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« Mardival » : malédiction et initiation

Les éditions Glénat publient Mardival. Yann Cozic y propose un récit mêlant aventure médiévale, trahisons et révélations familiales. Il raconte l’histoire de Moira, une jeune servante confrontée à une malédiction ancestrale qui changera à jamais son destin.

Moira, jeune servante insouciante au château de Mardival, se voit, après une maladresse, frappée d’une terrible malédiction. Lors d’une cérémonie en l’honneur de feu Comte Albinus, elle met à mal son squelette et touche ses ossements. Ce contact accidentel avec des reliques sacrées suppose qu’elle soit frappée par le mauvais sort et explique qu’elle soit aussitôt chassée du château. Se retrouvant seule et rejetée, la jeune servante doit affronter non seulement la peur des villageois des environs, mais également faire face à cette créature légendaire qui la poursuit. Un exil forcé qui marque le début de sa transformation et de sa quête d’identité.

Heureusement, dans sa fuite, Moira croise le chemin de Grégoire, un soldat déserteur de la Garde Rubis, en cavale et détenteur d’un secret capable d’ébranler la monarchie. Grégoire, en conflit avec sa propre famille pour avoir embrassé une carrière de milicien, trouve en Moira une compagne d’infortune. Ensemble, ils entament un périple à travers le royaume, cherchant des moyens de lever la malédiction et de faire face à leur sort. Leur amitié naissante se révèle être le pivot sur lequel s’appuient leurs espoirs mutuels de rédemption et de vérité.

Au fur et à mesure de leur voyage, Moira découvre que la bête légendaire qui la traque pourrait être liée à elle de manière inattendue. Cette révélation vient bouleverser l’histoire, mais surtout la dynamique de pouvoir au sein du royaume de Mardival. Les intrigues politiques se dévoilent, exposant des trahisons et des secrets d’État qui menacent de bouleverser la couronne. Les masques se fissurent, et Yann Cozic exploite ses deux protagonistes à la fois pour conter un éveil mutuel et une révolution de palais en devenir.

Ainsi, l’apogée du récit survient lorsque Moira et Grégoire confrontent leurs passés. La jeune femme apprend la vérité sur ses origines et le lien qui l’unit à la bête, tandis que Grégoire révèle le secret de l’usurpation du trône. Ensemble, ils parviennent à renverser les mensonges qui ont longtemps voilé la vérité. Cette lutte contre l’oppression et pour la justice culmine avec la réconciliation de Grégoire avec sa mère, et la libération de Moira de sa malédiction.

Mardival nous parle d’identité, de rédemption et de pouvoir. Yann Cozic charpente une aventure engageante, riche en enjeux, qui prend appui sur deux personnages attachants : une jeune servante au coeur pur et un milicien déchu et solitaire. C’est ensemble qu’ils vont surmonter les écueils et véritablement se réaliser.

Mardival, Yann Cozic
Glénat, avril 2024, 104 pages

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3.5

« L’Arche de Noé » en bande dessinée aux éditions Glénat

La collection « La Sagesse des mythes » des éditions Glénat s’enrichit d’un nouvel album consacré à l’Arche de Noé.

Porté au cinéma par Darren Aronofsky en 2014, Noé est une figure emblématique des textes sacrés, présent dans de nombreuses traditions religieuses, notamment la Bible, le Coran et la Torah. Son histoire est surtout indexée à l’épisode de l’Arche et du Déluge. Ainsi, selon le récit biblique, Noé est un homme juste et intègre, peut-être le seul de sa génération, à une époque où la Terre est corrompue et appâtée par les plaisir de la chair, ce qui déplaît fortement à Dieu.

Désolé de la méchanceté des hommes, ce dernier décide d’organiser un déluge divin pour purifier la Terre. Noé est choisi pour survivre à cette catastrophe. Dieu lui ordonne de construire une arche dans laquelle il embarquera sa famille et au moins un couple de chaque espèce vivante. Après avoir construit l’Arche, Noé, sa famille et les animaux y entrent, et les eaux du Déluge couvrent la terre pendant quarante jours et quarante nuits. Lorsque les eaux se retirent, l’Arche repose sur le mont Ararat. Noé offre alors des sacrifices à Dieu, qui établit une alliance avec lui, promettant de ne plus jamais détruire la terre par les eaux du Déluge.

Cham, le fils de Noé

La bande dessinée aurait pu s’arrêter là, mais elle se penche également sur la descendance de Noé. Cham est l’un de ses trois fils, avec Sem et Japhet. On le découvre maugréant sur l’Arche. Et après le Déluge, un événement notoire le voit face à son père ivre et nu. Au lieu de couvrir sa nudité, Cham va en parler à ses frères, goguenard. Lorsque Noé se réveille et apprend ce qui s’est passé, il maudit Canaan, le fils de Cham, disant qu’il sera le serviteur des descendants de Sem et de Japhet. Tout au long de l’album, le jeune homme apparaît ainsi en inadéquation avec les valeurs de pureté et d’abnégation qui caractérisent son père.

Nemrod, le puissant chasseur

Nemrod, descendant de Cham, est un autre personnage important : il investit la dernière partie de cet album. Les auteurs le décrivent comme le fondateur de grandes cités en Mésopotamie. Dans de nombreuses traditions, Nemrod est relié à la construction de la Tour de Babel, entreprise symbolisant la démesure humaine face à Dieu, qui, en réponse, confond les langues des constructeurs, causant ainsi leur dispersion à travers le monde. Son arc permet surtout d’évoquer l’orgueil et la division des hommes.

L’héritage des récits

Les récits de Noé, de Cham et de Nemrod sont chargés de symboliques. Ils traitent de thèmes universels tels que la justice, la responsabilité, la vanité et les conséquences des actions humaines. Noé représente l’obéissance et la foi, Cham laisse entrevoir les conséquences d’actions irrespectueuses et Nemrod, l’ambition humaine sans limites. Didier Poli, Clotilde Bruneau, Luc Ferry et Gianenrico Bonacorsi reviennent sur ces multiples aspérités qui, ensemble, offrent un aperçu riche de la manière dont les anciennes cultures interprétaient les interactions humaines et divines, modelant des valeurs et des leçons appelées à perdurer à travers les âges.

L’Arche de Noé, Didier Poli, Clotilde Bruneau, Luc Ferry et Gianenrico Bonacorsi
Glénat, avril 2024, 56 pages

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3.5

« Débordements » : le football hors-jeu

Dans Débordements, qui paraît en version poche aux éditions Anamosa, Olivier Villepreux, Samy Mouhoubi et Frédéric Bernard dévoilent les dessous sombres du football. Ce sport populaire et hyper-médiatisé, au-delà de sa magie, a été au fil du temps le théâtre de scandales retentissants et de crises parfois profondes. Entre gloire et déchéance, corruption et héroïsme, l’ouvrage explore comment le ballon rond et ses acteurs peuvent refléter les tensions et contradictions de la société moderne.

Souvent célébré en tant que sport roi, le football a connu son lot de dérapages. Dans leur ouvrage Débordements, Olivier Villepreux, Samy Mouhoubi et Frédéric Bernard narrent plusieurs épisodes symptomatiques de cet état de fait, mettant en lumière les scandales et les crises qui ont ébranlé le monde du ballon rond. Ou, plus prosaïquement, ses dimensions sociales et politiques.

Matthias Sindelar, autrichien d’origine, refuse de jouer pour l’équipe nazie après l’Anschluss, un acte résistance courageux face au totalitarisme. À l’opposé, on retrouve des figures comme Alex Villaplane, capitaine de l’équipe de France devenu collaborateur nazi, coupable d’avoir trempé dans de nombreuses affaires délictueuses.  

Le livre ne cesse en fait de mettre en exergue le rôle du football comme miroir des maux de la société, du nationalisme exacerbé aux dérives de la mondialisation. Il explore par exemple les impacts politiques du football, comme le montre l’équipe du FLN algérien dans les années 1950 et 1960, qui a utilisé le sport comme un outil de revendication pour l’indépendance.

Les scandales de corruption, bien que fréquemment exposés, ont rarement conduit à des réformes significatives du football, dont la gouvernance fait l’objet de critiques régulières. Il existe d’ailleurs une porosité manifeste avec le monde géopolitique, comme en témoigne notamment le match Argentine-Pérou lors de la Coupe du Monde 1978, qui s’est soldé par un 6-0… en échange, probablement, de services politiques. Les libéralités de la FIFA avec la fédération nord-coréenne de football laissent également songeur.

Les destins individuels tels que celui d’Eduard Streltsov, victime de la répression soviétique, ou de Nasser Hejazi, opposant au régime iranien, montrent que les joueurs ne sont pas uniquement des athlètes, mais souvent des acteurs de la géopolitique mondiale. Leurs performances contribuent au soft power d’un pays, et ils ont en retour la possibilité de sensibiliser l’opinion publique. Nasser Hejazi était devenu un symbole de la résistance contre le régime théocratique iranien.

Construit autour de courts récits, Débordements raconte les à-côtés du football et invite à une réflexion sur le rôle de ce sport au-delà du pré. Il suggère que derrière les matchs se cachent parfois des enjeux bien plus importants. Il peut aussi être question d’élévation sociale (avec Paul Pogba), de failles psychologiques (avec Breno) ou de maltraitance (avec Okpara). Le milieu ne ressemble à aucun autre, sa popularité et l’argent qu’il génère tendent à tout amplifier, et cela apparaît clairement à la lecture de cet essai.

Essentiel pour les passionnés de football, Débordements l’est tout autant pour quiconque s’intéresse aux interactions complexes entre sport, société et politique. Il offre une perspective originale qui permet de mieux comprendre les enjeux « secondaires » qui se cachent derrière les exploits sportifs et les compétitions internationales.

Débordements, Olivier Villepreux, Samy Mouhoubi et Frédéric Bernard 
Anamosa, mai 2024, 288 pages 

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4

« Ayrton Senna » : quête héroïque, et tragique, du summum en Formule 1

À l’occasion du trentième anniversaire de sa disparition, les éditions Glénat publient dans leur collection « Plein gaz » une nouvelle édition de leur biographie graphique consacrée à Ayrton Senna.

Ayrton Senna da Silva, un nom irrémédiablement associé à la Formule 1. Il évoque une époque révolue, constituée de rivalités passées à la postérité et de prouesses sportives appartenant à la grande histoire de cette discipline. Dans la bande dessinée biographique sobrement intitulée Ayrton Senna, et sous-titrée « Histoires d’un mythe », Lionel Froissart, Christian Papazoglakis et Robert Paquet retracent certains faits et épisodes ayant fondé, dans la conscience collective, la légende du pilote brésilien. Ellipses, ponts entre l’enfance et la carrière de Senna, événements marquants, le lecteur (re)découvre un jeune homme passionné, à l’ambition aussi débordante que le talent.

Dès ses premières années, Senna se distingue par son aisance exceptionnelle dans des conditions météorologiques défavorables, un amour pour la complexité des pistes humides qu’il cultive dès l’enfance, lors de ses entraînements de karting. La pluie, loin d’être un obstacle, était pour lui une complice qui, dans le même temps, décuplait ses capacités et gênait ses adversaires, lui permettant de démontrer une maîtrise qui semblait souvent presque inespérée.

La trajectoire de Senna, comme nous le rappellent longuement les auteurs, est indissociable de sa rivalité avec Alain Prost. Cette opposition, qui a défini une ère, prend une nouvelle dimension lorsque Prost rejoint Ferrari ; elle va s’intensifier saison après saison. L’apogée de leur confrontation survient en 1989, lors du Grand Prix du Japon à Suzuka, où un accrochage entre les deux hommes conduit à une disqualification controversée de Senna. Ce dernier, se sentant volé, voit sa rage de vaincre amplifiée par ce qu’il perçoit comme une injustice flagrante. La bande dessinée en atteste largement : leur duel n’est pas seulement un conflit de pistes, mais aussi de visions, de stratégies et de tempéraments, façonnant l’une des plus grandes sagas de l’histoire de la Formule 1.

Au-delà de son génie individuel, Ayrton Senna a été profondément enraciné dans la fraternité des pilotes brésiliens. Introduit en F1 par Emerson Fittipaldi, un autre grand nom, il n’a pas tardé à devenir une figure de proue pour les jeunes talents de son pays. Rubens Barrichello, notamment, bénéficiera de l’attention et des conseils de Senna, voyant en lui un mentor et un modèle à suivre. Ce rôle de guide était pour Senna une composante essentielle de son héritage, et une manière de s’inscrire dans le système d’entraide qui unit alors les pilotes brésiliens – à l’exception notable, pour Senna, de Nelson Piquet.

On découvre également dans cet album qu’Ayrton Senna n’était pas seulement un maestro du volant, mais aussi un négociateur redoutable. Son contrat chez McLaren lui assurait par exemple un million de dollars par course, ce qui reflète non seulement son statut de superstar mais aussi sa compréhension aiguë de sa valeur en tant qu’athlète. Ce deal, audacieux et alors sans précédent, est un signe qui ne trompe pas : le pilote est à cette époque sans équivalent.

Le 1er mai 1994, le monde de la Formule 1 est secoué par une tragédie irréparable : Senna trouve la mort durant le Grand Prix de Saint-Marin, à Imola. Engagé dans une lutte acharnée pour maîtriser une voiture qu’il n’avait pas encore totalement domptée, la Williams FW16, Senna laisse derrière lui un sport en deuil et un héritage immortel, auquel le Grand Prix du Japon à Suzuka est loin d’être étranger. Théâtre récurrent du dénouement du championnat, il a en effet aussi été le lieu de plusieurs de ses plus grands exploits et désillusions.

Avant d’évoquer la disparition du Brésilien, les auteurs racontent comment il s’est associé à Frank Williams, qui dirigeait l’une des équipes les plus prestigieuses de la Formule 1. Ce dernier avait rapidement discerné le potentiel exceptionnel de Senna et lui avait permis d’effectuer des tests sur ses F1, des années plus tôt. Cette reconnaissance précoce par une figure aussi emblématique de la compétition a porté ses fruits avec un contrat signé peu avant la mort du pilote.

Ayrton Senna demeure, dans l’imaginaire collectif, plus qu’un pilote. C’est un symbole de passion, de perfectionnement et de talent. Cette légende éternelle de la Formule 1 mérite amplement sa place dans la collection « Plein gaz », et se rappelle à nous avec un album enrichi de huit pages de témoignages et de photographies de Lionel Froissart. C’est à la fois passionnant et émouvant.

Ayrton Senna, Lionel Froissart, Christian Papazoglakis et Robert Paquet
Glénat, avril 2024, 56 pages

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3.5

Un homme en fuite : l’île des revenants

Deux frères de cœur se battent pour un rêve commun, celui de voir leur ville natale prospérer. Un homme en fuite évoque leur trajectoire, de moins en moins parallèle au fur et à mesure qu’une succession d’injustices les rappelle à l’ordre. Si les intentions d’en extraire une figure mystique sont nobles, ce polar se heurte toutefois à une mauvaise appréciation dans le ton donné aux sujets traités. Ni l’enquête policière au ralenti, ni la révolte sociale qui montre ses crocs, ni la quête de réconciliation entre deux amis d’enfance ne peuvent maintenir à flot cette intrigue, aussi bancale que léthargique.

Synopsis : Rochebrune est au bord du chaos. Johnny, leader du mouvement de protestation de la ville, a disparu après avoir braqué un fourgon. Lorsque Paul Ligre apprend la nouvelle, il revient dans la ville qui l’a vu grandir pour retrouver son ami d’enfance avant la police. Seulement, l’enquête d’Anna Werner la mène inéluctablement vers le secret qui unit Paul et Johnny…

Il est coutume de manquer de maturité dans un premier long-métrage, bien qu’il existe des exceptions. Baptiste Debraux se retrouve malheureusement piégé par ses propres ambitions, trop grandes pour que son récit puisse contenir autant de clichés et d’imperfections qui alourdissent le tout. Pourtant, nul besoin d’apporter du neuf dans une histoire motivée par la mélancolie du cinéaste. Si la ville fictive de Rochebrune lui sert de socle pour immerger les spectateurs dans ce cadre spécifique des plateaux ardennais, il manque de donner vie à cette petite ville minière, où les destins des personnages se croisent et se décroisent.

Ma patrie, mon trésor

Comme pour son protagoniste Paul, il redécouvre des lieux familiers, propres à son enfance avec un recul romanesque qui devrait bien trancher avec le présent, plus sombre et plus froid. Cependant, les articulations du récit sont mécaniques, rien ne semble naturel, pas même les dialogues, trop romancés pour qu’on se sente bouleversés par la tragédie d’un groupe d’amis. Cela aurait pu, en un sens, contribuer à son aura littéraire si ces motifs ne déglutinaient pas d’une temporalité à une autre. Tout semble écrit et joué au même niveau, avec des approximations qui n’aident certainement pas la vraisemblance du scénario. Si cette fiction peut trouver tout son sens sur le papier, c’est beaucoup moins le cas à l’écran, du moins en l’état.

Que se passe-t-il donc dans ces Ardennes et que s’est-il passé auparavant pour que tout parte à la dérive ? Tels Jim Hawkins et Billy Bones, dont le serment de mettre la main sur le trésor constitue un prétexte pour échapper à une vie monotone et sans issue, Paul et Johnny ont bâti un refuge, une cabane dans les bois, au milieu de la Meuse. Nombreuses sont les citations ouvertes à l’œuvre emblématique de Robert Louis Stevenson, mais l’analogie à L’île au trésor s’arrête là, à ce fameux butin qui semble représenter un fil rouge, bientôt rongé par des affaires de sentiments. Ce nouvel enjeu ajoute une couche de complexité supplémentaire à leur relation et fragilise une amitié qui est mise à l’épreuve. Dommage qu’il faille se satisfaire de flashbacks pour en dégager une substance suffisante pour que le récit démarre enfin.

Dan cette tentative de répondre à de nombreuses interrogations en suspens, Paul a choisi de déserter Rochebrune, tandis que Johnny continue de sévir comme un « pirate ». Ce dernier s’est rapidement imposé comme la figure légendaire d’une révolte qui marche à grands pas. Les citoyens de cette bourgade ont besoin d’un tel guide, un justicier qui sait prendre des risques dans une bourgade qui tombe en ruine et qui s’enfonce de plus en plus dans la brume. Pierre Lottin prête ainsi ses traits à ce héros que tout le monde acclame, pour sa générosité et sa résistance. À l’opposé, issu d’une famille aisée, Paul, campé par un Bastien Bouillon dont la force tranquille dans La nuit du 12 est plus mémorable, cherche encore son chemin. Les retrouvailles avec ses proches sont alors à moitié réjouissantes. Il faut dire que la situation n’a pas beaucoup changé dans cette ville à l’arrêt, en grève même, avec un détachement spécial de la police qui doit résoudre un homicide.

« Moi vivant, vous ne serez jamais morts ! »

C’est à cet instant précis que l’on découvre Anna Radoszewski, en charge de l’affaire. Elle possède également une trajectoire similaire à Paul. Son retour dans sa ville d’origine n’est pas des plus reposants non plus. Et à ce titre, Léa Drucker insuffle une aura assez singulière dans la figure d’autorité qu’elle incarne. Malgré cela, il est difficile à comprendre la mise en avant d’un tel personnage, si ce n’est pour lui rajouter une étiquette d’empathie pour cette ville abandonnée à son sort et alimenter le portrait d’une femme dans une lutte perpétuelle avec son passé. La lutte sociale qui est déroulée dans le fond ne passe jamais au-dessus de la recherche de Johnny, suite au braquage d’un fourgon qui a mal tourné.

S’ajoute alors Charlène, d’abord sujette à un triangle amoureux peu exploité, jusqu’à ce qu’on découvre sa vulnérabilité, celle-là même qu’elle partage avec les citoyens de Rochebrune. Elle constitue ainsi leur porte-parole et un point de repère précieux pour Paul, toujours assommé par son absence de quinze ans. Elle est incarnée par Marion Barbeau, danseuse de ballet de profession, mais qui a toutefois démontré une certaine aisance devant la caméra de Cédric Klapisch dans En Corps. Ce qui n’est pas le cas ici, où le réalisateur peine à amorcer l’histoire d’une légende, toujours introuvable, même dans la foi des protagonistes divisés par leurs remords qu’ils ont empilés dans des boîtes à secret. La caméra a beau rester ferme face à une montée en tension entre les autorités et des salariés en colère, tout le propos politique est dilué dans le montage, le faux-rythme en flashback et des personnages qui infusent plus qu’ils n’implosent.

Sélectionné pour clôturer la dernière édition de Reims Polar, Un homme en fuite laisse encore un arrière-goût amer derrière lui. Malgré de bonnes ambitions, Baptiste Debraux parvient rarement ou péniblement à obtenir le résultat escompté, à savoir sublimer une fable acerbe sur une liberté inaccessible, dans un monde partagé entre un désir de survie et une soif folle d’évasion. Quelle que soit l’option choisie, la démarche du cinéaste est noyée dans une incertitude qui ne profite pas à un récit autant ancré dans le réalisme, à tel point que son scénario perd toute pertinence et crédibilité.

Bande-annonce : Un homme en fuite

Fiche technique : Un homme en fuite

Réalisation : BAPTISTE DEBRAUX
Scénario : BAPTISTE DEBRAUX, ARMEL GOURVENNEC
Photographie : FABIEN BENZAQUEN
Montage : MARION MONNIER
Musique : CLEMENT DOUMIC, RAPHAËL DE PRESSIGNY, ANTOINE WILSON, SEBASTIEN WOLF (du groupe FEU! CHATTERTON)
Décors : MICHEL SCHMITT
Son : PIERRE GAUTHIER
Monteurs son : BORIS CHAPELLE, CAROLINE REYNAUD
Bruiteur : BENJAMIN ROSIER
Mixeur : DANIEL SOBRINO
Costumes : HYAT LUSZPINSKI
Casting : NADIA NATAF
Première assistante réalisateur : MAUD MATHERY
Scripte : ELMA TIMOTEO
Maquillage : LISE GAILLAGUET
Coiffure : BONY ONDARRA
Accessoiriste : IRÈNE MOATI
Direction de production : MARIE-FRÉDÉRIQUE LAURIOT-DIT-PREVOST
Producteur : MARC BORDURE
Production : AGAT FILMS
Pays de production : FRANCE
Ventes internationales : ORANGE STUDIO
Distribution France : TANDEM
Durée : 1h46
Genre : Policier
Date de sortie : 8 mai 2024

Un homme en fuite : l’île des revenants
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1.5

Que notre joie demeure : le saint et l’assassin

Huit ans après l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray, Cheyenne Caron offre avec Que notre joie demeure un double portrait du vieux curé assassiné et de son assassin. Discrètement hagiographique, le film est aussi généreux en ce qu’il donne toute sa place, avec respect et empathie, au jeune auteur de l’attentat ainsi qu’à sa famille. Plein de tendresse et de véracité, attaché à raconter ses personnages à travers leur quotidien à la fois le plus banal et le plus significatif, le film de Cheyenne Caron peine cependant à laisser rentrer, dans une histoire qui pourtant y invitait, le monde et l’outre-monde, l’Histoire et Dieu, et à dépasser ainsi parfois l’anecdote et le simple hommage.

Que notre joie demeure est un film très abouti, simple et clair, qui met en parallèle la trajectoire de deux martyrs : un vrai et un faux. Le film, de ce point de vue là, ne laisse place à aucune ambiguïté, ce qui n’est pas forcément un problème en soi tant que cela est assumé et ne sacrifie pas à la caricature. Et l’on ne peut pas dire que ce film sacrifie à la caricature. Évidemment, le prêtre martyr est lumineux, bon, généreux, mais ce qui frappe d’abord, c’est son incroyable normalité. C’est un être aimable, mais qui ne force pas à première vue l’admiration. Quant au terroriste pseudo-martyr, Cheyenne Caron, tout en nous brossant le portrait d’une boule de haine, parvient à saisir sur ces traits une espèce noblesse, une noblesse gâchée, une capacité d’absolu jetée au mauvais feu. Et la cinéaste, surtout, réussit à nous faire éprouver envers lui une vraie et profonde pitié. Les films qui traitent des attentats qui ont eu lieu ces dix dernières années en France ont tendance à invisibiliser leurs auteurs, et par là-même leurs discours. Que notre joie demeure a le mérite, peut-être le courage, de combler ce manque. Sans rentrer dans toutes les arcanes psychologiques et sociologiques du phénomène, et sans rien atténuer du mal qui le ronge, Cheyenne Caron nous donne à voir un jeune homme qui, en définitive, a ses raisons, quelque soit leur profondeur de sincérité. On peut noter également l’excellente idée d’avoir fait naître Adel, l’auteur de l’attentat contre le Père Jacques Hamel, dans un milieu petit-bourgeois intégré plutôt qu’une cité, idée a priori étonnante mais très conforme à la réalité sociologique bien documentée de la majorité des personnes arrêtées pour « fait de terrorisme » (attentat, préparation d’attentats, apologie, etc..).

Le film se déploie sur un rythme doux et monotone, suivant la vie quotidienne des protagonistes. Aucune scène ne ressort très franchement. C’est un fleuve calme, où se signalent ici et là quelques remous inquiétants. Le tout offre une impression d’assez grande vraisemblance, tour de force qui mérite d’être salué. Mais si Que notre joie demeure présente de grandes qualités, on déplore cependant une certaine superficialité de la mise en scène, souvent plate et illustrative. Très appuyée sur le scénario et les acteurs, Cheyenne Caron semble oublier d’investir pleinement dans son récit les ressources de l’art cinématographique, en jouant par exemple avec le montage, les focales, les économies de plan, les objets, les symboles. Les scènes y semblent plus captées que filmées. Seule excentricité, quelques plans zénithaux parcourent le film. Mais, là encore, ce choix traduit surtout la pauvreté des moyens cinématographiques mis en œuvre. On pense à ces plans de drones, coutumiers des documentaires Netflix ; et puis, dans un film racontant la rencontre malheureuse entre un prêtre et un jeune fanatique, on pense évidemment à Dieu, d’autant plus que ces plans zénithaux ne visent jamais que l’Église de Saint-Étienne-du-Rouvray où va se dérouler le drame final. Mais n’est-ce pas là une manière d’inscrire la présence divine tout en la congédiant, en en faisant une sorte d’œil impassible posé sur la fatalité, loin d’un Dieu chrétien engagé dans la vie des hommes ? Ainsi ces plans révèlent-t-ils l’inconséquence d’un cinéma qui ne s’empare pas pleinement des outils mis à sa disposition. Il est regrettable en effet qu’un portrait de saint martyr accorde si peu de place à la grâce et à la Providence. L’absence de hors-champs est aussi dommageable lorsque l’on entend inscrire le geste d’Adel dans son contexte historique. Si l’on y fait mention des interventions françaises en Lybie et au Mali, et si l’on montre bien le conflit entre la volonté d’intégration de la mère et de la sœur et le désir de vengeance et de pureté d’Adel, l’origine du malaise qui habite ce dernier n’est jamais vraiment appréhendée. Sa révolte passe pour une pure colère instrumentalisant l’islam face à des musulmans modérés et modernes, pleins de pacifisme (un imam au début du film) et de reconnaissance envers la France (la mère d’Adel, un peu caricatural pour le coup dans son amour de la philosophie des Lumières). On disculpe l’islam, ce qui est louable, mais on obvie un peu rapidement la question du racisme et de l’impérialisme ; de même que la présence du Ciel au milieu des hommes. Et ces manques sont aussi l’effet d’une mise en scène qui ne s’autorise pas à densifier et à complexifier une image de ce fait un peu trop lisse.
À tout cela s’ajoute une fin assez décevante, et même un peu déplacée dans sa bonne intention, qui semble proposer une voie de réconciliation possible entre les communautés sous les ors de la République. Une œuvre d’art, toujours, perd beaucoup à devenir programmatique et à quitter le terrain de l’ambivalence et de l’irrésolue.

Disons, pour finir, la grande émotion que suscite le portrait de l’humble Père Hamel, et la tendresse envers chaque personnage qui traverse ce film. C’est parfois un peu naïf, mais jamais ridicule et grossier. Cheyenne Caron rend hommage, un hommage pudique et vibrant, à une vie donnée, celle d’un petit prêtre de province, qui dû assister ces dernières décennies à la raréfaction accélérée de ses ouailles, et dont la sublime modicité trouva sa conclusion inattendue dans un martyr tout bête, tout inactuel, tout évident. Cela méritait au moins ce film d’une juste et jolie sobriété, délicat et respectueux à l’égard aussi bien du saint que de l’assassin, suggérant ainsi qu’il n’y aurait, dans le fond, qu’un seul véritable ennemi, celui que nomma juste avant d’être poignardé le petit curé de Saint-Étienne-du-Rouvray.

Que notre joie demeure : Bande-annonce

Que notre joie demeure : Fiche Technique

De Cheyenne Carron | Par Cheyenne Carron
Avec Oussem Kadri, Daniel Berlioux, Gerard Chaillou
24 avril 2024 en salle | 1h 48min | Drame
Distributeur Hésiode

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3

Border Line : examen sans frontières

Un voyage d’affaires, des projets de vacances, un déménagement à l’étranger ? Il existe de nombreuses raisons pour pousser les portes de l’aéroport et s’envoler vers d’autres horizons. Pourtant, l’incertitude règne dans ce lieu de transit, dernier bastion avant de passer la frontière, américaine dans ce contexte. Dans une ambiance anxiogène qui reflète des sentiments bien réels, Border Line nous confine dans les coulisses de cet établissement, aménagé comme un pénitencier qu’on ne souhaiterait visiter pour rien au monde.

Synopsis : Projetant de démarrer une nouvelle vie aux États-Unis, Diego et Elena quittent Barcelone pour New-York. Mais à leur arrivée à l’aéroport, la Police des Frontières les interpelle pour les soumettre à un interrogatoire. D’abord anodines, les questions des agents se font de plus en plus intimidantes. Diego et Elena sont alors gagnés par le sentiment qu’un piège se referme sur eux…

Pour un premier long-métrage, il faut avouer que le duo de cinéastes originaires de Caracas, au Venezuela, a décidé de secouer le public jusqu’au bout du suspense. Alejandro Rojas et Juan Sebastián Vasquez évoquent l’immigration comme une passerelle qui affole tous les douaniers, chargés d’identifier et de rentrer dans l’intimité des voyageurs. Si le cas des États-Unis de Trump sonne comme une évidence, le sujet peut s’extrapoler à d’autres territoires, tout aussi méfiants à l’heure où les déplacements sont contrôlés et la vérité discutée. L’interrogatoire d’un couple vire rapidement à une humiliation psychologique, qui rappelle que les étrangers ne sont jamais pleinement les bienvenus. Chaque geste des agents et chaque question indiscrète deviennent un motif de stress supplémentaire pour les personnages, comme pour les spectateurs, qui n’auront pas de mal à s’impliquer émotionnellement.

Un après-midi de chien

« Que faites-vous aux États-Unis ? » Peu importe le ton employé à la douane, cette question reste de nature passive-agressive envers les étrangers de passage ou qui souhaiteraient s’y installer définitivement. Malgré un rituel bien connu des voyageurs, Diego (Alberto Ammann) s’attendait à subir un interrogatoire moins virulent et claustrophobique que chez ses beaux-parents. Il est pourtant bel et bien cuisiné à la même sauce que sa compagne Elena (Bruna Cusí). Entre les mains fouineuses des agents de la douane, le couple est rapidement passé au scanner, jusque dans l’intimité de leur vie privée. Jamais dans la surenchère, les interactions sont aussi crédibles que glaçantes. Ce qui aurait pu sombrer dans le cliché gagne en complexité au fur et à mesure que la nature de l’interrogatoire ne révèle l’impensable.

Sans effets de style remarquables, les cinéastes ont opté pour une sobriété esthétique en faveur de leurs propos. Forts de leurs expériences passées, leur témoignage est sans appel : « Il n’y a pas de rêve américain, il y a un cauchemar ». Les promesses d’une terre de fortune et paradisiaque ne sont plus d’actualité depuis un moment. Il suffit de revoir l’inventaire des situations de crise que le pays a dû gérer dans les dernières années pour justifier la névrose et la xénophibie ambiantes qui règnent. Malheureusement, cette investigation n’évolue pas dans le sens d’une éventuelle menace de ce genre. Le récit analyse froidement un système mis en place qui déshumanise les agents, quel que soit son pays d’origine. La solidarité, la fraternité ou la sororité sont des valeurs qui leur échappent au moment des contrôles. En cela, l’agent Vásquez (Laura Gomez) incarne cet état robotique et végétatif. Il n’y a fondamentalement plus rien d’humain dans son regard, on la confondrait volontiers avec Robocop ou Terminator, ce qui n’est loin d’être un compliment.

Rien à déclarer ?

Si les dialogues ont une importance capitale dans l’étude sociale que l’on fait des États-Unis, il ne faut pas négliger la finesse du montage, mettant en avant les non-dits et le malaise qui se propagent au-delà de la toile. La physicalité d’Elena transparaît donc dans un bras de fer psychologiques avec ses matons, sadiques et sans une once de respect pour sa profession artistique. Tantôt témoins et tantôt complices par impuissance, les spectateurs sont tenus en laisse par les angles des caméras et la photographie, au service du point de vue des personnages. Face aux agents chargés de l’interrogatoire ou face au couple, rapidement désarmé par les circonstances ou un léger soupçon, le sentiment de culpabilité ne peut que croître, parfois sans raison, vis-à-vis de ce tribunal officieux où même la pure vérité ne peut constituer un argument fondé. Plongé dans cette zone d’incertitude, coincé dans un établissement mal éclairé et à l’abri de tous les regards, ce casting pour entrer aux États-Unis devient peu à peu le théâtre de l’absurde. Passé un certain degré de nuances, on ne rigole plus. Le film atteint alors un tel niveau de vraisemblance que tout le stratagème du huis clos parvient à nous immerger de bout en bout. Nous sommes ainsi menottés à Diego et Elena, à leurs contradictions, leurs vulnérabilités et à leurs geôliers.

Déjà remarqué à Reims Polar 2023, puis sacralisé au Festival Premiers Plans d’Angers, Border Line n’épargne donc personne dans son huis clos, d’une transparence et d’une efficacité redoutables. Le film prend soin de détailler, dans un seul et même lieu, tout un manuel de procédure et, a fortiori, de torture pour un jeune couple hispanique dont les projets de vie sont malmenés. Sans avoir besoin de murs bétonnés à chaque parcelle de la frontière américaine, nombre de voyageurs se heurtent encore à une politique anti-migratoire, de plus en plus présente dans l’inconscient collectif. Alejandro Rojas et Juan Sebastián Vasquez en tirent un thriller merveilleusement rythmé, d’une grande précision chirurgicale, sans détours ni correspondances.

Bande-annonce : Border Line

Fiche technique : Border Line

Titre original : Upon Entry (La llegada)
Réalisation et Scénario : Juan Sebastián Vásquez, Alejandro Rojas, Gabriela Lazarkiewicz
Image : Juan Sebastián Vásquez
Musique : Raquel Torras
Décors : Zelso de García
Costumes : Alice Bocchi
Son : Sordi Cirbian, Xavi Saucedo
Montage : Emanuele Tiziani
Casting : Gerard Oms
Producteurs : Sergio Adrià, Alba Sotorra, Carles Torras, Xosé Zapata
Production : Zabriskie Films, Basque Films, Sygnatia
Pays de production : Espagne
Distribution France : Condor Distribution
Durée : 1h17
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie : 1er mai 2024

Border Line : examen sans frontières
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« Pute » : le vocable et le stigmate

Dans son essai récent, Pute : Histoire d’un mot et d’un stigmate, Dominique Lagorgette explore les origines et les implications sociolinguistiques du mot pute, en mettant en lumière la manière dont le langage peut influencer et refléter les stigmates sociaux. À travers une analyse étymologique et culturelle, elle aborde les thèmes de la dissymétrie lexicale et des jugements basés sur le genre, le statut économique et le capital social.

Dominique Lagorgette introduit son analyse par la notion de dissymétrie lexicale, soulignant comment la transformation d’un mot au féminin peut altérer son sens et le charger de connotations péjoratives. Ce phénomène linguistique se manifeste clairement dans le contraste entre des termes comme coureur et coureuse, ce dernier induisant automatiquement une perception bien plus négative. L’essai revient ensuite sur la théorie des stigmates d’Erving Goffman, démontrant comment certains traits, qu’ils soient comportementaux ou physiques, peuvent marginaliser les individus au sein du champ social.

L’auteure trace l’évolution du mot pute, initialement lié à des notions hygiéniques avant de devenir synonyme de moeurs légères et, par extension, de prostitution. Elle discute de la manière dont ce terme a été utilisé pour dénigrer les femmes à travers l’histoire, en insistant par exemple sur les textes médiévaux qui associaient déjà la féminité à la perdition. Ce qui transparaît avec évidence, c’est la richesse lexicale associée à la prostitution, avec plus de 600 termes employés en français, révélant une sorte d’obsession linguistique et culturelle autour de cette profession, et des stigmates qui en découlent.

Dominique Lagorgette aborde un peu plus loin la complexité qui consiste aujourd’hui à définir la prostitution. Elle fait notamment référence aux travaux de Paula Tabet, qui préfère parler d’échanges économico-sexuels. Il faut dire que des réalités très diverses peuvent parfois être assimilées à cette notion, telles que les massages ou les relations sugar daddy. L’auteure soulève également des questions sur les glissements sémantiques qui mènent à des appellations comme escort girl ou tchoin, illustrant la fluidité avec laquelle le langage évolue pour contourner les tabous ou décrire ici une réalité, là un fantasme ou un stéréotype.

Pute : Histoire d’un mot et d’un stigmate examine dans son dernier tiers comment les prostituées, ou les femmes dont le comportement était assimilé à elles, ont été comparées à divers animaux (grues, poules, dinde, cocotte, etc.), chacun reflétant un jugement de valeur et une place dans une hiérarchie sociale implicite. Elle analyse également des expressions populaires qui stigmatisent ou mythifient la figure de la prostituée, comme fille de joie ou joueuse de flûte. Ces métaphores et expressions révèlent les attitudes culturelles dépréciatives envers les femmes en général et les prostituées en particulier.

L’essai de Dominique Lagorgette problématise le poid des mots et la manière dont ils façonnent et sont façonnés par les contextes culturels et sociaux. En examinant le vocable pute non seulement comme terme, mais aussi comme un concept chargé d’histoire et de significations, l’auteure dévoile les couches de stigmatisation et de discrimination inscrites dans le langage.

Pute : Histoire d’un mot et d’un stigmate, Dominique Lagorgette
La Découverte, avril 2024, 306 pages

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Ces fins de film qui nous inspirent, nous galvanisent (2ᵉ partie)

Qu’elle nous laisse sans voix, qu’elle nous laisse en larmes, qu’elle nous déçoive ou nous mette en colère, qu’elle nous plonge dans le désarroi ou que l’on ait besoin de la regarder une deuxième fois pour la comprendre, pour l’accepter ou pour l’admirer, la fin d’un film est souvent un grand moment de cinéma et d’émotion. La rédaction du MagduCiné vous confie la suite de sa sélection, forcément subjective et servie avec spoilers, de ces dernières minutes de cinéma qui ont chaudement marqué leur sensibilité et leurs esprits.

Mad Max: Fury Road : retourner à la source pour réparer le monde

Quand Mad Max: Fury Road est sorti en 2015 au cinéma, je me suis rendue quatre fois en salle pour le voir. Je n’avais pas vécu ça pour un blockbuster depuis la sortie de Titanic en 1997. J’y suis allée seule, avec mon compagnon de l’époque, avec mon petit cousin, avec des amies. Si j’avais pu y emmener ma grand-mère, je l’aurais fait. Mon engouement pour le film de George Miller venait de plusieurs choses : pour son montage captivant, pour la beauté de ses effets spéciaux, pour l’emprunt qu’il faisait à diverses mythologies, pour ses personnages féminins forts et courageux, pour les performances de Charlize Theron (Furiosa) et de Tom Hardy (Max), pour sa résonance avec des sujets actuels allant de la crise de l’eau à l’objetisation des corps féminins, pour la démesure de ses chorégraphies et, enfin, pour son univers à la fois fantastique et férocement réaliste. J’étais saisie par l’énergie débordante, presque asphyxiante, du film et par le regard posé par le réalisateur sur ce que pourrait devenir une société patriarcale où les femmes seraient réduites à un rôle procréateur et où les ressources naturelles seraient accaparées par une élite violente et guerrière. Je me souviens aussi que la fin du film, qui nous emmène littéralement dans une autre direction au bout d’une heure trente de course folle, m’avait captivée et qu’elle avait suscité chez moi beaucoup de questionnements et réflexions.

Sur plusieurs points, le film de Miller me rappelait une autre œuvre dystopique qui m’avait profondément marquée quelques années plus tôt : Children of Men (2006) d’Alfonso Cuarón. Malgré leur esthétique, leurs enjeux et leurs ancrages spatiaux temporels différents, les deux films ont en commun de mettre en scène un héros masculin sans espoir, vivant dans un univers chaotique, ultra-violent et déshumanisé, qui se trouve associé, un peu malgré lui, à une quête qui le dépasse au départ et pour laquelle il va finir, après en avoir saisi toute l’importance, par s’investir corps et âme. Les deux films peuvent être vus comme des road-movies d’un genre nouveau, des sortes d’épopées post-apocalyptiques, des voyages mystiques et initiatiques qui dessinent un chemin allant du désespoir vers l’espoir (l’espoir dans Mad Max étant la Terre Verte et dans le film de Cuarón le navire-hôpital Tomorrow qui pourra recueillir la première femme sur terre, interprétée par jouée par Claire-Hope Ashitey, ayant donné vie à un enfant après que l’humanité ait été plongée dans vingt ans d’infertilité).

Chez Miller comme chez Cuarón, nous suivons, le souffle court, les protagonistes pris dans une fuite qui semble sans issue. Si le chemin de la fuite est linéaire dans Children of Men (le héros incarné par Clive Owen réussit, après moult épreuves difficiles, à atteindre le bateau qui surgit du brouillard pour récupérer la mère et l’enfant), la fin de Mad Max: Fury Road surprend par son virage à cent quatre-vingts degrés. Après avoir fui et combattu dans le désert les armées d’Immortan Joe, les protagonistes décident de faire marche arrière. Les héros finissent par accepter que la Terre Verte, qui était l’oasis d’espoir à atteindre pour Furiosa afin de recommencer une nouvelle vie et de mettre les épouses de Joe en sécurité, n’existe pas, ou plus. La Terre Verte n’est qu’un souvenir. L’espoir, en réalité, se trouve au cœur de l’endroit que Furiosa, Max et les épouses fuient depuis le départ : la Citadelle. C’est là que se trouvent, monopolisées par une poignée d’hommes, les ressources, les richesses, la possibilité d’un avenir meilleur. Ce que nous dit le film c’est qu’il n’y a pas d’autre monde à espérer, il n’y a pas d’oasis, il n’y a pas d’ailleurs. La fuite, dans ce film, permet le retour. Elle est aussi un chemin qui permet de consolider les solidarités afin de revenir plus fortes et plus forts que jamais pour affronter ce que nous avons quitté. La fin de Mad Max: Fury Road résonne en nous avec ce puissant message politique et écologique : c’est par un retour à la source, par un retour au point d’origine, qu’il sera possible de lutter et d’agir pour se réparer soi-même et réparer le monde.

Elsa Guyot

Quand Adam (ne) rencontre (pas) Harry


Sans jamais nous connaître (All of Us Strangers) est un film peuplé de fantômes. Des figures, qui hantent le personnage principal, s’y déploient. Reclus dans un immeuble encore inhabité, Harry traîne sa mélancolie. Il fallait donc une conclusion digne de cette plongée mélancolique dans la vie d’un homme brisé. D’ailleurs, il est question pour lui de rattraper le temps perdu avec les fantômes de ses parents qu’il va visiter en secret. Les non-dits autour de son homosexualité et de son coming out à rebours sont au centre de leurs conversations.

La mort hante ce film magnifique teinté d’imaginaire. Pourtant, lorsqu’Adam rencontre Harry, le spectateur est si subjugué par cette histoire d’amour tendre et lunaire qu’il en oublie le titre « sans jamais nous connaître ». On se laisse donc happer dans ce tourbillon qui redonne vie à Adam, sans l’empêcher pourtant de continuer à vivre dans son passé, s’accrochant toujours aux figures parentales jusqu’à l’excès.

À la toute fin, lorsqu’Adam a dit adieu à ses parents et retourne, croit-on, se réfugier dans les bras de Harry, la scène de leur rencontre nous revient en mémoire. Harry avait frappé à la porte d’Adam, passablement éméché, et Adam l’avait éconduit, bien qu’intrigué. Cette scène aura été leur seule et unique confrontation. Jamais ensuite ils ne se sont côtoyés ailleurs que dans l’esprit d’un Adam trop malheureux pour s’ouvrir à la nouveauté. Lorsqu’Adam pénètre dans l’appartement d’Harry dans les derniers instants du film, tout devient presque palpable par le spectateur : l’odeur de la mort, la solitude profonde qui suinte sur tous les murs du lieu de vie d’Harry ou plutôt de son tombeau. Pourtant, la force du lien entre Adam et Harry est plus forte encore dans son inexistence. Voici la force de cette fin : faire exister une romance qui est pourtant mort-née, raconter une époque d’extrême solitude. La faire vibrer encore plus fort que si elle avait été véritablement la renaissance d’Adam, seul véritable fantôme. Cette fin offre tout pouvoir à l’imaginaire, et en montre aussi les limites à une époque ou tout est accessible sans sortir de chez soi. N’oublions pas qu’Adam écrit un scénario sur son enfance, d’où ces allers-retours dans son passé. La vie et la mort sont à jamais mêlées en une étreinte brisée.

Chloé Margueritte 

The Usual Suspects : le diable s’habille en Verbal Kint

Usual Suspects (réalisé par Bryan Singer, sorti en 1995) est de ces thrillers policiers que l’on souhaiterait effacer de notre mémoire pour pouvoir se délecter à nouveau de leur dénouement, comme la première fois. De prime abord, le film suit le schéma classique d’un bon thriller policier, une sorte de whodunnit au ton 90’s. Dans une salle d’interrogatoire, Verbal Kint (Kevin Spacey, Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Usual Suspects), un petit criminel infirme, seul survivant d’un récent massacre, raconte à l’inspecteur Kujan (Chazz Palminteri) comment, ses quatre associés et lui, se sont retrouvés au cœur de la récente boucherie, visiblement orchestrée par un homme que personne n’a jamais vu, mais dont tout le monde connaît le nom : Keyser Söze. Pendant une heure et quarante-six minutes, le spectateur, à l’instar de l’inspecteur, est tourmenté par une seule préoccupation : mais qui est donc Keyser Söze ?

C’est la narration qui donne au dénouement d’Usual Suspects tout son cachet légendaire. Avec une succession de flashbacks, d’indices et de probabilités, le film propulse le spectateur dans une histoire complexe et mélangée. La construction non linéaire du film nous pousse à analyser chaque détail de l’histoire contée par Kint pour arriver à une conclusion sur l’existence (ou la non-existence) et l’identité de Keyser Söze. S’ajoute à cela, le pathos du personnage de Kint, un petit criminel infirme et béat, qui détourne immédiatement quelconque suspicion. Dès lors, le spectateur néglige les éléments objectifs qui sont sous ses yeux tout au long du film. Lorsqu’à la fin de l’interrogatoire, l’inspecteur laisse partir Kint, c’est une sorte d’Eureka qui habite le spectateur. C’est lui. Keyser Söze. La performance de Kint est en fait un grandiose spectacle d’improvisation. Tous les éléments utilisés dans son récit sont en fait des éléments aléatoires piochés dans le bureau de l’inspecteur Kujan (marque de vaisselle, article de journal, etc.). L’inspecteur réalise alors qu’il a laissé partir le criminel le plus recherché, et nous le réalisons avec lui.

« Le coup le plus rusé que le diable ait réussi, c’est de convaincre tout le monde qu’il n’existe pas ». Cette réplique culte capture l’essence du film. Kint est libre et sa démarche boiteuse et son regard semblent narguer le spectateur qui, jusqu’à la dernière minute, a été berné. Ce dénouement d’exception transforme alors immédiatement ce qui semblait être un thriller policier banal en œuvre cinématographique d’anthologie. C’est d’ailleurs ce qui a valu à Usual Suspects l’Oscar du meilleur scénario original en 1996.

Kenza Zouham-Culcasi

Body Double ou la revanche du héros loser

L’image du héros américain des années 1980 est largement connotée et soumise à un certain nombre de clichés réducteurs. Ce dernier devait être généralement vaillant, affronter des dangers extraordinaires, être charismatique et réaliser de grands exploits. Il existe pourtant une autre catégorie de héros, plus modestes, moins spectaculaires, plus imparfaits. Tel est Jake Scully, acteur de troisième zone claustrophobe témoin malgré lui d’un meurtre sanglant et entrainé à son corps défendant dans une aventure qui le dépasse. Il parviendra finalement à identifier le criminel coupable (qui n’était autre que son supposé ami Sam Bouchard) et à sauver la jeune Holly Body, non sans beaucoup de mal et une lutte intense. Il s’agit surtout d’une lutte contre ses peurs puisque, tombé dans un trou et menacé d’être enterré vivant, il doit se battre contre sa claustrophobie et se relever pour affronter le danger.

Au-delà du fait qu’il ait démasqué un criminel (qu’il n’élimine d’ailleurs pas vraiment lui-même) et sauvé l’héroïne, Scully a avant tout remporté une victoire sur lui-même, vaincu ses démons et s’est réaffirmé en tant qu’homme ainsi qu’en tant qu’acteur comme l’illustre le générique de fin qui contribue à brouiller la limite entre réalité et fiction. On reconnait bien là le typique héros De Palmaien, lui-même héritier des héros hitchcockiens : des hommes ordinaires, imparfaits et peu sûrs d’eux, confrontés à des situations extraordinaires avec, touche personnelle, une pointe de grotesque confinant à l’autodérision, typique du réalisateur (du moins jusqu’à la fin des années 1980). Dans ce film du roi du thriller néo-noir, pas besoin de terrasser des hordes d’ennemis ou de sauver le monde, vaincre sa claustrophobie et démasquer un voisin meurtrier sont déjà des exploits dûment salués.

Jean-Paul Toorop

Runaway Train ou la fin du happy end des années 80 ?

S’il est un lieu commun unanimement attribué aux films américains des années 1980 et 1990, c’est bien le happy end, cette fameuse fin heureuse, rassurante et consensuelle qui voit le ou les héros triompher en tout et le ou les méchants battus et punis. De fait, il est vrai que c’est une formule qui était largement dominante sous différentes variantes, mais avec une issue identique. Il existe pourtant quelques exceptions durant cette période et la plus notable d’entre elles est sans doute la fin de Runaway Train d’Andrei Konchalowsky. Produit par la Cannon de Golan et Globus, le film voit, à la fin, le personnage de Manny, détenu coriace et parfois violent (incroyable Jon Voigt alors à contre-emploi) choisir de se sacrifier en séparant la locomotive du train fou où il est embarqué des wagons où sont restés Buck et Sara (Eric Roberts et Rebecca de Mornay) afin de les sauver. Ainsi, blessé, affaibli, il va vers une mort certaine, entrainant avec lui son ennemi, le sadique et implacable gardien Ranken qui a tenté de l’arrêter.

Il est alors difficile de voir une issue heureuse à ce road-movie, mélange de film catastrophe et de drame social, puisque l’un des personnages principaux y disparait tragiquement, laissant les deux autres désolés. On peut certes y apporter une nuance en précisant que Manny perd sa vie, mais garde sa liberté, lui qui tentait de s’évader de prison pour la troisième fois, et, surtout, gagne son humanité alors que, jusqu’ici, il se caractérisait surtout par son esprit dominateur, parfois violent. Le film est donc très anticonformiste, d’autant plus par rapport aux critères de l’époque, puisqu’il montre que les héros ne sont pas purs, qu’ils peuvent être très ambivalents même et qu’ils peuvent mourir, devenant ainsi réellement héroïques. Des films comme Runaway Train rappellent donc que, même dans les années 1980, il pouvait y avoir des fins tragiques dans le cinéma américain. Tragique, mais néanmoins positive, puisque ce sont des valeurs humaines qui triomphent telles que le courage, le dévouement et le sens du sacrifice.

Jean-Paul Toorop

Heat : duel pour l’éternité


Dans la clarté blanche du tarmac de l’aéroport international de Los Angeles, éclairé par le départ des avions et des horizons infinis, deux hommes scellent un lien éternel. Il s’agit là de deux titans du cinéma, Al Pacino dans le rôle du lieutenant obsessionnel Hanna, et Robert De Niro, incarnant le braqueur professionnel McCauley. Dans les derniers instants de Heat, parmi les containers dans un désert nocturne, ils se pourchassent en silence, dans l’ombre de l’agitation urbaine oppressante et sous les reflets anamorphiques de la Cité des Anges. Deux légendes incontournables au sommet, dont la rencontre à l’écran avait créé l’événement en 1995, offrant une connexion précieuse, si rare dans le paysage cinématographique outre-Atlantique. Dans cette séquence finale, alliant une grande technicité technologique à une poésie sans pareille, ces deux icônes contribuent à l’apogée de la filmographie de Michael Mann, qui n’a jamais si bien accompli ses intentions de réalisateur.

Dès le départ, le cinéma de Michael Mann a toujours accordé une place de choix aux acharnés, aux obsessionnels et aux âmes compulsives. Qu’ils excellent dans leur domaine, qu’ils soient consumés par une solitude exacerbée ou qu’ils éclipsent voire sacrifient leurs proches (surtout les femmes qui n’en restent pas moins incarnées), tous ces personnages partagent des traits et une trajectoire similaires. Dans Heat, cette destinée est sublimée par l’affinité entre Hanna et McCauley, deux archétypes éternels (et crépusculaires) du shérif et du bandit, hérités du western américain. Une relation de destinée cinématographique, promise à la tragédie, que le cinéaste modernise et transcende dans un dernier plan mythique, après les deux détonations et la connexion, l’acceptation et la résignation qui se fait main dans la main.

Pour Michael Mann, cette subtile relation a été le point de départ d’une réécriture de ses premiers jets de Heat, comme il l’a souligné dans son commentaire audio : « Neil McCauley et Vincent Hanna sont les deux seules personnes sur la planète tout à fait semblables l’une à l’autre. Dans l’univers du film, seuls ces deux-là sont pleinement conscients de ce qu’ils sont. Et cette intuition, lorsque je l’ai eue en écrivant la dernière image du film, c’est ce qui a fait que tout le reste du projet s’est mis en place. […] J’ai tout réécrit à partir de ce dernier instant. C’est en fait la dernière image du métrage. En travaillant à rebours, tout a conduit à ce moment de connexion entre eux deux. » À la fin, c’est dans cet espace intime, chargé d’importance autant pour ses anti-héros que pour l’éclosion des thématiques chères à Michael Mann, que s’est manifesté un chef-d’œuvre.

Ewen Linet

Chez Adolf – Tome 4 : 1945 et la défaite allemande

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L’année 1945 marque la fin de la Seconde guerre mondiale, avec la défaite de l’Allemagne et la disparition d’Adolf Hitler. Située côté allemand, cette série fait sentir l’évolution de l’atmosphère générale, plutôt méconnue chez nous, en s’intéressant au destin de quelques personnages.

En Allemagne, les états d’esprit sont tournés vers la défaite avec tout ce que cela implique. Cet album est à rapprocher de la fin de la série Amours fragiles située à la même période, là aussi essentiellement en Allemagne. A noter d’emblée que le présent album peut être lu indépendamment de la série, même si dans ce cas, on y perd légèrement (le passé des personnages). On suit Karl Stieg, désormais directeur de l’établissement scolaire où il exerce, à Berlin. Karl vit avec Mona, une réfugiée d’origine polonaise.

La débâcle allemande

Malgré son statut d’homme mûr, Karl fait partie de ceux rappelés in-extremis pour combler les effectifs de l’armée allemande, à une heure où la situation se dégrade rapidement. Les Allemands ont de quoi s’inquiéter puisque les Russes progressent du côté Est et les Américains du côté Ouest. Si les Américains sont attendus sans trop d’appréhension, surtout par les civils, il n’en est pas de même pour les Russes, dont toutes et tous s’attendent à ce qu’ils se livrent à des atrocités pour venger ce qu’ils ont subi quelques années plus tôt. Karl aurait préféré éviter ce rappel d’une classe d’âge pas du tout préparée pour combattre, ni psychologiquement ni physiquement et qui devra se contenter du strict minimum encore disponible au point de vue uniformes et armements. Quant à l’instruction, au vu des circonstances, elle est logiquement bâclée. Ces réservistes déboussolés côtoient des membres d’une génération, elle, appelée trop tôt. Ces jeunes garçons n’ont pas le recul pour évaluer la situation correctement et, parmi eux on compte des fanatisés qui ne pensent qu’à la défense de la patrie. Cette observation est à rapprocher du prologue de l’album, où un enseignant lit un extrait du Joueur de flûte de Hamelin conte des frères Grimm que Karl considère comme symbolique de la situation allemande. Oui, le parallèle saute aux yeux entre ce flûtiste séducteur de la jeunesse et l’orateur haranguant les foules pour les entrainer dans son sillage, jusqu’à la catastrophe. Effectivement, la défaite de l’Allemagne pourrait voir son anéantissement, surtout si on considère le atrocités commises. Comment ne pas penser au récent film La zone d’intérêt qui montrait la vie de la famille Höss dans leur maison avec jardin donnant directement sur les murs et les barbelés du camp d’Auschwitz ? Rapidement, Karl et l’un de ses camarades ne pensent qu’à l’évasion, même si la désertion leur ferait également risquer la mort, châtiment réservé aux traitres.

Les individus confrontés à la marche de l’Histoire

L’album a donc le mérite de nous montrer la situation dans cette Allemagne au bord du gouffre, avec des comportements individuels qui rappellent qu’en de telles circonstances chacun-chacune cherche à sauver sa peau, avec des comportements très révélateurs puisque provoqués par des situations extrêmes. L’amertume viendra également de l’attitude des dirigeants qui n’assument pas leur responsabilité et laissent le peuple encaisser cette catastrophe qu’ils ont provoquée. L’album ne néglige pas non plus quelques éléments qui situent l’état d’esprit de l’armée allemande de l’époque, comme ces pilotes volontaires pour des missions suicides de sabotage inspirés des kamikazes japonais. En suivant Karl, l’album dresse donc une sorte d’inventaire de ce qui a pu se passer à l’époque. En tant qu’individu, Karl n’a qu’une faible marge de manœuvre. Les événements le dépassent complètement et il fait son possible pour échapper à ce mouvement implacable de la roue de l’Histoire. A ce titre, j’ai trouvé la fin un peu trop heureuse. De même, je regrette que cet album clôture la série sans révéler ce qui nous intriguait dans les premiers épisodes. Les auteurs ont beau expliquer que l’Histoire est ainsi faite, avec des grandes lignes bien connues et certains faits de moindre importance qui ne trouveront jamais d’explication, la frustration est là. A leur décharge, on peut supposer que certains personnages qui auraient pu apporter l’éclairage attendu ont purement et simplement disparu, à l’image de ceux dont on n’a jamais pu identifier leur corps de manière certaine.

Une série de qualité

L’épilogue revient sur l’enseigne correspondant au titre de la série, choisie en 1933 (tome 1) par le propriétaire du café où le petit groupe du début aimait se retrouver. Ce qui pouvait encore passer pour du patriotisme en 1939 (tome 2), devenait opportuniste en 1943 (tome 3) et devient trop connoté négativement, comme le film Le prénom (lui-même adapté de la pièce éponyme) l’explore non sans provocation. Signé Rodolphe, le scénario se révèle une nouvelle fois intelligent, pour montrer de façon particulièrement convaincante l’ambiance en Allemagne à l’approche de la défaite. Le choix des trois bandes par planche donne une bonne lisibilité, renforcée par le dessin soigné de Ramón Marcos et les couleurs de qualité de Dimitri Fogolin. L’album mérite largement la découverte, comme l’ensemble de la série.

1945 : Chez Adolf – Tome 4 – Rodolphe, Ramón Marcos et Dimitri Fogolin
Delcourt – Paru le 27 mars 2024

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« Influenceurs : un quotidien sous algorithme » : mieux comprendre le phénomène

Dans Influenceurs : un quotidien sous algorithme, Émilie Le Guiniec et Clémence Floc’h explorent les complexités de la vie d’influenceur, entre gestion d’audience, collaborations commerciales et défis personnels. Ce livre met en lumière les enjeux éthiques, financiers et sociaux liés à cette nouvelle profession, en s’appuyant sur des études et des témoignages de première main.

Le monde des influenceurs est souvent perçu comme un paradis accessible où chacun peut tenter sa chance. Un pays de Cocagne qui fascine d’autant plus que les barrières à l’entrée semblent minimes. Mais derrière les images d’Épinal se cache une réalité souvent méconnue, qu’Émilie Le Guiniec et Clémence Floc’h se proposent de déconstruire. 

Un influenceur doit jongler entre de multiples casquettes : créateur de contenus, vidéaste, comptable, stratège en communication… Les autrices révèlent les compétences diverses que les influenceurs doivent acquérir, souvent sur le tas, pour percer puis pérenniser leur activité. Et en plus de gérer leur image et leur contenu, en conformité avec leur ligne éditoriale et en cherchant à accroître l’engagement de leur audience, ils doivent aussi, souvent, naviguer entre les collaborations avec les marques, les porosités entre la vie publique et privée ou encore les conséquences psychologiques de leur popularité.

Ainsi, Influenceurs : un quotidien sous algorithme aborde pêle-mêle les défis éthiques auxquels sont confrontés les influenceurs, notamment la question de la promotion de produits en adéquation avec leurs valeurs personnelles, les disparités de revenus influencées par des facteurs tels que le genre, avec des femmes souvent moins bien rémunérées et cantonnées à des domaines considérés comme traditionnellement féminins (mode, voyage, food, etc.) ou encore la précarité financière de nombreux influenceurs, qui sont soumis aux diktats des plateformes, à l’éventualité d’un bad buzz ou encore à l’érosion de leur audience ou de leur créativité.

On apprend ainsi que la rémunération moyenne avoisinerait les 26 euros de l’heure pour les influenceurs et que seuls 6% d’entre eux gagneraient plus de 50000 euros par an. Ces revenus proviennent des plateformes, des activités entrepreneuriales liées, des affiliations ou encore des collaborations commerciales. Ces dernières font l’objet d’une attention toute particulière, puisque les autrices nous expliquent les différentes étapes de leur mise en place : le casting, le cahier des charges, le contenu, les bilans d’étape, etc.

Autre point passionnant : la vie d’un influenceur implique souvent de présenter une image idéalisée de soi-même, où la frontière entre vie privée et publique devient de plus en plus floue. Les auteurs expliquent comment les influenceurs doivent constamment gérer leur présence en ligne, résister à la pression de l’omniprésence, tout en faisant face à des défis familiaux ou psychologiques, tels que le syndrome de l’imposteur, le cyber-harcèlement, les relations parasociales et le burn-out. 

Influenceurs : un quotidien sous algorithme effeuille la vie des influenceurs, marquée par une obsession constante de rester pertinents et authentiques. À travers des témoignages et des analyses, Émilie Le Guiniec et Clémence Floc’h dressent un portrait nuancé de cette nouvelle forme de célébrité, explorant les réalités derrière les paillettes des réseaux sociaux.

Influenceurs : un quotidien sous algorithme, Émilie Le Guiniec et Clémence Floc’h
Robert Laffont, avril 2024, 208 pages

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