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Colère sur pellicule : Louis Bloom, le Travis Bickle moderne de Night Call

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En avril, LeMagduciné revient sur des personnages qui ont marqué le cinéma avec une émotion particulière. Cette semaine il s’agit de la colère, occasion de revenir sur le personnage principal de Night Call, l’énigmatique Louis Bloom. Intensément moderne, ce Taxi Driver du 21ème siècle nous offre un personnage empli d’une colère sourde envers l’humanité, et d’une soif infinie de succès. 

Les cheveux gras, les joues creusées et le regard nerveux caché derrière d’épais sourcils, Louis Bloom, aussi solitaire et amer que Travis Bickle, passe ses nuits à errer dans les rues de Los Angeles au volant de sa voiture. Caméra à la main, il traque accidents et crimes pour les filmer, puis les vendre à des chaines de télévision. Plus y a de sang, plus ça vend. 

Alors que le film de Scorsese débutait avec les notes oppressantes composées par Bernard Herrmann et une image saturée de rouge, Night Call lui, nous accueille avec une musique douce, aux notes électriques, presque teintées d’optimisme. La bande-son apaise plus qu’elle n’angoisse et accompagne les premières images du film qui nous dévoilent le paysage nocturne de Los Angeles. Si les rues semblent désertes, la ville ne dort jamais totalement, et sous la lumière jaunâtre des lampadaires, les quelques somnambules errent dans les rues jusqu’à l’aube. On y croise Louis Bloom, qui entre par effraction sur un chantier privé. Lorsqu’il se fait prendre en flagrant délit par le type de la sécurité et voyant qu’il ne s’en sortira pas, Lou, sans perdre ses moyens et s’énerver, tabasse l’homme dans le plus grand des sangs froids. 

Froid et professionnel, c’est ainsi qu’on pourrait décrire Lou. Trop professionnel, à vrai dire. Il aborde sa vie comme une succession d’entretiens d’embauche. Chacun de ses gestes et chacune de ses paroles ont pour seul but d’être efficaces et productifs. A la manière dont il recrache des discours pompés sur des cours de business en ligne, il en devient souvent risible. On a davantage l’impression de se trouver face à un rapport de stage, que devant un personnage fait de chair et d’émotions. Car Louis ne s’énerve que rarement. Non pas qu’il soit exempt de violence, les paroles qu’il profère à ses congénères sont agressives et acerbes, mais il s’agit là d’une violence froide, impersonnelle. Les rares fois où nous voyons Lou se mettre réellement en colère, c’est lorsque les personnes qu’il a en face de lui réagissent humainement à ses propos. Comme lorsque son assistant se trompe de chemin, ou quand Nina, qui lui achète ses vidéos pour les diffuser, réagit mal à sa proposition (sa menace) sexuelle en échange de vidéos encore plus sanglantes. Ce qui met Louis en colère, c’est l’humanité. Il dira plus tard à son employé que le problème, ce n’est pas qu’il ne comprend pas les gens, c’est juste qu’il ne les aime pas. Lui dont le seul but est de réussir, qu’importe le domaine, qu’importe le moyen, abhorre la faiblesse des autres, car elle le renvoie à sa propre humanité. 

Pour autant, cette violence et cette colère sont étouffées et rarement montrées à l’écran. Taxi Driver a vu le jour à une ère où le Nouvel Hollywood avait un besoin de voir la violence exploser. Ici, la colère est d’un autre genre, sous-jacente. Présente et pourtant invisible. Le film, teinté de jaune, de vert et de bleu, est davantage mélancolique qu’agressif. Quelques touches de rouges ça et là viennent réchauffer la froideur urbaine, des feux rouges, des néons ou encore la chemise rose délavée de Lou. A mesure que Louis gagne en confiance et en pouvoir, le rouge se fait de plus en plus présent, jusqu’à devenir la couleur de sa voiture. C’est d’ailleurs sur la route, en slalomant entre les véhicules à toute allure pour arriver le premier sur les scènes de crime, que Louis lâche prise. Mais dans Night Call, la violence se retrouve toujours atténuée par un élément, souvent la musique. Dans une scène, Louis arrive sur le lieu d’un accident de voiture avant l’arrivée des secours. Pour avoir un meilleur angle, plus graphique, plus poignant, il entreprend de déplacer le corps de la victime. Le tout est accompagné de cette douce musique qui ouvrait le film. Au lieu de souligner l’horreur d’un tel geste, de nous donner envie de nous révolter, la bande-son met en lumière la réussite de Louis. Il s’agit d’une opportunité en or pour sa carrière, et la musique nous indique son succès et nous encourage presque à nous réjouir pour lui. 

Le film met le spectateur dans cette position inconfortable où il n’arrive plus à se mettre en colère, ni contre Louis, ni contre le système. Lorsque le soleil éclatant de Los Angeles laisse place à l’éclairage superficiel des lampadaires et que la ville se vide de sa population enjouée et colorée, la violence se réveille. Durant tout le film, seule la mort semble être présente la nuit. Mais si on fait face à la mort, on ne voit cependant pas son processus. On n’assiste pas à la violence des meurtres ou des accidents, on regarde seulement des corps déjà vidés de leur vie, sans avoir l’espoir d’y changer quoique ce soit. Et tel Louis Bloom, nous ne sommes bons qu’à observer cette fatalité dans l’œil d’un objectif.

Bande-annonce : Night Call

« Pin-up au temps du pré-code (1930-1934) » : radiographie d’une figure contrastée

La pin-up n’est pas seulement cette nymphette blonde dévorée du regard par les hommes ou déshabillée par inadvertance à la faveur de gags plus ou moins convenus. Contrairement aux idées reçues, elle tient peut-être davantage de la figure féministe que de la vamp ou de la femme fatale. Mélanie Boissonneau revient sur son destin cinématographique durant le pré-code, mais aussi après 1934.

La période dite « pré-code Hays », s’étendant de 1930 à 1934, fut-elle un réel espace de liberté cinématographique ? Dans quelle mesure la pin-up peut-elle se réclamer du féminisme ? Quelle fut l’évolution de ce personnage féminin controversé à travers le temps ? Quid de ses modes de représentation, d’exploitation et de réception ? L’essayiste Mélanie Boissonneau, titulaire d’un doctorat en études cinématographiques, publie à ce propos, chez Lettmotif, une thèse aussi dense que passionnante. Elle comprend deux parties bien distinctes, mais complémentaires : une longue introduction théorique et historique portant sur la pin-up, le code Hays et le féminisme, suivie d’un effeuillage attentif de plusieurs pin-up du début des années 1930 : Betty Boop, Jean Harlow, Jane Parker ou encore Mae West, auxquelles se mêlent les Scream Queens et les Final Girls des films horrifiques.

Pour identifier et définir la pin-up, Mélanie Boissonneau fait appel à Boris Vian, Bertrand Mary, Mark Gabor, André Bazin ou encore Maria Elena Buszek. Elle prend le parti de situer cette figure ambivalente sur le terrain du féminisme : si l’essayiste Andrea Dworkin estime que la pin-up sexualisée est représentative de la domination masculine, Annie Sprinkle, prostituée, actrice et réalisatrice de films pornographiques, par ailleurs titulaire d’un doctorat en sexualité humaine, avance au contraire un droit absolu d’utiliser son corps et sa sexualité – dans une maîtrise, sinon une réappropriation de soi. Cela constitue un bon point de départ pour mesurer les écarts de jugement dès lors qu’il s’agit d’analyser la place de la pin-up non seulement au cinéma, mais aussi dans la longue histoire de l’émancipation des femmes.

Des Gibson Girls aux Varga Girls, de Betty Boop à Mae West

Aussi incongru que cela puisse paraître, la pin-up peut effectivement s’arroger une part de féminisme politique. Si les Gibson Girls dessinées par l’illustrateur Charles Dana Gibson ne travaillent pas et restent cantonnées aux rôles assignés par la société patriarcale, les Varga Girls d’Alberto Vargas, plus affirmées encore que les Petty Girls, créent déjà le malaise et suscitent des réactions mi-indignées mi-apeurées, notamment en raison d’une sexualité explicite.

Une dualité objet/sujet s’applique par ailleurs au magazine américain Photoplay, qui imprime des photographies d’artistes sexualisées, mais les accompagne d’interviews et de portraits consacrant, pour les femmes concernées, un statut d’êtres indépendants, pensants et agissants. Cette dichotomie objet/sujet sous-tend en réalité tout l’ouvrage. C’est à son aune que seront étudiées Jane Parker, Mae West ou Jean Harlow.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, Mélanie Boissonneau nous rappelle toutefois deux choses. Les années pré-code ne furent pas l’idylle que l’on croit parfois : des négociations horizontales ont lieu au cas par cas entre les créateurs de films et la censure, ce qui aboutit à des compromis et des compromissions. Par ailleurs, dès qu’elle prend conscience d’elle-même et se montre active (dans le sens contraire de passive), la pin-up dérange et lézarde des conventions patriarcales pourtant bien en place.

Betty Boop est un cas intéressant en ce sens qu’elle a aujourd’hui une réputation très exagérée de femme émancipée. Pourtant, comme le rappelle l’auteure, elle relève pleinement de la femme-objet dénuée d’indépendance, dont le corps exerce un important pouvoir de fascination sur les hommes, ce qui occasionnera à son encontre des agressions en tous genres. Après 1934 et le renforcement de la censure sous l’égide de Joseph Breen, la situation empire encore et la vie de Betty semble désormais phagocytée… par un chiot.

Jean Harlow s’en sort à peine mieux. Des « intertextualités » impitoyables contribuent à confondre à son endroit le temps diégétique et biographique. Elle personnifie malgré elle, plus souvent qu’à son tour, la dumb blonde, notamment quand on remet ouvertement en cause ses capacités intellectuelles. Celle qui préfigure Marilyn Monroe joue des rôles où elle manque d’argent, cherche un emploi, fait office d’objet sexuel ou se voit assaillie de mépris. Elle subit une assignation constante aux stéréotypes en vigueur dans les sociétés phallocratiques.

Jane Parker connaît quant à elle deux périodes relativement dissemblables : celle du pré-code, où elle apparaît forte et émancipée (même si l’iconographie publicitaire atténue cette image) ; celle débutant en 1934, après le renforcement des sanctions du code Hays, où la femme de Tarzan se fond dans le rôle traditionnel de la femme au foyer et se voit même éclipsée par son fils Boy. Mae West, affranchie de nombreux carcans (de par son âge, ses rôles, ses dialogues), se voit elle aussi frappée par les difficultés nées de 1934 : son originalité semble de plus en plus menacée, voire moquée.

L’ouvrage de Mélanie Boissonneau a (au moins) un double mérite : il nous éveille à une figure hollywoodienne souvent négligée, la pin-up, et la contextualise sur près de 200 pages aussi passionnantes qu’édifiantes. Car avant d’étudier par le menu les déboires de Betty Boop ou les impétuosités de Mae West, le lecteur passera par Bettie Page, les Guerrilla Girls, le nose art, Simone de Beauvoir, Adah Isaacs Menken, Sarah Bernhardt ou encore Henry James Forman – dont les études scientifiques servirent d’assise au Code Hays.

À mettre entre toutes les mains.

Fiche technique

Auteur : Mélanie Boissonneau
Editeur : Lett Motif
Date de parution : 19/03/2019
EAN : 978-2367162447
ISBN : 2367162441
Illustration : Photos couleur
Nombre de pages : 520
Format : 13 x 21

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4.5

Simetierre, quand l’horreur ne fait plus peur

Plombé par ses envies d’horreur « grand public », Simetierre version 2019, est un ratage quasiment complet, tant il ne parvient jamais à créer le moindre frisson, ni même à s’approprier correctement les formidables thématiques du roman de Stephen King.

Synopsis : Le docteur Louis Creed quitte Boston pour s’installer dans une région rurale du Maine, avec sa femme Rachel et leurs deux jeunes enfants, Ellie et Gage. Au fond des bois près de sa nouvelle maison, Louis découvre un mystérieux cimetière. Peu après, une tragédie s’abat sur lui. Il se tourne alors vers un étrange voisin, Jud Crandall. Sans le savoir, Louis vient de déclencher une série d’événements tragiques avec de redoutables forces maléfiques.

Probablement une des œuvres les plus sombres et terrifiantes de Stephen King, Simetierre n’est pourtant pas celle qui a le plus forgé sa renommée, mais qui a drastiquement marqué de son emprunte tous les braves qui se sont aventurés à parcourir ses pages sinueuses. Ce qui fut le cas de l’auteur de ces lignes, qui fut durablement traumatisé par la lecture de cet excellent roman. En 1989, il eu le droit à une première adaptation dirigée par Mary Lambert, qui malgré des acteurs approximatifs et son aspect daté, reste un film fidèle qui s’impose par sa violence crasseuse et son atmosphère moite et oppressante. Mais l’idée d’une version actualisée faisait diablement envie, surtout que celle-ci promettait de prendre des libertés avec l’œuvre d’origine tout en conservant son essence. Réalisé par Kevin Kölsch et Dennis Widmyer, deux jeunes cinéastes envieux de faire leur preuve, ce nouveau Simetierre partait sur de bonnes bases, présentant à nous une imagerie forte et originale.

Pourtant, Simetierre subira le premier contrecoup de ce cinéma d’horreur grand public, à savoir une démarche marketing catastrophique qui prive le film de toute surprise. Plus encore, celle-ci s’est vendue sur l’imagerie assez iconique des enfants déguisés avec des masques d’animaux, un élément qui s’avère extrêmement mineur, et qui ne dure que le temps d’une séquence de quelques secondes. Le film se révélera loin de l’atmosphère mystique et dérangeante qu’il essayait de vendre avec cela. Il est sans doute étrange de reprocher à un film son marketing, car celui-ci ne devrait pas forcément influer sur la qualité finale de l’œuvre, mais ce Simetierre base sa narration sur le modèle du slow burn, à savoir qu’il commence très doucement pour faire progressivement monter la tension et le suspense. L’intégralité de la première partie joue sur le fait que la menace pèse sur les deux enfants de la famille, et sur le suspense de savoir sur qui tombera le couperet. Sauf que tout cela à été dévoilé dans les différentes affiches et bandes annonces, ce qui fait que l’intégralité de ce premier acte et de son twist tombe à l’eau. Le film a tendance à beaucoup trop prendre pour acquis le fait que son spectateur a lu le livre de King ou vu sa première adaptation, et base son suspense en conséquence, sur l’attente des fans, plutôt que de créer ou de placer une situation qui amènera l’horreur.

En résulte donc une exécution qui aligne les jumpscares de manière systématique et sans génie, simple clin d’œil à ce qui avait déjà été fait avant, laissant le fan complètement passif face à un film qu’il a au final déjà vu, et le nouveau venu sera quant à lui laissé à la porte car le film, trop sûr de ses acquis, exposera son univers de bien piètre manière, ne se donnant jamais la peine de créer un mystère tangible. Car en dehors de deux changements majeurs assez discutables, car ils passent à côté de tout le propos sur la mort et le deuil véhiculé par l’histoire de Simetierre, le film reste très balisé dans sa démarche et reste très similaire à l’œuvre de King. Le long métrage n’est pas aidé par une réalisation très faible, dont une photographie assez laide qui trahit souvent des fonds verts assez immondes et des couleurs particulièrement ternes, ni par la mise en scène sans relief de Kölsch et Widmyer, qui ne connaissent rien à l’horreur en dehors de l’enchaînement de jumpscares prévisibles, et qui échouent même à faire sursauter. Le casting reste correct, mais les acteurs surnagent un peu dans la sous-écriture de leurs personnages, reste que Jason Clarke met beaucoup de conviction dans son jeu et que John Lithgow est toujours aussi impeccable.

Simetierre est un ratage de A à Z. Que ce soit dans ses effets surannés et la platitude de ses visuels, notamment dans une violence très édulcorée qui en fait un film sans la moindre prise de risque, ou son écriture d’une pauvreté confondante qui ne retrouve jamais le vertige et les passionnants questionnements de l’œuvre d’origine. C’est une copie vulgarisée, fade et bête qui ne cherche que le grand frisson, mais qui se trouve dans l’incapacité d’asseoir ses effets, et qui s’avère aussi terrifiante qu’un train fantôme de fête foraine. Le casting a beau faire de son mieux, il ne sauve jamais Simetierre du naufrage qui, à vouloir attirer tout le monde, finit par ne contenter personne. Une entreprise opportuniste qui flirte avec le grotesque et l’ennui, plutôt que d’alimenter le trouble et la peur. A éviter.

Simetierre : Bande annonce

Simetierre : Fiche technique

Titre original : Pet Sematary
Réalisation : Kevin Kölsch et Denny Widmyer
Scénario : Matt Greenberg et Jeff Buhler, d’après le roman Simetierre de Stephen King
Casting : Jason Clarke, Amy Seimetz, John Lithgow, Jeté Laurence, …
Décors : Todd Cherniawsky
Direction artistique : Félix Larivière-Charron
Photographie : Laurie Rose
Montage : Sarah Broshar
Musique : Christopher Young
Producteurs : Lorenzo di Bonaventura, Steven Schneider et Mark Vahradian
Production : Di Bonaventura Pictures et Alphaville Films
Distribution : Paramount Pictures
Durée : 101 minutes
Genre : Horreur
Dates de sortie : 10 avril 2019

États-Unis – 2019

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Edouard Baer sera le Maitre de cérémonie du 72ème Festival de Cannes

Déjà à l’œuvre en 2018 où il avait enchanté les foules par son audace et son aisance sur scène, Edouard Baer a décidé de remettre le couvert et sera donc à nouveau le Maître de Cérémonie de la 72ème édition du Festival de Cannes, qui rappelons-le, se tiendra du 14 au 25 Mai prochain.

Fidèle à lui-même, l’acteur français que l’on peut voir actuellement dans La Lutte des Classes (M.Leclerc)  n’a pas attendu le feu vert de la clique à Thierry Frémaux qui se réserve le 18 avril prochain pour lancer les hostilités cannoises. Non, avec la même simplicité qui fait que le moindre mot qu’il scande provoque chez ses fans une transe incontrôlée, il a admis être la « première partie » du plus grand Festival de cinéma de la planète, un peu comme si on achetait une baguette. A la cool quoi. Et dans le fond, ça nous rassure car commencer sous les hospices de la gouaille roublarde et détendue d’un tel acteur, ça promet encore de belles punchlines toujours placées sous le sceau de l’amitié, de la passion et du rire. Une passion que l’on devrait d’ailleurs retrouver jusque dans ses textes, puisque Edouard Baer a ainsi révélé qu’il allait s’inspirer de l’un de ses spectacles, Élucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce (qu’il joue actuellement au théâtre Antoine) pour son speech inaugural.

Une occasion de tordre le cou au protocole (généralement, les discours prononcés par les Maîtres de cérémonies sont écrits par un parterre de scénaristes et auteurs triés sur le volet) qu’il assume et qui permettra à coup sûr de distiller un peu de décontraction dans une cérémonie qui, si elle n’a pas fini de faire rêver, continue de briller par sa certaine rigidité. Mais ça, c’est une autre histoire. Pour l’heure, il ne nous reste plus qu’à attendre le 14 mai prochain et guetter quand l’acteur de 52 ans, habillé en pingouin, commencera à s’esclaffer avec la plus belle prose sur la magie du cinéma. Vivement, on vous dit !

Petit florilège de la cérémonie d’ouverture de 2018 où avec tout le sarcasme qui le caractérise, Edouard Baer faisait déjà rire l’audience avec un naturel désarmant…

Ciro Guerra sera le président de la Semaine de la critique au Festival de Cannes 2019

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Les informations relatives au Festival de Cannes 2019 tombent toujours au compte-gouttes, mais les semaines défilent et de plus en plus de noms intéressants commencent à poindre. Aujourd’hui, l’actualité concerne la présidence de la Semaine de la Critique, dont le cinéaste Ciro Guerra sera donc chargé.

Le Colombien sera à la tête du jury pour remettre le prix du meilleur premier ou second film, puisque c’est ce dont il s’agit dans la Semaine de la Critique. Après avoir récompensé Diamantino lors de l’édition 2018, film brésilien réalisé par Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt, cette année sera sans doute une nouvelle fois pleine de promesses pour une section du festival qui a souvent permis de révéler de nouveaux talents. Ciro Guerra, dont le nouveau film Les Oiseaux de passage (« Pajaros de verano ») sera d’ailleurs à l’affiche dès demain (10 avril), avait été révélé en 2015 pour L’Étreinte du serpent (« El Abrazo de la serpiente ») qui avait même été nommé aux Oscars, dans la catégorie « meilleur film en langue étrangère ».

Ce n’est pas un nouveau venu à Cannes, puisque l’an dernier Les Oiseaux de passage avait été présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs et récompensé par le Art Cinema Award. En pleine post-production de son cinquième film, Waiting for the Barbarians, adapté du roman de J.M Coetzee, avec Johnny Depp et Robert Pattinson, le cinéaste colombien fait partie d’une nouvelle vague de réalisateurs qui ont à cœur de relire l’histoire de leur pays en privilégiant des approches très personnelles.

Il ne sera bien sûr pas seul, accompagné d’Amira Casar (comédienne), Marianne Slot (productrice), Djia Mambu (critique cinéma), et de Jonas Carpignano (réalisateur). La sélection, quant à elle, sera révélée le 22 avril.

Les plus belles Palmes d’or : Mission de Roland Joffé

Avant que le Festival de Cannes 2019 ne déroule son tapis rouge, Le Magduciné vous propose de revenir en avril sur quelques unes des plus prestigieuses Palmes d’or. L’occasion de s’intéresser aujourd’hui à Mission, un fabuleux drame historique réalisé par Roland Joffé.

La colonisation de l’Amérique du sud semblait méconnue de l’Histoire, et oubliée par le septième art avant que Roland Joffé choisisse d’en relater dans Mission les tragédies et les enjeux. Dans cette somptueuse fresque historique, le réalisateur livre son film le plus poignant en proposant des vastes réflexions sur le pouvoir, la violence, la tolérance et la rédemption. 

Alors que les empires espagnols et portugais poursuivent leur expansion au 18ème siècle, une mission de jésuites s’installe dans un territoire vierge et reculé où résident les Guaranis, un peuple autochtone vivant en harmonie avec la nature. Dirigée par le frère Gabriel, un prêtre altruiste et idéaliste incarné par l’impeccable Jeremy Irons, elle est chargée d’évangéliser cette communauté de « sauvages » tout en la protégeant contre les exactions des colons. Si le pont entre les deux cultures paraît impossible à franchir, et encore plus à construire, le père Gabriel, dans une scène marquante, parvient à entamer le dialogue grâce au son harmonieux de son hautbois. Cette musique, composée par le grand Ennio Morricone, imprègne Mission d’une force lyrique tout en exacerbant son message de pacifisme.

Gabriel est secondé dans cette tâche par Rodrigo Mendoza, un mercenaire et ancien marchand d’esclaves. Interprété par un inoubliable Robert de Niro, cet homme sans foi, qui ne se pardonne pas d’avoir tué son frère par rivalité amoureuse, trouve la rédemption en se convertissant et en assistant les Jésuites. Dans une des plus célèbres séquences du film, Rodrigo subit l’épreuve d’une marche forcée, en traînant derrière lui son armure comme un boulet, symbole ultime du poids que pèse sur lui sa conscience. La fin de ce parcours d’obstacles, marquée par ses larmes, permet à Rodrigo de retrouver une certaine paix intérieure.

Ensemble, les deux hommes essayent de convaincre les Etats que les indiens Guaranis méritent d’être écoutés, compris, et ne constituent pas qu’une simple force de travail à exploiter. Ils bâtissent un microcosme fondé sur la foi et l’amour, presque paradisiaque, où chacun peut trouver sa place. Roland Joffé véhicule ainsi dans Mission des valeurs d’altérité, de partage et de tolérance qui font encore écho dans nos sociétés actuelles. 

Cette harmonie retrouvée est cependant rapidement bousculée par les rivalités entre le Portugal et l’Espagne dans le découpage des territoires. Ces clivages politiques décident l’Espagne à rappeler les Jésuites, malgré les progrès de la mission rapportés par le cardinal Altamirano. Oppressé par les Portugais et les ordres du Pape, ce dernier préfère renoncer à défendre la présence jésuite.

Les personnages du frère Gabriel et de Rodrigo révèlent alors tout leur courage et leur humanisme en refusant d’abandonner le peuple Guarani. Chacun à leur façon, le premier en priant et le second en combattant, ils tentent désespérément de sauvegarder ce qui ne restera dans l’histoire qu’un paradis perdu. C’est donc la foi en leur communauté, plus que la religion, qui permet à ces deux héros de se dépasser. Dans la scène finale, Rodrigo observe d’ailleurs que « si la force est le droit, l’amour n’a nulle place en ce monde« . Si Roland Joffé prend ostensiblement le parti de critiquer la tyrannie et la violence des colonisateurs face à la résistance des Jésuites, le film nous montre toute l’atrocité de l’attaque des Espagnols contre la mission. Seuls les enfants seront épargnés.

Au delà de son message pacifiste et humaniste, Mission reste dans nos mémoires par la beauté de ses images à couper le souffle et sa poésie envers le mode de vie des Indiens, proche du mythe du « bon sauvage ». La région des Guaranis avoisine en effet les somptueuses chutes d’Iguaça, qui servent de cadre au film. La bande-originale d’Ennio Morricone sublime encore davantage, si besoin en était, la magnifique photographie du film.

Tant pour ses valeurs que sa splendeur esthétique, Mission s’est imposée comme une Palme d’or marquante. Celle d’un peuple oublié, d’hommes idéalistes et courageux. Celle de l’amour et surtout de la foi.

The Mission – Bande-annonce

The Mission – Fiche technique

Réalisation : Roland Joffé
Scénario : Robert Bolt
Interprétation : Robert de Niro (Rodriguo Mendoza), Jeremy Irons (le père Gabriel), Ray McAnally (Altamirano), Cherie Lunghi (Carlotta), Aidan Quinn (Felipe Mensoza), Liam Neeson (Fielding), Ronald Pickup (Hontar)…
Photographie : Chris Menges
Décors : Stuart Craig, Jack Stephens
Costumes : Enrico Sabbatini
Montage : Jim Clark
Musique : Ennio Morricone
Producteurs : Fernando Ghia, David Puttnam
Production : Enigma Film, Goldcrest Films, Kingsmere Productions Ltd
Durée : 125 minutes
Genre : Drame, Aventure
Date de sortie : 1er octobre 1986

États-Unis, Royaume-Uni – 1986

Colère sur pellicule : Tsugumo, le vengeur d’Harakiri

Durant tout le mois d’avril, LeMagduciné analyse avec passion le parcours de certains personnages marquants du cinéma, placés sous le signe d’une émotion particulière. Notamment celle de la colère. Hanshiro Tsugumo, protagoniste d’Harakiri de Masaki Kobayashi, représente la colère à bien des égards : celle qui est aussi noble que destructrice. 

Tsugumo est un rônin et en temps de paix, il est difficile pour lui de gagner sa vie. Il ne peut donc pas subvenir à ses besoins ni à ceux de sa famille. Sa seule issue est donc de se donner la mort de manière digne grâce aux us et coutumes des samouraïs. Harakiri débute donc avec ce postulat : un homme fatigué, au regard habité et à l’allure presque négligée qui vient faire pénitence et demander la mort. Sauf que derrière cette demande solennelle se dissimule une colère qui est l’une des principales conséquences d’une tragédie qui s’est dessinée bien en amont. Masaki Kobayashi réussit avec brio là où peu de cinéastes réussissent : faire que le fond et la forme ne fassent qu’un. 

Une colère politique

Chaque rouage du film, que cela soit ces longues plages de dialogues expliquant les velléités de chacun ou même ces multiples flashbacks évoquant le passé de Tsugumo, permettent petit à petit au film de sacraliser la colère et de lui donner un visage. Une articulation faite de flashbacks avec une mise en parallèle entre la vengeance qui s’abat et la description du passé qu’a reprise avec son style post moderne, Quentin Tarantino pour Kill Bill et son légendaire personnage : Beatrix Kiddo. Cette colère est tapie dans l’ombre : elle se regarde, elle s’écoute et fait voler en éclat tous les fondamentaux d’une société qui se ment à elle-même. Comme dans Rebellion du même réalisateur, le film construit des plans rigides et méticuleux pour clarifier et désunir à la fois cette vision du grand féodalisme face à la petitesse de l’humain. Pendant que les sabres restent au sol pour laisser parler les regrets et les revendications, Harakiri voit Tsugumo et le clan des Li se battre sur le terrain des idées. Chaque chose a un objectif et chaque fait et geste est le fruit d’une pensée réfléchie : Harakiri devient alors une œuvre politique bouleversante voyant un système presque binaire dévoiler avec finesse et parcimonie la misère de nombreuses familles japonaises. Familles qui font face à une institution qui prône un code d’honneur comme socle de pensée et de ligne de vie. Pourtant cette base, ce dogme, cette dite loyauté, va vite être mise à mal par Tsugumo : méthodique, froid dans son discours, cynique dans sa manière de raconter son passé, il ne se laisse jamais déborder par ses propres émotions. Son plan est parfaitement articulé : la vengeance est un plat qui se mange froid et qui est délité dans le temps. Ce même délitement et cette même latence dans la finalité qu’on retrouvait dans Rashômon d’Akira Kurosawa. Kobayashi voit en Tsugumo le soulèvement des opprimés, ces familles unies dans l’amour et le respect qui se voient broyées par leur révérence, et la détresse d’une partie de la société noyée et étouffée par un système déshumanisant et qui ne laisse aucune place à la faiblesse : c’est une colère politique. 

Une colère esthétique 

Et c’est ce qui fait que Harakiri, au travers notamment de son personnage, est un film prodigieux qui matérialise avec fougue un protagoniste héroïque : un homme qui va se servir du système, qui va pervertir et faire mentir un code d’honneur balbutiant, tout en gardant son honneur et laver l’affront qui a été fait à sa famille. Mais cette rigueur dans la machination n’est pas seulement perpétrée par la logique pyramidale du scénario : mais aussi par son esthétique. Celle qui est martiale, rectiligne dans ses moments de dialogue mais aussi celle qui se veut souple, ample et remplie d’émotions dans les combats : comme si la finalité de cette vengeance, outre le fait de vouloir faire naître la vérité, était celle de tuer la fausseté de l’honneur pour faire rejaillir le trait du cœur de l’Homme. Cœur que l’on retrouve dans des duels au sabre filmés de manière contemplative, iconique comme un western de Sergio Leone et presque irréelle avec des sabres qui coupent le vent ou qui caressent les hautes herbes des plaines comme aurait pu l’imaginer postérieurement un Terrence Malick. Mais le sang de la colère sacrificielle qui coule dans les veines d’Harakiri vient aussi beaucoup de son acteur : Tatsuya Nakadai. Un charisme presque surhumain, une élégance dans la violence, un physique aussi brut qu’éreinté, une liaison presque charnelle avec la mort et une dureté dans l’émotion qu’on a déjà entraperçus dans les Sabres du Mal. Une incarnation visuelle et émotionnelle qu’on retrouvera plus tard, dans un tout autre contexte, avec Choi Min-Sik dans Old Boy. 

Colère sur pellicule : Black Mamba, la lionne enragée de Kill Bill

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En avril, LeMagduciné dresse le portrait de personnages qui ont marqué le cinéma en incarnant une émotion vive, à l’état brut. La chasse vengeresse à laquelle s’adonne Black Mamba dans Kill Bill illustre de façon frappante l’expression de la colère, dans une lutte sanguinaire et acharnée au corps à corps, poings dressés, sabres tirés.

Un regard de tueuse, la rage d’une lionne, le nom d’un serpent à la piqûre mortelle… La plus célèbre héroïne de Quentin Tarantino personnifie la colère par un plat qui se mange froid, ou plutôt saignant : un désir insatiable de vengeance. Celui-ci ne s’assouvit  qu’au terme d’une quête périlleuse, parfois suicidaire, exprimée dans une simple liste de noms. Une caste d’assassins à éliminer à tout prix, par tous les moyens nécessaires, au risque presque insignifiant de perdre la vie. Dans sa combinaison jaune tâchée de sang, armée de son seul sabre, Black Mamba déverse sa haine dans un déchaînement de violence.

L’histoire de Beatrix Kiddo, alias Black Mamba, reste encore gravée dans l’esprit du public. Une tueuse talentueuse, tombée enceinte, décide de raccrocher, de fuir pour protéger son enfant. Mais on ne saurait quitter impunément la dangereuse guilde des Vipères assassines, régie par ses propres lois. Lors d’une cérémonie de répétition, la nouvelle Beatrix, vêtue de sa robe de mariée et prête à s’amender de son passé, est massacrée dans l’église par son ancienne équipe, dirigée par l’impitoyable Bill. Ce dernier, non par pitié ni amour, mais par application d’un certain code d’honneur, laisse Black Mamba survivre dans un état léthargique. Alors que la Belle semble plongée dans un sommeil éternel, son futur époux, les témoins et les religieux gisent au sol dans une mare de sang. Comment se remettre d’un tel carnage ? Quel sens donner à son existence après un pareil traumatisme ? Une seule réponse : le désir de vengeance. Entièrement guidée par celui-ci, Black Mamba se lance dans une longue et méthodique chasse à l’homme. Le plan semble simple : se remettre d’attaque, obtenir un sabre de combat digne de ce nom et tuer un à un les membres des Vipères assassines, en terminant par le numéro un, Bill.

Black Mamba reste une héroïne assez atypique. Malgré son background de tueuse implacable, et le nombre impressionnant des victimes dues à sa vengeance foudroyante, elle parvient à susciter la compassion du spectateur. D’abord car elle souhaitait se ranger avant de devenir mère, afin d’éloigner son enfant de cet univers de haine et de violence. C’est donc la perspective de la maternité qui la conduit à se transformer, à renoncer à son sinistre mode de vie au profit d’un cadre plus sécurisé. Ce souci permet d’humaniser son personnage. Black Mamba n’est pas qu’une meurtrière, elle demeure avant tout une mère, prête à tous les sacrifices pour sauver son bébé. L’une des dernières scènes de Kill Bill : Volume 2 exprime parfaitement cette idée à travers les commentaires d’un documentaire animalier que regardent ensemble Beatrix et sa fille. Il y est raconté que la lionne ayant retrouvé son lionceau, le calme peut désormais revenir dans la savane. Cette phrase traduit en réalité toute la force et le sens des épreuves affrontées par Black Mamba. Ensuite, le sort atroce réservé à cette guerrière repentie, en voie de rédemption, peut lui-même justifier, aux yeux du public, la créance de sang réclamée par Beatrix. D’ailleurs Budd, tout comme Bill, admettent sans la moindre difficulté le « droit » de vengeance dont est titulaire Black Mamba.

La colère dominant Black Mamba laissera cependant place, à la fin de Kill Bill : Volume 2, aux larmes et au bonheur. La vérité éclate, les sentiments muent et se nuancent, même si la mort de Bill conserve son caractère inéluctable. La rage de Beatrix, qui lui aura permis non seulement de survivre, mais aussi de se venger, de rétablir un ordre de justice, et de récupérer sa fille de façon inattendue, disparaît dans un regard tendre rempli d’amour. Celui d’une mère satisfaite et apaisée.

Osmosis : La SF Made in France

À la façon de Black Mirror, la série française Osmosis met en lumière jusqu’où la technologie peut contrôler nos vies et nos sentiments.

Synopsis : En France, dans un futur proche ou la neurotechnologie a fait des avancées extraordinaires, l’application Osmosis promet aux célibataires de révéler leur véritable âme sœur. Encore en période de test, les créateurs, Paul et Esther, vont être surpris des résultats inattendus de leur invention.

Osmosis est une nouveauté française, créée par Audrey Fouché et lancée sur Netflix depuis le 29 mars. Proche de l’univers de Black Mirror, la série d’anticipation technologique nous fait croire en la possibilité de rencontrer le grand amour grâce à un algorithme. Mais dans ce scénario utopique, pouvons-nous vraiment faire confiance aux machines pour dicter nos sentiments ? C’est ce que les créateurs et les cobayes d’Osmosis vont apprendre à leur dépens….

Dans cet univers futuriste convaincant (très proche de notre réalité actuelle finalement,) Paul (Hugo Becker) et Esther (Agathe Bonitzer) sont frère et sœur, en charge du projet Osmosis. Paul gère – avec quelques difficultés – l’image et le financement du projet, alors qu’Esther est la geek à l’origine de cette invention miracle : un implant dans le cerveau qui établit une connexion neuronale avec l’âme sœur, la vraie. Un beau rêve qui risque de tourner rapidement au cauchemar pour les premiers testeurs de l’implant.

En seulement 8 épisodes, la série parvient à nous transporter facilement dans un décor oppressant. Un mélange bien dosé de scènes oniriques entre obscurité et néons artificiels. Enfin, le suspense prend forme et s’intensifie au fur et à mesure des rebondissements. Nos personnages de cobayes restent malheureusement plutôt archétypaux et secondaires. Ana, la fille ronde et méfiante en amour ; Lucas, l’homosexuel qui a peur de l’engagement et Tom, le jeune accro au porno ayant du mal à gérer ses émotions.

En opposition, nos personnages principaux que sont Paul et Esther parviennent à captiver et relancer l’intrigue. En réalité, le mystère de la série plane autour de leur réelle intention de voir ce projet utopique se réaliser. Paul, lui-même implanté, connaîtra des revers avec sa propre âme-sœur ; quant à Esther, elle tente d’utiliser la technologie de l’implant pour réveiller sa mère du coma. Étrangement, Paul, lui, ne partage pas le même engouement de revoir sa mère…

Enfin, l’expérience d’Osmosis prouve au moins une chose : si les séries françaises de science-fiction se font rares, elles restent assez exceptionnelles. L’an passé au festival Serie Mania 2018, c’était Ad Vitam, une autre série d’anticipation française qui avait surpris son public. La fiction de Arte nous plongeait dans un monde où la technologie pouvait rendre les humains immortels. Cette fois, c’est Netflix qui se lance dans le pari fou des séries françaises, au plus grand plaisir des amateurs de science-fiction.

Osmosis : Bande-Annonce

Fiche Technique

Créée par Audrey Fouché
Distributeur : Netflix
Genre : SF, drame
Format : 50 min
Nombre d’épisode: 8

Date de sortie : 29 mars 2019

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le final
3.5

Shazam! : la formule magique pour un succès sans trop se fouler

Le tandem Warner/DC semble avoir trouvé la formule magique pour attirer le public dans les salles : faire simple, voire banal, mais de manière assumée et efficace. Shazam! poursuit donc la voie initiée par Aquaman en se présentant à nous comme un divertissement super-héroïque tenant la route et étant diablement fun, au grand dam des défenseurs de Zack Snyder.

Synopsis : On a tous un super-héros qui sommeille au fond de soi… il faut juste un peu de magie pour le réveiller. Pour Billy Batson, gamin débrouillard de 14 ans placé dans une famille d’accueil, il suffit de crier « Shazam ! » pour se transformer en super-héros. Ado dans un corps d’adulte sculpté à la perfection, Shazam s’éclate avec ses tout nouveaux superpouvoirs. Est-il capable de voler ? De voir à travers n’importe quel type de matière ? De faire jaillir la foudre de ses mains ? Et de sauter son examen de sciences sociales ? Shazam repousse les limites de ses facultés avec l’insouciance d’un enfant. Mais il lui faudra maîtriser rapidement ses pouvoirs pour combattre les forces des ténèbres du Dr Thaddeus Sivana… 

Ce n’est désormais plus un secret pour personne : le tandem Warner Bros./DC Entertainment a abandonné l’univers cinématographique de ses super-héros lancé par Zack Snyder avec Man of Steel. Ou du moins il essaye de poursuivre la saga (un film Flash avec Ezra Miller, Wonder Woman 1984, Aquaman 2 et de nombreux spins-off…) tout en lui changeant littéralement son identité, en adoptant un ton beaucoup plus léger et ludique à l’instar de la concurrence « marvelienne ». Ou bien tente-t-il de faire des films indépendants pour poursuivre l’exploitation des personnages du catalogue de DC (reboot de Batman, The Suicide Squad de James Gunn, Joker…) ? Honnêtement, avec ces constats et interrogations, nous ne savons plus où donner de la tête en ce qui concerne les projets de la firme. Depuis la débandade de Justice League, le studio semble aller dans tous les sens possibles pour sauver les meubles. Laissant leur saga littéralement en suspens et allant même jusqu’à se lancer dans une nouvelle série cinématographique, indépendante, qui commencera en octobre prochain avec Joker. Mais si le méli-mélo se montre improbable et surtout incompréhensible, une chose est sûre : la firme a trouvé la recette du succès avec le récent Aquaman. Oui, plutôt que de proposer un super-héros sombre et torturé dans un univers fait de métaphores et de symbolismes, plongeons dans la simplicité, le kitsch pleinement assumé et la légèreté bon enfant ! Cela a fonctionné avec le super-héros aquatique (plus d’un milliard de dollars au box-office mondial). Il est donc normal que le studio décide de poursuivre sur cette voie avec ses nouveaux projets.

Et qui de mieux que Shazam pour se prêter au jeu ? Pour ceux qui ne le connaitraient pas – et pour faire court, car l’existence et la conception du personnage est tout aussi tortueuse que la saga cinématographique Justice League –, il s’agit d’un adolescent pouvant se transformer en super-héros rien qu’en prononçant son nom. Bref, un étrange mariage entre Big et Superman qui exploite la thématique déjà éculée de l’enfant dans un corps d’adulte. Un cliché de comédie mille fois vu qui peut encore fonctionner si on ne le prend nullement au sérieux. Si l’on assume pleinement ce qu’on a entre les mains. Et cela, tout comme l’a très bien fait son mentor James Wan (producteur de ses films Dans le noir et Annabelle 2) avec Aquaman, le réalisateur David F Sandberg l’a compris. En effet, plutôt que de se perdre dans une intrigue complexe et sombre, il a préféré aller à fond dans le postulat. C’est-à-dire livrer un véritable film de super-héros n’ayant pas peur du ridicule – et de la ringardise –, tout en mettant l’accent sur son aspect humoristique. Et franchement, de la part d’un projet redouté car vendu par des bandes-annonces peu accrocheuses et un super-héros totalement méconnu du grand public, autant dire que la surprise est bienvenue.

Réussie même, tant tout ce qui nous est présenté dans Shazam! fonctionne à merveille. Le côté super-héroïque du projet ? Il est tout bonnement cohérent de bout en bout. Un constat que nous devons notamment à des séquences d’action rondement menées, des effets spéciaux de bonne qualité (malgré quelques ratés visuels lors des séquences de vol) et surtout une production design aux petits oignons. C’est d’ailleurs sur cette dernière que revient tout le mérite car donner du prestige à l’univers de Shazam relevait presque du miracle. Et pour cause, l’intrigue mettait en scène un super-héros en collants flashy issus de la mythologie grecque. Un pari des plus risqués remportés haut la main par des décors soignés (le temple du sorcier Shazam en est le parfait exemple), des créatures (les sept péchés capitaux) manquant certes d’originalité dans leur apparence respective mais restant tout de même crédibles à l’écran, et le costume du héros confectionné avec beaucoup de savoir-faire (la cape en mode veste à capuche est plausible). À l’instar d’Aquaman, ce qui nous est présenté à l’écran semble kitsch, mais parvient à perdre le côté ridicule que le rendu final aurait pu avoir. Et à nous plonger sans la moindre difficulté dans cet univers au final attrayant.

Le côté humoristique ? Là aussi, les bandes-annonces laissaient envisager le pire question comique, Shazam! donnant l’impression de s’être livré à un humour des plus faciles. Et sur le papier, le film ne s’est en effet pas trop foulé pour amuser la galerie, usant de son postulat déjà vu (un enfant dans le corps d’un adulte) et des références culturelles à outrance. Mais dans les faits, Shazam! arrive à nous dérider de par son efficacité. En effet, les réparties des personnages sont dans l’ensemble bien senties, imprévisibles, assumées et même parfois moqueuses. Si certaines sont gentillettes, d’autres corrigent le tir en nous faisant rire parfois aux larmes, c’est pour dire ! Les situations y sont également pour beaucoup dans la réussite comique du titre, nous offrant un super-héros usant de ses pouvoirs de manière irresponsable et irréfléchie. Là encore nous avons du rigolo qui frise par moment avec l’excellence. Et enfin, n’oublions pas de citer la prestation des comédiens, ces derniers s’amusant littéralement comme des petits fous. Que ce soit Zachary Levi ou bien le jeune et talentueux Jack Dylan Grazer (découvert dans Ça), en passant par la bande d’enfants composant la famille d’orphelins et le toujours aussi excellent Mark Strong, ô combien crédible en antagoniste. Et si l’humour du film perd en puissance dans une seconde partie plus axée action, il arrive à switcher avec des passages bien plus intimes et émotionnels qui touchent en plein cœur (le héros recherchant à tout prix sa mère). Et cela, avoir un bon équilibre entre légèreté et émotion plus pesante, ce n’est pas une mince affaire !

Mais mise à part cette bonne recette alliant avec efficacité comique et action super-héroïque, que faut-il retenir de Shazam! ? Hélas, plus grand-chose… Car si le long-métrage se présente à nous tel un divertissement sachant aisément remplir son cahier des charges et nous amuser, il n’a rien d’autre à nous offrir. Aucune ambition, aucune recherche artistique, aucune avancée cinématographique… bref, aucune prise de risque. Les films de Zack Snyder étaient vraiment loin d’être parfaits, mais ils avaient le mérite de proposer quelque chose qui sorte du lot, différent de ce que fait Marvel/Disney. De nous présenter une nouvelle image des super-héros, beaucoup plus sombre, profonde et symbolique, voire religieuse et mythologique, de ces figures qui nous ont bercés étant enfants et qui continuent d’émerveiller les générations futures. Shazam!, tout comme Aquaman et les futurs projets de la firme, préfèrent ne se contenter que du strict minimum pour plaire. Alors oui, dans le cas des deux dernières productions Warner/DC, cela fonctionne et même très bien. Mais quelque part, il est des plus navrants de voir que ce qui fait recette en salles, c’est la banalité. Shazam! fait irrémédiablement partie de ces titres interchangeables qui plonge dans la facilité scénaristique (même trame, mêmes enjeux, même ton) pour plaire au public. Ce dernier s’y rend toujours avec autant de plaisir, mais il mérite que les studios hollywoodiens lui livrent bien plus de films comme Spider-Man : New Generation que d’habitude.

Hormis cette note plus péjorative envers le film, ne nions pas les faits : malgré sa simplicité et sa banalité qui en font un film de super-héros lambda, Shazam! est un bon divertissement. Le genre de blockbuster qui parvient à amuser la foule de par son univers, son efficacité et son aspect fun des plus agréables. Le visionnage adéquat pour passer un bon moment en salles et faire patienter jusqu’à l’événement super-héroïque de l’année attendu pour la fin du mois, Avengers : Engdame.

Shazam! – Bande annonce

Shazam! – Fiche technique

Titre original : Shazam!
Réalisation : David F. Sandberg
Scénario : Henry Gayden et Darren Lemke, d’après le personnage créé par Bill Parker et C.C. Beck
Interprétation : Zachary Levi (Billy Batson/Shazam), Asher Angel (Billy Batson adolescent), Mark Strong (docteur Thaddeus Sivana), Jack Dylan Grazer (Freddie Freeman), Djimon Hounsou (le sorcier Shazam), Grace Fulton (Mary Bromfeld), Ian Chen (Eugene Choi), Jovan Armand (Pedro Peña)…
Photographie : Maxime Alexandre
Décors : Jennifer Spence
Costumes : Leah Butler
Montage : Michel Aller
Musique : Benjamin Wallfisch
Producteur : Peter Safran
Productions : Warner Bros., DC Entertainment, New Line Cinema, The Safran Company et Seven Bucks Productions
Distribution : Warner Bros.
Budget : 90 M$
Durée : 132 minutes
Genre : Super-héros
Date de sortie : 03 avril 2019

États-Unis– 2019

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Colère sur pellicule : Wyatt Earp, la tentation de la vengeance

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Ce mois-ci, LeMagduciné vous propose des portraits de personnages marquants du cinéma, placés sous le signe d’une émotion particulière. Son désir de vengeance après l’assassinat de son frère fait de Wyatt Earp un bon candidat à la représentation de la colère, et aussi à tout un positionnement ambigu par rapport à la justice.

« This is the West, sir. When the legend becomes fact, print the legend »

Cette citation, extraite de L’Homme qui tua Liberty Valance, de John Ford, pourrait très bien s’appliquer à l’histoire de Wyatt Earp. Plus que tous les véritables personnages devenus des symboles de la conquête de l’Ouest (Buffalo Bill, Billy the Kid, Jesse James, George Custer, et tant d’autres encore), le Wyatt Earp de légende a largement dépassé le personnage authentique. La scène finale du film que Lawrence Kasdan lui a consacré (en 1994, avec Kevin Costner dans le rôle-titre) montre comment la légende s’est immédiatement emparée du personnage. Le petit bonhomme, qui fut tour à tour chasseur de bisons ou tenancier de bars dans cet Ouest en construction, et qui mourut dans son petit appartement de Los Angeles en 1929, est non seulement élevé au rang de symbole de la fondation de l’Amérique, mais aussi révélateur des ambiguïtés de la culture américaine par rapport aux armes, à la justice et à la vengeance.

Généralement, le cinéma passe sous silence la partie de la vie de Earp qui se déroule à Dodge City (où il fut adjoint du marshal) pour se concentrer sur Tombstone et son fameux O.K. Corral. Dans ce célèbre duel entre les Earp (aidés par « Doc » John Holliday) et les clans Clanton et McLaury peut se trouver la matrice de tout un récit mythologique de l’Ouest qui s’est construit grâce à l’utilisation des armes, d’un Ouest où les conflits se réglaient colt au poing dans la rue et où se mettait en place une sorte d’ordalie dans laquelle le plus juste tirait aussi le plus vite. Ce mythe continue à innerver une certaine partie de la pensée américaine encore de nos jours.

La légende qui s’est forgée autour de ces « règlements de comptes » met ainsi en évidence les ambiguïtés par rapport au port d’armes, bien entendu, mais surtout par rapport à la notion de justice, et sa frontière avec la vengeance. Ce caractère équivoque est parfaitement représenté dans le film de John Ford La Poursuite Infernale (My Darling Clementine) : après avoir calmé un Indien ivre, Wyatt Earp refuse le poste de marshal de Tombstone, disant voulant vivre tranquillement et se contenter de vendre son bétail. Ce n’est qu’après la mort de son plus jeune frère, assassiné par des voleurs de bétail, qu’il accepte finalement le poste. La question de ses motivations est alors nettement posée : le respect de la loi, ou la volonté de se venger ?

Le problème est là aussi manifeste chez John Sturges. Le cinéaste a consacré deux films à Wyatt Earp : Règlements de comptes à O.K. Corral (Gunfight at the O.K. Corral, avec Burt Lancaster) et Sept Secondes en enfer (Hour of the gun, dans lequel le fameux personnage est incarné par James Garner). Le second commence là où s’achève le premier : avec le célèbre duel. Puis s’ensuit un procès lors duquel Earp est attaqué en justice. Wyatt Earp, jusqu’alors présenté comme un défenseur inflexible de la loi, est alors confronté à un dilemme : respecter la loi et laisser Ike Clanton libre et tranquille, ou faire parler la colère qui monte en lui et le pousse à poursuivre le vieil homme pour se venger.

Dans le film de Lawrence Kasdan, Earp affirme de façon péremptoire :

« il y a quelque chose qui ne va pas dans la loi »

Se dessine alors cette idée, que l’on retrouve dans tant de films (et de discours populistes), selon laquelle la loi ne sert qu’à protéger les criminels, qu’elle est trop indulgente et que, lorsque la situation l’exige, il est tout à fait envisageable de se faire justice soi-même. C’est le dilemme face auquel est confronté le Earp de Sept secondes en enfer. C’est à cette volonté de vengeance que succombe le Earp de Kasdan ou celui de Pan Cosmatos. Le film de Kasdan rappelle que le « règlement de comptes à O.K. Corral » n’est finalement que le début d’une véritable vendetta. La famille Earp, assoiffée de vengeance, poursuivra et tuera tous ceux qui ont fait partie, de près ou de loin, du clan Clanton/McLaury.

Ainsi donc, l’histoire de Wyatt Earp, transformée en légende, inscrit dans la construction de l’Ouest l’idée d’une auto-justice qui se substituerait à la loi. L’Ouest devient l’endroit où la colère s’exprime à coups de colt, et une partie de l’Amérique rêve d’être ce lieu où on a la liberté d’assouvir sa vengeance comme on l’entend, sans être gêné par des lois « liberticides ». Les deux films de Sturges, regardés bout à bout, montrent bien ce changement chez Wyatt Earp, de représentant obsessionnel de la loi à vengeur colérique, là où Ford est plus ambigu dès le début. Et à travers cette colère, c’est ainsi toute une philosophie américaine, une méfiance face à la loi et une réflexion face à la justice qui se pose.

Corpus de films vus pour cet article (avec, respectivement, les acteurs qui incarnent Wyatt Earp et Doc Holliday) :

  • La Poursuite Infernale (My Darling Clementine), de John Ford, avec Henry Fonda et Victor Mature, 1946
  • Règlements de comptes à O.K. Corral (Gunfight at the O.K. Corral), de John Sturges, avec Burt Lancaster et Kirk Douglas, 1957
  • Sept secondes en enfer (Hour of the gun), de John Sturges, avec James Garner et Jason Robards, 1967
  • Tombstone, de George Pan Cosmatos, avec Kurt Russell et Val Kilmer, 1993
  • Wyatt Earp, de Lawrence Kasdan, avec Kevin Costner et Dennis Quaid, 1994

Captive State, ou comment Rupert Wyatt s’est montré beaucoup trop ambitieux

Partant sur son envie de rendre hommage à Jean-Pierre Melville tout en voulant créer une toute nouvelle mythologie SF, le réalisateur Rupert Wyatt se prend les pieds dans son ambition démesurée et livre avec Captive State un film manquant cruellement d’écriture.

Synopsis : Les extra-terrestres ont envahi la Terre. Occupée, la ville de Chicago se divise entre les collaborateurs qui ont juré allégeance à l’envahisseur et les rebelles qui les combattent dans la clandestinité depuis neuf ans.

Jusque-là, Rupert Wyatt pouvait être considéré comme un faiseur pour les studios hollywoodiens. Et pour cause, il aura suffi d’un petit film nominé dans plusieurs festivals britanniques (Ultime Évasion, The Escapist en VO) pour que le bonhomme attise les convoitises de certains producteurs. Des financiers prêts à lui donner les rênes d’une saga ô combien culte (La Planète des Singes : les Origines) ou bien d’un remake (The Gambler, reprenant Le Flambeur de Karel Reisz). Il était même prévu qu’il dirige le film Gambit pour la Fox, c’est pour dire ! Mais le projet n’ayant pas été concrétisé – ce qui est encore le cas à l’heure actuelle –, il aura également fait un détour par la télévision en s’occupant de la série L’Exorciste (là aussi reprise du livre de William Peter Blatty et de l’excellent film de William Friedkin). Jusque là et selon les critiques, Wyatt s’en est plutôt bien tiré, à tel point que les studios décident de lui laisser carte blanche pour plancher sur un projet original et personnel. Sur un scénario qu’il a lui-même coécrit avec sa compagne Erica Beeney. Captive State se présente-t-il donc comme le long-métrage qui saura donner une nouvelle envergure à son cinéaste ?

Sur le papier, Rupert Wyatt a voulu être des plus ambitieux en ayant pour objectif de nous dépeindre un univers de science-fiction bien à lui. En voulant créer sa propre mythologie, comme l’avait fait Neill Blomkamp avec District 9 il y a déjà de cela dix ans. Ici, le réalisateur revisite le thème de l’invasion extra-terrestre pour suivre les pas de son cinéaste préféré, Jean-Pierre Melleville (Wyatt le cite à chacune de ses interviews), en se focalisant sur une résistance. Celle d’hommes et de femmes voulant repousser l’envahisseur,installé sur notre planète depuis plusieurs années et qui ont su imposer leur présence et leur politique pour exploiter nos ressources. Et les conséquences de tout cela ? Chômage en baisse, écart entre riches et pauvres plus important, doctrine de la terreur à la Big Brother… Bref, une relecture des films à La Guerre des Mondes qui laissait présager un divertissement malin. Un blockbuster inattendu voulant nous parler de politique, de société, d’humanité… de sujets grandement intéressants qui en faisaient un long-métrage passionnant. Sans compter que Wyatt comptait bien nous offrir une SF crédible au possible, en la représentant de la manière la plus cohérente et réaliste qui soit – le cinéaste explique qu’il s’est inspiré de notre société actuelle pour la faire évoluer avec cette invasion extra-terrestre. Malheureusement, l’ambition du film n’éclatera jamais au grand jour et ce à cause de son plus gros défaut : son écriture.

Autant le dire sans passer par quatre chemins, Rupert Wyatt aurait dû laisser l’élaboration du script à quelqu’un de bien plus expérimenté. Quelqu’un qui sache aller dans le sens de sa vision tout en proposant un scénario digne de ce nom, à savoir structuré, construit et surtout lisible. Au lieu de cela, Captive State doit littéralement se contenter d’une ébauche à laquelle il manquerait encore pas mal de travail à effectuer. Tellement axé sur son envie de faire un film à la Melville (l’intrigue se concentre à 200% sur un acte de résistance), Wyatt en a oublié tout ce qui faisait l’attrait de son projet. Les thématiques politiques et sociétales citées plus hauts ? Juste évoquées durant le générique d’introduction et une réplique, pour finalement disparaître en un claquement de doigts. Le background de cet univers SF ? Inexistant comme ce n’est pas permis, le réalisateur/scénariste nous l’envoyant en pleine figure sans prendre le temps de nous le présenter concrètement. Les personnages ? Tout aussi inexistants que le background, la plupart apparaissant au beau milieu de l’intrigue l’air de rien et dont le sort se veut poignant alors que rien ne nous permet de nous y attacher (aucune identité, aucune réplique pour certains, aucune histoire, rôle dans l’intrigue méconnu…). Certains ne sont là que pour faire de la figuration (pauvre Vera Farmiga). Même le supposé héros de l’histoire – le protagoniste joué par Asthon Sanders (Moonlight, Equalizer 2) – ne sert à rien tant son rôle de présenter l’univers au spectateur est compromis par son absence de l’action (il disparaît au beau milieu du film pour revenir quand tout est fini…). Quant aux fameux extra-terrestres, ils n’ont pas subi de traitement de faveur, leur (trop) rare présence à l’écran témoignant du budget peu conséquent du projet. Entre effets spéciaux peu crédibles, production design discutable et quelques séquences mal gérées (une attaque d’extra-terrestre plongée dans le noir, illisible pour le spectateur). Et c’est vraiment dommage, pour ne pas dire que c’est un réel gâchis, car il y avait matière à faire un divertissement qui tienne la route. Pour le coup, Rupert Wyatt s’est montré tellement gourmand en termes d’ambition qu’il ne s’est pas posé la question de savoir s’il avait les épaules nécessaires pour porter un tel projet.

Par contre, pour ce qui est de rendre hommage à Jean-Pierre Melville en insistant bien sur la thématique de la résistance, Wyatt parvient à sauver Captive State de la noyade grâce à l’action principale de son intrigue. Celle où l’on voit plusieurs personnes s’atteler à un plan ayant pour but de provoquer la rébellion qui saura contrecarrer l’envahisseur. Agir face au danger qui les menace à chaque seconde. Survivre aux conséquences de leurs actes pour pouvoir continuer le combat. Bref, les étapes primordiales d’une intrigue traitant de résistance, menée pour le coup à un rythme plutôt soutenu, tendu et énergique. A défaut de captiver pleinement à cause des défauts d’écriture et de perdre le spectateur par son manque de travail, l’action de Captive State a ce qu’il faut de divertissant pour permettre de tenir le coup jusqu’à une fin prévisible et pour le moins brutale.

Oui, en guise de divertissement, Captive State fait le job pour porter l’étiquette de « petit film SF regardable ». Mais devant l’ambition démesurée de son géniteur qui n’aura pas su la mettre convenablement sur pieds, le long-métrage n’est au final qu’un malheureux ratage. Une déception non négligeable au vue des promesses et du CV du cinéaste, qui réalise ici un véritable faux pas dans sa carrière. Nous pouvons toutefois lui donner le mérite d’avoir tenté quelque chose, ce qui n’est pas donné à tout le monde dans le milieu hollywoodien de nos jours. Mais comme nous le montre Captive State, tenter n’est pas forcément preuve de réussite…

Captive State – Bande-annonce

Captive State – Fiche technique

Titre original : Captive State
Réalisation : Rupert Wyatt
Scénario : Rupert Wyatt et Erica Beeney
Interprétation : John Goodman (William Mulligan), Ashton Sanders (Gabriel Drummond), Jonathan Majors (Rafe Drummond), Vera Farmiga (Jane Doe), Kevin Dunn (commissaire Eugene Igoe), James Ransone (Patrick Ellison), Alan Ruck (Charles Rittenhouse), Madeline Brewer (Rula)…
Photographie : Alex Disenhof
Décors : Keith P. Cunningham
Costumes : Abby O’Sullivan
Montage : Andrew Groves
Musique : Rob Simonsen
Producteurs : David Crockett et Rupert Wyatt
Productions : Amblin Partners, Participant Media, DreamWorks et Lightfuse & Gettaway
Distribution : Metropolitan Filmexport
Budget : 25 M$
Durée : 109 minutes
Genre : Science-fiction
Date de sortie : 03 avril 2019

États-Unis– 2019

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