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Les 4 Fantastiques, un film de Josh Trank : Critique

« A year ago I had a fantastic version of this. And it would’ve recieved great reviews. You’ll probably never see it. That’s reality though. »

— Josh Trank

Tweeté le jour même de sa sortie américaine du film, et 3 jours après la sortie française, par son propre réalisateur qui semble craindre que les hordes de mauvaises critiques qu’il commencent déjà à engendrer ne nuise à sa jeune carrière -rappelons que, du haut de ses 30 ans, il ne signe là que son second long-métrage-, cet avertissement qui pointe directement l’ingérence qu’a pu avoir la Fox (déjà réputée pour être, avec Disney avec qui elle travaille d’ailleurs souvent, celui des studios hollywoodiens qui laisse le moins de marge de manœuvre qu’elle laisse aux auteurs) dans son travail, est révélatrice de tout ce dont souffre cette relecture des 4 Fantastiques.

Près de 10 ans après le fiasco du diptyque de Tim Story (que la Fox a récemment fait disparaître des plateformes VOD), le studio tente de redonner une chance aux 4 Fantastiques, une équipe jugée ringarde mais qui reste malgré tout un pilier de base dans la mythologie Marvel. Pour se faire, les rennes ont été donnés au petit chouchou de l’écurie, Simon Kinberg, qui, en tant que producteur ou scénariste, s’attribue depuis quelques années les plus gros succès commerciaux du studio. Afin de dépoussiérer un peu les personnages, il a eu la bonne de faire comme le célèbre éditeur de comics qui, dans les années 90, ont publié des reboot de leurs personnages phares dans la série Ultimate. Ainsi, de la même façon que Sony s’était inspiré (fort maladroitement serait un doux euphémisme) d’Ultimate Spider-man pour écrire  leur Amazing Spider-man, la Fox et Kinberg ont donc décidé d’adapter Ultimate Fantastic Four. Seul hic dans cette idée : Cette BD mettait en scène des personnages âgés d’à peine plus de quinze à vingt ans. Pour éviter de transformer leur film en teen-movie immature, le choix de Josh Trank, réalisateur de Chronicle, reconnu comme étant l’un des rares films à traiter de façon réaliste les réactions que peuvent avoir des adolescents vis-à-vis de l’acquisition et la maitrise de super-pouvoirs, fut une idée brillante. Mais une bonne idée de départ ne tient pas toujours la route, c’est ce que la production des 4 Fantastiques nous prouve.

La patte de Trank se ressent donc dans la caractérisation des cinq jeunes adultes interprétés par Miles Teller, Kate Mara, Michael B. Jordan, Jamie Bell et Toby Kebbell. Leurs relations, tour à tour amicales et conflictuelles, leurs enjeux personnels et familiaux en font des personnages qui méritent d’être suivis. Toute la subtilité de cette écriture tient au fait que la mécanique de groupe entre les quatre futurs « héros » va se former pour faire contrepoids à l’individualisme qui caractérise leur ami Van Doom, qui est même loin d’apparaître encore comme un potentiel « méchant » puisqu’en portant dans son discours tous les enjeux écolo et antimilitaristes du film, il apparait certainement comme le plus attachant des personnages de cette première heure. Malgré tout, la première moitié du film, qui se concentre avec beaucoup de sobriété sur la rencontre des cinq personnages et la création de leur machine de téléportation, souffre de deux défauts rédhibitoires: D’abord, ses touches d’humour qui tombent souvent à plat puisque, à part quelques vannes qui sont des clins d’œil aux comics (et qui ne feront sans doute tilter que les connaisseurs), le caractère « cool » de ces jeunes se conjugue souvent à soit une naïveté qui n’aide pas à les rendre sympathique, soit une certaine immaturité… et aux blagues qui vont avec. Mais surtout, la durée de cette exposition (près d’une heure tout de même !) implique des longueurs et un rythme très étiré qui sont l’exacte antithèse de tout ce à quoi les amateurs de films de super-héros ont été habitué par les productions Marvel qui ont la faucheuse tendance à ne pas suffisamment développer leurs héros, et moins encore les méchants. Les amateurs de ce processus narratif terriblement expéditif ne verront alors, dans le traitement de l’amitié entre Reed Richards et Ben Grimm, dans le besoin de Johnny et Sue Storm d’être rivaux dans la reconnaissance par leur père, dans les sous-textes (les amateurs des Productions Marvel savent-ils seulement ce que signifie ce mot?) sur le triangle amoureux autour de Susan Storm et de la peur de Victor Van Doom d’être spolié de ses inventions, qu’un scénario bavard et terriblement ennuyeux. C’est là que l’on comprend que les choses ont commencé à s’envenimer entre Trank et Kinberg.

La seconde moitié voit en effet poindre un conflit qui dépasse de très loin les aventures de nos quatre héros et leur affrontement du Dr Fatalis : Celui qui opposait un Trank désireux de continuer à développer son regard sur les personnages, et d’un Kinberg cherchant à calibrer le film selon un cahier des charges prédéfini par les codes du genre. Si la rumeur fort tenace que Trank fut même dessaisi de la réalisation avant la fin du tournage et secrètement remplacé par Matthew Vaughn (crédité comme co-producteur mais à qui Kinberg peut avoir toute sa confiance depuis qu’il lui ait fait réaliser un film fort similaire et parfaitement réussi: X-men First Class) est vraie, elle expliquerait au moins l’irrégularité flagrante dans le jeu des comédiens dont on ne doute pas que certains passages furent faits sous la houlette d’un tout autre directeur d’acteur. Quoi qu’il en soit cette seconde partie du film, entre l’acquisition des super-pouvoirs et l’émergence du super-méchant, est terriblement inégale, tentant de jongler entre un schéma scénaristique ultra-balisé et quelques idées intelligentes mais, de fait, sous-exploités comme le discours antimilitariste (impossible de ne pas prétendre que le vrai méchant du film est en fait Tim « le machouilleur» Blake Nelson qui incarne le capitalisme américain à la botte du Pentagone) et un travail sur la transformations des corps qui se voudrait dans la veine du travail de Cronenberg.

Parlons à présent de la dernière partie : Le combat tout attendu contre le super-méchant. Et quel super-méchant ! Autant Victor Van Doom était introduit comme un jeune brisé et aux idées nihilistes, autant son alter-égo maléfique (notons que les noms « Dr Fatalis » ou même « Dr Doom » ne sont jamais prononcés) est, contrairement à ce que laissait présager le teaser, certainement le super-méchant le moins présent à l’image dans un film de super-héros. Au vu de son visuel déplorable (sorte de Belphégor numérique mal fait… comme 90% des effets spéciaux soit dit en passant!), cette exploitation limitée n’est pas une tare. Et pourtant, son apparition s’avère propice à l’unique surprise de cette dernière demi-heure : Du sang! En voyant les victimes de Van Doom exploser dans des gerbes de sang, la Fox nous rappelle que ce n’est pas à un Disney que nous assistons. Mais la suite et fin est elle encore plus dérisoire puisque, en moins d’un quart d’heure, le climax tant attendu et l’inévitable combat manichéen aux enjeux majeurs se retrouvent balayés d’un revers de manche. Ce combat expédié de la la façon la plus non-chalante qui soit n’a qu’un but: Nous rappeler la morale autour de l’esprit d’équipe d’une manière si déclamatoire qu’elle est en parfaite contradiction avec la subtilité du début (dans sa façon de nous balancer « Il est plus fort que chacun d’entre nous mais moins fort que nous ensemble!« , le film ferait passer Avengers pour du Victor Hugo!). Une fin bâclée qui, dernièrement, n’a d’égal que celle d’Elysium… un film qui, lui aussi, était chapeauté par Kinberg et s’est conclu par un conflit d’intérêt entre lui et le réalisateur ! A présent vous savez qui blâmer.

Au final, que peut-on sauver dans ce 4 Fantastiques ? Peut-être d’abord ses acteurs qui, malgré la suspicion des fans, s’avère de très bons choix de casting, et dont l’irrégularité dans le jeu (meilleur exemple : Kate Mara est aussi convaincante en informaticienne qu’inexpressive en super-héroïne) est justifiable par ce tournage chaotique et les nombreux reshoots qu’il a provoqué, mais surtout la volonté qu’a pu avoir Fish Trank pour nous proposer sa vision sur les personnages, au risque de provoquer un rythme trop lent pour acquérir l’adhésion du grand public. Mais, au final, on retiendra du film bien moins la victoire des gentils héros contre le méchant, mais celle de Simon Kinberg sur le réalisateur dont le travail se noie, tandis que film avance, dans le calibrage aseptisé et impersonnel imposé par le studio. Le film mérite t-il alors d’être vu? A moins de vouloir amoindrir son échec commercial annoncé pour éviter que Marvel en récupère les droits, autant s’en passer et attendre que Josh Trank refasse un film indépendant.

Synopsis : Un groupe d’amis, mené par un jeune scientifique obnubilé depuis l’enfance par le voyage tridimensionnel, se retrouve victimes d’une expérience qui va changer leur vie. A présent dotés de super-pouvoirs, ils vont devoir apprendre à maîtriser leur don et s’unir pour affronter une menace inattendue. 

Les 4 fantastiques: La bande annonce (VO sous-titré)

Les quatre Fantastiques: Fiche Technique

Titre original:Fantastic Four
Réalisation: Josh Trank
Scénario: Jeremy Slater, Simon Kinberg, Josh Trank d’après: les personnages « Les 4 Fantastiques » de: Stan Lee, Jack Kirby, éd. Marvel Comics
Interprétation: Miles Teller (Reed Richards), Michael B. Jordan (Johnny Storm), Kate Mara (Susan Storm), Jamie Bell (Ben Grimm), Toby Kebbell (Victor Von Doom), Reg E. Cathey (Dr Franklin Storm), Tim Blake Nelson (Dr Allen)…
Image: Matthew Jensen
Décors: Chris Seagers
Costumes: George L. Little
Montage: Elliot Greenberg, Stephen E. Rivkin
Musique: Marco Beltrami, Philip Glass
Récompenses : Razzies 2016 du pire film, du pire réalisateur et du pire remake
Producteur(s): Matthew Vaughn, Robert Kulzer, Simon Kinberg, Hutch Parker, Gregory Goodman
Production: Marv Films, Genre Films
Distributeur: Twentieth Century Fox France
Genre: Action, science-fiction
Durée: 106 mn.
Sortie en salles le 5 août 2015

Etats-Unis – 2015

 

La Belle Saison, de Catherine Corsini : Critique

Un gouffre rare d’intelligence, de sensibilité grave, à l’image d’un des derniers plans du film ou le regard déboussolé de Cécile de France (Carole) plonge vertigineusement dans la bouche sombre d’une sortie de tunnel de gare de province (toutes les gares en sont dotées !) comme pour interroger l’inconnu.

Plus qu’une belle saison faite de fenaisons, d’orages tant climatiques que sentimentaux ou de réunions agraires lourdes de soupçons, Catherine Corsini nous fait tour a tour, sourire, apprécier, décoder, découvrir ou pleurer, avec une justesse bluffante. Fait de silences non feints, de poses narratives pertinentes, d’amoureux et superbes plans serrés, « Une belle saison » nous croque le portrait non suranné d’une société post 68 avec son lot de combats non pas d’un point de vue militant mais simplement résistant. Dans ce cas précis, la foi en un sujet et la modestie du traitement ne sont pas simulés. Le script est structurellement équilibré, le montage fugace et dynamique ; climax au bon timing et chute sans fioriture.

Quant à la B.O. signée de G. Hetzel pas plus ostentatoire qu’il n’en faut, vient lécher le ressenti des personnages délicieusement profilés. Izia Higelin incarne une Delphine vorace pour ne pas dire vérace, c’est tout autant le cas de Cécile de France dans un genre plus urbain. Noémie Lvowsky est bluffante de sincérité en campant une mère sédentaire.

Entre Les Enfants du Marais et Woodstock, autant pour les quinquas, que pour les teens, cette 10ème oeuvre de Miss Corsini est une fiction utile et contemporaine sur ce qu’était et demeure le poids de l’éducation ou de la culture mais aussi la puissance de l’amour et de l’histoire.

Un pur moment d’évasion cinématographique dans l’intime de tout un chacun.

Synopsis : 1971. Delphine, fille de paysans, monte à Paris pour s’émanciper du carcan familial et gagner son indépendance financière. Carole est parisienne. En couple avec Manuel, elle vit activement les débuts du féminisme. Lorsque Delphine et Carole se rencontrent, leur histoire d’amour fait basculer leurs vies.

La Belle Saison : Bande-annonce

La Belle Saison : Fiche Technique

Réalisatrice: Catherine Corsini
Coauteur : Laurette Polmanss
Date de sortie : 19 août 2015
Production : Elisabeth Perez
Avec Cécile de France, Izia Higelin, Noémie Lvovsky, Finnegan Oldfield et Laetitia Dosch.
En coproduction avec France 3, Artemis (Belgique), Solaire Production,
avec la participation de Canal + et de la Région Limousin.
Distribution France et internationale: Pyramide.
En association avec Indéfilms, Soficinéma, Cinémage et ISF Cinéma.
Avec l’aide au développement du CNC.

Auteur Valérie G.

La Grande Aventure de Maya l’Abeille, de Alexs Stadermann : critique

Maya l’Abeille arrive en DVD et VOD avec le film d’animation : La Grande Aventure de Maya l’Abeille !

Apparue sur les écrans en 1975 d’après le livre de l’auteur allemand Waldemar Bonsels, Maya l’Abeille a enchanté des générations de jeunes enfants au travers de la série animée austro-nippone du même nom.

Synopsis : La petite abeille Maya voit le jour au sein de la ruche mais son audace ne plaît pas à la conseillère de la reine. Se sentant rejetée, Maya part à l’aventure du monde en compagnie de son copain Willy afin de trouver sa place…

Une animation pour les jeunes enfants :

Dans La Grande Aventure de Maya l’Abeille, adaptation de la série de 2012 en long-métrage, Maya l’Abeille renoue avec ses origines allemandes et réitère ses premiers pas dans le royaume des abeilles, au pays des insectes. Avec cette animation de Alexs Stadermann (Le Royaume de Ga’Hoole), l’esprit générale du dessin-animé est conservé tant dans le récit qui reprend le premier épisode de la série (La Naissance de Maya) que dans la douceur et la naïveté des personnages tels que Willy, Cassandre et Flip la Sauterelle, la voix aigre et stridente de Maya (superbement interprétée par Jennifer) et le zézaiement de Willy.
En fait, La Grande Aventure de Maya l’Abeille est un gentil divertissement qui s’adresse à un jeune public, voire très jeune. Le personnage de Maya a gardé sa fraîcheur et les inconditionnels de la petite abeille pourront retrouver avec plaisir leur âme d’enfant l’espace d’un instant.
L’espace d’un instant seulement, car les images de synthèse perdent en finesse et en personnalité et surtout, le récit trop romancé nuit à l’aspect éducatif de la série de 1975.

Des images trop “propres” au détriment de l’émotion et de l’éducatif :

Les passages explicatifs sur le rôle des abeilles et le fonctionnement d’une ruche sont absents de l’histoire dans La Grande Aventure de Maya l’Abeille. On se souviendra notamment du premier épisode où Cassandre faisait visiter la ruche à Maya, et des explications à la façon de la série Il était une fois…la vie. L’intérêt du film devient ici purement visuel et distractif car l’histoire en soi est un peu simpliste, ce qui est dommage. En outre, le passage chanté est plutôt inutile malgré la voix de Christophe Maé pour incarner Flip, et une reprise instrumentale à l’instar de l’épisode 1 de Maya l’Abeille aurait suffit à enchanter nos ravissantes têtes blondes. Nul besoin d’intégrer des chansons à la mode de Disney pour toucher un plus grand public !
Finalement, nos petites butineuses ont perdu de leur charme d’antan et la qualité visuelle en est presque gênante, perturbante voire nuisible au cachet du dessin original – ce qui était déjà le cas de la nouvelle version de la série.
Si les adultes sont ravis de retrouver leur petite Maya sur les écrans et de revivre ses aventures, quelque part au fond de leur coeur d’enfant, ils la voudraient “comme avant” ! De La Grande Aventure de Maya, on revient un peu déçu et on n’en gardera pas un souvenir impérissable…

Fiche Technique : La Grande Aventure de Maya l’Abeille

Titre original : Maya The Bee
Date de sortie : 4 février 2015 (1h25min)
Réalisé par : Alexs Stadermann
Avec : Beate Gerlach, Stefan Krause, Roland Hemmo
Genre : Animation , Aventure , Comédie

Sociétés de production : Studio 100 Media, Flying Bark, Screen Australia
Pays d’origine : Allemagne, Australie
Genre : Animation
Durée : 85 minutes

Tucker & Dale fightent le mal, un film d’Eli Craig : Critique

Dans la famille des succès critiques improbables, demandez Tucker et son comparse Dale ! Pourquoi un tel qualificatif ? Il suffit de voir le titre, aussi bien VF que VO pour se rendre compte de la crétinerie loufoque de l’entreprise : Tucker & Dale fightent le mal (Tucker and Dale vs. Evil).

Une parodie intelligente des films d’horreur

Autant dire de suite que ce n’est certainement pas le genre de long-métrage sur lequel le spectateur lambda se pencherait aussitôt à sa sortie, se présentant sur le papier comme une série Z de bas étage. Pourtant, il s’agit-là d’un divertissement qui mérite amplement le coup d’œil, étant tout simplement meilleur (et pas qu’un peu) des films du genre. Pourquoi ? Réponse dans cette critique !

Avant de vous lancer dans le visionnage de Tucker & Dale, sachez qu’il s’agit-là d’une parodie du cinéma horrifique. Mais attention, pas une comédie potache et lourdingue à la Scary Movie qui enchaîne les références à gogo, se basant exclusivement sur ces dernières pour en tirer des gags discutables pour ne pas dire à la ramasse. Non, Tucker & Dale fait partie de ces parodies sans prétention qui se contentent de singer les clichés du genre et d’y trouver toute leur puissance comique. Ici, vous y trouverez donc tous les grands archétypes du cinéma horrifique : les étudiants en vacances en pleine débauche d’alcool et de sexe, la cabane paumée au fond des bois, la BO tentant d’instaurer une ambiance peu reluisante au bon moment… Mais surtout, Tucker & Dale révèle une intelligence d’écriture que ne saurait renier le duo Simon Pegg/Nick Frost (Shaun of the Dead) et qui fait toute sa force : se concentrer exclusivement sur la connerie typique des personnages des films d’horreur.

En suivant le parcours de deux pauvres « bouseux » gentils comme tout qui vont être pris pour de véritables psychopathes par des ados totalement idiots, Tucker & Dale laisse ainsi la place à un lot de situations aussi loufoques les unes que les autres, mettant à mal toutes les bêtises vues et revues dans les nombreux divertissements horrifiques qui se prennent au sérieux. Et cela sans toutefois délaisser le côté gore de certaines séquences (dont celle du broyeur), permettant au film d’exhiber des effets spéciaux de bonnes factures et ce avec un budget en mode mineur pour le genre (soit 5 millions de dollars). Ni les autres détails techniques, comme la mise en scène d’Eli Craig dont c’est le premier film, le réalisateur s’amusant à reprendre tous les codes du cinéma horrifique (silhouette dans l’obscurité, lumière tamisée, plans rapprochés…) afin de se moquer des Vendredi 13 et autres Massacre à la Tronçonneuse avec savoir-faire. En clair, Tucker & Dale se présente au public comme un divertissement drôle et efficace. Un chouïa longuet sur sa dernière partie, traînant la patte sur un ultime quart d’heure pas aussi délirant que le reste, il faut bien le reconnaître. Mais le plaisir délectable répond bien présent !

Il faut dire aussi que le film ne doit pas sa réussite qu’à son idée de tourner en ridicule les adolescents dans les long-métrages d’horreur. En effet, Tucker & Dale saura également vous séduire avec son duo de tête, deux « péquenauds » diablement attachants et puissamment drôles, interprétés avec justesse par le tandem Tyler Labine/Alan Tudyk. Dès que le film s’intéresse à eux, dès que la caméra daigne s’attarder sur leur petite vie tranquille qui va virer au cauchemar, le spectateur se prend d’emblée d’affection pour ses deux guimauves poisseuses et ne désire qu’une seule chose : qu’ils se sortent indemnes de cette mésaventure et que les ados meurent aussi bêtement les uns après les autres, surjoués soit dit en passant de manière convaincante (parodie oblige) par des comédiens inconnus du grand public.

Alors qu’il y a de cela quelques temps, le réalisateur et les deux comédiens ont commencé à parler d’une suite, nous ne pouvons qu’attendre avec impatience un nouvel opus qui saura suivre les traces de cette délicieuse surprise qu’est Tucker & Dale fightent le mal. Une parodie qui ne tombe jamais dans la surenchère et le lourdingue, se moquant avec intelligence, justesse, jubilation et même douceur d’un genre qui se singe lui-même au fil des longs-métrages. Rafraîchissant au possible !

Synopsis : Tucker et Dale sont deux bouseux au grand coeur venus se ressourcer en pleine forêt. Mais leur route va croiser celle de jeunes étudiants fêtards qui, à la suite d’un quiproquo provoquant la mort de l’un d’entre eux, vont prendre Tucker et Dale pour des tueurs psychopathes et vouloir faire leur peau...

Tucker & Dale fightent le mal : Bande-annonce

Fiche technique – Tucker & Dale fightent le mal

Titre original : Tucker & Dale vs. Evil
États-Unis – 2010
Réalisation : Eli Craig
Scénario : Eli Craig et Morgan Jurgenson
Interprétation : Tyler Labine (Dale), Alan Tudyk (Tucker), Katrina Bowden (Allison), Jesse Moss (Chad), Philip Granger (le shérif), Brandon McLaren (Jason), Christie Laing (Naomi), Chelan Simmons (Chloe)…
Date de sortie : 1er février 2012
Durée : 1h28
Genres : Comédie, horreur
Image : David Geddes
Décors : Sean Blackie, Amber Humphries et Thomas Walker
Costumes : Mary Hide-Kerr
Montage : Bridget Durnford
Musique : Mike Shields
Budget : 5 M$
Producteurs : Morgan Jurgenson, Albert Klychak et Deepak Nayar
Productions : Eden Rock Media, Reliance Big Pictures, Loubyloo Productions et T&D Productions
Distributeur : Wild Bunch Distribution

The Lobster, un film de Yorgos Lanthimos : Critique

Jamais nous n’avons autant entendu parler de la Grèce que cette année. Dans un pays en pleine crise économique et politique, il existe pourtant un exemple de réussite national. Un réalisateur grec audacieux au doux nom suave de Yorgos Lanthimos, tout-juste acclamé par tout le gratin de la profession à Cannes et recevant par la même occasion l’honorable Prix du Jury pour The Lobster.

Synopsis: Dans un futur proche, en vertu des lois de la Ville, toute personne célibataire est arrêtée et transférée à l’Hôtel. Là, il a 45 jours pour trouver un partenaire. Faute de quoi il sera transformé dans l’animal de son choix, puis relâché dans les Bois. N’ayant plus rien à perdre, un homme s’échappe de l’Hôtel et gagne les Bois où vivent les Solitaires et où il va tomber amoureux. Mais l’amour n’est pas autorisé chez les Solitaires…

Toujours aussi absurde, étrange et singulier, symptomatique du cinéma de Lanthimos, The Lobster pourrait néanmoins être perçu comme l’oeuvre la plus « classique » de sa filmographie. Il faut dire que le réalisateur a quitté sa zone de confort artistique pour se lancer dans un projet d’une grande envergure porté par un casting international. Rien à avoir avec les expériences saluées et controversées qu’étaient Kineta, Canine ou Alps, qui toutes trois avaient secoués la critique internationale et reçues une salve de récompenses. Mais ce serait lourdement se tromper que d’affirmer que le réalisateur grec s’est assagi avec ce projet. A nouveau crédité à l’écriture du scénario avec son compère Efthimis Filippou, Yorgos Lanthimos nous livre une nouvelle représentation des contradictions et absurdités de notre société et un film dans la droite lignée de ses précédents films. 

C’est bien, vous avez eu une érection plus rapidement qu’hier.

Le cinéma de Yorgos Lanthimos se présente comme un cinéma d’analyse par l’absurde de l’espace social. Chacun de ses films est la promesse d’un sujet complètement inventif et débridé. Quand bien même il s’agit de drame, le rire n’en est jamais dissocié et n’a jamais été aussi cinglant. Sous allures d’OFNI, The Lobster nous renvoie irrémédiablement à Her, le sublime film d’anticipation de Spike Jonze avec son héros moustachu dans une société dystopique où le couple est une obligation, comme un symbole de la perfection du système. Plus que jamais, le monde dans lequel se déroule The Lobster est régi par des règles totalitaires où le moindre manquement est passible d’une condamnation à mort, ou du moins d’une transformation en animal (ce qui revient presque au même). Mais en animal de son choix, maigre geste de bonne volonté d’une société qui s’évertue à se donner l’illusion d’un système parfait et heureux. Tout est contrôlé dans cet hôtel où les résidents célibataires n’ont que 45 jours pour trouver la partenaire idéal. Qu’il s’agisse des bals pour rencontrer sa partenaire, d’interdire toutes activités sexuelles autoérotiques, de partir en chasse contre les Solitaires (la Résistance) ou de vérifier que les résidents possèdent toujours leur vigueur sexuelle (« c’est atroce »), chaque fait et geste des résidents est surveillé et la plus infime faute au règlement est passible d’une punition (la masturbation étant proscrite, vos doigts pourraient finir toastés). Quiconque aura été un célibataire endurci s’identifiera avec une émotion non dissimulée à la difficulté de David (Colin Farrell) de vivre dans l’angoisse d’être seul alors que l’ordre régnant prône la paire.

On ne manquera pas de mettre le sujet du film en parallèle avec l’impact des nouvelles technologies qui deviennent de véritables agences matrimoniales où il faut posséder le plus de points communs pour plaire à l’autre. Ça ne vous rappelle pas ces sites de rencontre qui vous proposent de calculer vos affinités et vos chances de tomber amoureux avec un partenaire quelconque ? L’amour est un sentiment autrement plus complexe qu’une banale alchimie de points communs. Est-ce-que deux partenaires peuvent-être heureux parce qu’ils saignent tout deux du nez ? A l’inverse, être en couple ne serait-il pas plutôt l’accomplissement de l’individualisme le plus sommaire ? C’est un monde terriblement anxiogène que nous dépeint Yorgos Lanthimos, là où tous les critères qui font qu’un coup de foudre subsiste sont dénigrés au profit d’une tyrannie de l’attachement social. Pour s’opposer à ce totalitarisme matrimonial,  une communauté de résistants s’organise et s’élève contre le conformisme. Ils se prénomment Les Solitaires et luttent, camouflés dans les espaces forestiers, pour survivre tandis qu’ils s’interdisent formellement toute relation sexuelle, contact un peu trop tactile ou manifestation en communauté (on danse ensemble mais chacun porte un casque et écoute de l’éléctro). Au final, ce monde n’est pas plus attirant que celui dominant puisqu’il y règne cette même volonté de se conformer à un ordre établi. Le cinéaste s’amuse ainsi à opposer deux camps aux idées aussi absurdes pour donner lieu à un monde aux problématiques insensées. Il n’y a pas à dire, la provocation grinçante du film donne matière à réfléchir sur la notion d’amour dans nos sociétés. Yorgos Lanthimos s’amuse à déjouer les attentes, briser les mœurs et nous mettre face à nos contradictions. Derrière l’apparente absurdité de la situation, l’univers mélancolique déployé qui résonne fait tristement sens jusque dans son ultime plan, interrogateur et ouvert.

Pour porter ce projet et le propulser sur la scène internationale, Yorgos Lanthimos s’est adjoint les services d’un casting d’exception. A presque quarante ans, Colin Farrell poursuit sa formidable carrière qui consiste à alterner les projets d’auteurs (Bons Baisers de Bruges, Le Nouveau Monde) et les grosses productions hollywoodiennes (Total Recall, Daredevil). En acceptant les projets européens originaux, Colin Farrell s’éloigne ainsi de son image de bad guy pour se donner corps et âme au service d’auteurs. Cela lui réussit puisqu’il délivre ici une performance physiquement déconcertante où son visage n’a -semble-t-il- jamais été aussi déconfit. Un rôle aux antipodes de la jolie performance de Joaquin Phoenix dans Her. A ses côtés, il est accompagné par deux romantiques ratés (géniaux John C. Reilly et Ben Whishaw) qui échoueront lamentablement à aspirer à une vie heureuse. Rachel Weisz incarne quant à elle une sublime et touchante Solitaire dont il est difficile de ne pas tomber sous le charme. Léa Seydoux complète ce casting hétérogène où elle incarne la meneuse des Solitaires, un personnage aussi autoritaire et sauvage qu’Olivia Colman, directrice de l’hôtel des célibataires. Et que dire de la femme sans cœur, interprétée par Angeliki Papoulia qui est sans doute le personnage le plus horrible vu au cinéma ces derniers mois.

Tout dans la mise en scène est d’une précision minutieuse. On pense parfois à un Wes Anderson qui aurait mal vécu une rupture avec cette voix-off qui nous accompagne dans ce monde tandis que chaque cadre fait l’objet d’une droiture remarquable. Lorsqu’il décrit ce monde ritualisé, Lanthimos rappelle donc Spike Jonze mais on serait plutôt tenté de penser à Lars Von Trier, notamment lorsqu’il use de ralentis étirés qui accentue l’absurdité de la chose. Le monde de Lanthimos est géométrique, froid, sans qu’aucune ligne ne puisse s’extirper de son ordre établi, à l’instar du monde dans lequel vit David et ses comparses. Là où l’Amour nécessaire ne devient le reflet que d’un mensonge commun accepté, David et cette Solitaire interprétée par Rachel Weisz doivent donner l’illusion d’être un couple en ville. A cet instant, le faux devient vrai et leur amour naît sous nos yeux avec cette passion et ce désir immuable, propre aux plus beaux coups de foudre. Mais chez les Solitaires, l’amour ne peut exister et donc ce qui s’avère être une règle imposée par la société devient un interdit dans une communauté où on ne peut que s’aimer clandestinement. Comme si le sort s’acharnait sur le personnage de David et qu’il ne pourrait jamais aimer au grand jour. C’est là tout l’enjeu d’une ultime et troisième partie d’un film qui s’est amusé à faire s’entremêler des registres bien distincts, nous emmenant de la comédie absurde au drame romantique en passant par le thriller étouffant.

Avec The Lobster, le cinéaste grec pousse l’originalité de son sujet jusqu’au-boutisme tout en faisant preuve de maîtrise, suscitant le rire et l’émotion dans un monde où l’amour, le véritable, n’est plus qu’une rare denrée permise à ceux qui s’opposent à tous les diktats. Aussi mélancolique qu’effrayant, The Lobster est un film où l’on rit. On rit même énormément, mais sans pour autant que cet étrange sentiment de malaise nous quitte au cours du film. C’est à ça qu’on reconnaît la marque des grands films, de ceux qui bouleversent, bousculent et laissent une impression impérissable. Par son absurdité et son réalisme exacerbé, The Lobster en fait partie.

The Lobster – Extrait VOST

Fiche Technique: The Lobster

Irlande, Royaume-Uni, Grèce, France, Pays-Bas
Genre: Comédie, romance, thriller, science-fiction
Durée: 118min
Sortie en salles le 28 octobre 2015

Réalisation: Yorgos Lanthimos
Scénario: Yorgos Lanthimos et Efthimis Filippou
Distribution: Colin Farrell (David), Rachel Weisz (femme myope), Olivia Colman (Directrice d’hôtel), Ariane Labed (la femme de chambre), Angeliki Papoulia (la femme sans cœur), Ben Whishaw (l’homme qui boîte), John C. Reilly (l’homme avec un cheveu sur la langue), Léa Seydoux (meneuse des Solitaire)
Photographie : Thimios Bakatakis
Décors : Jacqueline Abrahams
Costume: Sarah Blenkinsop
Montage: Yorgos Mavropsaridis
Musique : Amy Ashworth
Producteurs : Ed Guiney, Lee Magiday, Ceci Dempsey, Yorgos Lanthimos, Christos V. Konstantakopoulos, Leontine Petit, Carole Scotta, Joost de Vries, Derk-Jan Warrink, Andrew Lowe, Tessa Ross, Sam Lavender
Sociétés de Production: Element Pictures, Haut et Court, Scarlet Films, Faliro House Productions, Lemming Film
Distributeur: Haut et Court
Budget : 4 000 000 €
Festival: Prix du Jury au Festival de Cannes 2015

 

Le Petit Prince, un film de Mark Osborne : critique

Le Petit Prince de Saint-Exupéry change de décors et de contexte pour nous offrir cette nouvelle version de Mark Osborne (Kung Fu Panda, Bob l’Éponge).

Synopsis : Alors qu’elle se prépare très sérieusement pour intégrer l’Académie Werth selon la volonté de sa maman, une fillette réfléchie et solitaire rencontre un vieillard excentrique et généreux. Cet ancien aviateur ouvrira les yeux de l’enfant sur la beauté d’un monde à la fois simple et riche en personnages et en émotions à travers son récit du Petit Prince…

Une variation très atypique et inattendue :

Dans ce film d’animation, Le Petit Prince est un récit enchâssé à l’intérieur d’une autre histoire : celle d’une petite fille étouffée par les exigences scolaires de sa mère et rongée par l’absence de son père. De cet énorme manque d’amour, va naître une amitié sincère entre la petite et son voisin, un étrange vieux monsieur, ancien pilote d’avion…
Le conte bien connu est ainsi remanié de façon très moderne et actuelle, ce qui n’est pas pour plaire aux puristes car Le Petit Prince se détache beaucoup de la version première, se risquant à perdre en symboles, en finesse et en poésie. Le travail d’analyse philosophique est en quelque sorte « mâché », simplifié, et si le sujet du film est un prétexte au conte de Saint-Exupéry, le récit culte du Petit Prince peut rapidement sembler secondaire.
Malgré tout, l’histoire est d’autant plus touchante qu’elle donne une matière palpable, réaliste et explicative aux images figuratives du texte d’origine. L’imaginaire est sublimé par des passages extraordinaires (le voyage de la fillette dans la boule à neige) et par la musique de Hans Zimmer (Le Roi Lion, Inception, Interstellar), Richard Harvey et Camille Dalmais. Le Petit Prince d’Osborne permet un nouveau regard sur des métaphores riches et complexes. Ainsi, à l’image du renard, le vieil aviateur va « apprivoiser » cette fillette trop sérieuse, triste et solitaire. Le film et le récit de Saint Exupéry évoluent donc en parallèle de même que la fillette et le Petit Prince découvrent l’univers et les êtres vivants.

Une mise en abyme philosophique :

Le Petit Prince reste avant tout un conte philosophique. Les aventures du petit garçon venu du satellite B612 interviennent ici pour ouvrir les yeux de la fillette sur un monde merveilleux au-delà du carcan domestique, professionnel et matérialiste. La rencontre entre le Petit Prince et l’aviateur par des images en stop-motion vient alimenter celle de la petite et de son voisin en images de synthèses. Le gentil vieillard deviendra le guide de la fillette dans le monde tout comme le petit personnage le fut pour l’aviateur.
Ce monde qu’elle ne connaît pas, sous ses aspects oniriques, c’est celui de la vie. La « vraie vie » avec ses interactions sociales, ses rencontres, ses attaches et ses séparations. « L’essentiel est invisible pour les yeux », dira le renard car l’essentiel est caché dans l’imaginaire : dans l’esprit du vieil homme, dans les souvenirs et dans les rêves de la petite fille.
Dès lors, les sentiments qu’elle s’interdisait sont exacerbés, parfois douloureux, mais nécessaires à l’ouverture aux autres et à la vie. Peu à peu, on quitte un monde matériel voire artificiel. Un monde mensonger et superflu dont la petite va déchirer le voile pour accéder au sens de la vie.
Elle partira alors à la rencontre des « autres », avec leurs qualités et leurs imperfections, comme le vaniteux avec son chapeau, l’avare et ses étoiles, la rose narcissique et égocentrique. Ces autres dont on apprend aussi, comme le renard ou même le serpent.
Avec tendresse, on découvre les émotions : l’amour, l’amitié, la peur, le courage, la générosité et la joie. Avec délicatesse aussi, on aborde des sujets plus difficiles : la séparation, la tristesse, la vieillesse et la mort – rendue plus explicite par le départ du Petit Prince doublé de celui du vieil homme.

Finalement, derrière cet univers léger de conte de fée se cachent de grandes vérités philosophiques et morales qui nous aident à traverser la vie, à l’apprécier et à la voir en couleurs ou en phosphorescence. Mark Osborne explique le concept en ces mots : « J’ai beaucoup réfléchi et j’ai compris que la clé serait de raconter une histoire plus large qui englobe le livre… une histoire qui soit un écrin protecteur pour le Petit Prince et son aventure».

Le Petit Prince : Bande-annonce

Fiche Technique : Le Petit Prince

Titre : Le Petit Prince

Date de sortie : 29 juillet 2015
Durée : 1h47
Genre : Film d’animation
Réalisation :  Mark Osborne
Avec les voix de André Dussolier, Florence Foresti, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Guillaume Gallienne, Laurent Lafitte et Vincent Lindon

Scénario : Irena Brignull, Bob Persichetti
D’après l’oeuvre de Antoine de Saint-Exupéry
Musique : Hans Zimmer, Richard Harvey, Camille Dalmais
Producteurs : Dimitri Rassam, Aton Soumache, Alexis Vonarb

Film d’ouverture et de clôture: Deauville se dévoile

La programmation du Festival du Film Américain de Deauville 2015 se dévoile :

Everest pour commencer.

Woody Allen avait ouvert le bal pour la 40ème édition, qui lui succèdera cette année ? Le nom est tombé: Baltasar Kormàkur , la consonance le trahit, le réalisateur islandais ne vient pas des Etats Unis, ont lui doit pourtant les très américain Contrebande et 2 Guns, cette année il présentera donc pour lancer les festivités, le film EverestA sa tête une ribambelle d’acteurs de renoms: l’incontournable Jake Gyllenhaal, l’élégante Keira Knightley, ou encore Robin Whrite et Josh Brolin. Inspiré d’une histoire vraie, le film suit l’ascension du toit du monde par deux expéditions lors d’une tempête de neige ultra violente; les images sont spectaculaires et le film sera projeté en 3D.  Ne reste plus qu’à savoir si les têtes d’affiches feront le voyage avec le cinéaste islandais, il est fort à parier que l’on apercevra Josh Brolin, également présent au générique du film de clôture.

Everest sera également présenté en ouverture à la Mostra de Venise, le 02 septembre prochain. Réalisé par Baltasar Kormákur, le film est prévu dans les salles françaises le 23 septembre prochain.

Sicario pour conclure

Des sommets glacés de l’Himalaya, le cadre changera puisque Denis Villeneuve (Prisoners, Enemy) pose sa caméra à la frontière mexicaine dans un affrontement FBI/Narco qui s’annonce haletant. Un film qui avait mené le  cinéaste canadien en  compétition à Cannes en Mai dernier. L’auteur de Prisonners et d‘Ennemy quitte son acteur fétiche Jake Gyleenhaal, pour s’attacher les services de Benicio del Toro et d’Emily Blunt. Sicario devrait sortir dans les salles françaises le 7 octobre 2015. En attendant la sélection officielle qui sera annoncée le 24 aout, la prochaine édition du festival du cinéma américain de Deauville promet déjà des grands noms.

https://youtu.be/U6sTgmqXn10

Qui pourrait bien succéder à Whiplash de Damian Chazelle, Grand Prix du Jury l’an passé ?

Le 41e festival de Deauville se tiendra du 4 au 13 septembre prochains.

Renseignements : www.festival-deauville.com

Son of a Bitch, un court-métrage de Rémi Clobert : critique

Son of a Bitch n’est pas ce qu’il paraît être au premier abord. Ce moyen-métrage belge de Rémi Clobert est une réelle surprise de 28 minutes, un drame onirique réalisé début 2015 et projeté pour la première fois lors de la 8ème édition de « Namur fait son Cinéma ». Un final déconcertant et sarcastique et une structure narrative trompeuse qui perturbe le spectateur pour lui faire perdre pied à l’image de son personnage, Franck.

Synopsis : Dans un local insalubre, Franck (Rémi Clobert), un bureaucrate d’une trentaine d’années, est aspergé par un seau d’eau qui le réveille à moitié-nu et attaché. Face au mutisme de son bourreau (le catcheur, Monfils Von Creed alias le bourreau Von Creed), il s’interroge sur les causes de son enlèvement, avec pour seule compagnie ses souvenirs avec Isabelle (Taïa Jomaux) et ses secrets intimes qui sont peut-être la clef du mystère.

Un drame onirique :

Après une entrée en matière très abrupte de Son of a Bitch où l’on découvre un homme dénudé, attaché et tabassé dans un local crasseux, le décor se transforme presque aussitôt en un lieu en totale opposition : un bureau propre, calme et strict. On suit alors Franck, ce jeune homme en costume-cravate – qu’on devine être le prisonnier – jusqu’à son domicile, jusque dans sa vie intime, dans son lit avec Isabelle. Puis, le lieu d’amour se meut à nouveau en terrain de torture au travers d’un raccord-image original : une caresse piquante…

Les scènes de tortures et de passion sont ainsi alternées de raccord en raccord, de yaourt périmé en jeu érotique. Ces va-et-vient entre les scènes de violence et de tendresse, entre réel et irréel, suggèrent des tentatives d’évasion par la pensée du personnage. Une échappatoire onirique qui devient peu à peu enivrante, déroutante et parsemée de visions étranges d’une « autre femme » (Caterina Lesti, Mon Cousin Jacques de Xavier Diskeuve). Les personnages féminins sont d’ailleurs omniprésents, quasi-ensorcelants et contribuent à donner un aspect fantasmatique au film. Elles sont sensuelles, voraces, puissantes, dominantes.

Entre conscience et déraison :

Au fil des flashbacks désordonnés et de ces visions féminines et inquiétantes, le rythme entêtant de Son of a Bitch entraîne le spectateur dans l’aliénation latente du personnage de Franck qui perd doucement ses repères, dérive et s’enfonce dans l’obscurité, l’amertume et l’angoisse.
La montée en tension reste malgré tout soutenue et rien n’est révélé sur les raisons ou l’identité du bourreau avant les sept dernières minutes du film. Les visions s’expliquent alors et des retours en arrière déterminants interviennent pour resituer l’histoire dans le temps et conférer au récit toute sa logique.
Pourtant, le scénario n’est pas à court de surprises et le rythme s’accélère dans une multitude d’images en flashback avant d’être interrompu par une confrontation inédite entre Franck et sa réalité. Un retournement de situation ultime qui relance le jeu entre réel et irréel et vient à nouveau nous détromper. La prise de conscience du personnage déstabilise encore davantage le spectateur pour son plus grand plaisir !
Car Son of a Bitch est une incursion dans la pensée de Franck, à travers les souvenirs, les sauts dans le temps et les retours en arrière et nous prenons un malin plaisir à savourer ces délires hallucinatoires ainsi que notre posture de voyeur. On pénètre dans sa tête, dans son passé, ses secrets, et dans ce double-jeu qui rendent ce film si particulier.

Finalement, Son of a Bitch est une œuvre qui répond aux espoirs de l’auteur :

« J’avais depuis longtemps envie de travailler la structure en flashbacks avec une pointe de faux semblants. Ce qui me plaît surtout, c’est travailler l’humain et de dépeindre la réalité avec une pointe d’étrangeté. »

Fiche Technique :

Titre original : Son of a Bitch
Année : 2015
Réalisateur : Rémi Clobert
Scénario : Rémi Clobert
Casting : Rémi Clobert, Caterina Lesti,Taïa Jomaux, Monfils Von Creed

La vidéo de Son of a Bitch :

https://www.youtube.com/watch?v=ByedObLbWcE

A Touch of Zen, un film de King Hu : Critique

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Quand le zen touche au sublime
Le cinéma asiatique est décidément à l’honneur cette année. Fort de sa présence au festival de Cannes 2015, et particulièrement remarquée grâce à the Assassin de Hou Hsiao-Hsien récompensé par le Prix de la mise en scène, il occupe cet été les salles avec deux films restaurés du chinois King Hu, A Touch of Zen en juillet et Dragon Inn en aout, jamais sortis en France.

King Hu, né à Pékin en 1931, débute sa carrière à Hong-Kong comme décorateur, d’où son goût prononcé pour le travail pictural des images et des plans. Lancé par le succès international de l’Hirondelle d’or et de Dragon Inn, King Hu, s’inspirant d’une œuvre de Songling Pu, réalise a Touch Of Zen, un film plus personnel à la narration riche et subtile.

Si celui-ci appartient sans conteste au « wu xia pian » chinois, genre cinématographique « de chevalier errant ou de sabre » conformément à la traduction littérale, A Touch of Zen effleure aussi la comédie et le drame en les mélangeant habilement.

A Touch of Zen présente avant tout un fabuleux récit d’aventure rythmé par de spectaculaires scènes de combat, chorégraphiées comme un véritable opéra. Les corps s’élancent, sautent et se meuvent avec grâce et fluidité, puis virevoltent dans les airs au gré de plans successifs rapides, entrecoupés de ralentis. Le célèbre Tigre et Dragons d’Ang Lee n’a en la matière rien inventé en reprenant cette esthétique martiale.
Les personnages affluent dans l’histoire mais ne l’intègrent souvent que périodiquement, furtivement. Ils vont et viennent, disparaissent comme le souffle du vent qui nous berce tout au long du film. Pour les principaux, on rencontre successivement un écrivain célibataire et peu ambitieux, Gu Shengzai, une jeune femme guerrière fuyant les assassins de son père, Yang Huizhen, et un moine bouddhiste expert en arts martiaux, doté d’une inégalable force spirituelle, Maître Hui-Yuan. Ils sont tous amenés à développer leurs facultés et à affronter ce qu’ils tentent de fuir. Gu, qui refuse d’exercer une charge officielle, se découvre un talent de stratège et lutte contre le pouvoir. Yang Huizhen, fugitive, fait face aux ennemis de son père. Enfin, Maître Hui-Yuan, défenseur de la paix des lieux sacrés, est contraint de combattre et de tuer.

A travers ce long récit aux multiples rebondissements, King Hu aborde des thématiques très variées, à commencer par le rapport de l’homme à la nature.

Le cadre naturel, qui sert d’arrière-plan aux images est omniprésent dès les premières minutes. Dans les tons vert ou bleu, il contraste et souligne comme dans un tableau les couleurs chaudes des costumes. Les hautes montagnes, le ciel bleu, la forêt de bambous et sa brume dégagent une atmosphère de sérénité qui enveloppe les personnages. Seul le moine Hui-Yuan fait pourtant corps avec cette nature, en particulier avec le soleil, porteur de symboles dans le bouddhisme. Vairocana, un bouddha central dans le bouddhisme tantrique japonais était en effet appelé « Illuminateur » ou « Grand soleil ». On retrouve aujourd’hui cette présence à part entière de la nature dans le cinéma de Terence Malick, qu’a Touch of Zen a probablement influencé.
L’art de la guerre est aussi évoqué par le biais de Gu Shengzai, qui élabore des stratagèmes pour affronter l’armée ennemie de la Chambre de l’Est, contrôlée par l’eunuque Wei. Les citations qu’il utilise, comme « connais ton ennemi », ou « affaiblis le moral de l’ennemi » sont directement tirées de l’Art de la Guerre. Les Trois Royaumes de John Woo quant à lui, présente près de quarante ans plus tard, un stratège appliquant les préceptes de Sun Tzu.

Outre l’aspect technique ou le rendu graphique, la pellicule ne reste pas absolument neutre sur le plan politique. On peut voir en filigrane dans les méthodes violentes de la police du Grand eunuque Wei, une satire des procédés utilisés par les gardes rouges de Mao, lors de la Révolution culturelle chinoise à la fin des années 1960, contemporaine du film. Les soldats sont d’ailleurs vêtus de rouge.

Par sa beauté visuelle désarmante et ses scènes de combat virtuoses, a Touch of Zen reste un modèle du genre dans lequel des cinéastes comme Ang Lee, Zhang Yimou ou Quentin Tarantino puisent une inspiration intarissable. Une touche de zen, un trait d’humour, une ligne esthétique parfaite et un fond riche sont à l’origine de ce chef d’œuvre unique et précurseur, devenu une toile magistrale et intemporelle.

Synopsis : En Chine, sous la dynastie Ming, Gu Shengzai, un vieux garçon, peintre et écrivain public, vit paisiblement avec sa mère qui souhaite ardemment lui trouver une épouse. Lorsqu’une nouvelle voisine s’installe dans le fort abandonné à côté de chez eux, l’occasion est inespérée. Mais cette mystérieuse jeune fille n’est autre que Yang Huizhen, une fugitive dont le père a été assassiné par la police politique du grand eunuque Wei, depuis recherchée pour trahison…

A Touch Of Zen : Bande-annonce

A Touch of Zen : Fiche technique

Titre original : Xia Nu (la guerrière chevaleresque)
Date de sortie : 29 juillet 2015 (version restaurée), 17 novembre 1971 (version d’origine)
Nationalité : Taïwanais
Réalisation : King Hu
Scénario : King Hu
Interprétation : Feng Hsu (Yang Huizhen), Shih Chun (Gu Shengzai), Ying Bai , (Le Général Shih Wen-chiao), Roy Chiao (Hui Yan), Ying-Chieh Han (Hsu)
Musique : Tai Kong Ng, Dajiang Wu
Photographie : Huiying Hua, Yeh-hsing Chou
Décors : NR
Montage : Chin-Chen Wang, King Hu
Production : Liang Fang Hsia-Wu, Jung-Feng Sha
Sociétés de production: Talent International Film Cultural Company, Asian Union Film Company, Ltd
Société de distribution : Carlotta Films
Budget : NR
Genre : Aventure, Action
Durée : 2h59 min
Récompense(s) : Festival de Cannes : Film en compétition 1975 (Grand Prix de la Commission supérieure technique), Sélection Cannes Classics, 2015

Renaissances, un film de Tarsem Singh : Critique

Nouvelle Peau

L’association entre les frères Pastor et Tarsem Singh avait de quoi être diablement intéressante. Même si ce ne sont pas les cinéastes les plus connus ni même les plus accomplis de leurs époques, ils ont le mérite d’avoir une approche relativement originale de leurs disciplines. Les frères Pastor avaient écrits et réalisés deux films post apocalyptique assez réussis, Carriers et Los últimos días, qui malgré leurs aspects référentiels étaient des films assez originaux. Tandis que Tarsem Singh est un metteur en scène à l’esthétique riche et à l’univers visuel unique mais qui dispose de films très inégaux, seul The Fall, son deuxième, était pleinement une réussite. Donc voir tout ce joli petit monde derrière un même projet peut autant exciter qu’inquiéter, entre promesses d’un long métrage unique et riche ou à l’inverse celles d’un film empli d’inégalités qui s’enfoncent dans le ridicule.

Au final, le film évitera les deux propositions qui semblaient les plus évidentes car les cinéastes vont tous simplement s’effacer au profit d’un film générique qui ne cherche que l’efficacité. Le scénario, écrit par les frères Pastor, n’exploite pas jusqu’au bout le propos, évitant toutes les questions scientifiques et existentielles qu’un tel concept aurait pu amener ; l’ensemble ne fait que prétexte à une série B énergique. C’est dommage de voir que les ambitions ont été revues à la baisse pour jouer la sûreté car au lieu de prendre le risque de faire un film de SF intelligent au risque d’échouer, ils ont préféré faire un petit thriller d’action plus malin que la moyenne. Mais Self/less en raison de tout cela n’atteindra dans aucun des domaines son plein potentiel. Il va d’ailleurs construire son intrigue sur les clichés et les personnages stéréotypés, le pire étant tout ce qui touche à la sphère familiale, les vies intimes de chacun des personnages seront très grossières et assez agaçantes avec leurs aspects tellement dramatiques que ça en devient niais. Sinon Renaissances sera très prévisible dans le déroulé de son histoire, on sait comment cela va finir au bout de 30mins et l’emploi systématique de facilités scénaristiques n’arrangent pas les choses. Les retournements de situations sont beaucoup trop téléphonés et évidents, notamment dans les révélations faîtes sur le grand méchant. D’ailleurs les méchants du film manquent cruellement de nuances et sont donc très caricaturaux, ce qui rend l’ensemble très manichéen alors qu’ils y avaient des questionnements troubles et diablement passionnants qui auraient pu être explorés. Mis à part ça, Self/less reste assez cohérent dans son approche, grâce entre autres à des dialogues pour la plupart du temps inspirés, qui permettent de créer des relations solides entre les personnages, évitant par la même occasion la romance facile et en permettant d’exposer une amitié solide et palpable entre deux personnages. Cela renforce légèrement l’implication du spectateur et apporte une touche d’humanité non négligeable dans un film qui aurait été sans ça très froid.

Il est aussi important de noter que le film n’est pas non plus entièrement dénué de personnalité, même si c’est celle de Tarsem Singh qui prédomine. On retrouve les thématiques qui lui sont chères, à savoir la quête d’immortalité à la fois littérale et figurée, passant par la transmission, et aussi sa fascination du corps étranger, l’esprit qui voyage dans un autre corps pour le comprendre. On retrouvait déjà ça dans son étonnant The Cell. Malheureusement c’est au niveau de la forme que Tarsem Singh à fait d’innombrables concessions, son style excentrique étant ici incroyablement aseptisé. Il joue sur la sobriété avec une mise en scène assez plate néanmoins dynamisée par quelques fulgurances visuelles qui rappellent le faiseur d’image brillant qu’il est. C’est dommage, voir quel serait le nouveau magnifique tableau qu’allait nous peindre Singh était le principal attrait de ce film. Ici on reste dans une mise en scène classique, distillant quelques scènes d’actions efficaces même si la toute première séquence se révèle assez molle et maladroite dans son exécution. C’est en revanche sur la technique que Renaissances fait son petit effet, avec un montage énergique et bien pensé, qui assure un rythme impeccable au film, même si il se répète un peu avec quelques passages de voix-off. La musique est aussi très inspirée et originale dans son utilisation des sonorités, tandis que la photographie se montre très léchée. On retrouve cette habitude qu’a Singh de créer la froideur avec des couleurs chaudes et inversement, de faire des passages plus chaleureux avec l’utilisation de couleurs froides faisant un contraste assez étrange et pour le moins unique. On retrouve aussi un peu ce contraste des différences au sein même du casting, notamment dans le choix de Ben Kingsley et de Ryan Reynolds pour interpréter un même personnage. L’un est écrasant de charisme tandis que l’autre est typiquement l’acteur beau gosse mais fade. Ce contraste se montre aussi assez intéressant surtout que les deux sont impeccables à leurs manières. Kingsley est égal à lui-même tandis que Reynolds est sur la bonne voie cette année, s’offrant des rôles plus complexes et arrivant à être moins monotone que l’on aurait pu le penser au vu des précédentes années. Ici il arrive encore une fois à être relativement bon. Matthew Goode impressionne aussi avec son élégante étrangeté, entre monolithisme et intensité, tandis que le reste du cast fait le job convenablement.

En conclusion Self/less est un film sympathique dans la mesure où il est une série B efficace et maligne sans pour autant avoir de véritables prétentions. C’est dommage lorsque l’on voit les talents qui sont impliqués sur le projet, qui aurait pu promettre un film singulier et plus intelligent que la moyenne. Mais finalement l’ensemble ne va pas au bout de ses idées et les promesses ne sont pas tenues, l’aspect science-fiction devenant très vite anecdotique et accessoire pour offrir quelques rebondissements assez grossiers. Il n’y a donc pas grand-chose à se mettre sous la dent, que ce soit sur le fond et sur la forme ; il y a de quoi être déçu surtout si l’on connaît les précédents travaux des cinéastes. Néanmoins, tout n’est pas déplaisant, bien au contraire, car l’efficacité prime et elle fonctionne ici. A défaut d’avoir un grand film de SF, on se retrouve devant un sympathique divertissement, parfait pour le dimanche soir, qui sait se laisser apprécier malgré ses nombreux défauts.

Synopsis : Damian Hale (Ben Kingsley), un vieil aristocrate milliardaire, va bientôt mourir d’un cancer. Il souhaite alors faire « transférer » sa conscience dans un autre corps ; celui d’un jeune homme en bonne santé est donc choisi. Cependant, tout ne va pas se passer comme prévu

Renaissances >> Bande-annonce

Renaissances : Fiche Technique

Titre original : Self/less
Réalisateur : Tarsem Singh
Scénariste : David Pastor, Alex Pastor
Interprètes : Ryan Reynolds, Ben Kingsley, Natalie Martinez, Matthew Goode, Michelle Dockery, Melora Hardin, Victor Garber, Sam Page..
Photographie : Brendan Galvin
Montage : Robert Duffy
Costumes : Shay Cunliffe
Musique : Antonio Pinto, Dudu Aram
Décors : Tom Foden
Producteur : Ram Bergman, Peter Schlessel, James D. Stern pour Endgame Entertainment, Ram Bergman Productions
Durée du film : 1 h 56
Genre: Science-fiction, Thriller
Date de sortie : 29/07/2015
Distributeur : SND

BoJack Horseman, saison 2 : Critique

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L’an passé, la rédaction du Magduciné vous faisait part de son coup de cœur dans le milieu des séries d’animation. Il s’agissait de la première incursion dans le dessin animé pour Netflix, déterminé dans son ambition à devenir un acteur majeur de la production audiovisuelle dans le monde. Après House of Cards, Marco Polo et le récent succès Marvel’s Daredevil, Netflix n’a pas lésiné sur ses expérimentations et a rapidement validé une saison 2 pour Bojack Horseman.  Sous-estimée au départ, la série a vite acquis un statut culte dans le catalogue Netflix. Bojack Horseman est très certainement l’un de ses plus brillants produits d’appel.  Pas étonnant qu’une pléiade de guests apparaisse dans cette nouvelle saison et réduit donc de fait la frontière entre le monde de Bojack et le vrai Hollywood. On refait rapidement le pitch : Bojack est une ancienne vedette d’une sitcom des années 1990. Alcoolique et déprimé, il essaie tant bien que mal de se remettre en selle pour retrouver sa gloire passée. A la fin de la première saison, Bojack reçoit un Golden Globe pour son livre autobiographique (!!!) écrit par la nègre Diane. Cela lui vaut même de décrocher le rôle pour interpréter au cinéma Secrétariat, son idole d’enfance. Mais même s’il renoue avec le succès, il finit seul et renfermé dans sa villa, à repasser en boucle les épisodes de sa sitcom. Disponible depuis plus de deux semaines sur le réseau Netflix, on retrouve dans cette seconde saison Bojack dans sa préparation pour son rôle dans le long métrage sur la vie de Secrétariat. Ce rôle devrait lui permettre de retrouver enfin une notoriété honorable. Evidemment, son comportement autodestructeur rendra la tâche plus ardue.

Horsenication

Dans cette nouvelle saison, le travail sur les personnages a été plus que jamais développé. C’en est épatant de voir à quel point chaque personnage a son intrigue bien ficelée et sa psychologie bien définie sans pour autant la rendre caricaturale et prévisible. L’intelligence d’écriture est la force de cette série et démontre tout le talent de son créateur Raphael Bob-Waksberg. Il s’autorise absolument tout cette fois-ci et n’hésite pas à désamorcer les attentes des spectateurs sur son personnage principal pour lequel on est censé avoir au mieux de la sympathie, au pire de l’empathie. Vers la fin de la saison, Bojack devient tellement autodestructeur que la plupart de ses proches vont en payer le prix fort. C’est un tournant bouleversant qui suscitera une grande part d’émotion. Face à des concurrents comme American Dad, Les Griffin voire South Park, Bojack Horseman est en train de révolutionner les séries d’animation pour adultes et adolescents. Alcool, sexe, drogue et décadence sont toujours aussi présents. Le créateur de la série et ses scénaristes nous proposent un questionnement introspectif d’une finesse remarquable à travers ses personnages principaux. Ce sont tous des personnages qui se cherchent et sont en quête d’un idéal de bonheur. Bojack Horseman est une série qui parlera évidemment aux trentenaires et quarantenaires en pleine crise existentiel.

Mais si la saison 2 aborde ses personnages avec plus de dramaturgie, il n’empêche que Bojack Horseman reste une série tout bonnement hilarante. Son univers anthropomorphique participe déjà au succès de la série mais également à son humour inépuisable. Les situations qui font appel à des caractéristiques animalières s’entremêlent avec des gags visuels riches en inventivité. La performance est d’autant plus remarquable que certaines blagues sont d’une subtilité insaisissable au premier abord. De fait, ce sont des centaines de références, jeux de mots et expressions détournées qui inondent cette saison et rendent chaque scène savoureuse. Comme dans la précédente saison, il arrive parfois que les scénaristes se lâchent et retranscrivent littéralement à l’écran des trips hallucinés avec des séquences en animation grandioses. Le travail technique est d’ailleurs d’autant plus remarquable que la graphiste Lisa Hanawalt offre à la série une ambiance visuelle particulière, loin des productions actuelles. L’une des rares qui utilise encore de l’aquarelle pour une production de ce calibre. C’est ce qui fait tout le charme de la série.

Marqué par un ton qui lorgne davantage vers la mélancolie, Bojack Horseman est peut-être la série la plus hilarante et la plus émouvante du paysage audiovisuel animé. Son créateur Raphael Bob-Waksberg  a parfaitement su saisir l’essence, l’audace et l’originalité d’un tel concept. Jamais un personnage n’avait autant suscité de dégoût et d’empathie. Après une première saison excellente qui surprenait par son ton et son univers anthropomorphiste, la deuxième vient définitivement confirmer toutes les attentes et se pose comme la meilleure série d’animation actuelle, rien que ça. Netflix vient justement de confirmer la mise en chantier d’une saison 3. C’est vous dire à quel point cette série est formidable et sur le point de devenir culte.

Synopsis: Vedette très appréciée d’une sitcom des années 1990, BoJack Horseman vit aujourd’hui à Hollywood, rejeté de tous et se plaignant de tout. De nos jours, on le suit alors qu’il tente de retrouver la célébrité avec une autobiographie écrite par sa nègre littéraire, Diane NGuyen. BoJack jongle entre une vie de débauche et des amis souvent encombrants : Princess Carolyn, tour à tour sa petite amie, son ex-petite amie et son agent, Todd Chavez, qui habite chez lui et se considère comme son colocataire, et Mr. Peanutbutter, son ami et ennemi à la fois, héros d’une sitcom du même style et de la même époque que BoJack, mais ayant toujours du succès.

Bojack Horseman Saison 2 – Bande-annonce

Fiche Technique: BoJack Horseman

Créateur : Raphael Bob-Waksberg
Année de création: 2014
Origine : Etats-Unis
Genre: Comédie, Drame, Animation
Format: 25min (12 épisodes)
Diffuseur : Netflix
1ère diffusion de la saison 2 : 17 juillet 2015

Doublage original: Will Arnett (BoJack Horseman), Aaron Paul (Todd), Amy Sedaris (Princess Caroline), Alison Brie (Diane Nguyen), Paul F. Tompkins (Mr. Peanutbutter)

Sinister 2, un film de Ciarán Foy : Critique

Quand un thriller efficace devient un film d’horreur conventionnel

La production selon Jason Blum : permettre la réalisation de films d’horreur à moindre coût (une moyenne de 2 millions de dollars) et les sortir en rafale dans les salles. Une politique qui s’avère des plus payantes, étant donné que le bonhomme peut se vanter d’être l’un des producteurs du cinéma horrifique les plus influents du moment, qui plus est à la tête de divertissements à succès devenus par la suite des franchises (Paranormal Activity, Insidious, American Nightmare). Et maintenant, c’est au tour de Sinister, thriller angoissant simple et efficace que n’aurait pas renié Stephen King, de se voir offrir une suite !

Pour l’occasion, Jason Blum décide de refaire appel au duo Scott Derrickson/C. Robert Cargill pour se charger de l’écriture de cette séquelle. La difficulté : éviter la redite et apporter de la fraîcheur à l’ensemble. Si beaucoup de suites horrifiques tombent très vite dans le panneau, les deux scénaristes ont su partir sur de bonnes bases. En effet, au lieu de repartir à zéro en prenant de nouveaux personnages, ils décident d’écrire une suite directe à partir de la quête rédemptrice du shérif-adjoint de l’opus précédent. Un parti pris qui permet au duo d’avoir quelque chose à raconter, une trame concrète qui puisse donner du corps à ce Sinister 2. Ce n’est pas original pour un sou mais c’est suffisant pour donner de l’intérêt. Sans compter que cette fois-ci, l’histoire n’est plus vue à travers les yeux des adultes mais plutôt des principales victimes, à savoir les enfants. Un choix qui, en plus de montrer l’envers du décor (le modus operandi du démon Bughuul), évite d’user d’un suspense inutile pour les habitués, vu que ces derniers savent à quoi s’attendre.

Mais en opérant ainsi, les scénaristes font perdre à Sinister premier du nom tout ce qui faisait son charme. Car en mettant de côté ce fameux suspense, cette suite oublie l’aspect thriller pour n’être qu’un banal film d’horreur qui reprend maladroitement les détails scénaristiques de son prédécesseur (comme les enregistrements vidéo). Et à trop se concentrer sur les méfaits du démon, le long-métrage délaisse les idées de son script (principalement mettre en scène des jumeaux) au profit de séquences horrifiques plus présentes et qui bénéficient de moyens plus conséquents au point de ne pas avoir peur du grotesque (l’exécution avec les rats) et d’abuser des effets numériques. Il suffit donc pour le spectateur de se laisser aller au visionnage de ce long-métrage, et de suivre naïvement les péripéties paranormales des protagonistes, interprétés honorablement soit dit en passant.

De ce fait, à vouloir se montrer à tout prix effrayant, Sinister 2 se montre-t-il plus efficace que son aîné ? Pas vraiment. En réalisant le premier film et en jouant du suspense comme bon lui semblait, Scott Derrickson avait su livrer une ambiance véritablement pesante et tendue, n’ayant aucunement besoin de jump scares. Ici, son remplaçant Ciarán Foy, malgré des décors et maquillages réussis, ne parvient pas à retrouver l’atmosphère du premier film (cela manque cruellement de jeux de lumière), livrant pour le coup une suite sensoriellement basique qui ne peut compter que sur les sursauts sonores pour livrer son quota d’effroi. Si l’ensemble parvient à faire mouche auprès des âmes sensibles, les amateurs de films d’horreur ne seront aucunement surpris par des jump scares facilement repérables à cause de plans évocateurs et d’une musique révélatrice au possible (cette dernière se tait quand il va se passer quelque chose).

Moins prenant et angoissant que son prédécesseur, Sinister 2 se présente aux spectateurs comme un film d’horreur tout ce qu’il y a de plus conventionnel et qui ne fera nullement date dans ce style de cinéma. Alors oui, les idées scénaristiques et la présence des jump scares permettent à cette suite d’avoir un quelconque intérêt pour ceux qui voudraient sursauter le temps d’un dimanche soir. Mais comparé au film de Scott Derrickson et aux autres poids lourds du genre (comme le récent Conjuring : les dossiers Warren), Sinister 2 fait plutôt pâle figure. Divertissant mais vite oubliable !

Synopsis : Alors qu’il reprend son enquête inachevée sur la mystérieuse mort d’Ellison Oswalt et de sa famille, l’ex shérif-adjoint fait la connaissance de Courtney Collins, une jeune mère fuyant un mari violent, et de ses deux jumeaux Dylan et Zachary. Ces derniers viennent tout juste d’emménager dans une maison sans savoir que celle-ci a été le théâtre de macabres événements. Pour l’ex shérif-adjoint, tout porte à croire que le responsable serait la même entité démoniaque qu’il chasse sans relâche et que Courtney et ses enfants sont ses nouvelles victimes…

Sinister 2 – Bande-annonce

Fiche technique : Sinister 2

États-Unis – 2015
Réalisation : Ciarán Foy
Scénario : Scott Derrickson et C. Robert Cargill
Interprétation : James Ransone (l’ex shérif-adjoint), Shannyn Sossamon (Courtney Collins), Robert Sloan (Dylan Collins), Dartanian Sloan (Zachary ‘Zach’ Collins), Lea Coco (Clint Collins),Tate Ellington (le docteur Stomberg), Lucas Jade Zumann (Milo), Nick King (Bughuul)…
Date de sortie : 19 août 2015
Durée : 1h30
Genres : Thriller, horreur
Image : Amy Vincent
Décors : Bill Boes
Costumes : Stephani Lewis
Montage : Timothy Alverson, Ken Blackwell et Michael Trent
Musique : Tomandandy
Budget : 5 M$
Producteurs : Jason Blum, Scott Derrickson et Brian Kavanaugh-Jones
Productions : Blumhouse Productions, Automatik Entertainment, IM Global, Entertainment One et Tank Caterpillar
Distributeur : Wild Bunch Distribution