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L’Étrange Festival 2025 : Le Maure de Karatas, portrait d’un homme effacé

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Avec Le Maure de Karatas, Adilkhan Yerzhanov s’aventure pour la première fois dans un paysage urbain, sans renier sa signature singulière. Il convoque les figures du vigilante movie et l’ombre de Rambo, mais détourne aussitôt l’attente d’un film d’action spectaculaire. Le Maure de Karatas est un polar imprégné de poésie, un récit suspendu entre silence et violence, où l’esthétique agit autant comme un écrin que comme un piège pour un héros effacé, constamment rejeté ou absorbé par une ville dont il ne maîtrise plus les codes.

Karatas, dans cette version urbaine, devient une entité abstraite, presque mentale, où les stigmates de la corruption forment le décor d’un monde désincarné. Yerzhanov s’empare des genres – thriller, drame social, conte – pour en faire un langage visuel au service d’un constat : la violence, insidieuse, s’est incrustée jusque dans l’esprit torturé de ses personnages marginaux.

Un anti-héros dans une ville malade

Déjà mutique dans le fascinant Steppenwolf, Berik Aitzhanov confirme ici son magnétisme silencieux. Comme Jean-Louis Trintignant dans Le Grand Silence, il traverse le film sans prononcer un mot. Son corps parle pour lui, raide, hanté et incarne ce Moor, ancien militaire au lourd syndrome post-traumatique, qui traîne ses propres fantômes derrière lui. Un rôle tout en intériorité, où l’acteur livre une performance physique mais profondément introspective. Il retrouve Anna Starchenko, dans une dynamique nouvelle. Elle est Maria, sa belle-sœur, mannequin en sursis, tentant de survivre aux dettes laissées par un mari disparu. Écartelée entre un métier exigeant, un fils à élever et la menace constante d’un mafieux (Zhandos Aibasov), elle se débat dans une chute inexorable. L’arrivée de Moor dans sa vie, figure protectrice taciturne, ouvre une brèche dans ce désespoir – une mission de rédemption autant que de protection, comme un dernier sursaut d’humanité.

Le scénario, somme toute classique, ne cherche pas à surprendre. Il fonctionne plutôt comme un canevas. Yerzhanov y brode un regard, une ambiance et une vision du monde désenchantée. La ville qu’il filme a perdu toute loi – ni justice, ni compassion – et ceux qui y survivent ne sont plus que des silhouettes broyées par l’indifférence. Maria est à deux doigts de céder à l’appel de la poudre synthétique, tandis qu’on exige de Moor qu’il redevienne une arme, alors qu’il aspire au silence, au pardon, au deuil de la violence.

On pense à Aki Kaurismäki, avec L’Homme sans passé, mais Le Maure de Karatas se révèle plus nihiliste, dénué de tout triomphe, même feutré. Yerzhanov filme un conte contemporain sans illusion, où la frontière entre réel et mythe se brouille dans les lumières artificielles de Karatas. Il ne cherche pas à explorer la verticalité de cette ville, mais plutôt à plonger son spectateur dans un labyrinthe mental, saturé de néons et de béton. Ce qui nous fait songer au Only God Forgives de Nicolas Winding Refn, tant dans la stylisation que dans la lenteur hypnotique du récit. Le tout est porté par la musique de Sandro di Stefano, vibrante, qui amplifie les silences et accompagne chaque geste de Moor avec gravité.

Cependant, le film exige du spectateur qu’il accepte son pacte : faire du contemplatif et du mélo sensoriel un véritable moteur narratif. Ce n’est qu’à cette condition que peut naître sa dimension mythologique. Plus qu’un western urbain, c’est un rituel de rédemption, lentement construit dans les ruines d’une société désenchantée.

Invité d’honneur de l’Étrange Festival, Adilkhan Yerzhanov continue de fasciner. Son cinéma reste fidèle à lui-même : une narration diffuse, poétique, empreinte de violence sourde, de mélancolie et une pointe d’absurdité. Le Maure de Karatas n’est pas un film à rebondissements, mais une variation sur la réinsertion dans un monde qui n’a plus besoin de nous. Loin de toute héroïsation, Moor devient une figure tragique, et dans son regard se lit une vulnérabilité partagée avec Maria. Ensemble, sans jamais se l’avouer, ils tentent de s’extraire de cette ville malade. Mais le cinéaste ne propose aucune échappatoire : ni pour les vivants, ni pour les morts. Un constat implacable que l’on retrouve également dans Cadet, présenté en compétition officielle cette année, et qui prolonge cette vision froide, austère, d’une humanité à la dérive.

Bande-annonce – Le Maure de Karatas

Fiche technique – Le Maure de Karatas

Titre original : Mavr
Réalisation : Adilkhan Yerzhanov
Interprètes : Berik Aytzhanov, Anna Starchenko, Zhandos Aitbasov
Scénario : Adilkhan Yerzhanov
Photographie : Yerkinbek Ptyraliyev
Décors : Yermek Utegenov
Son : Zurab Kurmanbayev
Montage : Arif Tleuzhanov
Musique : Sandro Di Stefano
Production : Olga Khlasheva, Yermek Utegenov
Pays de production : Kazakhstan
Genre : Action
Durée : 1h23

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© Marc Bruckert

Deauville 2025 : The End, le bunker des égoïstes

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Les comédies musicales sont rares. Encore plus au sein de la compétition du Festival de Deauville. The End de Joshua Oppenheimer faisait donc figure d’exception. En mettant en scène le quotidien d’une famille recluse après la fin du monde, le réalisateur américain s’attache aux mensonges, aux faux-semblants et aux vérités dont chacun se convainc pour rendre une situation effroyable acceptable. Malheureusement, rien ne fonctionne dans ce film excessivement bavard, qui ne fait sourire que par son ridicule.

Joshua Oppenheimer ne s’était jamais frotté au monde de la fiction. Épanoui dans le genre documentaire, il s’est intéressé au massacre des opposants politiques en Indonésie lors des années 1960 avec The Act of Killing, puis les Yeux du silence. La naissance de son premier long-métrage, un projet pour le moins ambitieux, a duré huit ans. Difficile de prime abord de trouver un lien avec une comédie musicale post-apocalyptique. Pourtant, l’approche documentaliste du réalisateur se ressent dans sa volonté de disséquer les travers de l’âme humaine. Dommage que cette aspiration s’exprime dans une histoire excessivement longue et des personnages creux. Preuve en est faite : le travail de fiction ne s’invente pas.

Les scrupules des nantis

Alors qu’une catastrophe écologique a rendu la Terre inhabitable depuis vingt-cinq ans, une famille privilégiée survit dans un confortable bunker. Les parents, incarnés par Michael Shannon et Tilda Swinton, y éduquent leur fils unique, né entre ses murs. À son service, le trio a recueilli un docteur, un majordome, une cuisinière, ainsi que la meilleure amie de la mère. Tout ce petit monde semble vivre en parfaite harmonie, sans aucune inquiétude pour l’avenir et le sort du monde extérieur. Rassurés de ne côtoyer que des gens de confiance, ils se complaisent dans une routine familière. Mais lorsqu’une jeune femme débarque dans le bunker, l’apparence d’harmonie et de joie de ce microcosme s’effondre. D’abord menacée, l’intruse se lie progressivement avec le fils, trop heureux de rencontrer enfin quelqu’un d’extérieur.

Cette galerie de personnages égoïstes, qui n’échange que des banalités, entre propos mielleux et choix de décoration, apparaît d’emblée totalement déconnectée de la réalité. Certes, il s’agit d’une façon détournée pour accepter la réalité. Toutefois, on ne ressent jamais vraiment le malaise des personnages. Et même lorsque des vérités ressurgissent, aucun ne se remet en question. Les protagonistes demeurent donc inconsistants. Et leur interprétation n’aide pas. Avec ses perruques bouffonnes, Tilda Swinton, que l’on a connue incroyablement tranchante dans Snowpiercer ou bien magnétique dans Only Lovers Left Alive, s’enferme dans des postures et des expressions figées. Michael Shannon et George MacKay s’en sortent à peine mieux. On peine à croire que les acteurs ont répété pendant un mois. Faute à un récit plat, sans aucune péripétie et à des dialogues dénués de toute profondeur, The End patine pendant deux heures trente.

Les chansons, cœur névralgique de la comédie musicale, n’assurent pas davantage le divertissement. Les parapluies de Cherbourg et La La Land sont bien loin. Pas de rythme. Pas de danse. Aucune mélodie lancinante, ou même agréable, ne reste en tête. Si, selon Joshua Oppenheimer, les scènes chantées de The End amènent à traiter de l’illusion, de “l’aveuglement et d’un espoir destructeur ancré dans le déni”, elles ne servent que le message du film : nous nous mentons à nous-mêmes pour alléger notre conscience. Les treize chansons, monocordes et identiques, n’étaient vraiment pas nécessaires pour nous le faire comprendre. Pire, le film vire parfois au ridicule, notamment dans une scène costumée abracadabrantesque, où Tilda Swinton se transforme en léopard.

Le pari fou de la comédie musicale pour singer l’égarement des hommes aurait pu fonctionner avec plus d’humour, d’émotions et d’énergie. Cependant, The End cherche tellement, avec une certaine prétention, à intellectualiser son propos qu’il en néglige l’essence du genre adopté, son intrigue et ses personnages. Finalement, l’illusion révélée n’est pas tant celle des hommes que celle du film lui-même. Ennuyeux.

Fiche technique – The End

Réalisation : Joshua Oppenheimer
Scénario : Joshua Oppenheimer, Rasmus Heisterberg
Production : Final Cut for Real, Match Factory Productions, Wild Atlantic Pictures
Distribution : The Match Factory
Interprétation : Tilda Swinton, George Mackay, Moses Ingram, Michael Shannon
Genre : comédie musicale
Date de sortie : inconnue
Durée : 2h28
Pays : Etats-Unis

L’Étrange Festival 2025 : Lesbian Space Princess, les reines de la gaylaxie

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Pour leur premier long métrage, Emma Hough Hobbs et Leela Varghese ont eu la brillante idée d’animer un space opera célébrant la vie sentimentale queer avec beaucoup d’humour. Dans un emballage qui lorgne du côté de Rick et Morty, Adventure Time et Scott Pilgrim, Lesbian Space Princess est une ode bienveillante à la sororité et à l’affirmation de soi. Une œuvre sincère, hilarante et colorée, qui détourne astucieusement les gimmicks masculinistes pour mieux s’en moquer.

Plus proche d’une romcom que d’une tragédie, le film saute sur chaque occasion pour faire rire. Dans un pêle-mêle introductif, on découvre Saira, une jeune introvertie qui a du mal à digérer l’héritage lesbien de ses parents, voire de tout Clitopolis, une planète utopique où l’homosexualité est normalisée et où la palette de couleurs vives inspirée des drapeaux LGBTQIA+ fait littéralement partie du décor. Elle exprime une vision du monde radicalement et positivement queer.

Le style, volontairement grossiers, s’incarne dans des personnages aux traits courbés, soulignant l’artisanat d’un projet à petit budget qui mérite qu’on s’y attarde – pour peu qu’on adhère à l’esthétique cartoonesque et à l’humour noir et satirique, dont le potentiel jubilatoire est indéniable.

Sur la route arc-en-ciel de Saira

Le duo de cinéastes nous embarque alors dans la quête initiatique de Saira, qui cherche à reconquérir son ex, Kiki, une femme badass qui l’a larguée à cause de sa dépendance affective. Premier émoi fragile, Saira fond en larmes chaque fois qu’elle culpabilise de son impuissance. Mais c’est justement le but de son aventure : sortir de son cocon pour trouver sa voie et sa volonté propre. Découvrir le monde tel qu’il est – ou tel qu’il l’a été – sans filtre. Et comme premier contact, quoi de mieux qu’un vieux tas de ferraille misogyne et homophobe en pleine quête de rédemption ?

Le film bascule alors dans le road-movie doublé d’un buddy movie, revisité avec beaucoup d’autodérision. C’est là toute la force de Lesbian Space Princess, il travaille sans cesse son rythme à travers des punchlines souvent bien senties. On prend aussi à cœur d’accompagner Saira dans son épopée, ponctuée de rencontres précieuses pour son développement personnel.

Empowerment cosmique

Parallèlement – car il ne faut pas oublier que l’on se trouve dans un univers fantastique riche et ambitieux – elle doit éveiller sa « Labrys », une sorte de hache symbolique surgie de ses parties génitales. L’allusion à sa force intérieure ne fait aucun doute, mais il s’agit aussi, pour l’héroïne, d’affirmer sa féminité avec courage. Une leçon qui traverse son voyage, semé d’embûches et de chansons, dans un style qui évoque parfois la narration de la série Hazbin Hotel. Cette approche s’accompagne d’une bienveillance où même les esprits les plus tordus ont droit à un traitement empathique. On pense immédiatement à ce trio d’aliens mâles blancs hétéros, en forme de tickets vierges, qui tentent tant bien que mal d’attirer des filles dans leur antre de geek pour les draguer. Leur maladresse les rend presque touchants et franchement hilarants, même si le récit est essentiellement aspiré par la trajectoire de Saira : une femme forte, libre et en quête d’elle-même.

Là où Love Lies Bleeding infusait sa consécration queer dans un polar musclé et parfois halluciné, Lesbian Space Princess préfère l’humour gras et les gags potaches pour inviter ses personnages à révéler la princesse en elles, à ne plus craindre la solitude et à devenir de véritables souveraines dans une galaxie trop étroite pour les idées machistes. Et même si cette quête identitaire suit des chemins parfois prévisibles, elle n’en reste pas moins rafraîchissante, inventive et politique – tout en nuançant les valeurs d’une communauté queer joyeuse. Une réussite, et un plaisir d’y retourner.

Bande-annonce – Lesbian Space Princess

Fiche technique – Lesbian Space Princess

Réalisation : Emma Hough Hobbs, Leela Varghese
Interprètes (voix) : Shabana Azeez, Bernie Van Tiel, Gemma Chua-Tran, Richard Roxburgh, Kween Kong
Scénario : Emma Hough Hobbs, Leela Varghese
Montage : Ben Fernandez
Musique : Michael Darren
Production : Tom Phillips
Sociétés de production : We Made A Thing Studios
Pays de production : Australie
Genre : Animation, Comédie, Science-fiction
Durée : 1h26

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© Marc Bruckert

L’Étrange Festival 2025 – The Cursed : Insatiable Desires, le pacte de vie et de mort

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The Cursed : Insatiable Desires s’inscrit dans cette tradition de films à sketches qui cherchent à recréer les sensations d’un train fantôme. Tout y contribue : la fluidité avec laquelle Hong Won-ki enchaîne les récits, la réintroduction constante de nouveaux enjeux, comme autant de virages abrupts dans un manège grinçant. Mais derrière cette façade sensorielle, subsiste une frustration tenace. L’ensemble évoque davantage la mise en scène naïve de Fais-moi peur ! que les sommets de la K-horror (The Strangers, J’ai rencontré le diable, The Host).

Les films à sketches percutants sont rares, surtout ceux contraints de relancer sans cesse l’intérêt à chaque segment. Conscient de ce piège, Hong Won-ki s’efforce de créer un liant : un fil rouge autour du désir autodestructeur qui habite ses personnages. À cela s’ajoute cette porosité entre les vivants et les morts, fil conducteur qui confère au film sa légitimité horrifique. Son imagerie, nourrie d’étrange et de folklore urbain, n’est pas neuve : il l’a déjà explorée dans The Possessed, sa mini-série où il revisitait ces mêmes légendes.

« Désirs obscurs »

Les cinq récits s’articulent autour d’un marché noir surnaturel où l’on peut acheter des fantômes. L’un des arcs centraux suit une mère – incarnée par Seo Young-hee (qui a incarné la prostituée captive dans The Chaser) – prête à pactiser avec des démons pour assurer la réussite scolaire de sa fille. Tous les personnages du film vont, comme elle, devoir sacrifier une partie d’eux-mêmes (littéralement parfois) pour espérer avancer de nouveau. Les autres histoires ne manquent pas d’intérêt, du moins sur le papier.

Le film s’ouvre sur une variation de body horror, autour d’un arbre protecteur devenu vengeur. Les fans du groupe Mamamoo y retrouveront Solar (Kim Yong-sun), dans un rôle d’écrivaine ambitieuse confrontée à un village corrompu. Une performance honorable et un choix logique, puisque Hong Won-ki vient de l’univers du clip musical et a déjà dirigé plusieurs vidéos pour son groupe. Un bagage visuel qu’il met à profit ici, même si sa mise en scène peine à instaurer un climat anxiogène. Le style est soigné, mais l’intensité reste en surface, comme si l’effet « frissons » restait en option. Ce défaut traverse les segments suivants. Et pourtant, la curiosité l’emporte. On veut savoir où tout cela nous mène.

Dans le second segment, une querelle de voisines prend une tournure grotesque lorsqu’une femme vole littéralement le nez de l’autre. À travers cette satire des diktats de beauté, largement influencés par les réseaux sociaux, une employée de bureau se laisse dévorer par le besoin de plaire. Une idée intéressante, mais plombée par une incohérence de départ : le personnage n’a, en réalité, rien à « corriger ». Ou bien cela manque cruellement de contexte. Sa transformation, censée révéler le monstre sous le masque, manque donc de force, de crédibilité. On aurait aimé une approche plus radicale, plus viscérale, pour que cette descente dans l’obsession ait un véritable impact. Mieux vaut se tourner vers la créativité de The Ugly Stepsister pour cela.

« Frissons manqués »

Plus tard, un officier de police et son cadet mènent une traque nocturne dans les ruelles désertes d’une banlieue. Leur enquête les conduit à une entreprise sinistre où la chair humaine semble monnaie courante. La photographie, sombre et inquiétante, fonctionne. Mais l’intensité ne suit pas. Le film flirte avec l’esthétique du polar morbide, sans jamais faire monter la pression. Contrairement à Exhuma, qui superposait peut-être trop d’intrigues mais savait maintenir un certain tempo, The Cursed donne l’impression de rester en retrait, comme s’il n’osait pas libérer pleinement ses monstres.

Le dernier acte, hélas, ne redresse pas la barre. Un groupe d’étudiantes joue avec la mort pour attirer l’attention sur les réseaux sociaux. Là encore, l’idée est forte, l’exécution moins. Quelques images chocs émergent, avec une vocation de vouloir jouer avec le hors-champ, mais le montage trop lisse, trop attendu, désamorce systématiquement la tension. Aucun jump scare ne surprend. Le segment s’éteint doucement, là où il aurait dû conclure sur une note fiévreuse.

En définitive, The Cursed aurait aimé s’imposer comme un héritier coréen de Creepshow ou, à défaut, de The Mortuary Collection. Mais la marche était trop haute pour que ces histoires forment un ensemble cohérent. Individuellement, certaines propositions fonctionnent, malgré des écarts de qualité. Mais l’ensemble manque de cohésion, de panache, et d’une véritable vision de l’horreur. Reste un film anthologique aux accents adolescents, qu’on pourrait imaginer se raconter entre amis, un soir d’été, autour d’un feu, entre deux frissons.

Bande-annonce – The Cursed : Insatiable Desires

Fiche technique – The Cursed : Insatiable Desires

Titre original : Gori: Eo Horeo Teil
Titre international : Gory: A Horror Tale
Réalisation : Hong Won-ki
Interprètes : Yoo Jae-myung, Moon Chae-won, Solar, Seo Young-hee, Cha Sun Woo, Choi Bo-min
Scénario : Yoo Young-seon, Hong Won-ki
Photographie : Park Jon-chul
Montage : Han Eon-jae
Musique : Koo Ja-wan
Production : Lee Ha-young
Sociétés de production : Jerrygood Company, Zanybros
Pays de production : Corée du Sud
Genre : Épouvante-horreur
Durée : 1h36

McWalter, loin d’une vidéo youtube à gros budget

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Révélé sur Internet en 2008, Mister V – de son vrai nom Yvick Letexier – n’a jamais renié ses origines. Derrière l’humour absurde et l’énergie enfantine qui ont fait sa renommée, se cache un créateur en quête permanente de nouvelles idées pour amuser son public, mais aussi lui-même. De YouTube au rap, en passant par la pizza, l’artiste a multiplié les terrains de jeu sans jamais perdre sa signature. Aujourd’hui, il franchit une nouvelle étape avec son premier long-métrage. Au cœur du projet, McWalter, personnage qu’il a façonné il y a déjà une décennie. Devenu culte au fil des vidéos, ce héros burlesque a atteint un pic de popularité avec un troisième épisode particulièrement marquant, où la mise en scène, plus ambitieuse, témoignait déjà d’une volonté de cinéma. Ce film, réalisé par l’excellent Simon Astier, est disponible ce vendredi sur Prime Video : McWalter is back !

Vous appelez sur le téléphone d’un mort

Comment décrire McWalter ? Pour certains, il est le meilleur agent au monde. Invincible, capable de se tirer de n’importe quelle situation. Pour d’autres, il n’est qu’un boulet monumental, détruisant tout sur son passage. Sa femme, elle, le résumerait en un mot : distrait, affublé de sérieux problèmes de mémoire. Sans amis, entouré d’ennemis, McWalter n’en reste pas moins un héros — voire le héros. Mais que devient ce modèle d’efficacité lorsqu’il se retrouve accusé d’être… le plus grand terroriste que la Terre ait jamais connu ? Un point de départ qui semble reprendre les codes éculés du film d’action. Pourtant, difficile de le voir comme une faiblesse : Mister V a toujours assumé son goût pour les clichés, s’en amusant pour mieux les détourner. Son arme secrète reste la même : une punchline au bon moment, qui transforme l’attendu en éclat de rire.

Pendant près d’une heure quarante, le récit entraîne le spectateur exactement là où il s’y attend : un scénario qui puise sans complexe dans les codes du film d’espionnage, avec James Bond en figure principale. Mais la véritable force du film ne réside pas dans son intrigue, plutôt balisée, que dans l’absurde qui irrigue chacune de ses situations — des situations qui seraient mortelles pour tout personnage privé de suspension consentie de l’incrédulité. McWalter est généreux : dans sa volonté de faire rire, mais aussi de raconter. Certaines séquences flirtent habilement avec l’émotion, quand d’autres enchaînent les répliques aussi débiles que brillantes à un rythme effréné. On retrouve évidemment la marque de fabrique de Mister V, notamment son goût assumé pour les jeux sous la ceinture. Difficile d’ignorer la volonté de balancer cinquante jeux de mots différents, quand la cellule antiterroriste du film s’appelle la NUS… surtout quand on apprend qu’« elle a pété » après l’explosion d’une bombe.

Le film, il a une vraie gueule, j’vous ferai dire !

Si Mister V occupe naturellement le premier rôle, l’intrigue laisse aussi de l’espace à des seconds rôles solides, incarnés par Géraldine Nakache ou encore l’excellent William Lebghil. Loin, très loin de l’égo-trip que l’on aurait pu redouter pour un projet porté par une figure née sur YouTube, le film respire le collectif. Une question demeure pourtant : pourquoi Yvick Letexier n’a-t-il pas réalisé lui-même le film ? La réponse est limpide : parce qu’il reconnaît ne pas en avoir les compétences. Et au vu du résultat, difficile de ne pas saluer cette lucidité. Car derrière la caméra, on retrouve Simon Astier. Connu pour son rôle d’Yvain (Chevalier au Lion) de Kaamelott, mais aussi pour ses créations audacieuses comme Hero Corp ou Visitors, il livre ici une mise en scène soignée, efficace et ambitieuse.

Tout n’est pas parfait. Malgré trois mois d’entraînement intensif, Mister V ne peut pas totalement dissimuler ses limites physiques, et les scènes d’action, lisibles mais souvent surcutées, peinent à convaincre. C’est regrettable, d’autant que certains choix de mise en scène, notamment en vue aérienne, auraient pu se prêter à de superbes plans-séquence. Même constat pour les effets spéciaux : parfois étonnamment réussis, parfois franchement ratés. Ces faiblesses techniques ne gâchent toutefois pas le plaisir général, même si l’on perçoit par moments un manque de souffle – et sans doute de budget – dans certains décors. Plus surprenante encore est l’absence quasi totale de faux raccords comiques, pourtant véritable signature de Mister V et culminant dans McWalter 3. Faut-il y voir un oubli, ou une volonté d’ancrer la mise en scène dans une forme de réalisme, malgré l’absurde ambiant ? Il est impossible de trancher. Un choix d’autant plus étonnant que ce procédé, récemment remis en valeur dans Y a-t-il un flic pour sauver le monde, continue de prouver son efficacité comique.

In fine, à qui conseiller McWalter : le film ? Aux fans de Mister V, bien sûr, mais aussi à ceux de Freddy Gladieux et Vincent Tirel, co-scénaristes complices dont l’empreinte comique se ressent à chaque dialogue. Les amateurs de Simon Astier y trouveront également leur compte : le cinéaste de Hero Corp et Visitors imprime suffisamment sa patte pour que son univers transparaisse à l’écran. L’influence des Nuls, des Inconnus, mais aussi des Monty Python ou de la saga Y a-t-il un flic ? saute aux yeux, assumée sans complexe par Yvick et ses camarades. Reste que l’expérience sera rédhibitoire pour quiconque rejette l’humour absurde ou pipi-caca, auquel cas la projection relèverait plus de la torture que du divertissement. Pour les autres, McWalter s’impose comme une proposition sincère : pas un chef-d’œuvre, ni même une grande comédie, mais un film fait avec passion et avec le cœur. L’œuvre d’un créateur né avec Internet, soutenu par son public, et qui signe ici une véritable déclaration d’amour à ceux qui l’accompagnent depuis ses débuts.

Bande-annonce : McWalter 

Fiche Technique : McWalter 

📽️ Réalisateur

Simon Astier
Connu pour son rôle d’Yvain (Chevalier au Lion) dans la série Kaamelott.
Réalisateur de séries audacieuses comme Hero Corp et Visitors.
Livre ici une mise en scène décrite comme « soignée, efficace et ambitieuse ».

✍️ Scénaristes

  • Yvick Letexier (Mister V) – Créateur du personnage de McWalter il y a une décennie. Auteur connu pour son humour absurde et son énergie enfantine.
  • Freddy Gladieux – Co-scénariste et complice de Mister V.
  • Vincent Tirel – Co-scénariste et complice de Mister V.

🎭 Acteurs Principaux

  • Yvick Letexier (Mister V) – Rôle principal : McWalter.
  • Géraldine Nakache – Second rôle solide.
  • William Lebghil – Second rôle, décrit comme « excellent ».

📀 Distributeur
Prime Video
Plateforme de streaming sur laquelle le film est disponible.
🎞️ Genre
Comédie absurde / Action / Espionnage
Le film puise dans les codes du film d’espionnage, avec James Bond en figure principale.
Absurde et humour « pipi-caca » comme marque de fabrique.
📅 Date de Sortie
Disponible sur Prime Video
🗺️ Pays d’Origine
France
🗣️ Langue Originale
Français
⏱️ Durée
1h51
📝 Résumé
McWalter, un personnage à la fois considéré comme le meilleur agent au monde et un boulet monumental, se retrouve accusé d’être le plus grand terroriste que la Terre ait jamais connu. Le film suit ses aventures absurdes alors qu’il tente de prouver son innocence, dans une trame narrative qui reprend et détourne les clichés des films d’action et d’espionnage.
🎉 Particularités et Notes
Origine du personnage : McWalter est un personnage créé par Mister V il y a déjà une décennie, et devenu culte au fil de vidéos publiées sur YouTube.

Note des lecteurs29 Notes
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Deauville 2025 : Left-Handed Girl, folles nuits à Tapei

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Après Gangs of Taïwan, le cinéma taïwanais continue de nous éblouir cette année. Sur le tapis rouge du Festival de Deauville, la réalisatrice Shih-Ching Tsou est venue présenter mardi soir en avant-première son premier film, Left-Handed Girl, un drame intime et immersif qui nous plonge dans la vie et les secrets de trois générations de femmes. Une petite perle.

Collaboratrice de longue date de Sean Baker, bien connu du Festival de Deauville et récompensé par la Palme d’Or en 2025, Shih-Ching Tsou a produit Tangerine, The Florida Project et Red Rocket. Elle a co-réalisé le documentaire Take Out, relatant la journée d’un immigré chinois endetté, avant de signer son premier long-métrage, produit et monté par Sean Baker.

Pour composer cette histoire très personnelle, la réalisatrice taïwanaise a puisé dans ses propres souvenirs d’enfance à Taïwan. Elle est ensuite revenue tourner sur les effervescents marchés nocturnes de Taipei, principaux cadres du récit. Très remarqué à sa projection à Cannes lors de la Semaine de la Critique, Left-Handed Girl a été ovationné par le public. À travers les yeux innocents d’une petite fille, le film brosse le portrait de femmes aux prises avec la société traditionnelle.

Douleur générationnelle

Shu-Fen et ses deux filles, I-Ann et I-Jing, retournent vivre à Taipei après plusieurs années à la campagne. Alors que la mère ouvre un stand de nouilles sur le marché nocturne, I-Ann travaille tant bien que mal dans une boutique et I-Jing déambule à toute allure dans les rues colorées. Tandis que le propriétaire leur réclame le loyer, Shu-Fen se rapproche de Johnny, le vendeur d’à côté. Mais ce fragile équilibre familial commence à vaciller lorsque la petite I-Jing, gauchère, se voit interdire par son grand-père l’utilisation de sa « main du diable ».

Dès les premières images, Shih-Ching Tsou adopte le point de vue d’une enfant, celle qu’elle était autrefois et qu’elle retrouve aujourd’hui grâce au regard curieux de I-Jing. En suivant cette petite fille à hauteur d’épaule, et sous une musique enfantine et énergique, Left-Handed Girl présente le marché nocturne comme un labyrinthe aussi chaotique que coloré, où les étals défilent et se confondent. Ce cadre désordonné reflète parfaitement l’urgence émotionnelle des personnages, confrontés à des choix et à un rythme de vie effréné.

Chacune à leur niveau, les générations de femmes sont prisonnières de conventions sociales et familiales. Shu-Fen s’estime responsable de l’enterrement du père de I-Ann, même si elle ne le voit plus depuis des années. I-Jing, libre de déambuler seule dans les rues, craint d’utiliser sa main gauche, uniquement capable selon elle de faire le mal. Pourtant, les femmes cherchent discrètement à s’émanciper de ce carcan. Left-Handed Girl témoigne ainsi d’une souffrance transgénérationnelle, des « rébellions silencieuses » dissimulées dans la sphère privée, de la quête d’indépendance qui maintient les apparences aux yeux des autres. Même face à sa propre mère, Shu-Fen se contraint en effet à jouer un rôle dans l’espoir d’obtenir un peu d’argent. À l’inverse, les hommes incarnent les valeurs traditionnelles et, à l’exception de Johnny, qui se montre dévoué et généreux, se caractérisent par leur dureté et leur rigidité. Cette lutte féminine permanente passe par des non-dits et s’exprime essentiellement par des silences ou des regards chargés de sous-entendus.

Avec les nombreux rebondissements imprévisibles générés par ce flot d’émotions, le film compose un touchant mélodrame familial, apparenté à un Volver taïwanais. Il propose à la fois une vision d’auteur singulière et un divertissement vivant. Son univers nocturne et coloré, toujours en mouvement, sublimé par une très belle photographie, lui confère l’agitation et la tonalité de l’enfance. Brillamment écrit, très bien interprété par un impressionnant trio d’actrices et porté par une mise en scène incroyablement vibrante, Left-Handed Girl nous offre un prodigieux condensé d’énergie et de tendresse. Sans porter de jugement, il questionne la place et l’avenir des femmes dans la société taiwanaise. Cette main gauche, décidément, n’a ici rien de maudite. Au contraire. 

Fiche technique – Left-Handed Girl

Réalisation : Shih-Ching Sou
Scénario : Shih-Ching Sou, Sean Baker
Production : Left-Handed Girl Film Productions Company
Distribution : Le Pacte
Interprétation : Shi-Yuan Ma, Janel Tsai, Nina Ye…
Genre : drame
Date de sortie : 17 septembre 2025
Durée : 1h49
Pays : Taïwan

Deauville 2025 : La Couleur de l’argent, hommage à Paul Newman

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À l’occasion du centenaire de la naissance de Paul Newman, le Festival de Deauville a souhaité rendre hommage à cette icône du cinéma hollywoodien. Ce mercredi 10 septembre, une cérémonie a ainsi célébré le travail et l’engagement de la star américaine, en présence de sa fille, Clea Newman. Témoignages vivants de l’aura de cet homme « d’action et de cœur », quelques-uns de ses films ont intégré la programmation du Festival, dont La Couleur de l’argent, qui a rapporté à Paul Newman l’Oscar du meilleur acteur en 1987.

Après ses débuts sur les planches, Paul Newman acquit sa renommée grâce à son rôle dans La Chatte sur un toit brûlant, qui lui vaut une première nomination aux Oscars. Il a ensuite tourné pour un panel impressionnant de réalisateurs américains, entre autres, Alfred Hitchcock, Sidney Lumet, Robert Altman et Sam Mendès. Mais l’acteur est aussi passé plusieurs fois derrière la caméra. Son premier long-métrage, Rachel, Rachel, a été récompensé par le Golden Globe du meilleur réalisateur.

Dans La Couleur de l’argent, Paul Newman reprend pour Martin Scorsese le rôle d’Eddie Felson qu’il incarnait déjà dans L’Arnaqueur de Robert Rossen. Il porte à l’écran un représentant de whisky désenchanté, obsédé par l’argent et accro à l’escroquerie, bien loin de sa personnalité humaniste.

La vie est un jeu

Ancien champion de billard, Eddie Felson écume les bars dans l’espoir de vendre ses caisses de whisky. Enfermé dans un quotidien morne, il trouve un semblant de bonheur auprès de sa compagne, Janelle. Mais lorsqu’il remarque un jeune talent du billard, Vincent Lauria, le monde d’Eddie bascule. Confronté à une image de son passé perdu, il décide d’entraîner Vince en lui enseignant les bases de l’arnaque. Au contact de ce prodige dont la vantardise égale la bêtise, il replonge corps et âme dans l’univers du jeu, ses paris et son adrénaline.

L’histoire de ce champion retraité qui rêve de se remettre en selle n’a rien de très original. Elle s’apparente plus à un reboot qu’une véritable suite de son prédécesseur, L’Arnaqueur, auquel Martin Scorsese fait subtilement référence. Eddie parle en effet de la couleur, premier mot du titre, mais aussi évocation du tournage en noir et blanc du film de Robert Rossen, vingt-cinq ans plus tôt. Dans La Couleur de l’argent, nous retrouvons un Eddie hors-jeu. En apparence rangé, il est devenu un mentor agissant dans l’ombre, tandis que son élève occupe le devant de la scène.

Malgré son intrigue simple, son récit linéaire et son rythme lent, La Couleur de l’argent convainc dans le traitement psychologique du lien unissant un maître et son apprenti. Tom Cruise, qui vient d’accéder à la célébrité avec Top Gun, interprète avec naturel un personnage prétentieux, naïf et totalement insupportable, qui se complait dans les effets de manche avec sa queue de billard. Il a encore tout à apprendre, en particulier la logique déroutante du plan d’Eddie : perdre un peu pour gagner plus.

Pendant cette vaste tournée des salles de billard, l’arnaque conditionne toujours le gain. En dollars, bien sûr. Mais aussi en ressenti et en force vitale. C’est pourquoi, selon Eddie, « l’argent qu’on pique au jeu a deux fois plus de valeur que celui qu’on gagne à la sueur de son front ». La vie est un jeu. Sans cela, elle n’aurait pas de sens. Cette philosophie explique qu’Eddie retombe aussi facilement dans ses anciens travers. Le maître utilise donc son élève pour retrouver goût à l’existence tout en recherchant une forme de rédemption.

Ce thème de la chute et du rachat fait justement partie des thèmes fétiches de Martin Scorsese. Il est également traité dans Casino, Raging Bull, ou encore dans Les Affranchis, œuvre majeure du réalisateur qui entretient, sans surprise, quelques similitudes avec La Couleur de l’argent. Un mentor qui conseille un équipier trop ambitieux. Une prise d’indépendance qui s’achève par une désillusion. Au-delà du sujet, Martin Scorsese dynamise son film grâce à un cadrage et un montage millimétrés. Plans-séquence, gros plans sur la piste et la trajectoire des boules parviennent à rendre vivant un déroulement relativement attendu.

Si La Couleur de l’argent ne s’impose sans doute pas comme le film phare de l’œuvre de Martin Scorsese, il permet au réalisateur de s’identifier à la trajectoire d’Eddie. Un homme toujours dans la course, qui aime le risque et n’hésite pas à signaler son passage par un très théâtral « me revoilà ! ».

Bande-annonce – La Couleur de l’argent

Fiche technique – La Couleur de l’argent

Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : Richard Price, Ron Shelton
Production : Touchstone Pictures
Montage : Thelma Schoonmaker
Interprétation : Paul Newman, Tom Cruise, Mary Elizabeth Mastrantonio, John Turturro…
Genres : Drame
Date de sortie : 11 mars 1897
Durée : 1h59
Pays : Etats-Unis

« Ulis » : à hauteur d’élèves

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On connaît Fabien Toulmé pour L’Odyssée d’Hakim. Avec Ulis, son nouvel album, il s’aventure dans un territoire encore méconnu : celui des classes spécialisées d’inclusion scolaire et des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). 

Ivan, ancien ingénieur informatique usé par un burn-out et une rupture amoureuse, accepte un peu par hasard un poste d’AESH dans une classe Ulis de collège. Ni formé ni préparé, il découvre le quotidien d’enfants aux parcours cabossés, fragiles, et l’exigence d’un rôle dont il ne soupçonnait ni la difficulté ni la noblesse.

Il se voit confier plus particulièrement Matisse, un jeune autiste dont il devient l’accompagnant privilégié. Peu à peu, au fil des saisons scolaires, Ivan se cherche, doute, se trompe, mais avance irrémédiablement. Il noue des liens bienveillants, et profitables aux deux parties, avec Matisse. L’apprentissage est réciproque. Ivan se reconstruit autant que Matisse se construit.

Fabien Toulmé a passé du temps en Ulis. Il a observé, écouté, recueilli des bribes de réalité. Cela se sent. Derrière la fiction, on devine la matière documentaire : la dureté d’un métier sous-estimé, les moyens indigents de l’Éducation nationale, les incompréhensions avec les collègues ou les parents, mais aussi ces liens de confiance qui se tissent, ces victoires minuscules mais pourtant essentielles.

L’auteur montre un système à bout de souffle, où les AESH sont parachutés sans préparation, contraints d’improviser vaille que vaille face à des situations complexes. Mais là où d’autres sombreraient dans le constat amer, Fabien Toulmé opte pour la nuance : il témoigne de la fatigue, certes, mais aussi de l’abnégation et de l’éthique des enseignants et accompagnants qui tiennent debout ce dispositif.

On reconnaît immédiatement son dessin, simple sans être simpliste, expressif sans surcharge. Comme dans ses précédents albums, il mise sur la clarté, sur la ligne claire des émotions. Et les personnages existent pleinement : Mme Tramont, la professeure intransigeante, qui porte l’âpreté de son métier comme une armure ; les élèves – Bilal, Léa, Goran, Inès, Matisse – tous esquissés avec délicatesse, sans caricature ; et Ivan, avatar maladroit mais profondément humain, dont on suit la lente métamorphose.

Ulis est une chronique du réel, avec ses heurts et ses élans, qui éclaire un angle mort de notre système scolaire. Ce que Fabien Toulmé constate, c’est que l’inclusion nécessite énormément d’humanité et pas mal de bravoure, avec des individus contraints de composer avec un système défaillant. C’est aussi un récit de résilience : celle d’Ivan, qui retrouve un sens à sa vie en aidant les autres ; celle des élèves, qui affrontent les regards condescendants ou hostiles pour tenter de trouver leur place…

Avec Ulis, Fabien Toulmé donne à voir, à comprendre, et surtout à ressentir. Une bande dessinée parfaite pour accompagner la rentrée : à hauteur d’élèves, à hauteur d’homme.

Ulis, Fabien Toulmé
Delcourt, septembre 2025, 272 pages

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3.5

« Artifices » : quand Robert-Houdin dévoile les tours sombres de l’Histoire

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Les éditions Daniel Maghen publient Artifices, un one-shot de 112 pages, scénarisé par Mathieu Mariolle et mis en images par Julen Ribas. L’album retrace un épisode méconnu mais authentique de l’histoire coloniale française : l’envoi, en 1856, du prestidigitateur Jean-Eugène Robert-Houdin en Algérie, afin de contrer l’influence des marabouts kabyles et, selon l’expression de l’époque, « pacifier » la région.

Robert-Houdin (1805-1871), horloger de formation devenu maître de l’illusion, avait déjà révolutionné l’art magique avec ses automates et ses numéros spectaculaires lorsqu’il fut sollicité par le colonel De Neveu pour jouer son rôle en Algérie. L’homme est affaibli, marqué par la perte de sa fille et par la maladie, mais il accepte la mission, persuadé que son art peut éviter un bain de sang. Là réside toute l’ambivalence du récit : Houdin se veut pacifiste, mais il agit à la demande d’un pouvoir colonial qui n’hésitera pas à instrumentaliser son talent.

Dans Artifices, Mathieu Mariolle exploite en clerc cette tension intime : un homme convaincu de la force de la raison et de l’illusion, mais dont le génie se retrouve détourné pour conforter la domination française. « Je suis un pacifiste. Je refuse de considérer la guerre et la terreur comme des options. Si je suis remonté sur scène à Alger, c’est uniquement pour tenter de réconcilier Français et indigènes. » Houdin n’est pas là pour servir les intérêts français mais bien « pour démontrer (que) la magie n’existe pas et nous ne sommes tous que des hommes, ni supérieurs, ni inférieurs ».

Si Robert-Houdin triomphe des marabouts en révélant leurs supercheries, la victoire symbolique ne suffit pas à calmer la soif de contrôle de l’Empire. Le personnage se heurte alors à un paradoxe tragique : l’art de l’illusion se retourne contre lui. Les autorités coloniales veulent aller plus loin, utiliser l’émerveillement comme une arme d’endoctrinement. Houdin refuse : « Je ne suis pas votre marionnette. » Mais le pouvoir impérial est têtu et rusé…

Julen Ribas donne à cette fresque un écrin pictural somptueux. Chaque planche semble partagée entre enchantement et inquiétude, entre le merveilleux oriental stylisé et la violence implicite de la conquête. L’espace devient ainsi un acteur à part entière : un lieu de projection pour les illusions scéniques, mais aussi le miroir d’un affrontement culturel et politique.

Le personnage de Nélia mérite aussi que l’on s’y attarde. Il s’agit d’une jeune femme cultivée et en avance sur son temps. « Ces livres sont les remparts les plus importants pour m’aider dans mes deux combats, celui que je mène en tant que femme, contre les hommes au sein de mon peuple et de ma religion… et celui qui m’oppose à vous pour la liberté de mon pays. » Obstinée, respectable, elle croisera plusieurs fois le chemin de Robert-Houdin, tout en étant menacée par le courroux français.

Il ne faut cependant pas se méprendre : Artifices n’idéalise pas son héros. Houdin est un homme de bonne volonté, mais instrumentalisé ; un père brisé, qui tente de racheter ses erreurs à travers l’illusion de la paix. Il fait montre de naïveté, se laisse piéger. En face, les résistants incarnent une vérité plus âpre. Mathieu Mariolle et Julen Ribas tirent d’une anecdote historique à peine croyable – mais pourtant vraie – une énonciation sans fard des drames coloniaux et des volontés d’indépendance contrariées.

Artifices, Mathieu Mariolle et Julen Ribas
Daniel Maghen, 10 septembre 2025, 112 pages

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4

« Le Roi sans couronne » : quand les échecs rejouent la guerre froide

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Un échiquier, deux hommes, une époque. Le 17 juillet 1978, à Baguio, aux Philippines, le monde entier retient son souffle. Sur la scène du Palais des Congrès, deux joueurs d’échecs s’installent face à face. Le premier, Anatoli Karpov, champion en titre, est la vitrine la plus brillante de l’URSS triomphante, encadré par une délégation pléthorique de médecins, espions et même d’un parapsychologue. Le second, Viktor Korchnoï, plus âgé, indocile, a claqué la porte du régime et trouvé asile en Suisse. Entre ces deux figures antagonistes se rejoue une partie autrement plus vaste : celle de la guerre froide. Avec Le Roi sans couronne, Toni Carbos adapte en bande dessinée le roman de Javier Cosnava et entraîne son lecteur dans une double intrigue où la tension géopolitique se mêle à un récit policier aux accents de thriller.

Toni Carbos et Javier Cosnava s’appuient sur un matériau historique fascinant : le championnat du monde de 1978, qui opposa bel et bien Karpov et Korchnoï. L’événement fut suivi comme une bataille idéologique, où chaque coup de cavalier ou de fou pouvait se muer en un revers politique. L’URSS, alors maître incontesté des échecs, voyait en Karpov son champion aux ordres, quand l’Occident soutenait presque malgré lui le dissident Korchnoï, devenu apatride et ennemi des Soviétiques.

Le récit restitue parfaitement la dramaturgie de cette confrontation : la chaleur moite des Philippines, son dictateur Ferdinand Marcos, les tensions diplomatiques qui éclatent dès la cérémonie d’ouverture – Korchnoï arrachant le drapeau soviétique qu’on avait placé devant lui. Le décor est planté : cette finale d’échecs est une guerre psychologique.

S’enchâsse alors une intrigue criminelle parallèle. On y suit Benjamin Faure-Rojo, un vieil homme injustement emprisonné depuis 1945 pour un triple homicide. Libéré à l’heure du tournoi, il se lance sur les traces de la vérité, aidé de Melvin Cobb, dit MC, un personnage trouble qui soutient Korchnoï mais dont les véritables loyautés demeurent obscures.

Cette double narration – d’un côté le duel sur l’échiquier, de l’autre une enquête « policière » – confère au récit une densité bienvenue. Mais cette hybridation n’est pas toujours des plus réussies : l’alternance des intrigues, quelque peu artificielle, peut brouiller la lecture, au risque d’émousser l’intensité de l’ensemble.

L’album vient rappeler que les échecs ont été bien plus qu’un jeu de société pour l’URSS. Instrument de soft power, ils constituaient une véritable vitrine culturelle dont les champions attestaient de l’excellence du système. Dans cette optique, la partie Karpov-Korchnoï s’inscrit forcément dans la longue histoire des luttes Est-Ouest. Malgré une intrigue policière en demi-teinte, Le Roi sans couronne n’en demeure pas moins un récit passionnant, servi par un dessin régulier et une ambiance soupesée.

Un album à découvrir, où la grande Histoire se joue à hauteur d’homme, sur un simple échiquier. 

Le Roi sans couronne, Toni Carbos
Sarbacane, septembre 2025, 112 pages

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3

L’Étrange Festival 2025 : Cadet, un esprit malsain dans un corps corrompu

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Adilkhan Yerzhanov est plus que jamais chez lui à L’Étrange Festival, et le prouve une fois encore avec Cadet, conte horrifique où les fantômes du Kazakhstan continuent de hanter les vivants – enfants compris – jusqu’à les métamorphoser en monstres ou en bourreaux. Et pour mieux entretenir cette spirale de violence, rien de tel que le soutien de conservateurs fascisants, garants d’un ordre moral prêt à broyer toute individualité. Cadet, c’est un peu Shining à la sauce kazakhe, où la terreur ne vient pas d’un lieu figé dans le temps, mais d’un pays figé dans son passé.

Le cinéaste kazakh semble inarrêtable. Cette année, il revient avec une sorte de vigilante movie façon Rambo (Moor), une série surnaturelle (Kazakh Scary Tales) et ce Cadet hanté, démontrant une fois encore sa capacité à se renouveler tout en conservant une maîtrise narrative et formelle impressionnante. On le croyait au sommet avec Steppenwolf, mais Yerzhanov n’a visiblement pas dit son dernier mot. Si ses précédents films transformaient les plaines kazakhes en territoires de western ou de guerre civile, Cadet explore d’autres zones : celles de l’invisible, du refoulé, du spectral. Sans jamais abandonner son goût du décalage ni son humour acide, il continue de filmer la ville fictive de Karatas, décor récurrent devenu presque mythologique, avec sa corruption latente et ses non-dits, toujours plus prégnants.

Un cauchemar kazakh

Cette fois, il opère un virage vers le thriller surnaturel pur, jouant avec la photographie sombre et glacée, et une mise en scène aux cadres souvent fixes, mais qui piègent les personnages aux marges de l’image. L’espace autour d’eux devient une menace latente, prêt à les aspirer dans l’obscurité. Le décor, ici une école militaire sinistre, est aussi soigné que dérangeant. Yerzhanov le travestit intelligemment, sculptant des zones d’ombre à l’arrière-plan qui forcent le spectateur à scruter, deviner, anticiper. La menace, chez lui, vient autant du champ et du hors-champ, et rien n’est laissé au hasard.

L’école, d’ailleurs, semble hantée à la fois par ses anciens et actuels occupants. L’atmosphère n’est pas sans rappeler celle d’Assaut, mais surtout celle de l’hôtel Overlook de Kubrick. Lors d’une visite guidée chirurgicalement cadrée, Yerzhanov distille les premiers signes du mal : une fenêtre, un suicide, une ombre persistante. Alina, nouvelle professeure d’histoire (incarnée par Anna Starchenko, fidèle de Yerzhanov), aurait peut-être dû y réfléchir à deux fois avant d’y inscrire son fils unique, Serik (Serik Sharipov). Le regret se lira plus tard sur son visage, tendu, douloureux, rappelant par instants Shelley Duvall dans Shining. Mais est-ce l’école qui se referme sur eux, ou bien leur propre inconscient ?

Car Cadet, c’est aussi un drame familial. Alina projette sur son fils ses espoirs de réussite sociale. Elle croit l’émanciper, mais cherche surtout à s’en libérer. Quand vient le temps de la réconciliation, il est peut-être déjà trop tard. Serik, adolescent efféminé et réservé, devient vite la cible de ses camarades et de ses supérieurs, bouc émissaire idéal pour une violence institutionnelle à peine voilée. Incapable de se défendre, il devient le réceptacle parfait pour les esprits vengeurs, martyrs d’un passé militaire et autoritaire encore bien vivant.

Dans les couloirs de l’oubli

Yerzhanov convoque ici les fantômes de Kiyoshi Kurosawa (Kaïro, Cure), mais c’est surtout le travail de déconstruction des frontières entre réel et imaginaire, à la manière de David Lynch, qui glace le sang. Le film nous entraîne dans les entrailles d’un bâtiment labyrinthique, où chaque recoin semble cacher un secret, un crime, une honte. Les forces du mal prennent différentes formes, mais toutes s’abreuvent de la fragilité de Serik, perpétuant une masculinité violente dans un système incapable de se remettre en question. Ce n’est pas un thème nouveau chez Yerzhanov, qui en profite pour tourner en dérision la bureaucratie kazakhe, engluée dans un déni absurde et tragique. Chaque séquence devient ainsi une critique, grinçante mais lucide, d’un pays hanté par ceux qu’il a voulu effacer.

C’est aussi grâce à une mise en scène d’une rigueur remarquable que Cadet nous maintient captifs. La tension monte à mesure qu’une enquête progresse, visant à expliquer ce que tout le monde voit, mais que personne n’ose nommer. Entre alors en scène l’inspecteur militaire Birzhan Rakhymzhanov (Ratmir Yusupzharov), figure presque burlesque, obsédé par son protocole cartésien et la logique. Mais face à une série de suicides inexpliqués, son rationalisme vacille. Yerzhanov en profite pour déconstruire cette illusion de contrôle dans un monde illogique, fruit d’un héritage maudit. Le sang appelle le sang.

Passé inaperçu à la Berlinale, Cadet relève pourtant le niveau d’une compétition inégale, en trouvant un équilibre rare entre récit intime et critique politique, horreur atmosphérique et satire mordante. Nul besoin d’être familier avec l’univers de Yerzhanov pour être happé. Le film s’impose d’emblée par sa singularité et sa maîtrise. S’il souffre de quelques longueurs, elles participent à installer une tension poisseuse, quasi suffocante. Bien qu’il s’agisse de sa première véritable incursion dans l’horreur, Yerzhanov s’empare du genre avec une froideur clinique et une précision redoutable. Le résultat est captivant, dérangeant, et profondément bouleversant.

Bande-annonce – Cadet

Fiche technique – Cadet

Réalisation et scénario : Adilkhan Yerzhanov
Interprètes : Anna Starchenko, Serik Sharipov, Ratmir Yusupzhanov, Alexey Shemes
Photographie : Yerkinbek Ptyraliyev
Montage : Timur Zhanpeissov
Musique : Sandro Di Stefano
Production : Adilkhan Yerzhanov
Société de production : Tiger Films
Pays de production : Kazakhstan
Genre : Épouvante-horreur
Durée : 2h06

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© Marc Bruckert

Deauville 2025 : Olmo, vie de famille

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Présenté en avant-première au Festival de Berlin 2025, puis en compétition à Deauville, Olmo de Fernando Eimbcke nous plonge dans le New Jersey des années 1980. En nous faisant vivre, sur une journée, le quotidien tumultueux d’une famille, le film traite avec sincérité du poids du handicap, des élans de jeunesse et des relations parfois tendues entre parents et enfants. Malgré un récit linéaire, un déroulement lent et sans péripétie, Olmo compose un drame authentique et attachant.

Contrairement à la majorité des réalisateurs invités, Fernando Eimbcke est déjà bien connu du cinéma international. Son premier film, Duck Season, a été sélectionné à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2004. Ses films suivants, Lake Tahoe et Club Sandwich, tous deux centrés sur des adolescents, ont respectivement reçu des prix à la Berlinale 2008 et au Festival de Turin 2013.

Avec Olmo, co-produit par les États-Unis et le Mexique, Fernando Eimbcke signe son quatrième long-métrage et poursuit son portrait de la jeunesse. Grâce à son caractère très théâtral – peu de personnages, unité de temps et de lieu – le film offre un spectacle vivant et attendrissant.

La jeunesse, entre désirs et responsabilités

Olmo, un adolescent de 14 ans, vit avec sa sœur, sa mère et son père dans une bourgade du New Jersey. Il rêve de draguer sa voisine, Nina, et de sortir avec son meilleur ami, Miguel. Mais son père, atteint de sclérose en plaques et cloué au lit, nécessite une assistance permanente. Un matin, Olmo est chargé de la garde de son père, au moment même où Nina l’a invité à une soirée…

Alors que leur mère enchaîne les services au travail, Olmo et Ana se partagent la surveillance de leur père comme une corvée ménagère. Leur morne quotidien, rythmé par les pauses toilettes, l’habillage et la prise des repas paternels, ne leur permet pas de vivre pleinement leur adolescence. Cette gestion contraignante du handicap, qui empêche les personnages de mener une vie normale, a déjà été abordée dans Quelques minutes après minuit, avec un traitement fantastique, et plus récemment dans Caravane, sous l’angle de l’amour maternel. Malgré son sujet grave, Olmo conserve un ton plus léger, grâce à son atmosphère sur-vitaminée et à ses traits d’humour. Il s’intéresse aux relations père-fils et père filles, mais plus largement à une cellule familiale en crise, le temps d’une journée qui voit se succéder des moments de joie euphoriques, puis des conflits inévitables. Il faut dire que le paternel ne facilite pas la tâche. Toujours bougon, il use la patience de ses enfants éprouvés et les traite même avec mépris.

Sans porter de jugement, Olmo expose les tiraillements que nous rencontrons tous, en particulier à notre jeune âge, entre obligations familiales et désir de liberté. Confronté à ce dilemme, Olmo doit apprendre à devenir un garçon responsable, avec le soutien de Miguel. Innocent et insouciant, il ne comprend pas encore les préoccupations pratiques et financières des adultes. Mais pour Fernando Eimbcke, l’amour, qui cimente la famille, reste au-dessus de tout. C’est précisément cela qui rend son film aussi juste et beau. Chaque personnage, malgré ses défauts, parvient à attendrir sans emphase ni sentimentalisme. C’est donc avec beaucoup de douceur et d’humanité que le drame dresse l’éloge de la bienveillance et de la solidarité familiales.

Dans cette journée presque suspendue dans le temps, Olmo dégage cependant une certaine nostalgie, renforcée par sa belle photographie et sa restitution impeccable des années 1980. Cette atmosphère très réussie, accompagnée par une bande-originale soignée, compense le caractère minimaliste du récit. Après The Plague, le film offre une toute autre vision du coming-of-age, où l’amour et la famille non seulement nous animent, mais nous font grandir.

Fiche technique – Olmo

Réalisation : Fernando Eimbcke
Scénario : Fernando Eimbcke, Vanesa Garnica
Production : Plan B Entertainment
Distribution : Film Constellation
Interprétation : Aivan Uttapa, Diego Olmedo, Rosa Armendariz, Gustavo Sanchez Parra, Andrea Suarez Paz…
Genre : drame
Date de sortie : inconnue
Durée : 1h24
Pays : Etats-Unis