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American Ultra, un film de Nima Nourizadeh : Critique

Un programme secret de la CIA a été mis en place pour créer un super agent, capable de combattre le crime à main nu. Tous les cobayes « génétiquement modifiés » n’ont pas réagit à ce programme, sauf le jeune Jesse Eisenberg, junkie amoureux qui cumule les heures sup à sa caisse de supermarché pour offrir à sa dulcinée jouée par Kristen Stewart, des vacances de rêve et des fiançailles dignes de ce nom. Mais une sous-division secrète nommée « Titan » et dirigé par le jeune Topher Grace (That’s 70’s Show) est chargé de détruire ce dernier espoir avant qu’il ne se transforme en super agent. Les hostilités peuvent donc commencer entre 17 soldats sur-entraînés et ce jeune « désaxé ». Coup de chance ou obligations scénaristiques, il faut qu’il survive pour que continue la narration. Mais ces combats suffisent-ils à générer la curiosité?

Entre romantisme adolescent frétillant (n’entendez rien de péjoratif là-dedans), philosophie de couple et problématiques sentimentales, des scènes d’action survoltées tente de rythmer cet énième film d’espionnage où le coup de poing et la détonation sont devenus carotte pour le spectateur. Depuis Kingsman : Services secrets, les copies sont foison. Ne citons que l’actualité (dans 1 mois, la donne aura encore changé), Mission : Impossible 5, Hitman, Spy ou les futurs très-attendus-à-juste-titre Agents très spéciaux – Code U.N.C.L.E par Guy Ritchie et 007 Spectre de Sam Mendès… Le bon sens et le respect d’une histoire originale bien construite s’éteignent au détriment de l’excès de spectaculaire. Je n’ai rien contre ce type de blockbuster, mais ne confondons pas vitesse et précipitation. Si Kingsman réussissait à jouir d’un certain équilibre entre second degré et scènes sur-vitaminées, Mission : Impossible 5 échoue par une surenchère improductive qui cumule déjà vu et montage happyending-nesque. Donner l’illusion de la fausse route ou de l’obstacle fatal ne piège plus personne et fait plus rire qu’il ne crispe. Et le moyen est différent dans American Ultra, mais l’effet identique. Ajouté à cela, une méconnaissance profonde pour le vocabulaire ou l’univers de la CIA, réduit ici à un simple prétexte scénaristique d’espionnage commercial, et des individus unidirectionnels régit par leur unique instinct, vous obtenez une comédie qui pétarde avec l’effet d’une demi-jouissance (ou « plaisir » pour ceux dont le mot est ambigu). Seul le personnage joué par Kristen Stewart, touchante, mérite un particulier intérêt. Le duo au look teenage, qui fonctionne parfaitement, a déjà fait ses preuves sur la comédie hilarante Adventureland en 2009, avec Kristen Wiig, Ryan Reynolds, Bill Hader (The Mindy ProjectSaturday Night Live) et Wendie Malick (Hot In Cleveland), et se reconstituera dans le prochain Woody Allen que nos confrères à Melty n’ont pas manqué de nous dévoiler. Adrian Yates ou celui qui est aux commandes de « Titan » (oui car les noms ne se retiennent guère) se veut être un facteur comique : jeune et machiavélique aux traits pourtant angéliques. Connie Britton alias la mère du programme Ultra apparaît ici plus comme une figure maternelle effacée qu’une véritable ennemie/adjuvant. Les contours seraient-ils mal dessinés? Le personnage de dealer joué par le quinquagénaire John Leguizamo est sous-exploité, puis Jesse Eisenberg figure le nec plus ultra du geek junkie paumé, rôle qui ne manque pas de lui coller à la peau.

Ces imprécisions se répercutent sur le premier intérêt à la vision de la bande annonce: « ça a l’air complètement barré ». Donc certes, ça l’est, mais dans le mauvais sens du terme. Lorsque vient la scène finale de combat (non ce n’est pas un spoiler, mais fait parti de la structure de ce genre de film), nous assistons à une tentative de plan séquence qui n’est pas menée à son meilleure potentielle, et lorsque les soldats censés être sur-entraînés tombent comme des mouches face à un ado qui a fait un peu de karaté, c’est risible. Le réalisateur anglo-iranien, qui a commencé dans la publicité puis des clips musicaux, à qui l’on doit le caustique Projet X se façonne une réputation d’éternel adolescent. Avec ce Projet MK-Ultra, il a voulu mettre en exergue la fiction qui dépasse la réalité (ou l’inverse c’est selon), car oui asseyez-vous, mais ce nom de code correspond bel et bien à un projet secret illégal de la CIA dévoilé en 1975 et mis en place un vingtaine d’années auparavant dans le but d’influencer des sujets humains, consentants ou non, par l’utilisation de substances psychotropes ou autres moyens (chimique, physique, électrique). Les références à ce projet plus vraiment top secret sont nombreuses. Je ne cite que Complots de Richard Donner, Control Factor de Nelson McCormick, RED avec Bruce Willis, John Malkovich, et Morgan Freeman, Call Of Duty : Black Ops ou l‘épisode 5 de la saison 2 de la série Fringe de J. J. Abrams… Dans les années 2010, dans une entrevue à RT America, Roseanne Barr a déclaré que le programme Projet MK-Ultra était toujours actif au sein de l’industrie du film d’Hollywood.

Synopsis : Mike Howell mène une vie paisible et sans ambition avec sa petite amie Phoebe se retrouve soudainement chamboulée. À sa grande surprise, Il est en fait un agent dormant surentrainé dont la mémoire a été effacée. En un clin d’œil, son passé refait surface et Mike se retrouve au milieu d’une opération gouvernementale visant à l’éliminer. Il va alors devoir faire appel à ses capacités insoupçonnées d’agent secret pour survivre.

Le dilettantisme serait un trait caractériel de ces êtres boutonneux à la voix et l’humeur changeantes qu’on a tous été avec plus ou moins de fierté. Il fait également parti de la mise en scène de Nima Nourizadeh qui propose avec son deuxième long métrage, en plus d’une bande son disco pop jazz hommage aux 80’s et un générique de fin animé basé sur les aventures d’Apollo Ape* (personnage le plus mystérieux), un divertissement coloré à demi-corrosif, qui marquera peu les esprits. American Ultra appelle un genre cinématographique bipolaire entre humour noir et action à coupée au couteau, que souligne le prochain Deadpool ! Rendez-vous le 4 février 2016…

*et si vous vous demandez si le comic existe vraiment, je vous conseille de comprendre la langue de Shakespeare pour lire cet article.

American Ultra: Fiche Technique

Titre original : American Ultra
Louisiane, États-Unis – 2015
Réalisation : Nima Nourizadeh
Scénario : Max Landis
Interprétation : Jesse Eisenberg (Mike Howell), Kristen Stewart (Phoebe Larson), Topher Grace (Adrian Yates), Connie Britton (Victoria Lasseter), Bill Pullman (Raymond Krueger), John Leguizamo (Rose)…
Date de sortie : 19 août 2015
Durée : 95 min
Genres : Espionnage, action, comédie
Image : Michael Bonvillain
Décors : Jon Danniells
Costumes : David C. Robinson
Montage : Andrew Marcus
Musique : Marcelo Zarvos
Budget :  —
Producteurs : David Alpert, Anthony Bregman, Kevin Scott Frakes, Britton Rizzio et Raj Brinder Singh

Producteurs délégués : Ray Angelic, Steffen Aumueller, Robert Ogden Barnum, Jonathan Gardner, Zülfikar Güzelgün, Buddy Patrick, Eyal Rimmon et Gideon Tadmor.

Coproducteur : Mark Fasano
Productions : PalmStar Media, The Bridge Finance Company, Circle of Confusion, Likely Story et Merced Media Partners
Distributeur : Lionsgate (États-Unis), Elevation Pictures (Canada), Metropolitan Filmexport (France)

Vestiaires, saisons 1 à 4 : critique de la série

Alors, le handicap, on en parle ? Dans Vestiaires, la série télévisée diffusée cet été sur France 2, la parole est donnée directement aux handicapés. Cette production d’Astharté et Avalon Films, créée par, mais pas pour, des handicapés est un succès inattendu – surtout pour les auteurs… Succès confirmé par 1,7 millions de téléspectateurs, par le Trophée Duo TV aux Trophées du Film Français 2012 et par une Saison 5 en préparation.
Avec humour et dérision, des « handinageurs » d’un club marseillais s’expriment sur leur quotidien, leurs passions et évidemment sur leurs handicaps !

L’humour toujours !

Loin d’être une séquence émotion de plus dans la sphère du cinéma sur la réalité du handicap, Vestiaires est un vent de fraîcheur, une mini-série drôle et fantasque, avec parfois un brin de cynisme mais toujours beaucoup d’auto-dérision. Cette volonté d’interpréter le handicap avec légèreté et ironie a attiré dans ses filets de vrais acteurs handicapés qui désapprouvaient au départ les rôles d’infirmes des films sentimentaux. À ce sujet, Adda Abdelli, auteur et acteur au sein de la série , à confié à Cinéséries-Mag : « Alexandre ( Alexandre Philip, Orson dans la série) ou Philippe Sivy (Plus Belle la Vie) sont des gens qui n’étaient pas intéressés par les rôles d’handicapés mais, dans la série, ils ont vu autre chose. »
Les créateurs, Fabrice Chanut (La Piscine) et Adda Abdelli, y mettent en scène des conversations décalées, mais aussi réalistes, tenues par des nageurs handicapés dans les vestiaires de la piscine. Réalistes, car les auteurs se sont inspirés de situations vécues et de propos décalés entendus dans les vestiaires de leur club handisport à l’époque où ils cherchaient un projet à monter ensemble. « La première saison et un peu de la deuxième sont énormément dans le vécu. La plupart des situations ont été soit vécues, soit vues, soit exagérées. » ajoute Adda Abdelli.
Dans ces Vestiaires, on retrouve Romy (Adda Abdelli), poliomyélite et père de famille « sage mais pas trop » dixit l’acteur. Dans son interview du 22 août, Adda précise
aussi que le personnage ressemble un peu à ce qu’il est dans la vraie vie.
À ses côtés, il y a Orson (Alexandre Philip,
Ashes to Ashes et la série Lazy Company diffusé sur France 4), célibataire sarcastique atteint d’une agénésie des bras qu’il appelle ses « bras de pingouin », la jolie Caro (Anaïs Fabre, Les Vacances de Ducobu, Plus Belle la Vie et Le Mystère du Lac qui sera diffusé le 3 septembre sur TF1) victime d’un AVC auquel elle doit sa « mémoire de poisson rouge dans un corps de sirène », le sympathique Ramirez (Luc Rodriguez) avec sa langue – trop ? – bien pendue et Cyril Missonnier dont le silence en dit long. Au fil des épisodes et des saisons, d’autres comiques et quelques célébrités « handis » ou valides se joindront à la fine équipe, notamment Pascal Légitimus en visiteur médical, Clémentine Célarié en « Star » et Philippe Croizon, l’athlète handicapé dans son propre rôle. De quoi encore alimenter la notoriété de la série !

« Faire oublier le handicap »

La série Vestiaires est drôlesque, inventive et touche ainsi un large public, handicapé ou non. Elle surprend par son naturel et sa désinvolture mais, loin de nous déranger, on y adhère facilement.
Fabrice Chanut expliquait en 2011, année de la première diffusion : « C’est au moment du tournage qu’on a vraiment réalisé que des scènes banales pour nous pouvaient choquer, et que la série avait un discours sous-entendu. Si la série réussit à faire oublier le handicap, c’est gagné ».
Un pari réussi par les deux auteurs car, quand on regarde la série, ce que l’on voit de prime abord, ce sont de grandes qualités d’acteurs et d’humoristes. Les personnages sont sympathiques, attachants, familiers presque et les interludes entre chaque épisodes sont autant d’allégresse et de liberté dont tout être humain a besoin. Une belle équipe de philanthropes en somme qui prennent plaisir à nous faire plaisir et qui attirent par leur charisme. L’accent chantant de Romy et Ramirez fleure bon les vacances d’été et nous invite à lâcher prise.
Certes, la série ne peut pas plaire à tous mais pour certains handicapés, c’est un message généreux et optimiste, un témoignage épicurien.
D’après la chaîne France 2, la série Vestiaires est d’ailleurs une vraie réussite : « Un vrai score ! Cette série joue à merveille son rôle de lien social, particulièrement fédérateur. C’est un programme emblématique de ce que doit faire France 2 en rassemblant toutes les composantes de notre société, avec un humour décapant et bienveillant. Il s’adresse à tous sur un ton qui est accessible pour tous. »
Vestiaires est dans un tel essor que nos deux auteurs se sont lancés en 2014 dans une aventure parallèle : la Web-série Vestiaires Libérés. Autres décors, autres scénarii, la série du net remet l’Histoire au goût du jour et des handicapés. Les anecdotes historiques ( Jeanne d’Arc, Armstrong) mais aussi les contes de fées ( La Belle au Bois Dormant) sont détournés à la manière des Monthy Pyton en y incrustant un personnage handicapé.

En bref, Vestiaires est un série burlesque qui gagne à être connue du grand public !

Fiche Technique : Vestiaires

Titre original : Vestiaires
Genre : Humoristique
Année : 2011

Création : Adda Abdelli et Fabrice Chanut
Production : Astharté et Compagnie Avalon production
Acteurs principaux : Alexandre Philip, Adda Abdelli, Anaïs Fabre, Luc Rodriguez, Cyril Missonnier, Philippe Sivy
Musique : Franck Lebon
Pays d’origine : France
Chaîne d’origine : France 2
Nombre de saisons : 4, saison 5 à venir !
Durée : 2 minutes par épisode (40 épisodes par saison)

 Vestiaires : la Bande-Annonce de la Saison 2

 

Mission : Impossible et ses univers musicaux

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L’univers musical de la saga Mission : Impossible

Mission : Impossible >> B.O./Trame Sonore/Soundtrack

A l’occasion de la sortie du dernier Mission : Impossible Rogue Nation avec l’iconique Tom Cruise, lemagduciné s s’est penché sur l’univers musical de la saga tout entière.

Adapté de la série de Bruce Geller, le premier film devait être réalisé par Sydney Pollack, sous l’impulsion de l’acteur lui-même et son agent Paula Wagner qui viennent tout juste de fonder une société de production, mais le projet revient à Brian De Palma, lassé de ses précédents échecs commerciaux (Outrages, Le Bûcher des vanités et L’Impasse). Rencontré chez Spielberg, le réalisateur avoue à Cruise vouloir depuis longtemps mettre en scène un film d’espionnage qui se déroulerait en Europe.

Mission Impossible TV Series

Source : Samuel Blumenfeld et Laurent VachaudBrian de Palma : Entretiens avec Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud, Calmann-Lévy,‎ 2001

Mission : Impossible (1996) Brian de Palma

C’est en 1994 que la production s’amorce avec David Koepp (L’Impasse, Jurassic Park), Robert Towne (Bonnie & Clyde, Chinatown) et Steven Zaillian (La Liste de Schindler) à l’écriture. Mission : Impossible est le film de la carrière de Brian De Palma qui, enfin, jouit d’une grande liberté. Ce dernier pense que Lalo Schifrin ne pourra pas composer toute la musique du film. La production fait donc appel à Alan Silvestri, connu pour sa collaboration avec Zemeckis, mais ce dernier, trop solitaire, n’écoute pas les suggestion du réalisateur qui, en plus de juger sa musique trop « mélodique » avec« quelque chose d’excessif », estime qu’elle ne plaira pas à Tom Cruise. C’est enfin Danny Elfman, déjà triple récompensé (Grammy pour Batman en 1989, Emmy pour Les Simpson l’année suivante et Golden Globe pour L’Étrange Noël de Mr. Jack en 1994) qui compose la bande son originale.

Le thème orignal, orchestral jazz avec percussions, est repris et rallongé d’une minute par deux des membres de U2, Adam Clayton et Larry Mullen, et se classe 7ème au Billboard Hot 100 (classement hebdomadaire des 100 chansons les plus populaires aux États-Unis par le magazine consacré à l’industrie du disque). L’album atteint la 16ème position du Billboard 200. En 1966, Lalo Schifrin compose avec élégance un refrain dynamique, nerveux aux sonorités jazzy, fidèle à ses origines argentines et propre à l’univers à succès des agents spéciaux qui savent prendre des risques sans jamais se prendre au sérieux, tandis que les deux musiciens rock irlandais accentuent les teintes froides et électrique en modifiant légèrement le tempo et en rajoutant des nuances électronique et des voix qu’on pourrait par exemple retrouver dans le générique de 1963 de Doctor Who par Ron Grainer ou dans certaines chansons de Massive Attack (« Angel » ou « Karmacoma »). En 1968, le travail du compositeur est récompensé d’un Grammy et le générique de la série devient aux Etats-Unis et dans le reste du monde occidental, synonyme d’action et de suspense.

https://www.youtube.com/watch?v=iLClWG1KKoE

La majorité des titres de l’album, sorti en même temps que le film, n’apparaissent pas à l’écran et ont été sélectionnés par leur vague lien de parenté à l’univers britpop et rock alternatif que l’on attribue à défaut trop rapidement à l’ensemble du film de De Palma. Il faut donc compter sur Danny Elfman pour continuer l’analyse et pour comprendre son univers, revenir sur sa collaboration avec Tim Burton.

En 1985, Paul Rubens, créateur du personnage de Pee-Wee, et Tim Burton appréciait déjà le groupe de rock dont faisait parti le compositeur, Oingo Boingo, mais pour le film, il ne s’agissait pas de concevoir des musiques proche de ce que the band produisait. D’autant plus que le musicien a toujours eu en horreur le recours au rock dans ses compositions, car il protestait (le présent doit encore être de mise) contre les bandes originales des films hollywoodiens qui regorgent jusqu’à l’écœurement de « tubes » destinés à assurer la vente de disques. Et le cas de Mission : Impossible en est encore un exemple flagrant. En effet les producteurs ont longtemps préférés vendre des chansons plutôt que la bande originale, qu’il estimait moins vendeur. Autre exemple, à la sortie de Batman, le disque de Prince, inspiré par le film, est sorti avec le logo de l’affiche et fut présenté comme la bande originale du film, alors que deux chansons seulement y étaient effectivement incluses. Pour le cas présent, il faut compter sur 3 morceaux dont 2 appartiennent au compositeur. L’autre étant The Cranberries avec Dreams. Ne nous énervons pas, ce n’est pas le sujet.

En 1971, le jeune Danny, âgé de 18 ans, joue du violon au célèbre Grand Music Circus de Jérôme Savary, directeur de théâtres musicaux notamment. Son attrait pour les monstres, les morts-vivants, les vampires, les univers parallèles plus ou moins menaçants qui peuplent les films fantastiques depuis les origines, est commun à l’univers du cinéaste. De plus, les influences musicales revendiquées par les deux hommes sont, entre autres, celles de Nino Rota pour Fellini et Bernard Herrmann pour Hitchcock. De quoi annoncer une étroite et longue collaboration. On retrouve chez les deux un goût pour la fête, du spectacle, couplé à une certaine inquiétante étrangeté (Noël/Halloween dans L’Etrange Noël…). On devine également l’importance de l’œuvre de Tod BrowningFreaks en 1932 et les phénomènes de foire (Beetlejuice, Edward aux mains d’argent, le Pingouin de Batman…). Le motif du cirque et de la fête mêlé à un univers noir et angoissant ne peut se passer d’une musique inspirée de divers courants et époques musicales. Parmi les noms cités : Max Steiner et les symphonies américaines sans oublier le jazz et les comédies musicales, Béla Bartók, la musique disharmonique de Philip Glass, Maurice Ravel (il n’y a qu’à écouter le Boléro pour se rendre compte de la filiation) et Erik Satie ou encore les classiques russes Prokokiev, Stravinsky et Tchaïkovski.

Je n’irais pas plus loin sur cette notion du cirque et du spectacle de foire, dont les origines du cinéma ont nourri l’œuvre de Danny Elfman et des alternatives « new waves » aux petites pièces rythmées et grinçantes du compositeur allemand Kurt Weill, le complice de Bertold Brecht, sur certains morceaux de son groupe de rock Oingo Boingo, car la bande son de Mission : Impossible ne traduit pas suffisamment cette réflexion. Écoutez ce morceau qui reprend à 3’38 le thème de Lalo Schifrin pour vous en rendre compte :

Je me rallie à l’avis de Steven McDonald sur l’aspect un peu médiocre et trop peu singulier des compositions de Danny Elfman.

«  The Adam Clayton/Larry Mullen update of the classic theme is OK, but that same epithet applies also to Danny Elfman‘s somewhat generic-sounding music. Come to think of it, the entire album tends strongly toward the generic — just perfect for the airplay end of the spectrum, no doubt. »

« Je n’ai rien à dire sur la mise à jour du thème classique par Adam Clayton et Larry Mullen. Je ne changerai pas d’opinion également sur Danny Elfman malgré le fait que sa musique puisse paraître un peu trop générique — ….. »

(AllMusic Review)

Liste des titres de l’album

1. (Theme from) Mission Impossible- Adam Clayton & Larry Mullen, Jr. (3:27)
2. « Spying Glass »- Massive Attack(5:21)
3. « I Spy »- Pulp(5:56)
4. « Impossible Mission »- Danny Elfman(5:35)
5. « Headphones »- Björk(5:40)
6. « Weak »- Skunk Anansie(3:31)
7. « On & On »- Longpigs(4:11)
8. « Claire »- Danny Elfman(2:55)
9. « Dreams »- The Cranberries(4:13)
10. « You, Me And World War III »- Gavin Friday(4:28)
11. « So »- Salt(3:33)
12. « Trouble »- Danny Elfman(3:32)
13. « No Government »- Nicolette (5:31)
14. Alright- Cast(3:35)
15. The Dance of the Butterflies- Benjamin Orr (7:02)
16. « Mission: Impossible Theme » (Mission Accomplished)- Adam Clayton& Larry Mullen, Jr. (3:05)

Compositions originales de Danny Elfman

1. « Sleeping Beauty » (2:28)
2. « Mission : Impossible Theme » – Lalo Schifrin(1:02)
3. « Red Handed » (4:21)
4. « Big Trouble » (5:33)
5. « Love Theme? » (2:21)
6. « Mole Hunt » (3:02)
7. « The Disc » (1:54)
8. « Max Found » (1:02)
9. « For « Job » » (4:38)
10. « Betrayal » (2:46)
11. « The Heist » (5:46)
12. « Uh-Oh! » (1:28)
13. « Biblical Revelation » (1:33)
14. « Phone Home » (2:25)
15. « Train Time » (4:11)
16. « Menage a Trois » (2:55)
17. « Zoom A » (1:53)
18. « Zoom B » (2:54)

Mission : Impossible 2 (2000) John Woo

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Peu de temps après la sortie du premier opus, Oliver Stone est attaché à un projet de suite et écrit une ébauche de script. Mais il quitte finalement le projet quand Tom Cruise décide de partir tourner Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick. C’est finalement John Woo qui reprend les commandes. Après deux films américains avec en vedette Jean-Claude Van Damme (Chasse à l’homme en 1992), puis John Travolta (Broken Arrow en 1996 qui lui permet de renouer avec une certaine stylisation de la violence), le réalisateur chinois fait véritablement ses preuves aux USA avec Volte-face dans un brillant face-à-face entre le dernier acteur cité et Nicolas Cage. La composition de la musique est attribuée à un autre grand qui n’est autre que Hans Zimmer.

Le jeune musicien d’origine allemande, installé en Angleterre dès l’âge de 14 ans, a également fait parti d’un groupe The Buggle a qui l’on doit le célèbre titre Video Killed the Radio Star. Il se lance très vite dans la musique électronique en collaborant avec le groupe new wave Ultravox. Sa carrière se lance lorsqu’il devient l’assistant de Stanley Myers qui l’entraîne notamment sur la production de My Beautiful Laundrette de Stephen Frears. Sa composition de Un monde à part de Chris Menges attire l’attention de Barry Levinson qui frappe littéralement à sa porte pour lui demander de travailler sur Rain Man. Ce film marque l’entrée tonitruante du compositeur sur le sol américain avec une nomination aux Oscars. On retrouve dans ce film le titre Iko Iko, remixé par Zap Mama qui ouvre Mission : Impossible 2 lorsque Ethan Hunt, alors en vacances, escalade des rochers du Dead Horse Point en Utah. Coïncidence ? Je ne crois pas. Dès les années 90, Hans Zimmer s’attaque à un nouveau style : le film d’action. Puis la consécration lui vient en 1994 avec Le Roi Lion pour lequel il obtient le seul oscar à ce jour de sa carrière. L’année suivante, il compose pour Jerry Bruckheimer et Tony Scott la bande originale de USS Alabama, marquera l’histoire des films d’action hollywoodiens, pour son alliance entre musique électronique, orchestrale, et l’utilisation impressionnante des chœurs. Zimmer connaît son plus gros succès commercial avec le film Gladiator de Ridley Scott où il s’associe avec la chanteuse australienne Lisa Gerrard. La même équipe s’occupe en 2000 de Mission : Impossible 2 de John Woo dans l’urgence.

Et cela s’en ressent. Sans réel identité, si ce ne sont les titres plus rock heavy metal qui viennent ponctuer les scènes d’action finales entre autres, la composition de Hans Zimmer est assez fade. Entre acoustique hispanique pour le romantisme durant les scènes entre Nyah et Ethan, latino gipsy et pauvres ambiances « sauvages » de crépuscule, qui paraissent bien insipide à côté du morceau de Limp Bizkit qui revisite brillamment  le thème original avec Take a Look Around . Une reprise métal surprenante. Seul le titre « Injection«  comporte une charge émotionnelle suffisante.

Limp Bizkit donc, mais également Metallica qui signe pour le film, « I Disappear« . Rob Zombi, The Pimps et les Foo Fighters qui reprennent les Pink Floyd… Il n’y a pas à dire, ces chansons « additionnelles » sont beaucoup plus existantes, donnant un côté bad ass au personnage de Tom Cruise, que l’univers flou de Hans Zimmer. Et Ethan Hunt peut tomber amoureux si les fans pouvaient en douter..! On est donc plongé dans une course contre la montre sentimentale teintée de quelques efforts explosifs, et combats au pied, car c’est John Woo qui réalise faut pas dé***** ! A la sortie du film en mai 2000. Avec un casting beaucoup moins bankable que le premier, le film réussi à cumuler plus du quadruple en box office par rapport à son budget initial, mais je trouve que ce deuxième opus est le seul (avec le dernier) qui ne se regarde qu’une fois avec « plaisir ». La relation entre Nyah, jouée par Thandie Newton aux origines zimbabwéenne, et Ethan parait à présent superflue, un peu prétexte à mon avis. Et entre la love story et le film d’espionnage, les contours sont flous et la violence aseptisée (exceptée pour la scène finale en moto et les combats près des plages). Seul les morceaux de heavy, metal et rock alternatif souligne ce nouveau tournant dans les films Mission : Impossible, « manu militari » presque van dammien, avec une certaine fougue qui s’adresse à un public beaucoup plus jeune que le premier.

Liste des titres de l’album (63:14)

1. Limp Bizkit– « Take a Look Around »
2. Metallica– « I Disappear »
3. Rob Zombie– « Scum of the Earth »
4. Butthole Surfers– « They Came In »
5. The Pimps – « Rocket Science »
6. Foo Fighters  – « Have a Cigar » (reprisedes Pink Floyd)
7. Chris Cornell– « Mission 2000 »
8. Godsmack– « Goin’ Down »
9. Uncle Kracker– « What U Lookin’ At? »
10. Apartment 26– « Backwards »
11. Diffuser– « Karma »
12. Buckcherry– « Alone »
13. Tinfed– « Immune »
14. Powderfinger– « My Kind of Scene »
15. Tori Amos– « Carnival »
16. Hans Zimmer– « Nyah »
17. Hans Zimmer– « Injection »
18. Zap Mama– « Iko Iko »

Compositions originales de Hans Zimmer

1. « Hijack » (4:09)
2. « Seville » (feat. Lisa Gerrard) (4:32)
3. « Nyah » (2:20)
4. « Mission: Impossible Theme » (Lalo Schifrin) (0:39)
5. « The Heist » (2:22)
6. « Ambrose » (2:37)
7. « Bio-Techno » (1:42)
8. « Injection » (feat. Lisa Gerrard) (4:49)
9. « Bare Island » (5:30)
10. « Chimera » (1:42)
11. « The Bait » (1:00)
12. « Mano a Mano » (feat. Lisa Gerrard) (4:22)
13. « Mission: Accomplished » (1:44)
14. « Nyah and Ethan » (5:05)

Mission : Impossible 3 (2006) J.J.Abrams

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Jamais deux sans trois. Avant J.J.Abrams, Mission : Impossible 3 devait être confié à David Fincher pour une sortie à l’été 2004. Mais le projet est confié à Joe Carnahan (Narc) qu’il développe sur plus d’un an. Tom Cruise ayant le dernier mot, fait appel au showrunner d’Alias qui l’a subjugué. Kenneth Branagh, Carrie-Anne Moss et Scarlett Johansson devaient tenir un rôle, tout comme Thandie Newton devait reprendre son rôle, mais la production est retardée, car J.J. Abrams doit tenir ses engagements sur Lost. Ce qui laisse le champ libre donc pour Tom Cruise de tourner avec Spielberg pour La Guerre des Monde. A la reprise, Scarlett a d’autres obligations auprès de Woody Allen et Hugh Jackman (Scoop) tout comme Carrie-Anne Moss avec la fraterie Wachowski (Matrix).

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Longtemps influencé par l’oeuvre de Spielberg et Star Wars pour qui le jeune réalisateur voue un culte sans nom, les influences de J.J. Abrams se tourneront donc vers des œuvres qui l’ont marqué, comme E.T. ou Poltergeist. Il compose également avec son ami Michael Giacchino les thèmes d’Alias, Lost et Fringe.

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Parmi les musiques additionnelles : le rappeur Kanye West chante avec Keisha Cole feat. Twista un titre rap aux sonorités dancehall/raggae/funk qui fleurissent dans ces années 2000 (Sean Paul, Justin Timberlake, Timbaland…). On peut écouter « Impossible » sur les crédits de fin.

Concernant la composition de Giacchino, l’utilisation du piano, déjà fréquente dans la série, apporte une plus-value presque artisanale, renforçant le mystère sur l’action, la sensibilité sur l’émotion. La composition est assez complète et le titre 11 mélange à la fois les cordes stridentes de l’univers de l’horreur au vents puissants et tambours battants de celui du péplum. On assiste à une tentative d’harmonisation entre l’intime et le grandiose. Le film d’espionnage n’est pas qu’une simple histoire de vengeance et de sauvetage sur l’être aimé, mais d’un travail d’équipe spectaculaire qui ne laisse personne insensible. Je ne parle que de la bande son, mon opinion sur la mise en scène est relativement différente. Le désir de contraste et de nuances est évident, les références multiples. Je m’abstiendrais de tout commentaire, ignorant les influences précises sur certaines chansons. La plus construite reste pour moi la 14 « World’s Worst Late 4 Minutes To Live » dans laquelle différentes couleurs auditives composent un ensemble harmonique et efficace en terme d’émotions (les grincements de violon introductifs aident peut-être aussi). Notons que sur une minute, seul le piano démarre la piste suivante, isolant l’émotion pour la reprendre symphoniquement sans grande réussite par la suite. La chaleur générale un peu surfaite de cet album contribue à l’aspect télévisuel, mais de qualité, de ce troisième volet.

Liste des titres composés par Michael Giacchino

1. « MI Theme » (0:51)
2. « Factory Rescue » (4:14)
3. « Evacuation » (2:46)
4. « Helluvacopter Chase » (3:15)
5. « Special Agent Lindsey Farris » (2:46)
6. « Ethan and Julia » (1:24)
7. « Humpty Dumpty Sat On a Wall » (5:55)
8. « Masking Agent » (3:41)
9. « Voice Capture » (2:41)
10. « See You In The Sewer » (1:45)
11. « Davian’s Brought In » (2:06)
12. »Bridge Battle » (4:13)
13. « Davian Gets The Girl » (2:44)
14. « IMF Escape » (2:44)
15. « Disguise The Limit » (3:24)
16. « Shang Way High » (3:39)
17. « The Chutist » (1:59)
18. « Hunting For Jules » (3:55)
19. « World’s Worst Last 4 Minutes To Live » (4:11)
20. « Reparations » (3:36)
21. « Schifrin and Variations » (3:04)

 

Mission : Impossible Protocole Fantôme (2011) Brad Bird

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Malgré les recettes « décevante » du troisième, la Paramount Picture a à cœur de sortir un quatrième opus. J.J. Abrams, trop occupé, refuse un peu à contrecœur la mise en scène, mais se joint à Cruise pour le produire. On retrouve Simon Pegg dans le rôle de l’agent Dunn, un peu étourdi, à l’image des personnages comiques qu’il a l’habitude de jouer. Jérémie Renner rejoint le casting sous les traits de l’agent Brandt, personnage créé pour pallier à un éventuel départ de l’acteur principal. Paula Patton remplace Maggie Q, troisième agent féminin typée (après zimbabwéenne et hawaïenne, afro-américaine). Brad Bird (Tomorrowland), ayant fait ses preuves dans l’animation avec Le Géant de Fer, Les Indestructibles et Ratatouille, se voit confier la réalisation. C’est un ami de J.J.Abrams et Michael Giacchino. Ce dernier compose encore la bande son de Ghost Protocol en exploitant plusieurs fois le thème original et « The Plot » de Lalo Schifrin.

https://www.youtube.com/watch?v=ZhLZUUazqB8

Retour au source et profond respect ou facilité de composition ? A la lecture de la tracklist de Giacchino, on aurait du mal à se positionner, bien que le curseur penche vers le premier. La sensibilité du cinéaste en terme de rythme et d’images animées (car oui penser « animé Pixar », c’est penser « efficacité ») participe-t-elle à une éventuelle différence de ton ou d’intensité par rapport aux précédents de la saga ? Ma réponse est, sans hésité, affirmative.

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Giacchino a eu le temps de faire davantage ses preuves depuis son Emmy Award pour la bande son de Lost en 2005. Après un Grammy pour Ratatouille et des compositions pour des jeux vidéo tels que Call of Duty et Medal of Honnor, il rafle un Golden Globe, un BAFTA, un Grammy et surtout un Oscar pour la chanson « Married Life » et implicitement sa composition dans Là-haut des studios Pixar en 2010. Il a acquis au début de cette nouvelle décennie une reconnaissance planétaire. Ne mentionnons même pas Vice versa qui est très bien parti pour gagner toutes les récompenses à la rentrée prochaine. (Je me garderai sur la référence principal au jazzman Jerry Martin qui a composé la musique des Sims…) Qu’en est-il donc de ses compositions sur le 4ème opus ?

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Commençons par la fin en nous replongeant dans la musique des crédits défilants. Si la plupart des spectateurs sont déjà parti avant même que les premiers noms apparaissent à l’écran, il n’en reste pas moins un excellent résumé de l’univers musical du film.

https://www.youtube.com/watch?v=QIa3iBqjcPA

En reprenant « Kremlin with Antipation » ou « Mumbai’s the Word », on a un vite aperçu d’une certaine ampleur. Un choeur masculin russe suffit à nous plonger au cœur de la forteresse du Kremlin de Moscou ou nous donner l’impression de défiler sur la place rouge. Si l’effet fonctionne par association d’idées et surtout de stéréotypes auditifs. « A Man, A Plan, A Code, Dubai » n’est pas loin de la musique de John Williams lorsqu’il compose pour Indiana Jones en nous faisant voyager en plein désert égyptien. Le Moyen-Orient résonne dans nos oreilles, car par habitude on associe cette élan de percu, cordes et vents aux mélodies orientales et rythmes indiens. Des univers distincts recomposés donc pour donner cœur aux cascades époustouflantes. Si l’on rajoute les musiques additionnelles raggae, disco ou classique, on obtient un ensemble presque total qui était cher à Wagner et le romantisme allemand, mais ceci est un autre débat. De là à affirmer que le 4ème film de la saga est une œuvre d’art total… Brad Bird réussit néanmoins à équilibrer avec efficacité spectacle, émotion, humour et espionnage high-tech que seul De Palma avait réunit 15 ans auparavant. Ghost Protocol reste à ce jour mon préféré de la saga.

Liste des titres composés par Michael Giacchino

1. « Give Her My Budapest » (1:57)
2. « Light the Fuse One » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (2:01)
3. « Knife to a Gun Fight » (3:42)
4. « In Russia, Phone Dials You »(Contient le « Mission: Impossible Theme » et « The Plot » Lalo Schifrin) (1:40)
5. « Kremlin with Anticipation » (Contient le « Mission: Impossible Theme » et « The Plot » Lalo Schifrin) (4:12)
6. « From Russia with Love » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (3:37)
7. « Ghost Protocol » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (4:58)
8. « Railcar Rundown » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (1:11)
9. « Hendricks’ Manifesto » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (3:17)
10. « A Man, A Plan, A Code, Dubai » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (2:44)
11. « Love the Glove » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (3:44)
12. « The Express Elevator » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (2:31)
13. « Mission Impersonatable » (3:55)
14. « Moreau Trouble Than She’s Worth » (6:44)
15. « Out for a Run » (3:54)
16. « Eye of the Wistrom » (1:05)
17. « Mood India » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (4:28)
18. « Mumbai’s the Word » (7:14)
19. « Launch Is on Hendricks » (2:22)
20. « World’s Worst Parking Valet » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (5:03)
21. « Putting the Miss in Mission » (Contient le « Mission: Impossible Theme » de Lalo Schifrin) (5:19)
22. « Mission: Impossible Theme » (Out with a Bang Version) (0:53)

Musique additionnelles

1. « Come Into My Life » Jimmy Cliff
2. « Song 5000 » J. J. Abrams
3. « Back Door Santa » The Black Crowes
4. « Best of My Love » The Emotions
5. « A Sunday Kind of Love » Etta James
6. « Tell Me Something Good » Rufus and Chaka Khan
7. « Groksploitation » Thomas Dolby and J. J. Abrams
8. « The Plot » Lalo Shifrin
9. « String Quartet No. 4, Op. 18, No. 4 in C minor » Ludwig van Beethoven
10. « String Quartet in B Major, Op. 1, No. 1 (La Chasse) » Joseph Haydn
11. « We Are Family » Sister Sledge
12. « Impossible » Kanye West

Mission : Impossible Rogue Nation (2015) Christopher McQuarrie

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Pour ce 5ème et dernier à ce jour, les studio souhaite le retour de Brad Bird et c’est bien compréhensible, mais la roue tourne facilement à Hollywood, et depuis le début de ce dossier, même avant la lecture, ce n’est pas une surprise! A l’écriture, un scénariste familier de l’univers de super héros depuis sa série comique sur ITV2 (No Heroics), puisqu’embauché par Marvel pour écrire Iron Man 3, j’ai nommé Drew Pearce. A la réalisation, Christopher McQuarrie, qui a déjà dirigé Tom Cruise dans l’adaptation des romans de Lee Child, Jack Reacher en 2012. L’acteur devait participer à une autre adaptation de série d’espionnage, The Man from U.N.C.L.E. (Agents très spéciaux) par Guy Ritchie, mais il a avoué préférer se tourner sur ce qu’il soutient depuis 1996 donc, la franchise Mission Impossible.

Le copinage est une chose qui se fait régulièrement dans l’industrie cinématographique et je ne vous apprends, une fois de plus, rien, je l’espère. Joe Kraemer, qui a composé sur Jack Reacher, est aux commandes musicales de ce 5ème opus. On peut dès la scène d’ouverture, certes impressionnante se rendre compte d’une nouvelle version du thème. « The A400 »  propose une variation symphonique qui monte en puissance sur plus de 6 minutes.

https://www.youtube.com/watch?v=9dxFJLKEeP0

L’exercice de recontextualiser géographiquement la musique est moins précis. C’est ainsi que  « Havana to Vienna » et « Morocco Pursuit » manquent de profondeur, d’âme je dirais même plus. Si la bande son de Giacchino participait efficacement au voyage, celle de Kraemer ne fait que copier d’autres stéréotypes déjà entendus dans des films d’action qui avaient plus de cachet. Je ne parlerais pas du manque de crédibilité pourtant nécessaire à l’adhésion du spectateur ni d’un manque cruel de suspense qui cumule les incongruités pour tenir en haleine, mais l’univers musical est ici indistinct et pourrait s’articuler sur n’importe quel Taken ou blockbuster estival. Commencer la saga en 2015 pourrait convenir pour n’importe quel néophyte et les attentes satisfaites : courses poursuites en moto, explosions et infiltration dans une base militaire, opération en coulisse d’un opéra à Vienne, tambours et symphonie puissante… Les ingrédients sont présents, mais figure une amère impression de déjà vu si l’on a suit la franchise dès ses débuts. Quelques élans élégants sont amorcés*, mais sont vite avortés, limitant la bande son de manière putassière à un ersatz oscillant entre hystérie et fausse pudeur, entre space opera et teen action movie.

https://www.youtube.com/watch?v=moMFil8t4mw

 (* »Audience With the Prime Minister » à la 55′ par exemple)

Il faut pourtant noter avec une certaine admiration que trois des pistes (la 4, 13 et 19) insère un air de ténor bien célèbre tiré  l’opéra Turandot de Giacomo Puccini, Nessun dorma. « Finale and Curtain Call » conclut en apothéose cependant l’OST de Kraemer. Aucune musiques additionnelles ne semblent avoir été rajoutées. Autosuffisance ou besoin d’unifier ? La critique est ouverte…

Liste des titres composés par Joe Kraemer

1. « The A400 » (6:38)
2. « Solomon Lane » (4:08)
3. « Good Evening, Mr. Hunt » (2:35)
4. « Escape to Danger » (2:46)
5. « Havana to Vienna » (5:13)
6. « A Flight at the Opera » (2:23)
7. « The Syndicate » (3:44)
8. « The Plan » (3:21)
9. « It’s Impossible » (CD Exclusive Track) (1:23)
10. « The Torus » (7:02)
11. « Morocco Pursuit » (2:29)
12. « Grave Consequences » (4:12)
13. « A Matter of Going » (5:05)
14. « The Blenheim Sequence » (4:00)
15. « Audience with the Prime Minister » (4:23)
16. « This is the End, Mr. Hunt » (CD Exclusive Track) (3:48)
17. « A Foggy Night in London » (2:10)
18. « Meet the IMF » (1:47)
19. « Finale and Curtain Call »

Récapitulons cette étude semi-approfondie : Danny Elfman se calque sur un cahier des charges en proposant quelques variations épiques qui lui sont propres, entre grandiose forain et sombre atmosphère, mais cette dernière est imprécise. Le premier film se limite donc à un film d’espionnage psychologique intéressant, mais j’aurais préféré personnellement les compositions d’Alan Silvestri, plus directes et définies. Le deuxième est plus difficile à situer. Beaucoup disent que c’est celui qui a le plus mal vieilli et c’est en effet exact. Hans Zimmer, en composant d’urgence, a mal défini sa bande son, entre chansons de geste romantiques (John Woo admirait l’oeuvre de Jacques Demy) et virage hard/metal rock qui participe au tempérament de feu, de rébellion du personnage principal. Le troisième se recentre sur un film d’espionnage à la Splinter Cell (flares bleus aussi omniprésent dans Super 8 entre autre) et sur des intérêts matrimoniaux top secret, que l’on trouvait déjà au cœur d’Alias : ne pas tenir au courant son conjoint (ou sa conjointe) de ses activités de peur qu’il ou elle ne disparaisse. J.J.Abrams a du être terrorisé par le mythe d’Orphée et Eurydice ! La bande son de Giacchino ne parvient qu’irrégulièrement à se démarquer de ses prédécesseur, peut-être par manque d’expérience. Sûrement, car au 4ème, il parvient l’objectif de nous transporter. La 5ème composition originale, en proie à des préoccupation entre opéra et entertainment aux schémas répétitifs, se positionne sur la même lignée des nombreux compositeurs de cette génération qui peine à sortir leur épingle du jeu. Si « l’artiste » ne se définit pas clairement en nous proposant un univers singulier, je doute que l’on retienne son nom à l’avenir comme on retiendra Williams, Horner, Zimmer, Elfman, Morricone, Desplats, Howard, Shore, Cosma, Newman… Schifrin et maintenant Giacchino.

Boulevard, un film de Dito Montiel: Critique

Dito Montiel commence sa carrière de réalisateur en adaptant en 2006 son roman autobiographique Il était une fois dans le Queens (A Guide to Recognizing Your Saints), au casting impressionnant. Shia LaBoeuf interprète le jeune Dito qui tente de tirer son épingle du jeu dans un environnement brutal et testostéroné. Robert Downey Jr. pour le jeune homme devenu adulte (étrange choix, car la ressemblance est nulle entre les deux acteurs), Rosario Dawson, Channing Tatum et Chazz Palminteri, au physique de l’emploi et familier des films de mafieux, pour le père. Récompensé à Sundance et à Venise, le réalisateur a la chance de pouvoir réaliser 3 autres films toujours relativement fidèle à sa propre enfance dans le Queens et à la distribution de haute volée : Fighting en 2009 avec Tatum encore et Terrence Howard, The Son of No One en 2011 avec Al Pacino, Juliette Binoche, Ray Liotta… et Empire State en 2013 avec Liam Hemsworth, Dwayne Johnson, Emma Roberts. Le virage vers le drame sera concrétisé avec le quatrième film sorti sur les écrans américains le 10 juillet 2015 et un des derniers du regretté Robin Williams (avec Absolutely Anything), Boulevard. Si jusqu’à ce jour, le cinéaste se focalisait sur les faux semblants, la violence et le crime organisé, il se tourne vers l’intime et une amitié homo-érotique. Un an après la mort de l’acteur multi-récompensé au talent qui n’est plus à contredire, assiste-t-on ici à un film sensible, de haute qualité ou à un exercice de style lent et creux ? La réponse se situe entre les deux.

« Il n’y a pas d’âge pour faire marcher arrière » lit-on sur l’affiche réalisé par la distribution américaine. Boulevard a pâti d’un manque cruel de soutien financier et ne sera probablement jamais disponible en France. Heureusement que Zelig Films Distribution a pris le risque de nous le faire découvrir. Il a coûté $27 000 pour rapporter $42 000 aux Etats-Unis. Le quatrième film de Dito Montiel n’a « probablement » pas été écrit dans le but de gagner le moindre centime. Il arrive des miracles de ce genre où le simple objectif de faire réfléchir et frapper les consciences suffit à déplacer des montagnes pour réaliser un film intimiste de qualité. Pour ce dernier qualificatif, il suffit de chercher du côté du casting. Le jeu de Robin Williams, entre cabotinage pincé et regard inexpressif, participe à l’apathie de son personnage qui évolue sensiblement jusqu’à transpercer l’écran d’une émotion la plus pure qu’elle soit. La mise en scène, bien qu’un peu trop visible, tente de sublimer le propos, malheureusement sabré au bout d’1h20, avec plus ou moins de tact. Comme si un plan pouvait suffire à résoudre et conclure la narration. La composition est travaillée (médiane à partir d’une chevelure de secrétaire médicale d’un certain âge, isolement dans le mouvement, plongée écrasante…) mais guère discrète. On assisterait presque à un exercice. Une impression d’inachèvement persiste, malgré une écriture soignée. Bob Odenkirk remplit son rôle de meilleur ami sans grand effort, mais sa réplique clin-d’oeil à Breaking Bad est savoureuse (quand il rend visite à Nolan à la banque), Kathy Baker (Emmys et Golden Globe pour Un drôle de shérif en 1994) accompagne Robin Williams dans cette montée subtile et ce mariage de convenance, dont le verni craque maladroitement comme par excès de pudeur de la part du réalisateur, et Roberto Aguire (Struck by Lightning) sort la tête de l’eau avec brio, certainement par manque d’expérience.

Les moments de solitude de Nolan font partie de son quotidien : trajets voiture sur des sonorités électroniques à la Cliff Martinez (Drive oui!), visite à un père muet, journées identiques dans la banque du quartier et même en compagnie de sa femme que l’on croit alitée la première fois qu’on la voit. Les fondus au noir, agissant comme des caresses, des voiles couvrant le regard, participe à la fausse pudeur… Dito Montiel tente d’aborder un sujet délicat, délicatement, avec toute la délicatesse que cela requiert, mais un paradoxe subsiste. Celui de nous laisser croire à cette histoire suivie en route, comme si elle défilait devant nos yeux sans que l’on puisse agir sur celle-ci, cette tranche de vie décisive bien réelle, mais contrariée par un besoin pressant de poésie sommes toute superficielle. Le coming out à 60 ans est lourd à porter, d’autant plus après une vie conjugale basée sur des « mensonges », alors pourquoi la crème paraît allégée ? Des fulgurances surgissent comme des bulles à savon : à savoir la dernière dispute conjugale avant la résolution et le point d’acmé sur la relation « financière » entre le jeune Léo et Nolan sur le parking de la banque. Le reste approche régulièrement du stéréotype, annonce au père mourant, épouse esseulée, promotion morte-née. Sans compter les nombreux flous dus à une pitoyable mise au point. L’équipe technique était loin d’être réduite à en croire les crédits défilants pourtant, mais ont du travailler bénévolement ! Alors soit l’intérêt de base est réduite par le manque de résolution possible, soit le traitement ne convient pas au talent des acteurs qui portent à bout de bras ce fragile équilibre entre intime/poésie et volonté politique de raconter la dure réalité d’homosexuels qui ne se sont jamais assumés. La puissance tient en grande partie de l’état psychologique de Robin Williams, à ce jour déjà affaibli par une dépression grandissante et ça c’est terrible à dire ! Alors trop long ou trop court les avis restent partagés.

Synopsis : Bien qu’il vive dans un mariage de convenance, Nolan Mack reste pourtant un mari dévoué. Cependant, ses secrets les plus cachés vont resurgir lorsqu’il va croiser la route d’un certain Leo.

Boulevard : Bande-annonce

Boulevard : Fiche Technique

Réalisation : Dito Montiel
Scénario : Douglas Soesbe
Interprétation : Robin Williams (Nolan), Kathy Baker (Joy), Roberto Aguire (Leo), Giles Matthey (Eddie), Eléonore Hendricks (Patty) et Bob Odenkirk (Winston).
Photographie : Chung-hoon Chung
Costumes : Carlos Rosario
Présence en festival : Tribeca Film Festival de New York
Durée : 88 minutes
Genre : Drame
Sortie en France : 18 mai 2016

Etats-Unis – 2014

Liste des titres entendus

« Do With the Rain » David Wittman performed by  The Bay Cities Trio
« The Grandmaster Flash » Charlie Girl
« Trumped Ballad Rain » Jared Gutstadt & Charles Patierno performed by Carlton Banksy
« Another You » Michael Sherwood
« Didnt’t Our Love Blow Your Mind » Charlie Girl
« Boss Up Bossa » David Wittman performed by The Bay Cities Trio
« Goodbye Joy » Charlie Girl performed by Jimmy Haun

Festival de Deauville 2015: Selection officielle

Festival de Deauville 2015 : Robert Pattinson, Elizabeth Olsen, Keanu Reeves….

Les noms n’en finissaient plus de tomber pour garnir les hommages rendus par la 41eme edition du festival du cinéma américain de Deauville (4 au 13 septembre), en effet on apprenait que la terre du milieu sera bien représentée, avec la présence de Ian Mckellen (gandalf), et Orlondo Bloom (Legolas), Mais aussi une retrospective sur le mythique Orson Wells, et la présentation en avant-première du prochain film du presque aussi influent Terrence Mallick: knigt of Cups avec Christian Bale, Natalie Portman et Cate Blanchett sera diffusé à cette occasion... Deauville accueillera également Keanu Reeves (Matrix), Patricia Clarkson (Whatever Works), Lawrence Bender, et l’explosif Michael Bay (« Bad Boys », « The Rock », « No Pain, No Gain » et la saga « Transformers« ). Le réalisateur présentera aussi en avant-première son nouveau long métrage, intitulé « 13 Hours: The Secret Soldiers of Benghazi »  Autant dire qu il fera bon d’être sur le remblais normand début septembre !

On découvre aujourd’hui la liste complet du jury présidé par Benoit Jacquot; un jury paritaire  et équilibré dans les professions représentées, puisque l’on y retrouve le réalisateur Pascal BONITZER, la réalisatrice scénariste Sophie FILLIERES, le comédien Louis do LENCQUESAING, les comédiennes Marie GILLAIN et Louise BOURGUOIN, l’actrice et metteur en scène Marthe KELLER, ainsi que le directeur de la photographie Julien HIRSCH, et l’écrivain Marc DUGAIN.

De même que ceux qui vont juger, ceux qui le seront ce sont dévoilés; on comptera une liste de 14 films en compétition;

99 Homes de Ramin BAHRAMI

Babysitter de Morgan KRANTZ

Les chansons que mes frères m’ont apprises de Chloe Zhao

Cop Car de Jon WATTS

Day out of days de Zoe CASSAVETES

I smile back de Adam SALKY

Dixieland de Hank BEDFORD

Dope de Rick FUMUYIWA

Emelie de Micheal THELIN

Green Room de Jeremy SAULNER

James White de Josh MOND

Krisha de Trey Edward SCHULTZ

Madame Bovary de Sophie BARTHES

Tangerine de Sean BAKER
Film d’ouverture

Everest (Baltasar Kormákur)

Longs métrages – Compétition
Knock Knock (Eli Roth)

Premières – Hors compétition
Knight of Cups (Terrence Malick)
Jamais entre amis (Leslye Headland)
Crazy Amy (Judd Apatow)

Film de clôture
Sicario (Denis Villeneuve)

Hommages
Orson Welles
Keanu Reeves
Ian McKellen
Patricia Clarkson
Terrence Malick
Orlando Bloom

La nouveauté de ce Festival de Deauville 2015 est l’incursion des séries avec des masterclass et des projections d’épisodes inédits.

Tout sur le Festival

 

 

 

Chosen, saison 1 à 3, une série de Ben Ketai : critique des DVD

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Chosen est une série tournée pour le web, pour le site Crackle, créée par Ben Ketai, qui avait déjà fait auparavant une mini-série intitulée 30 Jours de nuit.

Compte à rebours
Le format de Chosen est intéressant : chaque saison est constituée de six épisodes de 20 minutes. Cela correspond à un film de deux heures et permet de maintenir un rythme très rapide. Ce rythme quasi-frénétique parfois colle bien au propos : les personnages doivent accomplir leur mission en un temps limité et, comme dans 24 Heures Chrono, le rappel régulier du temps écoulé permet de maintenir le suspens. D’ailleurs, le titre de la série s’affiche à l’écran sous la forme d’une heure : CH :OS :EN.

Le Jeu
La première saison s’attache donc au personnage d’Ian Mitchell, pris sans le vouloir dans un jeu absurde. Car, apprend-on assez vite, tout ce qui arrive n’est qu’un jeu cruel dicté par Les Veilleurs, groupe de personnes anonymes hyper-riches et qui, pour tromper leur ennui, décident de ce manipuler des gens qu’ils ne connaissent pas et de les emmener à s’entre-tuer. Cela renforce encore le caractère horrible de ce qui arrive : les tortures et les souffrances affligées ne constituent qu’un jeu pour privilégiés en manque de divertissements.
Cet aspect « jeu » n’est pas sans rappeler The Game, le film de David Fincher, par son mélange de cauchemar et d’absurde.
Cela permet, de façon assez brillante, de faire une mise en abyme du cinéma d’action en général, où des gens s’entre-tuent sur grand écran pour notre divertissement, et de nous interroger sur nos motivations profondes face à la violence représentée au cinéma et à la télévision. En quoi assister à de la violence peut-elle constituer un passe-temps ?
La morale et la paranoïa
Bien entendu, la question de la morale prend une place importante. Tuer quelqu’un est contraire à la morale et à toute l’éducation que l’on reçoit. Mais Les Veilleurs savent se faire obéir, et Ian Mitchell va vite être confronté à un dilemme terrible : tuer un inconnu ou laisser mourir sa fille.

L’essentiel de la première saison passe donc dans les tergiversations d’Ian et dans ses tentatives pour échapper au « jeu », dans un contexte de plus en plus tendu. Le suspense et l’action sont très présents et le spectateur a l’impression de s’enfoncer dans un cauchemar en même temps que le personnage. La réalisation reste constamment très proche d’Ian, avec quantité de gros plans sur son visage pour nous faire partager ses émotions.
Le cauchemar est d’autant plus important qu’on a, progressivement, l’impression que les Veilleurs maîtrisent tout. Une fois dans le « jeu », il est impossible d’en sortir. On veut faire appel à la police ? On tombe sur les Veilleurs. On veut appeler un ami ? Les Veilleurs contrôlent les lignes téléphoniques. On veut s’enfuir ? Les Veilleurs vous voient à travers les caméras de surveillance et vous suivent par le GPS de votre voiture. Les Veilleurs contrôlent tout, depuis votre webcam jusqu’à vos amis (sans parler des caméras installés dans votre système de ventilation).
La paranoïa fonctionne vite : on se méfie de chaque personne croisée dans la rue ou dans un bar, de chaque connaissance. Et, une fois de plus, la tension est croissante.

Trois saisons
Le problème potentiel concernait une éventuelle répétition. Une fois la première saison achevée, que pouvait-il se passer ? Sans vouloir dévoiler quoi que ce soit, il faut admettre que la série parvient à se renouveler avec intérêt tout en conservant ce qui assurait la réussite de la première saison. L’arrivée de nouveaux personnages permet de créer des situations plus complexes. La deuxième saison est d’ailleurs meilleure encore que la première. La troisième saison voit arriver Rose McGowan, actrice que l’on avait vu dans la série Charmed ou dans Planète Terreur.
Par contre, il est nécessaire de prévenir que plus on avance dans la série, plus elle devient sanglante et violente.
Mais, dans l’ensemble, Chosen est une bonne série de suspense, un thriller tendu et cauchemardesque qui prend son spectateur aux tripes.

Synopsis : Ian Mitchell, jeune avocat, reçoit une étrange boîte à l’intérieur de laquelle il trouve une arme à feu et une photo. Il a 70 heures pour abattre une personne qu’il ne connaît pas.

Chosen : Fiche Technique

Création : Ben Ketai
Date de création : 2013
Sortie des DVD : 16 septembre 2015
Réalisation : Ben Ketai, Toby Wilkins
Scénario : Ben Ketai, Ryan Lewis, Evan Charnov
Interprétation : Milo Ventimiglia (Ian Mitchell), Nicky Whelan (Laura Mitchell), Caitlin Carmichael (Ellie Mitchell), Chad Michael Murray (Jacob Orr), Rose McGowan (Josie Acosta), Sarah Roemer (Avery)
Photographie : Timothy A. Burton
Décors : Kellie Jo Tinney
Montage : Toby Wilkins, Kevin Armstrong, Daniel Casey, Ben Ketai, Michael Kuge, John Quinn
Production : Ami S. Kim, Tina Pavlides
Sociétés de production : Dissident Pictures, Divide Pictures, Lifeboat Productions, Mesquite Productions
Distribution : Sony
Budget :NR
Genre : thriller
Nombre d’épisodes par saison : 6
Durée d’un épisode : 20’

FEFFS 2015: Tous les films de la sélection dévoilés

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8ème Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 

Il y a un peu plus d’un mois, le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) annonçait une première vague de films sélectionnés pour cette huitième édition sous le signe de l’enfant dans le cinéma fantastique avec une rétrospective intitulé « Kids in the Dark ».  Par la même occasion, on apprenait que le festival serait placé cette année sous le signe de l’enfant dans le cinéma fantastique. Un thème qui sera repris dans une rétrospective intitulée KIDS IN THE DARK, d’où l’inspiration du Village des Damnés sur l’affiche. C’est  Enzo G. Castellari (Inglorious Bastards, Sinbad) qui sera donc le Président du Jury de cette édition. Joe Dante (Gremlins, Piranhas, Hurlements) est également attendu puisqu’il sera l’invité d’honneur, s’entretiendra avec  Jean-Baptiste Theoret lors d’une masterclass et présentera son dernier film : Burying the Ex. Récemment, l’équipe du festival a dévoilé l’intégralité de tous les longs métrages sélectionnés.

FEFFS 2015 – Voici la programmation finale:

Film d’ouverture :

Knock Knock de Eli Roth : Deux jeunes femmes débarquent dans la maison d’un homme marié et commencent à détruire méthodiquement sa vie idyllique.

Film de clôture :

Yakuza Apocalypse de Takashi Miike : Kamiura est un chef Yakuza légendaire. On dit qu’il est immortel, en fait c’est un vampire, un chef Yakuza vampire ! Kageyama est le plus fidèle membre de son clan, mais les autres yakuzas se moquent de lui : sa peau est trop sensible pour être tatouée. Un jour, des hommes arrivent de l’étranger et lui délivrent un ultimatum : Kamiura doit retourner à un syndicat du crime international qu’il a quitté ou mourir. Kamiura refuse et son corps est démembré au terme d’une bagarre féroce. Avant de mourir, Kamiura arrive à mordre Kageyama, lui transmettant ses pouvoirs. A son réveil Kageyama, va se servir de ces pouvoirs pour venger la mort de son chef et combattre ce syndicat international du crime.

Compétition Internationale :

Crumb de Miguel Llansó : Il s’agit du premier film de science-fiction post-apocalyptique d’Ethiopie. Les héros du film vont s’aventurer dans un périple à travers les magnifiques paysages d’Ethiopie pour atteindre un vaisseau spatial.

Sweet Home de Rafael Martinez : Une nouvelle approche du genre « Home Invasion ». Dans ce film espagnol, un couple va se retrouver piégé dans un immeuble abandonné alors qu’ils étaient partis pour un dîner en amoureux.

The Bunker de Nikias Chryssos : Pit Bukowski (remarqué l’an dernier dans Der Samurai) interprète un étudiant qui se retrouve dans une famille plutôt étrange alors qu’il cherche la quiétude d’une chambre isolée pour ses travaux de recherches scientifiques.

The Corpse of Anna Fritz  de Hèctor Hernández Vicens : Une énième variation sur le thème de la nécrophilie pour un thriller macabre bourré de rebondissements.

The Invitation de Karyn Kusama : La réalisatrice de Jennifer’s body réalise ce thriller horrifique où d’anciens amis, invités à un dîner dans une villa chic des collines de Los Angeles, découvrent que cette invitation prend une sombre tournure.

They Look Like People de Perry Blackshear : Entre la science-fiction et le film paranoïaque, They Look Like People suivra un personnage persuadé qu’il est entouré d’aliens malveillants, prenant l’apparence d’êtres humains.

The Woods de Corin Hardy : Une famille déménage dans une forêt en plein cœur des bois irlandais et vont se retrouver en lutte face à des créatures maléfiques à la recherche de sang frais.

Emelie de Michael Thelin : Les Thompson peuvent enfin profiter d’une soirée en amoureux. Mais leur soirée romantique va être écourtée par la baby-sitter…

Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore : Afghanistan, 2014. Le capitaine Bonassieu et sa section sont affectés à une mission de surveillance. Une nuit, des soldats se mettent à disparaître.

Tag de Sion Sono : Pour une raison qu’elle ignore, Mitsuko est poursuivie par des démons qui l’obligent à voir tous les gens autour d’elle mourir et re-mourir. En tentant de les semer, elle se retrouve propulsée dans différents mondes, retrouvant incessamment les mêmes personnes jouant différents personnages…

The Lobster de Yorgos Lanthimois : Dans un futur proche, les personnes célibataires ont 45 jours pour trouver un partenaire. Si ils n’y arrivent pas, ils sont transformés en animaux et relâchés dans la nature. (La rédaction CSM a déjà vu le film en AVP et a adoré !!!)

The Survivalist de Stephen Fingleton : Dans un monde post-apocalyptique, un survivant vit reclu profondément dans la forêt. Quand deux femmes à la recherche d’un abri et de nourriture trouve son refuse, il voit son existence menacé.

When Animal Dreams de Jonas Alexander Arnby : Marie découvre que son corps change. Elle se met à enquêter sur le passé de sa famille. Cela aura de grandes conséquences pour elle et sa famille.

Section Crossovers :

Applesauce de Onur Tukel : Dans cette comédie noire de et avec Onur Tukel, un quadragénaire essaye de découvrir qui lui envoie des membres de corps humains par courrier, tout en démêlant ses problèmes de couple.

Night Fare de Julien Seri : Entre Drive et Maniac Cop, Night Fare suit le parcours d’un chauffeur de taxi qui va se venger d’une course qu’on ne lui a pas payé.

Uncle John de Steven Piet : Un homme âgé au‐dessus de tout soupçon essayant de dissimuler un meurtre commis au sein d’une petite bourgade du Michigan rural.

Cop Car de Jon Watts  : Le shérif véreux d’une petite ville de campagne américaine se lance à la poursuite de deux enfants de 10 ans qui lui ont volé sa voiture…

Scherzo Diabolico de Adrian Garcia Bogliano :

The Guest de Adam Wingard : Une famille rencontre un homme qui n’est pas ce qu’il prétend être.

Séances de minuit :

Ava’s Possessions de Jordan Galland : Nouveau film d’exorcisme  dans lequel des personnages ayant été possédés, assistent à des thérapies de groupes.

Deathgasm de Jason Lei Howden : Comédie gore néo-zélandaise, Deathgasm verra deux adolescents fans de metal réveiller un ancien démon avec de la magie noire. Ils devront réparer leurs erreurs

Stung de Benny Diez : Des guêpes tueuses mutantes vont venir perturber une Garden Party.

German Angst de Jörg Buttgereit, Michal Kosakowski et Andreas Marschall : Trois segments, trois réalisateurs, mais un seul fil rouge : l’angoisse allemande.

Howl de Paul Hyett : Quand les passagers d’un train sont attaqués par une créature, ils devront faire équipe pour survivre jusqu’au matin.

Tales of Halloween de Darren Lynn Bousman, Axelle Carolyn, Adam Gierasch, Andrew Kasch, Neil Marshall, Lucky McKee, Mike Mendez, Dave Parker, Ryan Schifrin, John Skipp et Paul Solet : Dix histoires are liés ensemble par le thème de la nuit d’Halloween dans les résidences pavillonnaires américaines où les monstres, aliens et autres meurtriers apparaîtront durant une nuit seulement pour terroriser de paisibles résidents.

Green Inferno de Eli Roth : Un groupe d’étudiants activistes de New York se rend en Amazonie pour protéger une tribu en extinction, mais l’avion s’écrase dans la jungle.

Turbo Kid de Yoann-Karl Whissell, François Simard et Anouk Whissell : Équipé d’un BMX et de gadgets bricolés, The Kid affronte le tyran local pour sauver le belle Apple.

Documentaires :

GTFO de Shannon Sun‐Higginson : Un aperçu du quotidien des joueuses de jeux vidéo subissant le sexisme des joueurs alors que les femmes représentent 52% des pratiquants.

The Visit : An Alien Encounter de Michael Madsen : Le réalisateur d’Into Eternity questionne des scientifiques sur ce qu’il se passerait si un vaisseau extraterrestre se posait sur Terre, en réalisant un film drôle, inquiétant et philosophique à la fois.

Garuda Power : The Spirit Within de Bastian Meiresonne : Le docu-fiction Garuda Power est le résultat final de plusieurs années de recherche sur les films d’action indonésien ou ce qu’il en reste. Il se concentre sur les films d’action, allant du premier film influencé par les arts martiaux chinois des années 30 jusqu’au succès des deux films The Raid, en passant par les copies des James Bond des années 60, les films inspirés de Bruce Lee et des super-héros de comics des années 70 et de l’age d’or du cinéma indonésien des années 80.

Séance Jeune Public : 

Phantom Boy de Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol : Phantom Boy a 11 ans et 24h pour sauver New York.

Avant-première exceptionnelle : 

Burying the Ex de Joe Dante : Lorsque Max et Evelyn emménagent ensemble, leur quotidien devient vite infernal. Max découvre alors combien sa compagne peut être manipulatrice.

Séance Plein Air : A côté de la Cathédrale de Strasbourg

Gremlins de Joe Dante (1984) : Un inventeur loufoque doit vendre ses créations pour Noël. Lors d’un séjour à Chinatown, il achète une petite créature à fourrure appelée Mogwaï.

Rétrospective KIDS IN THE DARK :

L’Autre de Robert Mulligan (1972)

L’Esprit de la ruche de Victor Erice (1973)

La Malédiction de Richard Donner (1976)

La Mauvaise graine de Melvin LeRoy (1956)

La Nuit du chasseur Charles Laughton (1955)

Le Village des Damnés  de Wolf Rilla (1960)

Les Innocents de Jack Clayton (1961)

Les Révoltés de l’an 2000 de Narcisso Ibanez Serrador  (1976)

Sa Majesté des Mouches de Peter Brook  (1963)

Toujours situé dans le centre-ville historique de Strasbourg, le festival aura lieu du du 18 au 27 septembre prochain et la rédaction CSM sera bien présente pour vous faire des compte-rendus sur cette programmation alléchante.


Pour plus d’informations : http://strasbourgfestival.com/

La niña de fuego, un film de Carlos Vermut : critique

L’entame du second film de l’espagnol Carlos Vermut, La niña de fuego, donne immédiatement le ton de cette œuvre très atypique et fascinante.

Bárbara, une fille jeune et très belle, se fait attraper par son prof de Mathématiques en train de passer un petit mot pendant son cours. Elle s’approche sans broncher, le regarde droit dans les yeux, et à la demande insistante du professeur, après un « vous êtes sûr de le vouloir ? », crache son venin : « face de chou est vraiment moche ». Dámian (José Sacristán), le prof de Math, est sidéré, avec comme une douleur qui tord son visage. Il finit par lui demander le papier, mais elle le fait disparaître dans un tour de passe-passe.

Dans cette scène très minimaliste, peu de mouvement de caméra, peu de dialogue. Elle glace déjà  le sang par la mise en scène. Sur le bureau de Dámian, les crayons sont alignés impeccablement entre eux, et avec les autres éléments qui s’y trouvent. Le bureau est filmé du dessus, les mains de Bárbara et de Dámian se croisant au dessus de cette nature très morte, des mains froides de ne rien donner et de ne rien recevoir : car la Magical girl du titre original est là, escamotant le fameux petit mot, laissant à jamais Dámian dans le doute et la frustration, dans la vengeance peut-être déjà.

Magical Girl est un sous-genre d’animé japonais, qui comme son nom l’indique, a comme protagoniste une fille qui fait de la magie. Il semblerait pourtant que les filles dans le film de Carlos Vermut n’ont pas trop de super-pouvoirs, elles sont dans la souffrance ; puis à y regarder de plus près, ce sont elles qui mènent le jeu.

D’abord Bárbara (Bárbara Lennie, parfaite dans le rôle d’une femme trouble sous un aspect lisse). On la retrouve jeune femme plus tard, dans un film dont la construction est pourtant loin d’être linéaire. A genoux devant Alfredo son mari, en train de lacer ses chaussures, en train de prendre de multiples cachets qu’il essaie de forcer dans sa gorge, parce qu’elle est une vilaine petite fille dit-il. Mais telle qu’en elle-même, Bárbara retourne la situation d’une simple phrase : «je suis belle, aussi» , des mots qui paralysent Alfredo comme d’autres ont paralysé Dámian en son temps. Barbara souffre manifestement, son troisième œil ne semblant pas lui servir à grand-chose, mais Barbara semble aussi jouir de sa souffrance.

Puis il y a Alicia (Lucía Pollán). Petite fille pâle d’une douzaine d’années, dont on devine très vite qu’elle n’en engrangera pas une de plus : fascinée comme Carlos Vermut lui-même par les anime japonais et la chanson pop qui va avec, Alicia se meurt d’une leucémie. Le cinéaste réussit la gageure d’expurger tout pathos de cette situation, en dessinant une relation forte, ludique et tendre, entre Alicia et son père Luis (Luis Bermejo, étonnant de maîtrise dans la peau d’un personnage que les circonstances amènent à faire un grand écart entre ce qu’il est vraiment et ce qu’il est devenu, ou inversement). Une petite fille qui dans le courrier des auditeurs d’une station locale de radio dit qu’elle adore l’hôpital, car à chaque fois qu’elle s’y réveille, son père est près d’elle (et puis parce que c’est sans doute le moyen d’accepter l’inacceptable). Alicia souffre, mais semble consciente du pouvoir que ça lui donne; Luis va exaucer son vœu le plus cher, posséder la tenue de la magical girl Yukiko, une tenue de designer hors de prix, hors de son possible de professeur au chômage que la récente crise économique espagnole vient de mettre sur le carreau. Alicia est la deuxième magical girl de Vermut.

Les destins de tous ces personnages vont être intelligemment brassés par le cinéaste pour aboutir à un des films les plus intéressants de cette année. Le temps est déconstruit, Le film est comme une pelote qui se dévide par le milieu pour aller ensuite dans toutes les directions. Tel le toréador auquel il fait allusion de manière métaphorique dans son film, Vermut agite le chiffon rouge dans tous les sens, mais sans cesse le film se dérobe à nos yeux…

Ce film nous intrigue et nous dérange, car nous questionne beaucoup. Le hors-champ y règne de différentes manières.  Des personnages qui se parlent longuement, derrière une vitre que l’on brûle de franchir pour entendre ce qu’ils disent. Des portes de « donjon » qu’au contraire on ne veut surtout pas passer, tant ce qui s’y passe semble horrifique. Des barreaux de prison qu’on veut garder autour de soi pour des raisons que le spectateur ne connaîtra jamais… Une mise en scène très habile qui nous tient en haleine de bout en bout, avec une photo glaçante, des couleurs froides, une composition léchée, une décoration minimaliste mais signifiante (les habits de Barbara, le luxe de son intérieur, la simplicité de celui de Luis, une réception qui en un seul plan nous permet de savoir à qui on a affaire, …), des éléments qui sont en contraste total avec le chaos des personnages de Carlos Vermut.

Dans son film, Carlos Vermut évoque l’ambiguïté de l’Espagne entre émotion et raison ; il le prouve lui-même avec ce très beau film bâti pour titiller le cerveau du spectateur, mais qui arrive à toucher son cœur par la détresse humaine qui s’y trame…

Synopsis : Bárbara est une belle femme vénéneuse et psychologiquement instable, que son mari tente de contenir. Damiàn n’ose pas sortir de prison de peur de la revoir. Luis veut la faire chanter mais ne réalise pas encore qu’il joue avec le feu. Le trio se retrouve plongé dans un tourbillon de tromperies où la lutte entre la raison et la passion tourne à la guerre des nerfs…

La niña de fuego – Bande annonce

La niña de fuego – Fiche technique

Titre original : Magical girl
Date de sortie : 12 août 2015
Réalisateur : Carlos Vermut
Nationalité : France
Genre : Drame, Thriller
Année : 2014
Durée : 127 min.
Scénario : Carlos Vermut
Interprétation : Bárbara Lennie (Bárbara), José Sacristán (Damián), Lucía Pollán (Alicia), Luis Bermejo (Luis), , Israel Elejalde (Alfredo), Elisabet Gelabert (Ada)
Musique : Alessio Nanni au piano pour la « Gnossienne n°3 » de Erik Satie
Photographie : Santiago Racaj
Montage : Emma Tusell
Producteur : Amadeo Hernández Bueno, Alvaro Portanet Hernández, Manuel Garcia
Maisons de production : Aquí y Allí Films
Televisión Española (TVE), Canal+ España, Sabre Producciones
Distribution (France) : Version Originale/ Condor
Récompenses : Goya 2015 de la meilleure actrice (Bárbara Lennie)
Coquillage d’or du meilleur film & coquillage d’argent du meilleur réalisateur au festival de San Sebastian 2014 (Carlos Vermut)
Prix du Jury jeune au festival du cinéma espagnol de Nantes 2015 (Carlos Vermut)
Budget : NR

Penny Dreadful saison 3 : les pronostics

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Penny Dreadful : échéance et pronostics pour la saison 3

Un nouveau personnage, de la romance dans l’air… Vivement le printemps !

En juillet dernier, les fans ont pu apprécier le dernier épisode de la saison 2 de Penny Dreadful sur Netflix. Désormais, ils attendent de pied ferme la saison 3, confirmée récemment par John Logan.

Dans une interview pour Entertainment Weekly le 5 juillet, le créateur de Penny Dreadful avait révélé l’apparition de nouveaux personnages, après deux ans d’attente. Ainsi, un nouveau héros de la littérature classique devrait faire son apparition au sein de la série. Rien n’est dit au sujet de ce nouveau « monstre » ni de son interprète mais les rumeurs abondent déjà sur internet sur un probable Dr Jekyll et Mr Hyde.

Lors de cet entretien, Logan avait ajouté que Ethan Chandler (Josh Hartnett) et Miss Ives (Eva Green) allaient vivre une histoire d’amour dans cette saison 3 en précisant qu’ils étaient tous deux des personnages fascinants de par leur posture noire et funeste:
« La perspective de ces deux personnages qui brûlent de s’unir et qui essayent de trouver le pardon ou la lumière au milieu des malheurs qui s’abattent sur eux est absolument fascinante. D’autant qu’Eva et Josh sont très bon ensemble. Ils jouent merveilleusement bien. Ils étincellent ensemble. »
Et la saison 4 de Penny Dreadful devrait voir cette romance éclore davantage. Cependant, tant que ces deux-là resteront dans ces conditions obscures et désolantes, leur romance risque d’être bien sombre.

De son côté, MNR daily annonçait le 17 août qu’un autre couple d’enfer était pressenti : Dorian Gray (Reeve Carney) et la sulfureuse sorcière Hecate (Sarah Greene).
Cette nouvelle saison de Penny Dreadful marquera donc un changement notable tant dans les romances que dans les décors. Ainsi John Logan d’ajouter : « Nous devrions sortir des ruelles et des bars du Londres Victorien pour voir un peu plus du monde. »

Quant aux dates de diffusion, Carter Matt, dans son article du 11 août, rapporte les propos récents de David Nevins, directeur des programmes de Showtime. Celui-ci a affirmé que ce n’était « qu’un début » pour la série Penny Dreadful et que les neuf épisodes de la saison 3 devraient arriver sur le petit écran pour Mai 2016. De très longs mois d’attente en perspective pour les fidèles !

Amy, un documentaire de Asif Kapadia et James Gay-Rees : Critique

Dotée d’un talent unique au sein de sa génération, Amy Winehouse a immédiatement capté l’attention du monde entier. Authentique artiste jazz, elle se servait de ses dons pour l’écriture et l’interprétation afin d’analyser ses propres failles.

Cette combinaison de sincérité à l’état brut et de talent ont donné vie à certaines des chansons les plus populaires de notre époque. Mais l’attention permanente des médias et une vie personnelle compliquée associées à un succès planétaire et un mode de vie instable ont fait de la vie d’Amy Winehouse un château de cartes à l’équilibre précaire.Le grand public a célébré son immense succès tout en jugeant à la hâte ses faiblesses. Ce talent si salvateur pour elle a fini par être la cause même de sa chute. Avec les propres mots d’Amy Winehouse et des images inédites, Asif Kapadia nous raconte l’histoire de cette incroyable artiste, récompensée par six Grammy Awards.

Un talent exceptionnel, un succès phénoménal, un destin tragique: voici résumé en trois étapes le parcours chaotique de la star Amy Winehouse. Comme tout bon biopic qui se respecte, le documentaire qu’en tire Asif Kapadia respecte à la lettre ces préceptes. Il en résulte alors un étrange sentiment de fascination/répulsion. Fascination pour cet enfant des quartiers populaires de Londres, très vite repéré pour sa voix grave et perchée. Sa maturité juvénile et son charisme mutin complètent assez tôt la panoplie de la parfaite célébrité en devenir. Membre du club des 27, elle est comme ses illustres prédécesseurs une écorchée vive qui façonne son art pour mieux résister à des envies de trépassement. Paradoxalement à cette fuite en avant, elle ne cessera jamais d’osciller entre provocation gratuite et candeur de petite fille.

La dualité, bien que mise en avant par le film, reste quelque peu embarrassante. Non pas qu’il réinvente la vie mouvementée de la jeune britannique, la véracité des faits illustrés et des propos captés étant plutôt à mettre à l’actif du documentariste. Ce qui dérange ici tient du fait d’un montage un rien sensationnaliste. Cette alternance de narration dramatique entre avancée chronologique et retour en arrière dénote une sincère envie d’englober une courte mais dense carrière. L’inconvénient est qu’il traîne parfois en longueur à force de trop schématiser. Il finit ainsi par épouser la forme de reportages tape à l’œil, ne retenant principalement que les frasques répétées de l’ange déchue. C’est d’autant plus dommage qu’il insiste par ailleurs fort à propos sur la toxicité reconnue de la médiatisation à outrance. Pour preuve, les passages ou la chanteuse reste très lucide sur la fulgurance incroyable de sa réussite et répète à qui veut l’entendre qu’elle n’est pas armée pour y faire face. Sa musique, puisée dans le jazz des Bobby Womack Chet Baker et autre Milles Davis ainsi que la soul des grandes sœurs Billie Hollyday et Nina Simone, reste profondément confidentielle et ne convient pas à la démesure commerciale des gros labels.

Grave à été l’erreur de vouloir la faire concurrencer Beyonce, Bitney Spears ou Justin Timberlake. De concerts ratés en tournées avortées, le calvaire de la diva ne pouvait se conclure que tragiquement. D’un naturel anxiogène, elle n’a jamais su jouir pleinement de son aura. Les circonstances atténuantes sont nombreuses: mère absente ès l’enfance, père ignoblement mercantile, promoteurs et médias atrocement envahissants, fortes addictions aux drogues dures et à l’alcool. Alors qu’elle tente très laborieusement de se défaire de toutes ses tares, elle rencontre le dénommé Blake qui la maintient dans une dépendance suicidaire. C’est le coup de grâce dont elle n’avait pas besoin. Les amis de toujours et les quelques attaches du milieu musical ont beau jeux de la retenir, rien n’y fait.

Rien de révolutionnaire ne nous est apprit, surtout pour les fans de la première heure, et la redondance explicitée plus haut n’est pas pour nous rassurer. Le portrait, tiré à gros traits, et les violons accordés ne nous y aide pas plus. Quel intérêt reste t’il donc à accorder à cet énième biopic de star meurtrie? celui d’une démarche honnête qui n’entend pas déresponsabiliser la sulfureuse compositrice. Pas plus qu’elle ne cherche à enjoliver la responsabilité d’une époque moderne plus que jamais assoiffée de sang. Janis Joplin, Jimmy Hendrix, ou Jeff Buckley plus tard ont été les malheureux précurseurs d’un machiavélique système. Celui-ci demande toujours plus de starisation et se nourrit de la peopolisation des artistes pour mieux les détruire de l’intérieur. Effrayant, surtout lorsque les responsables de ce marasme continuent d’exercer la même pression librement. D’autant plus glaçant lorsque ce système ne peut exister que par notre indéniable soif de ragots.

Enfin, et c’est peut-être la son plus grand mérite, le film est un merveilleux rappel sur le génie D’Amy. Tellement touchante dans sa vulnérabilité, elle nous émeut aux larmes quand nous la revoyons dans les moments forts de sa vie. Et nous sommes d’autant plus tristes de la voir partir aussi tot, car nous pouvons sans peine imaginer le fol héritage qu’elle aurait laisser dans l’histoire de l’industrie. « O rage, o désespoir« : tel l’adage de ce fameux poème du siècle passé, il nous reste sa musique pour constater le gâchis. Et ne pas oublier le destin funeste de cette étoile filante.

Amy – Bande-annonce

Amy: Fiche Technique

Réalisateur : Asif Kapadia et James Gay-Rees
Montage : Chris KING
Musique : Antonio PINTO
Durée : 127mn
Récompenses : Oscar 2016 du meilleur documentaire
Festival : Festival de Cannes 2015
Genre : Documentaire, Musical
Date de sortie : 08 juillet 2015

Etats-Unis – 2015

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais (Sabri)

Interview d’Antoine Desrosières, réalisateur de Haramiste

Rencontre avec le cinéaste Antoine Desrosières, réalisateur de Haramiste, pour une entrevue sincère et enrichantoine-desrosieres-interviewissante :

Après un Prix du Public au Festival Côté Court de Pantin bien mérité, Haramiste est encore en salle, et ce, depuis le 1er juillet. Le film est d’ailleurs visible ce week-end à l’Accatone (horaires au bas de l’article). Ce court métrage d’Antoine Desrosière est véritablement un succès qui sera présenté au 8ème Festival du Film Francophone d’Angoulême du 26 au 30 août. Rencontre avec un « vieux cinéaste » qui ne manquera pas de nous enrichir par ses paroles instructives et vraies :

CSM : Haramiste résulte d’une commande d’un producteur pour la chaîne Arte. Le sujet concernait l’amour moderne que vous avez choisi de traiter par le biais d’internet et des sites de rencontres mais comment vous est venu l’idée de les lier à la religion musulmane ?
A. D. : Il s’agissait d’une commande d’Arte mais que la chaîne a refusé et un autre service d’Arte a acheté le film une fois fini. C’est un raisonnement très simple qui m’a amené aux jeunes femmes musulmanes et qui s’applique un peu à toutes les religions. Il me semblait que les rencontres Internet servaient tout particulièrement aux personnes pour qui les rencontres étaient interdites dans leur vie sociale ou familiale. Internet permet des rencontres cachées entre deux personnes qui n’ont pas d’univers commun ou de relations communes. Ainsi, les rencontres peuvent se décider dans le secret de ces deux personnes et en dehors des interdits qui régissent leurs vies. Cela m’a semblé particulièrement intéressant de voir comment des individus qui vivaient dans une culture où la sexualité est limitée « dealaient » avec les désirs normaux des jeunes femmes, des désirs biologiques, naturels. Face à ces désirs, les jeunes femmes ont trois solutions : soit elles les répriment totalement – beaucoup le font, soit elles se rebellent contre cette culture qui les leur interdit, soit elles se « débrouillent ». C’est de cette troisième catégorie dont le film parle : de celles qui se débrouillent, qui ne sont pas en rébellion avec leur culture mais qui se posent des questions et se demandent comment faire. Je ne fais pas de généralité sur les filles musulmanes, je raconte une histoire d’individus en particulier, une histoire de gens qui vivent des contradictions.

Y-a-t-il un message sous-jacent que vous avez voulu faire passer au travers du film ?
Je préfère laisser aux spectateurs la liberté de lire ce qu’ils veulent dans le film. Peut-être qu’il pose la question : la liberté sexuelle épanouit-elle les individus ?

Après avoir réalisé entre autres À la Belle Étoile sur les relations sociales et l’éducation sentimentale, Un Bon Bain Chaud sur les sans-papiers ou produit Mon Copain Rachid qui traite de l’homosexualité, vous vous penchez avec Haramiste sur les sites de rencontres et l’interdit lié à la religion. Au regard de ces sujets plus ou moins sensibles, peut-on parler de cinéma engagé et de films politiques ?

D’une certaine façon, mes films sont politiques mais ils le sont peut-être plus aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Quand on porte un regard sur quelque chose qui n’est pas évident dans la société, ça devient politique. Finalement, les choses qui valent la peine qu’on s’intéresse à elles sont souvent celles qui ne sont pas évidentes.

Quels soutiens avez-vous reçu pour le film ? Quels partenaires, quels financements ?
Le film a été tourné grâce à la région Poitou-Charente et au département de la Vienne qui l’a financé. J’ai fait un oral face à un comité d’experts régionaux et nationaux ainsi que quelques élus, je crois. La région Île-de-France a donné une aide à la post-production sur film tourné et Arte l’a acheté sur film fini. Enfin, il a eu le Prix du Public à Pantin, ce qui est une aide considérable.

Finalement, ce n’est pas le même producteur qui a produit le film commandé au départ ?
Le film a été produit par une jeune productrice (ndlr : Annabelle Bouzom) après que le premier producteur l’a abandonné suite au refus d’Arte. Haramiste a donc rejoint dans mon tiroir d’autres projets qui attendent de se faire jusqu’au jour où je l’ai proposé à cette jeune productrice qui l’a choisi sur texte. Elle a fait le nécessaire pour trouver le financement via le Poitou-Charente, l’a vendu à Arte et l’a elle-même sorti en salle.

Inas Chanti s’est fortement démarquée lors du casting par son franc-parler et son humour tandis que Souad Arsane a été repérée à l’extérieur. Qu’est-ce qui les a rendu si particulières à vos yeux ?
Il se trouve que les actrices sont arrivées par des chemins différents mais la démarche était la même. J’aime faire des très grands castings car je pense que la moitié du film se fait lors de ces castings. Il est clair que le film Haramiste repose complètement sur le talent des actrices ; il fallait donc que je trouve des filles extraordinaires. Nous avons mis une annonce de casting sur des sites internet à laquelle Inas a répondu mais cette démarche s’est avérée insuffisante. J’ai donc demandé à ma directrice de casting, Johanna Lecomte, et ses assistants d’aller au delà, dans la rue, partout. C’est Souad qui, curieusement, a demandé du feu à Johanna. Celle-ci lui a proposé de passer les mêmes essais que Inas au casting. Souad a, elle aussi, été extrêmement brillante et je l’ai donc rapprochée d’Inas pour voir ce que cela donnerait ensemble.
Je leur ai ensuite proposé le sujet du film et elles ont pris possession du projet. Elles ont pris la parole et sont devenues co-auteures du scénario à travers toutes ces séances de développement et d’improvisations préalables. D’un scénario de départ de quatre pages, nous sommes arrivés à un film de 40 minutes soit 40 pages.

Inas Chanti s’échappe par la fenêtre pour aller à la rencontre de son amant telle une Juliette moderne rejoignant son Roméo. Peut-on dire qu’Haramiste est un film à tendance féministe ?
J’espère ! Quand des féministes de tout genre s’emparent du film et se le réapproprient, je considère que c’est un succès et que ma démarche de donner la parole à ces jeunes femmes est réussie. Le film était d’ailleurs entouré de femmes à tous les étages (même si après tout un film fait que par des hommes pourrait être féministe, il ne faut pas être femme pour faire un film féministe, pourquoi les causes ne devraient être portées que par ceux qui souffrent du problème qu’ils dénoncent ?). À tous les débats, Inas dit une phrase que j’aime beaucoup : « Je ne comprends pas pourquoi certaines femmes n’auraient même pas le droit de penser à ce que les hommes s’autorisent à faire ! ».

Le tournage du film dans une Cité de Châtellerault (Place Churchill) ne s’est pas déroulé sans encombre et vous avez dû quitter les lieux plus tôt que prévu ?
On avait prévu de tourner toute une journée et, en fin de matinée, certains jeunes, sans doute heurtés d’entendre des jeunes femmes voilées parler crûment, ont mis le bazar et ce n’était plus possible de tourner, mais avec les trois prises déjà tournées la scène était déjà sauvée, et je ne regrette pas d’avoir tourné sur cette place magnifique dont l’ambiance et la vie même imbibent la scène.

Qu’en a-t-il été des suites du film, de l’accueil du public et des retours que vous en avez eu en particulier ?
Haramiste a été projeté devant des publics différents que ce soit dans des festivals, en salle, à la TV ou sur internet. Je suis heureux qu’il y ait de plus en plus de jeunes femmes maghrébines qui voient le film, se l’approprient, le revendiquent et se reconnaissent en lui. Je pense par exemple à une jeune chanteuse maghrébine qui est venue nous voir lors d’une projection-débat et nous a raconté que c’était ce qu’elle avait vécu, mais à bien d’autres aussi.

Avez-vous eu quelques retours négatifs ?
Certaines personnes pensent que c’est un sujet dont on n’a pas le droit de parler mais ce sont des gens qui pensent que le cinéma devrait montrer le monde tel qu’ils voudraient qu’il soit, plutôt que d’en montrer les contradictions, notamment les contradictions intimes que l’on peut vivre. Souvent, c’est la bande-annonce, l’affiche ou le résumé qui suscitent des réactions négatives mais en général, quand le film est vu,
il séduit plutôt
. Il peut y avoir certains individus qui sont heurtés par le simple fait qu’on aborde ce sujet-là mais le fait est que c’est une comédie plutôt tendre et la vision du film démystifie beaucoup les craintes qu’il peut susciter.
Et puis, quelque part, si le film ne dérangeait personne, il ne servirait à rien. À ce sujet, Souad m’a dit une phrase tout-à-fait intéressante : « Si j’avais vu ce film en famille, j’aurais dit quelle merde ! Et si je l’avais vu toute seule dans ma chambre, j’aurais dit c’est génial ! ».

Antoine Desrosières, vous alternez assez régulièrement entre courts et longs métrages, comment cela s’explique ?
J’ai des projets dans tous les formats pour éviter que mes films soient en concurrence les uns avec les autres. J’ai des projets de séries télé ou radio, de téléfilms, de longs-métrages, de courts-métrages et ce sont les opportunités qui font que l’un des projets sera monté plutôt qu’un autre.
Finalement, c’est avec un court-métrage tourné en trois jours que j’ai fait mon film le plus impactant à ce jour, il semble. Lorsque j’ai fait mes premiers films, j’étais très jeune et je n’avais peut-être pas le même recul sur la société d’où l’intérêt d’être un « vieux » cinéaste. Souvent les artistes portent un regard sur eux-mêmes dans leurs premières œuvres et il faut avoir réglé ces questions avec soi-même pour pouvoir porter un regard sur les autres.

Les jeunes réalisateurs commencent souvent par des courts, avez-vous des conseils à leur donner ou des pistes de travail?
La différence entre mes débuts (1986) et aujourd’hui, c’est que c’est beaucoup plus facile de faire un film car on peut tourner en numérique pour presque rien. Avant, on tournait en pellicule et ça coûtait très cher. Du coup, les films d’aujourd’hui sont perdus dans la masse et c’est plus difficile de se démarquer, d’exister. Mon conseil serait donc : soyez prétentieux et demandez vous si le monde tournerait différemment si votre film n’existait pas.

Haramiste, la Bande-annonce :

A voir au Cinéma l’Accattone 20 rue Cujas, Paris 5ème:

vendredi 21 août: 20h15
Samedi 22 août: 20h (débat avec Antoine Desrosieres, réalisateur, et (sous réserve) Souad Arsane, actrice scénariste)
Dimanche 23 août: 20h15
Lundi 24 août: 20h (débat avec Antoine et (sous réserve) Souad.

In The Flesh, saison 1-2 : Critique Serie

Dominic Mitchell gagne en 2013 le Bafta de la meilleure mini-série dramatique avec In The Flesh retraçant le retour de Kieren Walker, 18 ans, qui s’est suicidé en se taillant les veines en apprenant que… Spoiler Alert ! Je me tais. Kieren est mort en effet et un traitement révolutionnaire permet de « soigner » les Syndromes du Décès Partiel. Les morts-vivants peuvent donc revenir auprès de leurs familles. Kieren est caché et les habitants de Roarton luttent toujours contre leur retour. Les habitants ? Non un groupuscule extrémiste armé combat les morts-vivant, les Human Volunteer Force, dirigé par un George Lukas anorexique sous antidépresseur. Ce sont des imposteurs selon eux. Et voici tout le message de cette série centrée sur le deuil. En 3 épisodes d’une heure (malheureusement insuffisant), on est emporté dans cette campagne britannique, à la fois brumeuse, hostile et fermée sur elle-même au cœur d’une haine insidieuse innommable. Il ne faut pas avoir fait bac+5 pour comprendre la métaphore d’une société intolérante, homophobe et malveillante envers ce qui s’oppose à la norme.

Après le retour dans la famille et le conflit rapidement élucidé avec la sœur Jem qui a rejoint les HVF, nous sommes confrontés à la violence de ce groupuscule qui entre chez les gens pour abattre le SDP dans la rue devant les yeux du proche. Le suspense est efficace et la photographie glacée. Le choc émotionnel est au rendez-vous. Malgré quelques facilités narratives du au temps imparti (3h pour une saison c’est un peu court), on en vient à rentrer dans le moule. Le deuxième épisode est centré sur le retour de Rick, fils de Bill. C’est un SDP et le père refuse de voir la vérité. Tandis que Kieren renoue avec sa meilleure amie atteinte d’une leucémie sur leurs tombes respectives, la situation à Roarton semble s’apaiser. Les SDP ne sont pas admis, mais pourtant Bill obligent tout le monde à intégrer Rick. L’étrangeté est indicible, mais tellement réelle. Kieren est plus humain que tout le village réunis, physique angélique, regard mélancolique, il ne regrette sans cesse ce qu’il a fait, dans ce supermarché durant la Première Vague.

Le contexte socio-politique sert de double lecture et la situation à laquelle nous assistons, huis clos ouvert dans ce village fictif dessiné pour être une contre utopie en réponse à la montée de l’intolérance européenne suite au mariage pour tous notamment. La bande son très moderne et à la fois classique, pop et orchestral, d’accompagnement ou propre à un certain lyrisme contemplatif, est une plus-value nécessaire à l’adhésion. L’homosexualité n’est jamais citée ou clairement annoncée, afin d’éviter peut-être de la montrer du doigt. L’étiquette est une menace dans les fictions contemporaines. Elle revêt de nombreux identités, toutes plus nocives au bien-fondé du récit hétéronormatif qui se doit d’emporter notre approbation. Le consentement de l’identité, l’acceptation ne doit plus être un problème et par ce tour de force, Dominic Mitchell, enfin Johnny Campbell le réalisateur, nous le fait comprendre de manière magistrale. C’est au travers un genre si particulier, inattendu que ces deux hommes nous surprennent et nous font pleurer. Car oui on ne peut qu’user de nos lacrymales dans le dernier épisode qui ouvre plus qu’il ne résout. Le deuil trouve ici une toute nouvelle définition. Obstacle à l’épanouissement de chacun ou nécessité sentimentale. In The Flesh traite de l’être humain, cet animal qui, en réponse à la douleur se ferme aux autres et à soi, provoquant une douleur incommensurable, plus insidieuse, incohérente et pourtant universelle, bien perceptible, douleur que l’on appelle intolérance. Entre le proche et le lointain, In The Flesh arrive à transformer les codes du genre, d’un film de zombies, on glisse tendrement dans un chaleureux drame existentiel à l’humour britannique. Entre l’humanité et la poésie satirique de George A. Romero, la vérité quasi documentaire de Ken Loach et la naïveté exemplaire de Richard Curtis, on frôle sous tous les angles le génie. C’est à croire que pour une fois une série porte bien son nom, – sans ambiguïté avec la série de Jamie Brittain et Bryan Elsley, – mais ce serait In the Skin(s).

Saison 2 :

L’équilibre social entre morts partiel et humains est plus que fragile. L’arrivée de deux figures charismatiques va semer le trouble dans la petite ville fictive de Roarton. D’un côté, ceux qui luttent pour la reconnaissance et la cohabitation des morts partiels, de l’autre, un parti pro-vivant dirigé par Maxine Martin continue de s’en méfier. Mais leur de la 2ème Résurrection approche et il faut choisir son camp…

On change radicalement de cap, que ce soit à la réalisation ou au montage. La première saison, plus courte et plus maîtrisée était rythmée et sensible. Les six épisodes de la deuxième saison , prolongée de 15 minutes, perdent littéralement de sens. Les acteurs semblent être mal dirigés et l’intérêt métaphorique se dissout dans un désir de faire une certaine psychologie avec deux trois bout de ficelles et des personnages plus ou moins bien écrits, sans forcément s’appuyer sur le spectaculaire des effets spéciaux (qui a rendu les maquillages de The Walking Dead si célèbre en passant). L’horreur serait-elle gratuite ? La deuxième saison d’In The Flesh paraît donc maladroite, bancale voire pire, sans intérêt.

Six mois se sont écoulés depuis le départ d’un personnage qu’on commençait à affectionner. Sur quoi peut-on concentrer l’attention ? Sur ces quelques remous flottant donc, sous les traits de l’antipathique Maxime Martin jouée par Wunmi Mosaku qui semble refaire l’inspectrice Holly Lawson des Enquêtes de Vera en beaucoup moins convainquante. Elle est bien décidée à ranger les SDP, ou PDS en anglais (je ne connais personnellement que le deuxième : « Partially-Deceased Syndrome ») du bon côté de la barrière, c’est-à-dire tel des esclaves immatriculés. Mais l’intrigue étirée sur la thématique du double nous ferait presque regretter le format « court » de la saison 1. À trop patienter, la tasse de thé se refroidit et l’expression devient évidente avec rétrospection. « Ce n’est plus ma tasse de thé ». Est-ce parce qu’on s’est éloigné de la subtilité ?

Si vous ne connaissiez pas encore Keaton Henson, il devrait vous procurer quelques frissons. Sa voix céleste, qui nous rappelle celle de Chris Garneau ou Jonsi de Sigur Ros, élève la bande son au dessus de quelques nuages tandis que les paysages, que je trouve mal exploités, à défaut d’une série comme Broadchurch, manquent de couleur et d’une atmosphère propre. L’impression de côtoyer le génie de la première saison sans jamais le rencontrer persiste à chaque épisode, malgré quelques étincelles, noyées dans une lourdeur romanesque. J’ai trouvé magnifique la volonté politique de construire une fiction apocalyptique sur des thématiques de tolérance (diffamation, homosexualité, couleurs de peau…) à travers la notion de la mort qui revêt une dimension poétique, mais la flamme perd de son intensité dans cette deuxième saison. Alors ne jetons pas le blâme quand on sait que malheureusement In The Flesh s’est éteint en janvier dernier, alors qu’elle méritait diablement une troisième saison de conclusion.

Pour les soucieux du détails, personnellement, lorsqu’une musique me plaît et n’est pas citée à l’écran comme le fait MTV, et que je n’ai pas Shazam tout de suite ouvert sur moi, j’apprécie pouvoir retrouver les titres. Voici donc la tracklist :

Synopsis : Quatre ans après sa mort, Kieren Walker reprend sa place au sein de sa famille et retrouve ses marques dans le village où il a toujours vécu. Personne pensait le revoir un jour. Seulement peu de temps après son décès, par une étrange nuit, des milliers de personnes décédées se sont réveillées. Après des mois de réadaptation et de médication, ces zombies sont aujourd’hui rendus à leurs familles… 

In The Flesh: Fiche Technique

Titre : In The Flesh
Année : 2013 (statut annulée)
Format : saison 1 : 3 épisode de 45 minutes – saison 2 : 6 épisode de 60 minutes
Origine : Royaume-Uni, tourné à Lancashire par BBC Three

Réalisateur: Johnny Campbell, Alice Troughton, Damon Thomas, Jim O’Hanlon

Musique : Keaton Henson…

Casting: Luke Newberry (Kieren Walker), Emily Bevan (Amy Dyer), Harrier Cains (Jemima Walker), Emmett J Scanlan (Simon Monroe), Marie Critchley et Steve Cooper (Sue et Steve Walker), Steve Evets (Mill Macy), Kenneth Cranham (Vicar Oddie), Wunmi Mosaku (Maxine Martin), Kevin Sutton (Gary Kendall), Ricky Tomlinson (Ken Burton), Gerard Thompson (Dean Halton)

Scénaristes: Dominic Mitchell, Fintan Ryan, John Jackson

Producteurs : Ann Harrison-Baxter, Hilary Martin

In The Flesh Launch Trailer – BBC Three

Saison 01

Episode 01

– Charon by Keaton Henson

– The Devil by Charlotte Eve

– Mama K (1) by This Mortal Coil

Episode 02

– To Your Health by Keaton Henson

Episode 03

– Corpse Roads by Keaton Henson

Saison 02

Episode 01

– Beekeeper by Keaton Henson

– Don’t Swim by Keaton Henson

– Feel The Heat by Terry Devine-King

– Lake of Fire by Curt Kirkwood

– Living Dead Girl by Rob Zombie

– Scary Monsters and Nice Sprites by Skrillex

Episode 02

– All For One by Philip Guyler

– Brick Face by Christopher Frederick

– Flesh and Bone by Keaton Henson

– Fromage Francais by Ian Hughes

– Never Play by Emily and The Woods

– Ruthless by Bob Bradley

– Scary Monsters and Nice Sprites by Skrillex

– Strong Hold by Terry Devine-King

– Super Jazz Hands by Ian Hughes

– Time to Die by Terry Devine-King / Adam Drake

Episode 03

– 10am Gare du Nord by Keaton Henson

– Back for Good by Take That

– Happy Birthday To you by Sacha Dhawan

– Reach for the Stars by Terry Devine-King / Adam Drake

Episode 04

– Party Song by Keaton Henson

Episode 05

– Polar Winter by Sam Kills Two

Episode 06

– You by Keaton Henson

– Back for Good by Take That

– Morning Has Broken by Cat Stevens

– New Life by Depeche Mode

– Family of Man by The Spinners