, de mode de vie. Il trouvera d’ailleurs sa propre « prisonnière du désert », sa raison de rentrer, de se poser, de recommencer enfin sa vie. Son « kid » à lui ne sera pas déraciné, mais bercé par une double (voire triple si on compte le country) culture. Le jeune Finnegan Oldfield (déjà très brut et alerte dans Geronimo) joue de son visage et de sa détermination dans ce rôle en équilibre, incarnant un jeune homme en quête d’un père puis de lui-même. Brûlé par le soleil ou apaisé par une femme, il se construit sans terre d’accueil identifiable, mais avec la terre entière comme point d’ancrage.

Un premier film convaincant

Le film de Thomas Bidegain est d’une richesse infinie, il traverse une époque révolue, celle des prémisses de notre monde depuis 2012 (année de la « capture » de Ben Laden). Dans cet ancien monde qu’il filme, tout s’est comme scindé en deux, entre ceux qui croient dur comme fer à leurs convictions, s’opposant à notre mode de vie occidental et ceux pour lesquels une violence comme une peur nouvelles se sont déployées. Nous n’avions pas pris conscience de l’ampleur d’un phénomène que Bidegain observe avec de grands angles, mais à l’échelle toute petite d’une famille décomposée où l’adaptation à un monde nouveau, aussi vaste que complexe, devient l’enjeu majeur. On ne boudera pas non plus le plaisir de retrouver John C. Reilly dans le rôle de l’américain, un intermédiaire précieux pour le jeune Kid. Le film, découpé en chapitres qui sont autant de prénoms, est servi par un montage efficace, une écriture fine et intelligente, qui nous donne la dimension du temps qui passe et des pas de géants que l’homme fait chaque décennie dans sa conquête du monde, sans pour autant l’avoir encore apprivoisé. Mais il a l’arrogance de le croire, voilà bien tout le problème et tout ce que ce film sensible parvient à analyser avec brio.

Bande annonce : Les Cowboys

Fiche technique – Les Cowboys

France
Genre : Drame
Durée : 105min
Sortie en salles le 25 novembre 2015

Réalisation : Thomas Bidegain
Scénario : Thomas Bidegain et Noé Debré
Interprètes : François Damiens (Alain), Finnegan Oldfield (Kid), John C.Reilly (L’américain) …
Photographie : Arnaud Potier
Montage : Géraldine Mangenot
Décors : Thierry Rouxel – François Emmanuelli
Musique : Raphaël Haroche
Production : Les Productions du Trésor
Producteur : Alain Attal
Distributeur : Pathé Distribution
Budget : /
Festivals : Nommé à la Caméra d’Or du Festival de Cannes 2015, Prix Michel d’Ornano au Festival du Cinéma Américain de Deauville 2015

L’année prochaine, un film de Vania Leturcq : Critique

The end of innocence

La présence de Kévin Azaïs au générique de « l’année prochaine » et la dynamique de l’affiche font forcément penser aux « Combattants » de Thomas Cailley. Sauf que la rage semblait émaner des 2 combattants de l’affiche du film de ce dernier,  2 combattants que sont Kevin Azaïs donc, mais surtout Adèle Haenel qui a reçu un césar pour ce rôle, tandis qu’une certaine douceur dessine les contours des deux jeunes filles de l’affiche du film de la belge Vania Leturcq. Cette impression de déjà-vu disparaît heureusement très vite dès les premières minutes de ce nouveau métrage.

Clotilde et Aude sont de jeunes filles modernes, en toute fin de Terminale, belles, fraîches et expérimentant une relation d’amitié fusionnelle. Vivant une vie provinciale dont l’horizon est borné par la sempiternelle rivière qui coule paisiblement, l’une veut s’en contenter tandis que l’autre a les yeux déjà rivés ailleurs.

A 30 ans, la belge Vania Leturcq réalise son premier long métrage. Construit sur le principe de séquences séparées par des ellipses temporelles plus ou moins longues, le film met en exergue des moments forts ou plus simples de la vie de Clotilde, une jeune femme délicate mais déterminée, et de son amie Aude, plus insouciante, plus flamboyante aussi, ainsi que de leur relation tumultueuse aux allures d’histoire d’amour.

La réalisatrice capte très bien le parfum de jeunesse qui constitue l’environnement de ses protagonistes. Ce temps exact où elles naviguent entre l’insouciance de la quasi-enfance, et la gravité des grande décisions, ce moment avant lequel les deux jeunes filles trouvent leur bonheur dans une bataille à la crème au chocolat, et après lequel elles découvrent l’échec ou encore l’humiliation. Vania Leturcq arrive également à bien retranscrire cet  ennui diffus des journées de petite ville passées à ne rien faire, avec cette effrayante certitude du côté immuable des choses.

Il est dommage en revanche que l’arrière-plan familial soit traité plus négligemment. Ainsi, par exemple, le rôle de Bertrand, le père de Clotilde, interprété par l’excellent Frédéric Pierrot, est presque inexistant, donnant même une vague impression de gâchis dans l’utilisation de cet acteur exigeant et chevronné. Ce personnage apparaît pourtant comme une possible clef permettant de comprendre les choix de vie de sa fille Clotilde… De même, on est frustré par le personnage de la mère d’Aude qui plonge dans une neurasthénie suffisamment visible à l’écran pour que cela nécessite une explication qui ne viendra pourtant jamais.

La jeune Jenna Thiam qui joue le rôle d’Aude hérite de la partie peut-être la plus évidente, un personnage pragmatique, presque content de son sort, ne montrant aucune velléité  particulière. Son rêve est simple : un travail dans le sillage du garçon qu’elle aime, peut-être un toit, un bébé, toutes choses que sa mère malheureuse l’enjoint pourtant à fuir. Un rêve que les circonstances ont éloigné pour lui donner à la place un destin dont elle ne sait que faire…

Constance Rousseau, elle, doit forcer sa nature délicate pour figurer Clotilde, une personne dure, ambitieuse, voire calculatrice. Elle est la petite faiblesse du film, car elle ne donne pas la consistance nécessaire à ce rôle qui aurait dû être joué de manière plus intense, ce rôle d’une jeune femme autoritaire qui va jusqu’à s’introduire chez son amie pour y dérober des dessins qu’elle envoie à son insu dans des écoles parisiennes. Mais l’idée de la réalisatrice est peut-être d’apporter cette ambigüité, de suggérer que la plus fragile des deux n’est pas celle que l’on croit…

Quant aux personnages masculins, Kevin Azaïs reprend presque son rôle dans le film « les combattants », un faux dur un peu au ras de la terre, mais qui s’avère être un homme sur qui compter, un personnage qu’il commence à bien maîtriser au travers d’un jeu où il se met en retrait tout en dégageant une présence assez magnétique. Quant à Julien Boisselier qu’on  retrouve avec plaisir après une certaine absence du grand écran, il joue le rôle d’un homme dans la force de l’âge, forcément un peu moins romantique que ceux de son répertoire habituel, un homme un peu plus cynique, qui sait profiter gentiment d’une situation favorable. Julien Boisselier vient compléter un trio d’acteurs masculins tout à fait plaisant à suivre dans un film au fond très féminin.

Enfin, Vania Leturcq a eu l’heureuse initiative de confier la musique à son compatriote Manuel Roland qui a su imprimer une vraie ambiance à son film. Une musique jeune comme les protagonistes, qui accompagne parfaitement leur état d’âme : pop-rock, électro, mais aussi des chansons douces, qu’elles soient en boîte de nuit, au travail ou seules avec elles-mêmes…Une « belgian touch » qui apporte une vraie valeur ajoutée au film.

La mise en scène de Vania Leturcq est encore hésitante, mais prometteuse. Le casting de premier choix est presque un sans faute, malgré quelques lacunes du scénario qui empêchent un plein épanouissement de tous les personnages. La gestion des sauts dans le temps n’est pas très heureuse, apportant quelques problèmes de rythme au film, mais dans l’ensemble, « L’année prochaine » est un film sensible et agréable à voir sur la fin de l’innocence, un sujet toujours intrigant…

Synopsis : Clotilde et Aude ont 18 ans et sont meilleures amies depuis toujours. Leur relation est forte et fusionnelle comme peuvent l’être les amitiés adolescentes. Elle doivent décider ce qu’elles feront l’année prochaine, après le bac. Clotilde choisit de quitter leur petit village pour aller faire ses études à Paris et entraine Aude avec elle. Mais les deux amies vivront différemment leur nouvelle vie….

L’année prochaine: bande annonce

L’année prochaine: Fiche Technique

Titre original : L’année prochaine
Date de sortie : 24 Juin 2015
Réalisateur : Vania Leturcq
Genre : Comédie dramatique
Année : 2014
Durée : 105 min.
Interprétation : Constance Rousseau (Clotilde), Jenna Thiam (Aude), Julien Boisselier (Sébastien), Kévin Azaïs (Stéphane), Anne Coesens (Ariane), Frédéric Pierrot (Bertrand), Aylin Yay (Mme Feirrara)
Scénario : Vania Leturcq, Christophe Morand
Musique : Manuel Roland
Photographie : Virginie Surdej
Montage : Pierre-Yves Jouette
Nationalité : Belgique, France
Producteur : Fabrice Préel-Cléach, Anthony Rey
Maisons de production : Helicotronc, Offshore
Distribution (France) : Chrysalis distribution

Mon Roi, un film de Maïwenn : critique

Cinq ans après le succès de Polisse qui avait reçu le prix du Jury sous la présidence de De Niro au festival de Cannes 2011, Maïwenn revient cette année avec une histoire d’amour possessive, plus mature et plus personnelle encore.

Tony (Emmanuel Bercot), récemment divorcée, doit se réadapter à tous les niveaux après un sérieux accident de ski qui lui a brisé le ligament du genou (ce qui vaudra le jeu de mots : je-nous). Pendant sa période de convalescence, elle se remémore comment sa relation amoureuse et passionnelle avec son ex, Georgio (Vincent Cassel), a chamboulé sa vie de fille « normale ».
Une histoire de rencontre amoureuse digne d’un conte de fée, mais aussi une passion paradoxale et destructrice pour ce pervers narcissique.

Rien ne sert de courir (titre d’origine avant Mon Roi)

La mise en scène de leur rencontre est convaincante et touchante, même hilarante. Pourtant il est difficile de ne pas rendre les histoires d’amour trop niaises ou trop clichées. Ici, Georgio la prévient dès le début qu’il est « Le roi des connards ». Un charme dangereux émane de cet homme séduisant. Impudent et capricieux, il obtient tel un Prince toutes les filles qu’il veut. Et Marie-Antoinette, fille insécure, ne comprend pas son intérêt pour elle, mais se livre à lui corps et âme, sans condition.

Il était une fois … la réalité

Le récit est parfois troublant par ses flashbacks déliés. On revient à la fois sur l’évolution de leur relation mais aussi sur la destruction de l’âme à travers les maux du corps. On retrouve la même image que dans De rouille et d’os.  Dans Tony, il y a cette femme qui tente de se réadapter à la vie dans la douleur et la persévérance. Elle a souffert depuis si longtemps que la douleur est devenue sa drogue et sa manière de se sentir en vie. Comment vivre après la cicatrisation ? C’est le sujet qu’aborde le film.

Et après ? Le conte de fée qui tourne au cauchemar. La réalité rattrape les beaux rêves de Tony et Georgio. Les promesses n’étaient que mensonges et les dettes s’accumulent.
Le combat de Tony entre rêve et réalité reste le point central du film. Elle se révèle et s’illumine dans la folie d’une femme abandonnée et fragilisée émotionnellement. C’est aussi ce qui aura valu son prix d’interprétation féminine à Emmanuel Bercot.

Vincent Cassel, Roi de cœur

Quant à Vincent Cassel, il interprète avec brio ce « salaud » dont on tombe sous le charme malgré nous. Jusqu’à la fin, on croit à l’innocence de ce personnage qui n’est rien d’autre qu’un homme égoïste, insouciant et poussé par la folie des grandeurs. Son réel défaut est que, contrairement à Tony, il n’évolue pas et ne s’adapte pas aux autres. Le couple Bercot-Cassel reste explosif et merveilleux. A ses cotées, Louis Garrel impressionne de plus en plus pour ses choix de personnages. Dans Mon Roi, il joue un beau-frère protecteur et conciliant que l’on rêve d’avoir.

Film d’amour doux et amer

Malgré l’élévation durant le film du personnage de Tony, la fin reste décevante. Comme inachevée, ouverte et laissée à l’interprétation du spectateur. Pour un personnage aussi fort que Tony, la résolution aurait davantage mérité une apothéose qu’un retour à la normale des choses. Dans Mon Roi, les dialogues francs, et la mise en scène naturelle peuvent parfois ralentir le rythme, mais c’est aussi cette approche qui nous touche.

Aussi dur et bouleversant que PolisseMon Roi est une œuvre plus achevée et centrée sur ces deux personnages. Comment Tony est désarticulée pour passer d’une fille normale,  épouse passive et détruite à une femme forte et indépendante.
Alors, est-ce que cette histoire très personnelle pour Maiwenn ne révélerait pas un pan de sa propre vie?  Peu importe qui est la Reine, le conte est convaincant et blesse tout autant.

Synopsis : Tony est admise dans un centre de rééducation après une grave chute de ski. Dépendante du personnel médical et des antidouleurs, elle prend le temps de se remémorer l’histoire tumultueuse qu’elle a vécue avec Georgio. Pourquoi se sont-ils aimés ? Qui est réellement l’homme qu’elle a adoré? Comment a-t-elle pu se soumettre à cette passion étouffante et destructrice ? Pour Tony c’est une difficile reconstruction qui commence désormais, un travail corporel qui lui permettra peut-être de définitivement se libérer…

Mon Roi : Extrait du film de Maïwenn

Mon Roi : Fiche Technique

Mon Roi de Maïwenn en salles le 21 octobre 2015.
Avec : Vincent Cassel, Emmanuelle Bercot, Louis Garrel, Isild Le Besco, Marie Guillard, Norman Thavaud, Ludovic Berthillot…
Scénario : Etienne Comar et Maiwenn
Production : Alain Attal, Xavier Amblard
Photographie : Claire Mathon
Décors : Dan Weil
Montage : Simon Jacquet
Musique : Stephen Warbeck
Distribution : StudioCanal
Durée : 2h10

Être, un film de Fara Sene : Critique

Une chronique sociale éclatée mais pas éclatante
Après plusieurs courts-métrages remarqués en festival, l’ancien basketteur Fara Sene a réussi à trouver les financements pour réaliser son premier long-métrage. Assumant de prendre pour modèles les films d’Alejandro González Iñárritu (Amours Chiennes, 21 Grammes, Babel) et Collision de Paul Haggis, le jeune réalisateur a signé un film choral réunissant une dizaine de personnages qui, comme le veulent les codes du genre, vont se croiser et affronter leur destin. Cette trajectoire toute tracée par ce type de narration ultra-balisée est sans nul doute ce qui a rapidement mis fin à la mode lancée par les chefs d’œuvre susnommés il y a dix ans. Car, oui, le processus n’est plus du tout attractif : Qui a fait attention à 360, un film choral qui réunissait pas moins que Jude Law, Anthony Hopkins et Jamel Debbouze ou encore à Puzzle, le dernier Paul Haggis avec Liam Neeson? Avec des profils aussi stéréotypés que le flic au bord de la dépression, les jeunes désireux de fuir leur quotidien ou encore l’arabe tout droit sorti de prison, et une construction explosée qui empêche à chacun d’être approfondi, on ne s’étonne que Sene, désireux d’étendre son discours à une large fourchette de personnages, nous servent une chronique sociale dans laquelle il devient difficile de se reconnaître.

Un téléfilm amateur et déprimant
En dehors de Bruno Solo dans la peau du policier, l’ensemble du casting est composé d’acteurs non-professionnels. Et il en va de même pour l’équipe technique. Sous la houlette d’un metteur en scène sans réelle expérience, le résultat ne pouvait –à moins de faire face à un génie– avoir que les allures d’un film amateur. Et en effet, même si le montage alterné s’avère par moment ingénieux, avec son esthétique visuel de téléfilm de fin de soirée et son mixage sonore qui rend chaque haussement de voix inaudible, on ne peut que constater qu’Être est loin de la qualité technique d’une œuvre de cinéma. Si certains acteurs (Sophie Leboutte et Karina Testa essentiellement) sont convaincants, la plupart des jeunes comédiens ne tiennent pas la route, ce qui participe à rendre difficile l’empathie envers leurs personnages. Le parcours de chaque personnage, réduit sur 24 heures, passe par des moments aussi émouvants que prévisibles. Mais, si la fin de leur journée n’est pas forcément celle que l’on ne s’était pas empêcher de prédire, c’est parce que la morale qu’a mis Sene dans son scénario est, à l’inverse de la caractérisation des personnages, aux antipodes du genre. Là où tout long-métrage classique aurait défendu l’émancipation de ses jeunes héros et le volontarisme de leurs ainés à fuir leur routine, Être prône au contraire, à travers une succession de soi-disant happy-end parfois improbables, les valeurs familiales et le repli sur soi, ce qui au final se révèle plus triste qu’une réelle tragédie s’assumant comme telle.

Coup d’essai sans prétention, Être accumule les défauts en se construisant sur un mécanisme narratif dont on n’attend plus rien, en se basant sur un amas de clichés, en faisant confiance à une équipe artistique et technique maladroite et en distillant un message discutable. Espérons pour Fara Sene que, s’il retente l’expérience du long-métrage, il saura s’entourer de vrais professionnels et travaillera sur un scénario plus élaboré.

Synopsis : Une journée à Paris. François, est un policier aigri qui ne supporte pas plus ni son travail ni sa vie conjugale. Mohammed est un jeune repris de justice devenu garagiste et rêvant quitter sa cité. Ester est une fille vit mal son statut de fille adoptée. Christian veut abandonner son village et la boulangerie familiale dans laquelle il travaille. Une SDF erre dans les rues parisiennes. Leurs destins vont se croiser.

Être : Bande annonce

Être : Fiche Technique

Réalisation: Fara Sene
Scénario: Fara Sene et Daniel Tonachella
Interprétation : Bruno Solo, Salim Kechiouche, Benjamin Ramon, Djena Tsimba, Kevyn Diana, Karina Testa, Sophie Leboutte…
Distribution: Cinétévé
Photographie: Federico D’Ambrosio
Musique: François Petit
Décors: Damien Hamon
Montage : Véronique Lange
Production : Fabienne Servan-Schreiber, George Nicolas
Sociétés de production : Cinétévé
Genre : Drame
Durée: 85 minutes
Sortie en salles: 10 juin 2015

France – 2015

 

Maggie, un film de Henry Hobson : Critique

Les zombies sont devenus une mode à l’heure actuelle, au point même d’être aujourd’hui vidé de leur substance. Dans les années 70, là où ils ont connus leur plus forte expansion et évolution pour devenir ceux que l’on connaît aujourd’hui, ils avaient un propos symbolique.

Après la fin

Romero les avaient employés pour faire une métaphore de la société déliquescente et leur donner un impact symbolique fort. Malheureusement au fil des ans ils se sont popularisés et ne sont devenus que des accessoires de divertissement pour faire l’apologie du vide (coucou The Walking Dead) étant réduit à œuvrer dans de vulgaires nanars sans importance. Alors les questions que l’on peut se poser c’est ; est-ce que Maggie est un énième film de zombie sans importance avec Arnold Schwarzenegger en star ? Ou est-ce un film qui arrivera à réutiliser le mythe du zombie avec intelligence et originalité ?

La réponse se situe un peu entre les deux car oui Maggie est un film qui arrive à offrir au mythe du zombie une dimension symbolique assez bien trouvée mais paradoxalement il veut trop en faire et se perd dans des digressions agaçantes et loupe ses questionnements les plus pertinents le rendant au final assez anecdotique. Le film nous est vendu par un pitch simple, où un père (Arnold Schwarzenegger) tente désespérément de protéger sa fille (Abigail Breslin) atteinte d’un virus qui la transforme petit à petit en zombie. Pourtant au final ce n’est pas le cœur du film qui se trouve bien au dessus de ça, d’ailleurs la relation entre le père et la fille est éclipsée tout comme le rôle du père au final, qui ne connaît ni évolution psychologique ni dilemme fort. Le film employant pas mal de facilités scénaristiques et de clichés pour éviter les sujets les plus troubles, comme celui de l’euthanasie, et le père sera le premier à souffrir de cela, étant réduit à un personnage unidimensionnel qui peine à créer de l’émotion. Même si c’est bien la cellule familial qui est au cœur du film, celle-ci est mal exploitée et vu à travers les yeux de la fille en priorité, la vision du père est trop restreinte tout comme celle de la belle-mère (Joely Richardson). Même si ces deux visions restreintes ont un sens symboliquement parlant au sein du film cela desserre néanmoins le récit qui ne sait pas où naviguer entre drame familial, thriller sous forme de huit clos et teen movie.

D’ailleurs pour ceux qui veulent un film post apo digne de ce nom ils feraient mieux de passer leurs chemin car le film dépeint son univers avec beaucoup de pudeur, la déliquescence du monde, l’épidémie de zombie etc. Tout cela n’intéresse pas le film, ce qui fait que la partie médicale aura tendance à être trop mécanique et éclipsée ce qui enlève de la substance à l’univers du film qui devient très vite abstrait et surtout prétexte. Le film ne s’intéresse finalement qu’à une chose, la transformation. A la fois physique et psychologique, celle-ci va servir le propos du film, celui du passage à l’âge adulte. Que ce soit les symptômes, les questionnements et les prises de décisions tout cela évoque cette période charnière de l’adolescence où l’enfant que l’on était meurt pour laisser place à l’adulte que l’ont sera. Le film plus que parler de mort parle d’une certaine manière de renaissance mais de façon très pessimiste. Le monde des adultes est noir, désespéré et sans pitié, chaque décisions peut avoir des conséquences terribles et on est obligés de faire des choix que l’on n’aimera pas à avoir à prendre. C’est sur cela que se concentre le film, la fille qui s’isole, incomprise par des parents impuissants qui ne peuvent rien faire pour la protéger, l’empêcher de grandir et qui remet sa vie en cause. Tout cet aspect ce révèle vraiment intéressant même si il manque de subtilité et donne au film un charme indéniable qui le rend plus original qu’espéré. Dommage seulement que le tout manque cruellement d’émotions même si cela est sauvé par un final poignant, très fort symboliquement et qui laisse songeur.

Au milieu de tout ça le casting se trouve réduit au strict minimum mais se révèle plutôt bon que ce soit dans ses acteurs secondaires ou principaux. Au final le seul bémol de ce point de vue là sera Arnold Schwarzenegger, dont une bonne partie de la promo était centré sur lui, qui se révèle n’être que rarement convaincant dans ce rôle à contre emploi. Même si sa sobriété est louable il offre un jeu trop forcé lors de ses séquences émotions et il semble généralement déconnecté du film, de part l’écriture de son personnage mais aussi par le manque de nuance de son jeu. C’est certes son rôle le plus profond mais il n’en est jamais à la hauteur. Joely Richardson se montre elle plus intéressante et plus nuancée grâce à une belle justesse de jeu tandis que c’est véritablement Abigail Breslin qui porte le film sur ses épaules grâce à sa formidable interprétation à fleur de peau qui lui permet de passer par plusieurs émotions et de crever l’écran.
Par contre point noir pour la réalisation qui manque d’originalité, étant dans un mood arty type Sundance avec une photographie saturée qui est tantôt réussie tantôt fade selon la séquence, un montage trop linéaire et parfois hésitant sur les flashbacks et une bande sonore peu inspirée. Pour la mise en scène d’Henry Hobson, là aussi ce n’est pas fameux, on ressent beaucoup trop les influences, Terrence Malick en tête, et il abuse des gros plans et d’effets de zoom/dézoome qui deviennent franchement agaçants. Globalement la mise en scène manque vraiment d’identité et se montre assez fade notamment dans ses molles tentatives de créer le suspense et une tendance à l’apitoiement qui enlève de la force au propos.
Maggie n’est donc ni un mauvais film ni un bon mais il s’impose quand même comme une tentative ratée, car comme tout premier long métrage il veut trop en faire et se disperse dans des digressions inutiles qui diluent la force initiale du projet. Reste que l’expérience est plutôt convenable, Maggie dispose d’un charme indéniable et soulève des interrogations pertinentes et passionnantes si on s’intéresse avant tout à la fonction symbolique de l’œuvre. Par contre si vous allez voir ce film pour voir un film de zombie ou même pour voir un Schwarzenegger autant vous prévenir que vous serez déçu.

Synopsis : Un père fait tout pour sauver sa fille, une adolescente qui, infectée par un virus, se transforme progressivement en zombie.

Maggie: Bande Annonce VOST

Maggie: Fiche Technique

États-Unis, Suisse – 2014
Réalisation: Henry Hobson
Scénario: John Scott 3
Image: Lukas Ettlin
Décor: Gabor Norman
Costume: Claire Breaux
Montage: Jane Rizzo
Musique: David Wingo
Producteur: Colin Bates, Joey Tufaro, Matthew Baer, Bill Johnson, Ara Keshishian, Trevor Kaufman, Arnold Schwarzenegger, Pierre-Ange Le Pogam
Production: Gold Star Films, Matt Baer Films, Sly Predator
Interprétation: Arnold Schwarzenegger (Wade), Abigail Breslin (Maggie), Joely Richardson (Caroline), J.D. Evermore (Holt)…
Distributeur: Metropolitan FilmExport
Date de sortie: 27 mai 2015
Durée: 1h35

Rétro J. Audiard : De Rouille Et d’Os – Critique

Voir un Jacques Audiard, c’est savoir que l’on s’attelle à une expérience à la fois physique et mentale. La souffrance la plus profonde de l’être humain est filmée comme une déclaration d’amour au corps à corps, au désaccord qui finit par s’accorder.

Comme Un Insecte Sur Le Dos

Déjà dans des titres comme Regarde les hommes tomber ou dans des récits comme celui du film De Battre mon cœur s’est arrêté, quelque chose flanchait, ne fonctionnait plus, un engrenage se mettait en route. Les hommes d’Audiard sont un peu tous les mêmes des ? types perdus, remplis d’une violence souvent incontrôlable, des hommes crus et peu habiles avec les femmes qui crachent leur haine et leur inaptitude à la vie d’une manière sanglante, brutale, animale. Mais il y a quelque chose d’infiniment sensible qui les sauve, comme le cinéma sauve certainement cet homme discret qui a réalisé seulement six films en douze ans.  Les êtres sont en explosion permanente, perdus, enfermés, en décomposition et la caméra les traques au plus près, sans relâche. Audiard ose tout et va toujours jusqu’au bout, même du plus dur, du plus irregardable…

« Je suis le corps à corps, l’accord, le désaccord »

Dans De rouille et d’os, adapté du recueil de nouvelles de Craig Davidson, « Un goût de rouille et d’os », Audiard suit le parcours de Stéphanie (enfin un beau rôle pour Marion Cotillard), une femme détruite au plus profond et qui se reconstruit aux côtés d’un homme en pleine perte de ses moyens. L’électrochoc est le moyen, toujours radical, de revenir à la surface. Audiard prend quelques libertés par rapport au récit initial dont il s’inspire. Il filme avant tout des personnages et une brutalité. On la retrouve d’abord dans des combats d’hommes aussi violents que des combats de bouledogues. Mais le réalisateur décrit également la violence du monde de l’entreprise (avec la sœur d’Ali) où le salarié n’a plus d’intimité, n’est qu’au service de la grande enseigne. Pas d’amour promis, pas de sentiments mièvres, ici nos deux amants « baisent », quand l’homme est « opé » juste pour voir si « ça fonctionne toujours » pour Stéphanie après l’accident qui lui a coûté ses deux jambes. Il y a peu ou pas de misérabilisme car les personnages sont tout de même obligés d’avancer, de se donner à fond, ils n’ont pas d’autre choix que de continuer à  vivre et n’ont pas pitié les uns des autres.  Les regards bienveillants viennent de personnages alentours qui gravitent autour de Stéphanie, comme cette amie interprétée tout en regard par Céline Sallette, à la sortie de l’hôpital ou dans le lègue d’une garde robe – symbole de la vie d’avant.

Un enfant, seul mirage d’une vie rangée, devient le symbole d’un combat vers l’apaisement. Le dos d’Ali, superbe Matthias Schoenaerts, le supporte aussi bien qu’il portera Stéphanie vers la mer.  Car le film est aussi une belle et intense histoire d’amour, sans romance. Les personnages d’Audiard sont ainsi comme des « insectes sur le dos » (la phrase est de Bashung) qui tentent en vain de se retourner, se cherchant dans la violence, avant qu’avec « délicatesse » (Stéphanie y tient) une main ne vienne les retourner pour que, peut-être, enfin il puisse se relever. Audiard, avec ses personnages, va ici jusqu’aux limites de la violence, dans le plus profond de la déchirure de l’être. On ne sait jamais où l’on va, ni pourquoi l’on y va, mais cela reste une expérience intense, totale servie par une mise en scène impeccable et une esthétique rare baignée de lumière même quand le sang coule. Le corps est mis à rude épreuve, mais il est aussi cajolé pour du cinéma qui bouleverse, renverse et change le regard de la première à la dernière image

Synopsis : Ça commence dans le Nord.  Ali se retrouve avec Sam, 5 ans, sur les bras. C’est son fils, il le connaît à peine. Sans domicile, sans argent et sans amis, Ali trouve refuge chez sa sœur à Antibes. A la suite d’une bagarre dans une boîte de nuit, son destin croise celui de Stéphanie. C’est une princesse. Tout les oppose. Il faudra que sa vie tourne au drame pour qu’un coup de téléphone dans la nuit les réunisse à nouveau. 

Découvrez la bande annonce du film De rouille et d’os

 Fiche technique – De rouille et d’os

France – 17 mai 2012
Réalisateur : Jacques Audiard
Scénario : Jacques Audiard et Thomas Bidegain d’après l’oeuvre de Craig Davindson
Interprètes : Marion Cotillard (Stéphanie), Matthias Schoenaerts (Ali), Armand Verdure (Sam), Corine Masiero (Anna), Bouli Lanners (Martial)
Compositeur : Alexandre Desplat
Directeur de la photographie : Stéphane Fontaine
Montage : Juliette Welfling

Rétro J. Audiard: Un Prophète – Critique

Jacques Audiard explore le réel et, sans chercher à l’embellir, il tente non seulement de le sortir de son ordinaire, mais aussi d’en faire quelque chose de cinématographique. Son cinéma, s’il est « romancé » pour ne pas être perçu comme documentaire, ne s’encombre pas des fioritures habituelles de films éloignés d’un quotidien qu’ils jugent trop pragmatique. Avec Un Prophète, il tente l’approche la plus honnête possible de l’univers carcéral, de ses us et coutumes, de sa population et surtout, de cette violence qui au fond, repose sur les mêmes ressorts que le reste de la société.

Microcosmos

Un Prophète est donc la dissection de la prison, une plongée suffocante et oppressante, dans un monde où la vie est en perpétuel sursis. Dans un univers où la réinsertion n’est qu’une affirmation clientéliste des politiques, tant on y semble prisonnier d’un infernal cercle vicieux. Pourtant, Audiard y découvre des bribes d’espoir, que représentent ceux qui vous attendent dehors, que représente la perspective d’une sortie. Mais ce qu’il montre surtout, c’est à quel point la prison est un endroit qui reproduit les pires aspects de nos sociétés dites civilisées, sans espoir pour l’humanité. Tout y est communautarisme, corporatisme et pouvoir qui engendre la corruption des corps et des esprits. Ce qui n’est en fait, que l’usage de tous les leviers qu’offre notre modèle de vie en société, aux seules fins d’accession au pouvoir et par là, de « réussite sociale ».

Réussir à tout prix

De ce point de vue, le personnage de Malik est exemplaire et ressemble beaucoup à ce que les médias égrainent, quand ils parlent de récidive. Entré en prison en tant que « petite frappe », pour une peine « légère » de six ans fermes, son embrigadement par le « clan des Corses » va l’amener de force, puis de gré, à voir plus grand. Mais aussi à commettre plus grave, animé par une volonté toujours plus féroce de prendre le pouvoir à travers son « clan des Arabes ». Ce personnage de Malik est extrêmement symbolique de nous tous, citoyens soumis aux lois implicites de nos sociétés, ne valorisant que la réussite à tout crin. Malik n’est finalement pas bien différent de ces hommes d’affaires condamnés pour fraude, détournement ou corruption. Pas bien différent de ces entreprises dont l’activité tue et qui s’en accommodent. Tout bien pesé il fait beaucoup, avec le peu de moyens qu’on lui donne. Il sera mieux considéré, mieux payé que n’importe quel ouvrier à la chaîne qui s’acharne jour et nuit pour une misérable pitance.

L’art de Tahar

Quelle est la frontière entre Malik et son interprète, Tahar Rahim (Gibraltar, Samba) ? On l’imagine ténue. Non pas qu’on soupçonne l’acteur d’un passé comme celui de Malik, mais parce-que rarement comédien aura à ce point brouillé la limite entre le « je suis » et le « je joue ». Les multiples prix que lui a valu ce rôle, s’ils ressemblent à un hold-up tant ils sont légion, sont certainement très proches de la réaction spontanée de jurés, estomaqués par un jeu bien évidemment habité, mais surtout vécu par son interprète. Lui avoir associé le monstre Niels Arestrup (Cheval De Guerre, Diplomatie), talent incontestable du Septième Art, permet non seulement de trouver un équilibre dans une sorte de buddie-movie cannibale dénué d’humour, mais aussi de renforcer le côté initiatique du film, en le provoquant même entre les deux acteurs.

Filmer la prison

On sait Jacques Audiard excellent directeur d’acteur, il a le même talent de mise en scène. Talent indispensable lorsqu’on filme la prison, univers d’une monotonie infinie, où tout se ressemble, des couleurs monochromes à la forme des pièces. Quel que soit le lieu où l’on est, on y retrouve quatre murs sales et gris agrémentés de barreaux, symboles accablants de la privation de liberté. Face à ce lieu mort sa caméra est vivante, avide des corps. Montrant sans jamais chercher à démontrer, dans un délicat exercice de pragmatisme, où les faits que l’on montre importent plus que les preuves qui démontrent, Jacques Audiard apparaît, autant que nous, spectateur d’un univers qu’il semble découvrir.

Jacques le darwiniste

Un Prophète est la découverte de l’enfer, celui de la saleté, de la sous-humanité, de l’humiliation comme mode de communication. Un univers où le salut ne vient que par la sortie ou la lutte. Un monde où la « réussite » est un impératif violent, sous peine de mort. C’est un spectacle âpre et sombre auquel Jacques Audiard assiste, un violent coup de pied dans les entrailles qu’il nous donne. Nos idées se brouillent, le malaise et très fort face au fatalisme qu’il suggère. Cette prison telle qu’il la filme ressemble à un négatif où, alors que plus que partout ailleurs l’ordre et la morale devraient s’appliquer, c’est la loi du plus fort (en gueule ?) qui règne. Pas l’anarchie, mais une sorte de microcosme qui s’auto-alimente des nouveaux détenus. Darwin réinventé en somme, puisque c’est une forme de sélection naturelle qui semble régner.

Synopsis : Malik est un petit délinquant, qui débarque pour la première fois en prison pour six ans ferme, persuadé qu’il saura gérer. Embrigadé de force par les indépendantistes Corses de la prison, il va suivre malgré lui un chemin initiatique qui le mènera au bout de son humanité.

Un Prophète : Bande Annonce

Fiche Technique : Un Prophète

Réalisation : Jacques Audiard
Scénario : Jacques Audiard, Thomas Bidegain, Nicolas Peufaillit & Abdel Raouf Dafri
Distribution : Tahar Rahim, Niels Arestrup, Adel Bencherif, Hichem Yacoubi, Reda Kateb & Jean-Philippe Ricci
Musique : Alexandre Desplat
Musique additionnelle : Sigur Rós
Décors : Michel Barthélémy
Montage : Juliette Welfling
Producteurs : Pascal Caucheteux, Marco Cherqui & Grégoire Sorlat
Société de distribution : Celluloïd Distribution
Genre : Drame
Durée : 149 minutes
Date de sortie: 26 août 2009

France – 2009

Marguerite et Julien, un film de Valérie Donzelli : Critique

Le cinéma français appréciait Valérie Donzelli. Après La Reine des Pommes et la consécration ultime pour La Guerre est Déclarée, son nom se retrouvait sur toutes les lèvres. Les plus enthousiastes mentionnaient déjà l’émergence d’une nouvelle gamme de cinéastes dont Valérie Donzelli n’aurait été que le premier soldat.

Les plus féministes allant jusqu’à scander son nom avec fierté pour brosser le portrait d’un nouveau d’un cinéma de femmes. Valérie Donzelli avait tout d’une grande cinéaste en puissance avec sa singularité impertinente et la récurrence de thèmes intimement personnels. Quelques années plus tard, il faut reconnaître que le revers de la médaille est plutôt sévère. D’aucuns iront jusqu’à la considérer comme une artiste à l’ego démesuré, faussement cool et se donnant des airs de cinéaste contemporaine branchée. Si l’on fait abstraction de ces critiques, il serait malhonnête de ne pas reconnaître l’amour incommensurable que Donzelli porte à l’époque de la Nouvelle Vague. Elle n’a jamais caché avoir été influencée par l’onirique Jacques Demy et le grand François Truffaut. Ce n’est finalement pas si étonnant qu’elle s’approprie un matériau initialement promis à Truffaut. Le scénario de Marguerite et Julien est l’occasion pour la cinéaste de poursuivre une filmographie -somme toute logique- régie par un thème commun, celui-là même de l’amour impossible qui parcourt sa filmographie depuis La Reine des Pommes. A l’annonce de la sélection officielle du Festival de Cannes, la présence de cinéastes françaises à Cannes -qui plus est en compétition pour certaines- avait été amplement saluée. Valérie Donzelli avec son film incestueux pop, Maïwenn sur la chute intimiste d’un couple brûlant, Emmanuelle Bercot et son drame social poignant, Alice Winocour captant les conséquences du traumatisme après-guerre et enfin Agnès Varda honorablement récompensée d’une Palme d’honneur. Cette année enfin, les femmes du cinéma français prenaient le pouvoir à Cannes. Malheureusement, les critiques et festivaliers en ont décidé autrement et ce qui aurait pu s’avérer être une édition symbolique s’est finalement transformée en un douloureux rejet critique envers les films de cinéastes autrefois appréciées. Si Bercot a plutôt fait l’unanimité en ouverture, Winocour n’a pas laissé une impression impérissable et un vent de critique a violemment soufflé sur les films de Donzelli et Maïwenn. Prétention pour certains, inaboutissement pour d’autres, ratage complet pour quelques exigeants butés. Les deux cinéastes françaises en compétition ont subi le contrecoup d’un festival qui s’annonçait pourtant sous le signe de la prise du pouvoir féminin. Mais finalement, n’est-ce-pas là le signe de réalisatrices qui s’opposent aux standards et au diktat d’une critique formatée ? Et si ces films amochés par la presse étaient finalement le reflet d’une autre manière de faire du cinéma qui -pour certains- n’est pas encore à même de faire l’unanimité ? Faut-il rappeler que certains grands cinéastes ont d’abord été l’objet de violentes critiques avant d’être réhabilités ? Avant d’avoir le recul nécessaire pour juger ces films, il convient de nuancer les propos précipités de la critique envers ces films, en l’occurrence ici celui de Marguerite et Julien. Car le film de Valérie Donzelli est une proposition de cinéma pop, irrévérencieuse et singulière qui vaut bien quelques louanges.

Ils ne nous ont pas compris

Il y a plus de quarante ans, Jean Gruault, l’un des scénaristes les plus en vogues de la Nouvelle Vague, écrivait le scénario de ce qui devait être un grand film romanesque et passionnel adapté de l’histoire de Julien etMarguerite de Ravalet. A cette époque, Gruault avait déjà travaillé avec Rivette, Rossellini ou Godard mais c’est à François Truffaut qu’il remet le scénario. Il avait déjà collaboré deux fois avec lui, notamment sur L’Enfant sauvage. Après un premier jet qui l’enthousiasme particulièrement, Truffaut refuse finalement le matériau narratif de Gruault, prétextant la tendance actuelle au thème de l’inceste. S’ils continueront tout de même à travailler main dans la main, le scénario tomba dans les limbes des écrits mort-nés. Du moins jusqu’à ce que Valérie Donzelli s’en mêle. Lorsqu’elle reçoit en cadeau une édition littéraire du scénario de Gruault, elle sent que l’objet qu’elle tient entre les mains peut rapidement devenir un matériau cinématographique formidable. Qui plus est,il reprend son thème de prédilection, celui de l’amour impossible. Avec cette adaptation, Valérie Donzelli fait de Marguerite et Julien un film que certains cinéphiles trouveront singulier, tandis que les moins hermétiques à l’univers de la cinéaste considéreront le film comme un objet insensé, n’ayant nullement sa place en compétition à Cannes. Ce qui s’avère intéressant dans le parcours de ces amants frère et sœur, c’est que Valérie Donzelli fait le choix de le traiter comme un conte désenchanté, une sorte de récit intemporel qui trouve sa particularité dans la présence d’anachronismes discrets mais permanents. Se déroulant au XVIIème siècle, il n’est pas impossible d’y voir des postes de télévision, des yo-yos ou même des hélicoptères. Elle ignore volontairement les conventions de l’époque pour accentuer l’aspect universel de cet amour maudit. Ce n’est pas un plaidoyer pour l’inceste, loin de là. Il s’agit simplement de la déclaration -peut-être un peu naïve- d’une cinéaste qui croît que l’amour ne doit pas être freiné par des barrières. Et malgré cette naïveté apparente, c’est le récit le plus noir de Valérie Donzelli. Aucun salut n’attend les deux amants.

La présence de Jérémie Elkaïm au casting n’est pas une surprise. Elle est même une évidence pour Valérie Donzelli. Présent dans tous ses films, il est d’abord sa muse avant d’être son ancien compagnon, son collègue de travail ou le père de ses enfants. Mais l’acteur est peut-être encore plus mal-aimé que les films de Donzelli. Il faut dire que la prestation de Jérémie Elkaïm dans Marguerite et Julien n’arrive jamais à trouver la justesse entre l’hyperexpressivité et la nonchalance. Valérie Donzelli use d’artifices pour le rendre séduisant, notamment cette séquence dispensable où il coupe du bois torse-nue, affichant fièrement un récent et rigoureux entraînement physique. Une scène bien laborieuse puisqu’en dehors d’une éventuelle attirance physique, l’acteur véhicule mal l’idée d’une passion folle chez ces deux amants. A ses côtés, Anaïs Demoustier s’en sort un peu mieux et, du haut de ses vingt-sept ans, elle apporte un visage anodin, délicat et enfantin à ce joli brin de fille dans un corps de femme. Dictée par une complicité conservée depuis la plus tendre enfance, cet amour répréhensible est malheureusement bien mal retranscrit à l’écran. Rares sont les séquences où l’on puisse croire que Marguerite puisse autant aimer son frère, apparaissant souvent froid et distant. C’est peut-être  bien ce que l’on pourra reprocher le plus au film. Ce manque de flamme et de fusion entre ces deux amants. Certaines séquences peinent à nous convaincre quand bien même d’autres arrivent à susciter quelques réactions enthousiastes. Les séquences où les deux frères et sœurs -devenus adultes- jouent avec leurs corps dans un grenier illustrent cette passion mutuelle restée intacte depuis l’enfance. Ou bien ce rapport bestial en pleine forêt, laissant imaginer qu’au-delà de leur complicité, leur amour touche une bestialité primaire au contact des corps dans une nature vierge de toute convention. C’est d’autant plus dommage que cette passion manque de chair alors que Valérie Donzelli épate par son audace formelle. Le cinéma donzellien magnifie avec brio cette romance réprouvée. L’imagerie touche parfois au sublime dans cette représentation d’une époque anachronique, même si certains partis-pris virent au grotesque (les plans arrêtés). Les qualificatifs de la presse n’ont pas manqué d’évoquer une proposition de cinéma punk. Marguerite et Julien est davantage un film qui revendique la singularité par un lyrisme, un ton pop assumé et quelques bonnes trouvailles de mise en scène.  On pourra discuter longtemps de savoir si Marguerite et Julien méritait d’être en compétition mais il faut reconnaître que le cinéma offre trop rarement de telles démonstrations formelles pour ne pas avoir les honneurs d’une sélection à Cannes.

Si Marguerite et Julien est un film qui manque cruellement de flamme et d’ivresse, Valérie Donzelli offre néanmoins une vision qu’aucun autre n’aurait pu imaginer. Ce qui aurait pu s’avérer n’être qu’une romance dégradante sur fond de film de costumes trouve alors sa réussite dans l’expression et la liberté d’une cinéaste pop et candide. Le film ne tient pas la route sur la longueur, la faute à une passion manquant de chair, mais l’atmosphère séduisante du film nous maintient en haleine et offre un final d’une beauté macabre sublime. Avec ces qualités, on a envie de sauver le soldat Donzelli, celui-là même qui avait déclaré la guerre à Cannes quatre ans plus tôt. A peine présenté en compétition officielle et victime d’un acharnement médiatique précipité, Marguerite et Julien mérite déjà d’être réhabilité. Ce conte désenchanté mêle la fantaisie au drame avec une sensibilité touchante. La photographie envoûtante de Céline Bozon et les bonnes idées du film nous transportent totalement. A la fin du générique, on pourra seulement regretter l’absence d’une substance indispensable à cette romance interdite, la passion.

Synopsis: Julien et Marguerite de Ravalet, fils et fille du seigneur de Tourlaville, s’aiment d’un amour tendre depuis leur enfance. Mais en grandissant, leur tendresse se mue en passion dévorante. Leur aventure scandalise la société qui les pourchasse. Incapables de résister à leurs sentiments, ils doivent fuir…

Marguerite  & Julien – Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=kh7MFlUFECM

Auteur de la critique : Kévin List

Fiche Technique: Marguerite et Julien

France
Genre: Drame, romance
Durée: 110min
Sortie en salles le 02 décembre 2015

Réalisation: Valérie Donzelli
Scénario: Jérémie Elkaïm et Valérie Donzelli, d’après l’œuvre de Jean Gruault
Distribution : Anaïs Demoustier (Marguerite de Ravalet), Jérémie Elkaïm (Julien de Ravalet), Frédéric Pierrot (Monsieur de Ravalet), Aurélia Petit (Madame de Ravalet), Raoul Fernandez (Lefèvbre), Catherine Mouchet (Servante), Bastien Bouillon (Frère Ravalet), Sami Frey (Évêque), Géraldine Chaplin (la Mère de Lefèbvre)
Photographie : Céline Bozon
Décors : NR
Costume: Elisabeth Mehu
Montage: Pauline Gaillard
Musique : Steve Bouyer, Nicolas Duport, Pascal Mayer
Producteurs : Alice Girard, Genevieve Lemal, Edouard Weil
Sociétés de Production: Rectangle Production
Distributeur: Wild Bunch Distribution
Budget : environ 6 000 000 €
Festival: Compétition Officielle au Festival de Cannes 2015

Burying the Ex : Ashley Greene en zombie !

Burying the Ex, la nouvelle comédie horrifique de Joe Dante avec Ashley Greene et Anton Yelchin :

Synopsis : Lorsque Max (Anton Yelchin), qui a tout du gentil garçon, s’installe avec sa petite amie Evelyn (Ashley Greene), le comportement de celle-ci change du tout au tout. La jeune femme se révèle être une manipulatrice, maniaque du contrôle que Max a du mal à quitter jusqu’au jour où un accident de voiture la lui enlève. C’est ainsi qu’il devient célibataire et rencontre la fille de ses rêves, Olivia (Alexandra Daddario). Mais Evelyn revient d’outre-tombe, bien déterminée à récupérer Max, même s’il faut pour cela le transformer en zombie.

Ashley Greene (Shangri-La Suite, The Apparition, Twilight saga) semble abonnée aux rôles de « morts-vivants » : après sa prestation en tant que vampire dans la saga Twilight, l’actrice incarnera une zombie un peu envahissante dans la prochaine comédie horrifique du réalisateur Joe Dante (The Hole, Gremlins et une participation à Witches of East End) : Burying the Ex (Enterrer l’Ex). On y retrouve d’ailleurs un acteur féru des films du genre, Anton Yelchin (Odd Thomas contre les créatures de l’ombre, Fright Night) ainsi qu’Alexandra Daddario (True Detective, San Andreas).

Burying the Ex est inspiré du court métrage du même nom, de Alan Trezza. C’est une comédie sardonique à l’humour noir orchestrée par le talentueux Joe Dante et produite par Frankie Lindquist (The Dark Knight, Wanted), Mary Cybriwsy (Braquage à l’Anglaise, Midnight Man), Carl Effenson (A Year in Mooring, Some Pace Better than Here), Kyle Tekiela (A sister’s call) and Alan Trezza lui-même. Burying the Ex est une vraie Zom Com (zombie comedy) au féminin dans la lignée de Shaun of the dead et de Warm Bodies.

La bande-annonce du film Burying the Ex vient tout juste de paraître et nous offre un spectacle alléchant, déjanté et morbide à souhait en attendant la sortie prévue pour le 19 juin aux USA dans les salles et en DVD. Avis aux amateurs !

Burying the Ex: Bande-annonce