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« Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » : celui qui a du réseau

Publié en 2009, Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire est le premier roman de l’écrivain suédois Jonas Jonasson. Traduit en de nombreuses langues, le livre est rapidement devenu un phénomène littéraire mondial, aujourd’hui adapté sous forme de roman graphique par Grégoire Bonne et Taillefer, aux éditions Philéas.

À travers le prisme d’un humour décalé et d’une narration non linéaire, Jonas Jonasson entraîne ses lecteurs dans les nombreuses péripéties vécues par Allan Karlsson, un centenaire qui refuse obstinément de se conformer aux attentes de son entourage. Ce premier roman se caractérisait déjà par une satire mordante et une affection pour les personnages excentriques, ouvrant la voie aux œuvres ultérieures de l’auteur suédois, telles que L’Analphabète qui savait compter et L’Assassin qui rêvait d’une place au paradis.

Grégoire Bonne et Taillefer conservent la dimension absurde et rocambolesque du récit, en donnant à voir un vieillard récalcitrant, fugueur, déroutant les forces de l’ordre et plongeant ceux qui croisent sa route dans des aventures extraordinaires auxquelles ils n’étaient pas forcément prédestinés. Au début de l’histoire, Allan Karlsson est sur le point de fêter ses cent ans dans une maison de retraite, dont il décide de s’échapper par la fenêtre de sa chambre. Bientôt, en compagnie de nouveaux amis rencontrés en cours de route, il se retrouve mêlé à une affaire criminelle impliquant une valise remplie d’argent. Et parallèlement, le roman graphique retrace les moments marquants de sa vie, en révélant au passage comment il a influencé certains événements historiques majeurs du XXe siècle, presque sans le vouloir.

L’approche narrative de Jonas Jonasson, qui consiste à combiner des événements historiques réels avec des situations fictives absurdes, reflète un penchant consommé pour le postmoderne et la déconstruction des grands récits historiques. Allan Karlsson incarne une certaine philosophie de l’existence en vertu de laquelle les conventions sociales et les attentes sont constamment mises à mal. Ses souvenirs permettent aux auteurs de revisiter et satiriser des événements historiques et politiques importants, impliquant notamment Franco, Staline et Truman. Le protagoniste, spontané, parfois un peu niais, semble naviguer sans effort à travers le chaos du XXe siècle.

Initialement, le périple d’Allan est avant tout motivé par une quête de liberté. Il cherche à échapper à la surveillance étouffante de la maison de retraite pour retrouver une forme d’autonomie et vivre de nouvelles aventures revivifiantes. Cette volonté s’inscrit en écho au désir universel d’évasion des contraintes imposées par la société, l’âge ou les circonstances personnelles. Très vite, l’irrationalité va toutefois présider aux rebondissements de l’intrigue : Benny se mêle à la fuite du vieillard et fait montre de compétences aussi infinies qu’improbables, tandis que policiers et voleurs semblent quelque peu démunis face à la situation et à la personne d’Allan.

Il est difficile de ne pas penser à Forrest Gump en lisant Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire. Avec son personnage qui traverse l’histoire de manière inattendue et qui rencontre les grands dirigeants du monde sans y accorder la moindre gravité, une filiation naturelle s’instaure entre les deux œuvres. Mais dans le roman de Jonas Jonasson, et dans l’adaptation qui nous intéresse, c’est le mélange d’aventures, de tendresse et d’ironie qui va prévaloir, puisque le vieux Karlsson va être suspecté de vol, puis de meurtre, enfin de criminalité en bande organisée, et ce tant par la police que par des gangsters.  

Mine de rien, Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire comporte une critique implicite de l’histoire officielle et des héros historiques. Jonas Jonasson suggère que les grands événements résultent souvent de hasards et de décisions irrationnelles, plutôt que de la grandeur ou de la sagesse des leaders mondiaux. Mais cette thématique demeure très secondaire, puisque la légèreté et l’improbabilité donnent à ce roman graphique tout son sel. Avec une certaine habileté.

Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, Jonas Jonasson, Grégoire Bonne et Taillefer
Philéas, mai 2024, 112 pages 

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4

« Vies en jeux » : récits d’athlètes olympiques

Vies en jeux, d’Églantine Chesneau, explore les destins exceptionnels de seize athlètes ayant marqué l’histoire des Jeux olympiques. À travers 200 pages illustrées, cet album apporte des précisions importantes, et souvent déroutantes, sur des sportifs qui, chacun à leur manière, sont passés à la postérité.

Les Jeux olympiques trouvent leurs origines dans la Grèce antique, il y a plus de 3000 ans, époque où les cités grecques, en constante guerre, trouvaient dans ces compétitions sportives un moyen de rivaliser sans recourir aux armes. Cette tradition se transforme et se perpétue quand, en 1894, Pierre de Coubertin, baron français, réussit à convaincre douze pays de participer à une version modernisée des jeux. Ce fut un point de bascule qui aboutit à la création du Comité International Olympique et à la tenue des premiers jeux modernes en 1896.

Ce rappel historique fait, Églantine Chesneau peut en venir à ce qui forme l’étoffe de son album : des récits individuels marquants. Celui de Shizo Kanakuri, surnommé le père du marathon au Japon, a de quoi intriguer, puisqu’il disparaît en pleine compétition lors des Jeux olympiques de Stockholm en 1912. À côté, l’histoire de Betty Robinson révèle comment cette jeune sprinteuse américaine est devenue, à tout juste 16 ans, la première femme à remporter une médaille d’or en athlétisme, et ce, quelques mois après avoir commencé à courir.

D’autres récits symbolisent à merveille la résilience. Wilma Rudolph, qui a souffert de la poliomyélite, surmonte un handicap pour remporter trois médailles d’or aux Jeux de Rome en 1960. Nadia Comaneci, instrumentalisée par le régime oppressif de Ceaușescu en Roumanie,subit des conditions de surveillance extrêmes, mais parvient finalement à s’échapper pour les États-Unis. Marie-José Pérec, elle, n’a pas tenu face à l’ acharnement médiatique. Des angoisses l’accablent avec toutes les sollicitations médiatiques dont elle fait l’objet, et la difficulté qu’elle éprouve à parler en public. Pis, lors des jeux d’Australie, opposée à Cathy Freeman, une aborigène très médiatisée, elle décide d’abandonner, ne pouvant se préparer dans la sérénité.

En plus des portraits qu’il dresse – avec talent –, l’album explore également les zones d’ombre des Jeux, comme le scandale des Jeux paralympiques de Sydney en 2000, où une équipe espagnole de basket composée majoritairement de joueurs non handicapés a soulevé des questions éthiques et d’intégrité. Ce récit est juxtaposé à l’histoire inspirante de Natalie du Toit, nageuse sud-africaine amputée qui a transcendé son handicap pour exceller à la fois aux Jeux olympiques et paralympiques, ou à celle de Jesse Owens, l’athlète qui défia la propagande nazie.

Vies en jeux fait plus que narrer des succès sportifs. Il dresse un portrait nuancé des personnalités, des triomphes et parfois des controverses qui jalonnent l’histoire des Jeux olympiques. Chaque récit est une fenêtre ouverte sur la complexité des enjeux humains, sociaux et politiques qui se tissent autour de cet événement mondial. Avec succès, Églantine Chesneau interroge ce que signifie être un athlète olympique, au-delà des médailles.

Vies en jeux, Églantine Chesneau
Glénat/Vents d’Ouest, mai 2024, 200 pages

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3.5

« Monte-Cristo » : rideau baissé

Le triptyque Monte-Cristo, de Jordan Mechner et Mario Alberti, baisse le rideau après un troisième tome particulièrement réussi, qui finit de revisiter l’un des classiques les plus vénérés de la littérature, Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas. Cet épisode final clôt une trilogie riche en tensions dramatiques et en rebondissements, offrant une fin mémorable à la quête de vengeance de Sam Castillo, alias Victor Sirin.

L’intrigue de Monte-Cristo se déroule dans un monde contemporain où le financier et protagoniste principal, Sam Castillo, transformé en Victor Sirin, cherche à se venger des conspirateurs responsables d’un long emprisonnement injuste. Désormais milliardaire, il s’engage dans un jeu d’échecs méticuleux contre ses anciens bourreaux, utilisant sa fortune colossale pour infiltrer et déstabiliser leur existence. L’histoire entrelace ainsi habilement des éléments de thriller financier avec des intrigues de corruption, poussant loin les thématiques de la vengeance et de la justice personnelles.

Victor Sirin est un stratège hors pair, mais ses plans sont toutefois compliqués par ses sentiments pour Danica, une agente du FBI qui s’intéresse de près à ses agissements. Les antagonistes, dont les activités nous sont dévoilées progressivement au cours du triptyque, sont développés avec suffisamment de profondeur pour susciter à la fois répulsion et fascination. Au travers de son style réaliste et détaillé, Mario Alberti parvient avec succès à donner vie à l’univers de Victor Sirin. Le dessinateur utilise à l’occasion un découpage cinématographique qui accentue le rythme soutenu de l’intrigue et permet d’illustrer les scènes, parfois complexes, de manière claire et impactante. 

Le troisième tome de Monte-Cristo poursuit son exploration des thèmes universels de la vengeance, la rédemption, l’amour ou encore la corruption. En situant l’action dans le contexte contemporain des réseaux politiques et économiques, en colorant la trame comme un thriller financier, les auteurs dépoussièrent un récit séminal et le transposent habilement dans notre ère. La choralité du récit et les différentes subtilités du plan machiavélique de Sirin contribuent à l’intérêt d’une série qui se clôture finalement de très belle façon. 

Monte-Cristo (tome 3), Jordan Mechner et Mario Alberti
Glénat, mai 2024, 72 pages

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4

Deep it : le grand deuil

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Deep it n’est autre que la suite de Deep me (2022) où Marc-Antoine Mathieu repoussait les limites du possible au travers du medium BD. Qui pouvait imaginer qu’il parviendrait à poursuivre son investigation du monde d’après la vie ? Lui seul probablement. Si le résultat est moins éblouissant que l’album initial parce que nous savons déjà mieux à quoi nous en tenir, intellectuellement le dessinateur tutoie à nouveau les sommets.

L’album est centré sur Adam (pour éviter la confusion avec un personnage, j’utiliserai le prénom et non le pronom) conscience en éveil progressif depuis Deep me, album qui nous a permis de comprendre que nous nous situons à une époque où toute vie a disparu sur Terre, y compris la vie humaine. Si pas plus qu’Adam, nous n’en connaissons la ou les raisons, Marc-Antoine Mathieu propose une situation particulièrement intéressante, puisqu’avant sa disparition inéluctable, l’Homme a utilisé l’Intelligence artificielle (AI) pour élaborer cette conscience disposant de toute la mémoire du monde vivant. Cela permet au dessinateur de montrer fugitivement quelques silhouettes qui seront les seules apparitions humaines de l’album. On apprend ici qu’Adam a pour mission de trouver l’endroit où les conditions permettront d’envisager de provoquer une nouvelle émergence de la vie, quelle que soit sa forme. La question du pourquoi est évoquée, mais vite balayée : l’homme n’a jamais su si l’émergence de la vie et donc de son existence répondait à une raison ou si elle n’était que le fruit du hasard. D’ailleurs, l’Homme n’a jamais été en mesure de déterminer si la vie existait ailleurs que sur Terre et donc de déterminer si son apparition dépendait de circonstances éventuellement reproductibles. Dans ces conditions, tout en déplorant sa propre disparition, l’Homme a enclenché la manœuvre de la dernière chance : confier à une intelligence artificielle la mission d’explorer son environnement pour tenter une sorte de réinitialisation. La piste que l’album n’explore pas (ou néglige) c’est que cette réinitialisation suppose plus ou moins de retrouver les conditions initiales sur Terre. Or, comme l’Homme la Terre a un passé. Si, contrairement à l’Homme, elle reste en vie, le passage de l’Homme sur Terre n’est pas sans avoir laissé des traces, probablement jusqu’à une catastrophe irréversible. L’Homme ayant largement exploité les ressources naturelles à sa disposition, envisager de retrouver les conditions initiales d’apparition de la vie sur Terre laisse perplexe. Mais, où l’action se situe-t-elle réellement ? A noter également une apparente contradiction qui voit Adam détenir toute la mémoire de l’humanité, tout en restant incapable de comprendre ce qui a pu causer l’extinction de toute vie sur Terre. Considérant désormais le dessinateur comme capable de concocter un troisième volet, nous en saurons peut-être davantage ultérieurement.

Quelques observations

On remarque qu’avec Adam, se pose la question de l’échelle : quelle différence entre l’infiniment grand et l’infiniment petit ? On réalise que, limité par ses deux sens (ouïe et vue), Adam n’a aucune idée de son aspect physique, si tant est que cette notion ait la moindre signification. Autre fait à assimiler, pour Adam la notion de temps ne correspond à rien de tangible. En effet, Adam poursuit son activité, défiant la notion d’ennui, insupportable pour un humain. Une mission qui n’aboutira que lorsque les conditions seront réunies. D’ailleurs, en cas de succès, quel pourrait être le devenir d’Adam ? A noter que, par une pirouette dont il a le secret, le dessinateur parvient à doter Adam non d’un alter ego, mais d’une AI capable d’entretenir le dialogue. Cela n’ira pas au-delà, pour la simple et bonne raison que toute forme de connivence est exclue. En effet, ce serait le début des faux-semblants et on sait qu’ils mènent inéluctablement à la catastrophe. Toujours est-il que ce dialogue est bien pratique pour le dessinateur, car il apporte naturellement des informations. Tout sentiment étant banni, l’humour l’est également, du moins au premier degré. Le dessinateur en apporte néanmoins à l’occasion, grâce à des sous-entendus. Et, tant qu’à lire entre les lignes, on relève qu’Adam ne parvient toujours à la conscience que de manière discontinue. Ces veilles étant numérotées, on voit bien qu’elles ne figurent pas toutes dans l’album. Que se passe-t-il au cours de celles non représentées ? Peut-être rien de notable, mais la question mérite réflexion. Enfin, on remarque que le texte comporte des mots particulièrement savants dans le domaine scientifique (modèle stochastique, bouteille de Klein, paréidolie, autopoïèse) qui nécessitent des recherches pour comprendre de quoi il retourne. Bizarrement, il cite le nombre d’Avogadro de façon incorrecte (10 puissance 23 au lieu de 6,02 x 10 puissance 23). Quant au dessin, toujours aussi élégant que le noir et blanc choisi par le dessinateur, il met surtout en valeur des formes géométriques, des perspectives. L’absence de vie présente quand même un réel inconvénient et on peut comprendre un lecteur qui refuserait de lire l’album pour son aspect particulier : essentiellement des décors et des dialogues. Et si le blanc de la couverture fait contraste avec le noir de Deep me autant dire que le contenu vire rapidement à une dominante noire comme l’album précédent.

Deep it, Marc-Antoine Mathieu
Delcourt, janvier 2024
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3.5

Cannes 2024 : L’Amour ouf, autopsie des cœurs

Fort d’un casting francophone XXL, L’Amour ouf est une ode aux premiers amours et à l’amitié. Quand tout va de travers dans la vie, mieux vaut prévenir que guérir. La prescription de Gilles Lellouche est une petite bulle solaire que se partagent deux individus que tout semble opposer, et sur deux époques distinctes. Malheureusement, les ficelles qui animent cette romance empêchent toute envolée lyrique.

Synopsis : Les années 80, dans le nord de la France. Jackie et Clotaire grandissent entre les bancs du lycée et les docks du port. Elle étudie, il traine. Et puis leurs destins se croisent et c’est l’amour fou. La vie s’efforcera de les séparer mais rien n’y fait, ces deux-là sont comme les deux ventricules du même cœur…

Nous sentions son envie de réaliser depuis qu’il s’est mis le pied à l’étrier avec Narco et Les Infidèles. Puis son Grand Bain a conquis le public français avec un feel good movie social plutôt malin et adroit dans le rythme comique. Pour sa seconde réalisation en solitaire, le réalisateur adapte le roman de Neville Thompson. Il s’entoure alors des plumes d’Ahmed Hamidou (Le Médecin imaginaire) et d’Audry Diwan (L’Événement, L’Amour et les Forêts et prochainement Emmanuelle) pour arrondir les angles de la romance saignante. Par ailleurs, Lellouche demeure convaincu et passionné par les relations qui évoluent avec intensité. Beaucoup de ses rôles en témoignent. La sensibilité de l’acteur transparait ainsi avec ce film, d’où perce également de la tendresse. Dommage qu’elle reste en surface.

Total eclipse to the heart

« J + C », ce sont les initiales de Jackie et Clotaire. Elle est séduisante et indomptable avec les mots, lui est grossier et bad boy sur les bords. Si leur idylle semble condamnée d’entrée de jeu, Lellouche réussit à capter dans le vif ces deux cœurs solitaires qui finissent par battre l’un pour l’autre. Bien entendu, cela ne dépasse pas l’exposition du film, étirée à l’extrême.

On ne badine pas avec l’amour. À défaut d’avoir un coup de foudre, c’est un coup de tonnerre qui s’abat sur ce couple. Bien que les comédiens s’en sortent haut ma main, l’alchimie ne prend pas dans ce récit rempli d’effets de style et de transition sans pertinence. Et sans le renfort émotionnel nécessaire, Lellouche compense par un véritable défilé de jolis plans, un peu comme s’il découvrait depuis peu les diverses possibilités de cadrage. Cette démonstration finit par épuiser le spectateur, même à grand renfort des musiques de The Cure en habillage sonore.

Nous pouvions toutefois espérer que les tourtereaux nous prennent à revers grâce à la sensibilité de Mallory Wanecque et Malik Frikah, respectivement découverts dans Les Pires et Apaches. De l’amour fou à l’amour ouf, nous découvrons cette liaison interdite qui file à toute allure, si bien qu’on y trouve un côté West Side Story dans l’approche, tel un pastiche sans âme. Il y avait pourtant de la place pour jouer avec les cœurs brisés des personnages, à commencer par Clotaire, une bombe humaine prête à exploser, d’où ses pulsions colériques. Du côté de Jackie, il faudra attendre qu’Adèle Exarchopoulos prenne le relais pour que l’on daigne atteindre la complexité souhaitée. Même s’il faut comprendre qu’elle voit de la bonté en Clotaire, contrairement à leur entourage, l’ambiguïté est beaucoup plus encourageante dans la seconde partie.

L’amour insolent

François Civil rejoint également sa partenaire de jeu dans la « vie d’après », mais sa palette émotionnelle reste limitée par l’évolution de son personnage comme gangster notoire. Lellouche ne semble pas intéressé par ce pan de l’histoire, quand bien même il cite le cinéma de Martin Scorsese. Enfin, les apparitions de Benoît Poelvoorde et Jean-Pascal Zadi ne sont pas mémorables. Seul Vincent Lacoste tire son épingle du jeu chez les personnages secondaires, le temps d’une scène à l’épilogue.

L’intrigue assène des rebondissements sans surprise, la faute à un flashforward en ouverture qui donne de précieux indices sur la tragédie éventée de Lellouche. Passé le générique d’ouverture, le cinéaste ne trouve plus la même intensité, et peine également à utiliser son décor industriel des années 80.

Il semble confondre l’excès et la générosité, à tel point que le film manque d’être aussi indigeste que le Megalopolis de Coppola, vu en début de Festival, compte tenu d’une narration rythmée avec des séquences clipesques. Tel un poème où sont condensés plus de 400 adjectifs, L’Amour ouf manque de liants pour parfaire ce portrait de l’amour, celui qui exalte, blesse et tue. Et ce n’est pas une douce citation de La Fontaine qui rectifiera le tir.

L’Amour ouf est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2024.

Fiche Technique

Réalisé par : Gilles LELLOUCHE
Année de production : 2024
Pays : France
Durée : 166 minutes
Date de sortie : 16 octobre 2024

Cannes 2024 : Les Graines du figuier sauvage, fruits de l’espoir

Le cinéma iranien est en plein essor et revient périodiquement dans les festivals internationaux depuis quelques décennies. On y découvre à chaque fois la société d’un pays gouverné par la peur, qui manque à ses devoirs envers ses citoyens et ampute tout élan artistique chez les cinéastes qui revendiquent leur liberté d’expression. Les Graines du figuier sauvage revient justement sur ces dysfonctionnements en  suivant une famille unie, mais qui va peu à peu révéler des fêlures.

Synopsis : Le juge d’instruction Iman est aux prises avec la paranoïa au milieu des troubles politiques à Téhéran. Lorsque son arme disparaît, il soupçonne sa femme et ses filles, imposant des mesures draconiennes.

Avant même de parler du nouveau film de Mohammad Rasoulof, l’incertitude autour de sa présence sur le tapis rouge a jeté un coup de froid avant le début du Festival. Obligé de cavaler en exil suite à une nouvelle condamnation (de cinq ans de prison) en Iran, le cinéaste est tout de même parvenu à rejoindre la Croisette pour défendre son film de la censure. Ses œuvres ont de quoi embarrasser les leaders politiques et spirituels iraniens, mais sa lutte reste légitime à bien des égards. Il décrivait déjà les entraves à la liberté et brossait le portrait d’une nation qui continue de cultiver la peine de mort dans Le diable n’existe pas. Bien qu’il ne soit pas le premier à faire l’objet d’une telle chasse à l’homme, on pense fortement à Jafar Panahi (Taxi Teheran, Aucun ours), Asghar Farhadi (Une Séparation, Le Client) et Saeed Roustayi (La Loi de Téhéran, Leila et ses frères) notamment, le cinéaste a su rester humble à tout instant.

Les fleurs du mal

Tout semble filer droit pour une famille assez loin de la misère. Seule la taille de leur logement oblige les deux filles adultes d’Iman (Misagh Zare) et de Najmeh (Soheila Golestani) à cohabiter dans la même chambre. C’est un peu le constat que l’on peut faire d’un pays comme à l’étroit, où la moindre étincelle finit par embraser chaque membre de la famille. Dans les rues, les citoyens hurlent leur mécontentement en espérant ne pas être pris pour cible par les forces de l’ordre. Rasoulof n’opte pas pour une reconstitution immersive des manifestations et préfère insérer d’authentiques images postées sur les réseaux sociaux pour attester d’une violente et sanglante répression. Nous ne verrons qu’une étudiante atteinte par un tir de flashball, sonnant ainsi le début des hostilités au sein d’une famille qui se déchire de l’intérieur.

Lorsque l’arme offerte pour la « défense » du père disparaît au milieu de la nuit, les soupçons se tournent vers les deux filles, qui regardent leur monde évoluer, en y découvrant les horreurs et les contradictions d’un système despotique et patriarcal. C’est ce que représente Iman, un fier agent du chaos qui ne voit pas le mal dans les lois qu’il défend. En passe de devenir un nouveau juge d’instruction, dont la principale tâche est de mater la révolution en actant « légalement » la mise à mort des manifestants, Iman bascule dans un endoctrinement silencieux. Sa vision de la stabilité et de la sécurité prend un sens que ses enfants discutent et que son épouse remet en question, malgré tout le soutien affectif qu’elle lui donne en public.

« Femme, Vie, Liberté »

Sana (Setareh Maleki) ne mâche pas ses mots pour tenter de raisonner son père, obsédé par un idéal qu’il ne comprend pas lui-même. Quant à Rezvan (Mahsa Rostami), la sœur cadette, elle préfère trainer sur son téléphone portable dans une tenue peu traditionnelle. Elles sont le futur du pays, les fameuses graines du titre du film. Le figuier, qui reflète l’Iran en perdition, pourrit de l’intérieur. Il s’agit d’en faire repousser des nouveaux avec des concepts progressistes et ouverts à la diplomatie. Ce que le film nous montre, ce sont les combats des femmes pour se faire entendre et gagner en légitimité. Leur conscience s’éveille et cela effraie le pouvoir en place, mais chaque petite victoire comme celle-ci est un progrès pour la culture iranienne, qui avance avec son époque.

Dans Les Graines du figuier sauvage, le devoir d’Iman est soumis à un interrogatoire inversé, car c’est bien le cinéaste qui maîtrise le dialogue, c’est bien lui qui capture l’incompréhension du peuple pour que le père de famille doute de son entourage. Iman peut-il devenir Un homme intègre dans une institution pleine de corruption ? Peut-il seulement remplir son rôle de père avec une arme cachée dans sa table de chevet ? Plus que jamais engagé politiquement, Les Graines du figuier sauvage nous permet d’écouter les lamentations qui se répètent depuis des années et qui sont amenées à bouleverser un mode de vie conservateur, un mode de vie sans libre-arbitre. Le tout est de pouvoir désarmer les véritables ennemis du peuple pour que chacun puisse tirer à balles réelles, ce qui n’a pas toujours été le cas. Mohammad Rasoulof déplore cette nécessité, mais garde tout de même à l’esprit que l’espoir ne peut être vaincu par la peur. Les derniers plans nous le rappellent avec rage, ironie et mélancolie. Notre palme de cœur !

Les Graines du figuier sauvage est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2024.

Fiche technique

Titre international : The Seed of the Sacred fig
Réalisé par : Mohammad RASOULOF
Année de production : 2024
Pays : Allemagne, France, Iran
Durée : 168 minutes

Cannes 2024 : Motel Destino, l’amour pas ouf

Certains vivent d’amour et d’eau fraîche, d’autres vivent plutôt d’alcool et de sexe, un parcours de vie qui mène nécessairement vers une impasse. Dans le cas des personnages déchus du film de Karim Aïnouz, le point de chute correspond au Motel Destino, un love hotel où l’on feint de vivre le grand amour.

Synopsis : Ceará, côte nord-est du Brésil. 30 degrés toute l’année. Chaque nuit, au Motel Destino, se jouent à l’ombre des regards de dangereux jeux de désir, de pouvoir et de violence. Un soir, l’arrivée du jeune Heraldo vient troubler les règles du motel.

Après avoir mis en scène un monstre dans les enceintes d’une cour royale britannique dans Le Jeu de la Reine, le cinéaste brésilien revient sur sa terre natale pour nous parler d’individus dans l’impossibilité de fuir, que ce soient leurs désirs ou leur destin. Pour Heraldo (Iago Xavier), qui ne semble pas épargné par les circonstances, se voit arraché de tout soutien émotionnel et familial. Son choix de vie, orienté par le sexe et l’alcool, ne l’aide donc à se réconcilier avec un monde plein de noirceur. Aïnouz se met donc en tête de questionner son héros et prend du recul sur les dilemmes moraux qu’il va confronter à travers les corps, rarement filmés avec la tension sexuelle ou sensuelle escomptée.

Les néons de minuit

Les femmes sont les dames de cœur du récit, mais elles le sont également dans toutes les réalités où son corps fait l’objet de convoitises. Cogérante du motel, Dayana (Nataly Rocha) est retenue par son ogre de mari Elias (Fábio Assunção). Ce dernier est aussi bien passionné par son corps angélique que ceux de ses clients, dont les gémissements font partie du cadre. Après une présentation rapide des lieux, le film bascule peu à peu dans un huis clos singulier, où l’on se balade d’une chambre à l’autre, car Heraldo s’y est installé pour s’y réfugier. Seulement, il était loin de s’imaginer à quel donjon orné de néons il a affaire.

Homme d’entretien le jour et amant inconditionnel dans le contre-jour d’un Elias quotidiennement alcoolisé, le jeune homme se définit comme un Ulysse des temps modernes. Son passage chez Circé lui valut un contretemps considérable avant de songer à reprendre sa vie en main et oser contester la plus haute autorité locale. Si sa trajectoire reste séduisante à bien des égards, il faut reconnaître un gigantesque ventre mou au milieu d’une intrigue qui a tendance à se mordre la queue, entre les séquences hallucinatoires et tout un tas de symboles qui rappellent les dangers de la luxure. Il a fallu attendre quelques envolées lyriques et oniriques sur le dénouement pour briser la routine. Ce changement de ton intervient malheureusement trop tard pour que ces éléments cités précédemment puissent germer en nous, pendant et après le visionnage.

Si Karim Aïnouz espère rencontrer le même succès que les deux chapitres de La Vie d’Adèle, il devra encore patienter pour que son Motel Destino soit à la hauteur de ses ambitions, toutes sulfureuses qu’elles soient. Son thriller érotique a beau révéler les instincts basiques des personnages, le cinéaste échoue à rendre captivant son étude des rapports de force à travers leur sexualité. Ni les pulsions meurtrières, ni la chaleur capturée ne peuvent justifier le manque de viscéralité dans ce triangle amoureux qui traîne en longueur.

Motel Destino est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2024.

Fiche Technique

Réalisé par : Karim AÏNOUZ
Année de production : 2024
Pays : Brésil, France, Allemagne
Durée : 115 minutes

Averroès et Rosa Parks : la psychiatrie confrontée à elle-même, via le face-à-face patient / soignant

Pour la troisième fois dans sa riche et diverse filmographie documentaire, Nicolas Philibert se penche, avec Averroès et Rosa Parks, sur le monde de la psychiatrie. En résulte un documentaire captivant, qui s’ouvre sur un clin d’œil visuel à Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975).

Panneau central du triptyque qu’il consacre à la psychiatrie et qui renoue avec l’univers de fascination déjà approché en 1997 dans le génial La Moindre des chosesAverroès et Rosa Parks (2024) permet à Nicolas Philibert d’entrer dans le dur de la psychiatrie, après son enchanteur Sur l’Adamant (2023), à qui d’aucuns avaient pu reprocher précisément ce caractère enchanteur.

Ici, au sein de l’Hôpital Esquirol et des deux unités dont les noms donnent son titre au film, le dispositif et une équipe légère offrent à la parole la possibilité de s’épanouir, par le biais d’une série d’entretiens soignants / soignés, le plus souvent à deux, mais aussi à trois ou plus encore, lorsque l’échange prend la forme d’une réunion. Présences discrètes mais obstinées, les deux caméras, généralement en champ / contre-champ, autorisent la folie à dessiner ses méandres, ses circonvolutions, mais aussi sa rigueur, voire sa lucidité ou sa pertinence, même si celles-ci nous surprennent davantage. La durée des entretiens, leur déploiement, donnent des coups de sonde parfois assez vertigineux dans la grande déraison des résidents mais ces derniers peuvent aussi impressionner par la sagacité ou la pertinence de leurs propos, Philibert dressant alors le portrait de « fous » qui ne sont peut-être pas si « fous », ou bien pas sur toute la ligne. De fait, et délibérément, le réalisateur n’a pas porté son objectif sur les patients les plus atteints et incapables, par là-même, de consentir lucidement à participer au documentaire.

Car, au bout du compte, et constante du cinéma de Philibert, transpire de chaque plan, avec Pauline Pénichout et Katell Djian à l’image, le profond respect du cinéaste envers ces patients, on pourrait presque écrire « ses » patients, n’était qu’il n’entre pas, et pour cause, vis-à-vis d’eux, dans un rôle thérapeutique. Mais on perçoit, chez lui, aussi à travers ses choix de montage, un mouvement d’adoption, un intérêt, un questionnement, parfois même une passion qui n’ont rien à envier à ceux qui émanent des soignants. Se perçoit ainsi son désir de ne pas sanctuariser l’hôpital psychiatrique, et de laisser la vie, par le biais de ses caméras, y pénétrer librement, pour s’y faire les témoins de sa libre circulation ; ne pas non plus sacraliser la folie, en faisant d’elle une entité inapprochable, au sein d’une société qui n’a déjà que trop tendance à mettre de côté, le plus à l’écart possible, ce qui n’est pas conforme, plus viable : trop fou, trop vieux… Raison pour laquelle l’humour, en tant qu’il fait partie de la vie, n’en est pas banni, de nombreuses scènes portant à sourire, mais jamais contre les patients, toujours avec eux, voire grâce à eux, dans un mouvement d’admiration de leurs trouvailles ou de leurs audaces. L’humour ou tout aussi bien la poésie, poésie des lieux, d’un instant, d’une remarque… Autre constante du cinéma de Philibert : les ponctuations offertes par la présence du végétal. Toutes composantes qui tendent à prouver et illustrer la continuité de la vie qui, fort heureusement, ne s’arrête pas aux portes, même bien closes, de l’hôpital psychiatrique.

La vie, y compris dans sa part de protestation, de contestation, puisque la  psychiatrie se trouve là questionnée comme jamais auparavant dans l’œuvre du cinéaste : critique avancée par les patients et visant les médicaments, l’organisation des soins et la durée des hospitalisations, ou les réponses apportées à l’immense détresse dans laquelle se trouvent nombre de malades. Ainsi cette réplique, mémorable, assurément destinée à devenir culte, avec le ton de sa profération, adressée au psychiatre par une patiente infiniment attachante, en mal de « câlin », et qui ne trouvera que les flammes pour lui apporter l’enlacement dont elle aurait besoin…

Face aux patients présentés par Philibert, à cette détresse qui se hurle, parfois, on ne peut se défendre de songer aux phrases d’E.M. Remarque, observant ses jeunes élèves, lors de l’expérience très fugitive d’instituteur qui sera la sienne et dont il rend compte dans son magnifique récit, Après (1931) : « […] certains d’entre eux sont éclairés d’une flamme plus vive. Voilà ceux auxquels les choses ne paraîtront pas si naturelles, dans la vie, et pour lesquels tout n’ira pas tout seul ».

Averroès et Rosa Parks : Bande-annonce

De Nicolas Philibert | Par Nicolas Philibert
20 mars 2024 en salle | 2h 23min | Documentaire
Distributeur Les Films du Losange

Cannes 2024 : Rumours, promenons-nous au G7

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Présenté Hors Compétition au Festival de Cannes, Rumours a déclenché, avec un style tout autre que Le Deuxième Acte, de belles salves de rires sur la Croisette. Guy Maddin, Evan Johnson et Galen Johnson ont concocté un film complètement rocambolesque mêlant parodie des genres et satire politique acerbe. Un concept pour le moins aventureux, qui, malgré une introduction hilarante, se perd en chemin dans sa propre folie.

Synopsis : Lors de leur sommet annuel du G7, les sept dirigeants des démocraties libérales les plus riches du monde se perdent dans les bois la nuit alors qu’ils tentent de rédiger leur déclaration provisoire.

Guy Maddin, réalisateur de la contre-culture et adepte des films expérimentaux, avait déjà présenté son court-métrage, The Heart of the World, à la Quinzaine des cinéastes. Vingt-quatre ans plus tard, avec Rumours, il est sélectionné pour la première fois au Festival de Cannes, Hors Compétition. Pour construire ce film décoiffant et très original, Guy Maddin a fait appel à Evan et Galen Jonhson, avec lesquels il avait déjà réalisé The Green Fog, un hommage déroutant au Vertigo d’Alfred Hitchcock. Dans Rumours, les trois réalisateurs nous offrent une nouvelle expérience cinématographique, singulière et esthétique, cette fois-ci au cœur d’une réunion du G7.

Les bons à rien de la table ronde

L’Allemagne organise un G7 au sein d’un château isolé, cadre idyllique pour rédiger une déclaration provisoire commune aux plus grandes puissances mondiales. Un sujet intriguant, en apparence sérieux, qui tombe en dérision lorsque l’équipe de Rumours remercie avec force ironie les dirigeants actuels pour leur très modeste contribution.

Ce ton comique bien posé, le film nous présente, de façon très théâtrale, les sept personnages de ce sommet international. Tous caricaturés à l’extrême, ils rivalisent d’égocentrisme, de propos ridicules et de piques bien senties. La chancelière allemande, incarnée par une étonnante Cate Blanchett, essaie tant bien que mal de maintenir l’ordre mais soumet des idées sulfureuses. Le Président français, campé par un excellent Denis Ménochet, étale sa science devant tout le monde. Le président américain, interprété par Charles Dance, se croit tout puissant alors qu’il passe son temps à dormir. Le Président du conseil italien, habillé comme Mussolini, apparaît comme un idiot qui n’apporte rien à part de la charcuterie dans ses poches. Le Ministre japonais, plus discret, n’arrive pas à s’affirmer. Le dirigeant canadien, un bellâtre à la sensibilité exacerbée, ne parvient pas à se remettre d’une rupture. Il conserve malgré tout une figure masculine héroïque, une marque évidente de chauvinisme puisque Rumours est un film canadien. Dans cette galerie de joyeux lurons totalement imbéciles, seule la Première Ministre britannique tente de ramener les autres au travail. Enfin, un peu en dehors de la fête, la Présidente de la Commission européenne, jouée par Alicia Vikander, semble débarquer d’une autre dimension, avec sa langue suédoise que seule la Chancelière parvient plus ou moins à déchiffrer.

Ainsi rassemblés autour d’une table ronde, garnie de mets exquis et de bons vins, les dirigeants politiques cherchent l’inspiration pour leur déclaration provisoire, censée répondre à une crise mondiale dont nous ignorons les tenants et aboutissements. Divisés en groupes, les hommes et femmes d’État se révèlent incapables de proposer la moindre solution tangible et n’énoncent que des idées banales et incohérentes.

Rumours donne donc à voir, avec beaucoup d’humour, la difficulté d’échanger et l’incapacité des grandes nations à réagir face aux situations de crises planétaires. Bien que le contexte demeure un mystère, on pense facilement aux conflits diplomatiques et au réchauffement climatique. Le film dénonce également toute une caste politique qui ne maîtrise pas ses sujets, qui se désintéresse de sa propre mission et ne possède, en guise de compétence, que l’art de tourner de beaux discours pour apaiser les foules de manifestants mécontents. En dépit de ce volet satirique, Rumours ne lance pas de message politique appuyé. En effet, ce portrait de dirigeants désenchantés impuissants à changer le monde est clairement plus destiné à faire rire qu’à mener une véritable offensive contre nos gouvernements. Et ce, d’autant plus lorsque des phénomènes étranges font passer leur survie avant leur office.

Objet filmique non identifié

Confrontés au réveil de momies humaines de 2000 ans et à toute une série de phénomènes surnaturels, les membres du G7 doivent survivre seuls, perdus dans une forêt enchantée dont l’esthétique rappelle celle des contes pour enfants. Ils vivent alors un périple complètement absurde en imaginant qu’une invasion alien a détruit le monde, ou encore qu’une intelligence artificielle en a pris le contrôle.

Rumours parodie alors les films d’horreur, de survie, ainsi que l’imaginaire fantastique. L’apogée de cette balade abracadabrante consiste en l’apparition d’un immense cerveau, dont la symbolique questionne, au beau milieu de la forêt. Est-ce l’intelligence perdue de nos dirigeants ? Ou le savoir d’une nouvelle intelligence artificielle, extra-terrestre, qui serait capable de la remplacer ? Libre à chacun d’interpréter.

Ce concept ubuesque fonctionne très bien dans la première partie du film, sous la forme d’un sketch particulièrement désopilant. Malheureusement, Rumours s’égare progressivement dans des redites cycliques et des sur-développements inutiles qui stoppent trop vite la progression de l’histoire. Le pitch du film, génialissime, aurait sans doute mieux été exploité au sein d’un récit plus condensé. Malgré tout, on ne boude vraiment pas son plaisir devant cette comédie délirante qui a le mérite de nous sortir un peu la tête des eaux troubles de la Compétition cannoise.

Rumours est présenté en Hors Compétition au Festival de Cannes 2024.

Fiche technique

Réalisé par : Guy MADDIN, Evan JOHNSON, Galen JOHNSON
Année de production : 2024
Pays : Canada, Allemagne
Durée : 118 minutes

Abigail : La ballerine aux dents (un peu) trop longues

Le duo de réalisateurs à l’origine du retour de la mythique saga Scream, avec les épisodes cinq et six, a passé la main sur le prochain pour nous livrer cette petite série B à la proposition plutôt originale dans le domaine rebattu du film de vampires. Ludiques et mystérieuses, les prémisses de Abigail nous amusent et nous intriguent. En mixant plusieurs influences du fantastique ainsi que différents genres, leur film parvient à nous captiver la plupart du temps. Mais plus il avance et plus la menace est claire, plus le long-métrage rentre dans le rang du banal et de l’attendu quitte à même traîner en longueur dans un final à rallonge inutile et fatiguant. On passe tout de même un moment sympathique si on aime les effusions gores à la fois excessives et grand-guignolesques mais rigolotes et qu’on n’attend pas forcément le grand frisson, tout cela restant parfaitement distrayant dans le genre.

Synopsis: À la suite du kidnapping de la fille d’un puissant magnat de la pègre, un groupe de criminels amateurs pensaient simplement devoir enfermer et surveiller cette jeune ballerine afin de pouvoir réclamer une rançon de 50 millions de dollars. Retirés dans un manoir isolé, les ravisseurs commencent mystérieusement à disparaître, les uns après les autres, au fil de la nuit. C’est alors qu’ils découvrent avec horreur que la fillette avec lesquels ils sont enfermés n’a rien d’ordinaire.

On les a découverts avec le sympathique et marrant Wedding Nightmare il y a dix ans. Cependant, un peu avant ils avaient lâché en tant que premier film l’inepte The Baby. Néanmoins, on leur doit surtout d’avoir exhumé la saga Scream après la trilogie initiale et un quatrième épisode un peu perdu sur la ligne du temps, mais très sous-estimé car excellent. On a donc eu droit au très moyen Scream, en guise d’apéro puis au bien plus réussi Scream 6. En gros avec Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett on peut aussi bien être déçu que surpris. Ils ont d’ailleurs choisi de passer la main pour diverses raisons sur le prochain Scream et ont préféré se charger de cette série B fantastico-horrifique pour un résultat qui se regarde bien, mais qui ne marquera pas pour autant les mémoires ni même le cinéma de genre.

On avait pourtant envie d’y croire. En tout cas à quelque chose de plus marquant et plus fou. Quand une équipe de cambrioleurs kidnappent une jeune danseuse de ballet et doit la garder durant 24 heures dans un manoir, on sent que quelque chose ne tourne pas rond. Et quand la troupe, dissociable au possible, se rend compte que l’otage est en réalité un vampire qui s’amuse avec son futur repas, c’est en mode chasse en huis clos que Abigail se transforme. Les débuts, les scènes d’exposition, qui présentent l’équipe ainsi que l’arrivée au manoir jusqu’à la première scène gore sont admirables. Concises, claires et mettant l’eau à la bouche pour la suite. Et il faut le souligner, car dans ce type de productions on a souvent que faire des scènes introductives. Au mieux on se retrouve face à des passages obligés assez vite expédiés et au pire avec des séquences inintéressantes et ennuyantes au possible. Car, au final, on a juste envie de vite passer aux choses sérieuses. En outre ici, les acteurs sont relativement bons et forment un ensemble hétéroclite assez satisfaisant.

Les prémisses et le contexte sont donc plutôt étonnants et ils mettent bien en exergue la dynamique de groupe et les traits de caractère de chacun avant d’exposer nos kidnappeurs à la menace. Un premier tiers étonnamment bien troussé donc. Quand notre vampire cesse de jouer les petites victimes, le carnage commence et tout cela redevient plus classique et sans surprises. Et ce n’est pas deux ou trois petits retournements de situation, tous plutôt prévisibles ou sans véritable valeur ajoutée, qui vont venir perturber le cahier des charges de cet Abigail qui ne nous surprendra plus jamais vraiment. Et c’est pour cela que notre enthousiasme initial va vite se retrouver diminué et que le film ne va pas au bout de multiples possibilités. Ou, en tout cas, pas vers les meilleures.

Déjà, contrairement à certaines séries B où on tente de nous surprendre sur l’ordre des morts, ici c’est assez facile à deviner malheureusement. Comme « Abigail » tire un peu via son postulat vers le slasher, on aurait aimé ne pas connaître d’avance l’ordre de morts des victimes. Sur le pan du huis clos dans un manoir gothique, les décors manquant un peu de diversité et on tourne vite en rond. Concernant le film de braquage, il est vite expédié et on se rend compte que ce n’est que pour poser les bases. Enfin, sur le versant le plus important du film de vampires, rien de bien nouveau : on a l’attirail habituel et les codes du genre respectés, mais jamais transcendés. Et ce qui est peut-être dommage, c’est que cette petite série B choisisse plus le rire et le second degré dans le gore et le fantastique, que de véritables frissons ou de doses d’épouvante. Mais au vu du pedigree de ses auteurs, ce n’est pas étonnant, ils demeurent fidèles à leur filmographie.

Quand on prend le dernier acte par exemple, on commence déjà à se lasser. Le film est tout de même long (une heure et cinquante minutes) pour une production du genre et les cinéastes se montrent peut-être trop généreux dans les affrontements qui deviennent vite redondants et sans grande imagination. À quelques détails près, Abigail ne nous surprendra jamais dans ces séquences dites spectaculaires ou dans ses effets horrifiques. Il n’y a qu’à voir le combat final à rallonge proprement fatigant pour s’en convaincre. La petite qui joue le vampire est plutôt bonne dans son rôle face à une Melissa Barrera qui refait équipe avec ses réalisateurs de Scream et nous offre une partition correcte avec le peu qu’elle a à jouer. En somme, une petite série B fantastique entre humour et gore qui s’avère tout à fait regardable, mais dont l’intérêt se délite plus les minutes passent.

Bande-annonce – Abigail 

Fiche technique – Abigail 

Réalisateurs : Matt Bettinelli-Olpin & Tyler Gillett
Scénaristes : Stephen Sheilds & Guy Busick
Production : Universal Pictures
Distribution France : Universal France
Interprétation : Melissa Barrera, Dan Stevens, Kathryn Newton, Alisha Weir, Kevin Durand…
Durée : 1h49
Genres : Thriller – Fantastique – Horreur
Date de sortie : 29 mai 2024
Pays : États-Unis

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3

Cannes 2024 : Flow, le règne animal

Rares sont les films d’animation à fouler la Croisette. Cette année, nombre d’entre eux se partagent la lumière sur plusieurs sélections. Flow éblouit la sélection d’Un Certain Regard avec une épopée qui convoque un groupe d’animaux sur une arche de Noé. Une fresque sensorielle et minimaliste qui encense les valeurs de l’amitié, au détour d’un voyage éblouissant et hypnotisant.

Synopsis : Un chat se réveille dans un univers envahi par l’eau où toute vie humaine semble avoir disparu. Il trouve refuge sur un bateau avec un groupe d’autres animaux.

Dans la continuité de son long-métrage précédent, Away, où un personnage évoluait en solitaire sur une île, Gints Zilbalodis s’est peu à peu entouré de compagnons de route précieux afin de mettre en chantier cette œuvre qui en développe la symbolique. Douze membres de l’équipe sont venus nous présenter Flow : les aventures d’un petit chat noir, qui a pour seul refuge une maison déserte et sa solitude. Il a fallu une soudaine montée des eaux, dont les raisons sont tues, pour que ce jeune félin peu sociable fasse appel à son instinct de survie. Sans la moindre trace d’humain dans la forêt où démarre l’aventure, à l’exception de bijoux et autres babioles artisanales, les animaux sont livrés à eux-mêmes face à une menace qui rappelle les derniers instants de la cité mythique de l’Atlantide ou le grand Déluge.

L’arche des noyés

En faisant le choix de ne pas faire parler ses animaux comme dans la plupart des productions du studio aux grandes oreilles, Gints Zilbalodis choisit de faire confiance aux spectateurs afin d’interpréter les émotions des animaux à travers leur regard et leur gestuelle. Wes Anderson avait déjà remporté ce pari avec L’Île aux chiens, bien que l’on joue davantage sur une animation en trois dimensions par ici. Fuir la mort, courir après la vie, voilà ce qui va immédiatement presser les personnages à se précipiter vers le bateau le plus proche. Nous avons ainsi le chat qui nous sert de fil rouge et de boussole dans ce monde en péril. Il ne tarde pas à faire la rencontre d’un ingénieux capybara, d’un lémurien un peu trop matérialiste, d’un labrador très joueur et d’un oiseau atrophié d’une grande fierté. Ensemble, et malgré leurs différences, ils devront cohabiter pour surmonter tout un tas d’épreuves qui déterminera leur cohésion.

Cela reste toutefois la seule ligne directrice pour ces animaux, que l’on pousse souvent à bout en les confrontant à de nombreux décors. Les animateurs libèrent ainsi toute leur créativité avec de gigantesques structures et notamment lorsque les personnages se jettent à l’eau. On y découvre tout un tas de poissons colorés, dont une majestueuse baleine. Si l’océan incarne une catastrophe naturelle inarrêtable, il ne faut pas oublier qu’il abrite également la vie. Le chat en découvre ses merveilles et parvient à toucher notre sensibilité au fur et à mesure qu’il trébuche. Ses miaulements se transforment en rugissements. Il s’affirme et gagne en apprentissage aux côtés de ceux qu’il voyait comme des principaux concurrents. Tout cela est raconté à travers l’image et le mouvement, d’un naturel bluffant et d’une magie bouleversante.

N’oublions pas ses pointes d’humour, suffisamment bien senties pour que cette œuvre ne reste pas exclusivement dédiée aux enfants. Les détenteurs et amateurs de chats seront séduits de retrouver des réflexes bien connus de ces félins. Imaginez tout ce qu’un chat est capable de faire à nos côtés, il se fera encore car il reste un chasseur par nature. Le cinéaste letton en joue pour aérer le récit des différentes scènes de tension qui manquent d’abattre le quatuor de fortune qui cherche un refuge idéal pour enfin reprendre le court de leur vie. Et ce sont justement dans les interactions avec leur environnement que Flow trouve ses lettres de noblesse et qu’il mène à bon port ses personnages. À quelques semaines de sa présentation au Festival d’Annecy, cette 77e édition du Festival de Cannes trouve encore des ressources pour nous surprendre, et dans le bon sens du terme.

Flow est présenté pour le prix Un Certain Regard au Festival de Cannes 2024.

Fiche Technique

Réalisé par : Gints ZILBALODIS
Année de production : 2024
Pays : Lettonie, France, Belgique
Durée : 85 minutes

Cannes 2024 : Marcello Mio de Christophe Honoré, dans le vague

Marcello Mio : Une fable plutôt pâlotte sur l’absence du père, doublée d’un questionnement sur l’identité des acteurs, et notamment des « népo-acteurs » lestés d’héritage.

Synopsis de Marcello mio :  C’est l’histoire d’une femme qui s’appelle Chiara.

Elle est actrice, elle est la fille de Marcello Mastroianni et Catherine Deneuve et le temps d’un été, chahutée dans sa propre vie, elle se raconte qu’elle devrait plutôt vivre la vie de son père. 

Elle s’habille désormais comme lui, parle comme lui, respire comme lui et elle le fait avec une telle force qu’autour d’elle, les autres finissent par y croire et se mettent à l’appeler « Marcello ».

Dans la peau de Marcello

Hasard de calendrier. Quelques jours après Le Deuxième acte de Quentin Dupieux, qui parlait déjà des acteurs et du métier d’acteur, du devenir du cinéma, voici Marcello Mio, le film de Christophe Honoré présenté à la sélection officielle du festival de Cannes en cours, avec également un focus sur lesdits acteurs.

Dans la suite du beau et émouvant Lycéen de 2022, qui a été la véritable révélation du jeune et talentueux Paul Kircher au public, il s’agit à nouveau ici d’une histoire sur l’absence d’un père : dans Le Lycéen, le sien, dans ce nouveau film, celui de son amie de longue date et quasi-muse Chiara Mastroianni. Mais comme évoqué plus haut, le métrage raconte également en filigrane le métier d’acteur, puisqu’on y retrouve une pléthore d’acteurs qui jouent leur propre rôle, et Nicole Garcia qui joue une réalisatrice. Cette sorte de mise en abyme des acteurs qui jouent des personnages de fiction mais portant leurs propres noms a, sur le papier, quelque chose de vertigineux.

Un matin, en plein Paris, après avoir interprété pour une campagne quelconque une Anita Ekberg des faubourgs en empruntant son rôle dans  la Dolce Vita, Chiara Mastroianni se réveille et voit, à la place du sien, le reflet de son père dans la glace de la salle de bains. Elle reçoit un choc et s’évanouit. Est-ce l’évocation de la Dolce Vita ? Est-elle dans un rêve ? toujours est-il que Chiara  est prise d’une envie furieuse de se mettre dans la peau de Marcello Mastroianni, son père. L’écueil majeur du film est qu’à aucun moment, on ne comprend cette envie soudaine de Chiara Mastroianni de se mettre littéralement dans les habits de son père. Costume, whisky, porte-cigares, chapeau 8 1/2. Elle a beau dire à son entourage que ce n’est pas un déguisement, sa démarche n’a l’air que de cela. De la raison qui doit être profonde de cette envie d’être Marcello, d’invoquer Marcello, Christophe Honoré ne fait aucune mention, ne fait aucune allusion. Chiara ne veut pas être que fille de, et pourtant la voilà qui se glisse dans les pantoufles de son père…Tout ressemble à une blague, une anecdote à l’image de l’émission désastreuse de la RAI qui prétendant rendre hommage à Marcello Mastroianni, ne fait en réalité que de la retape pour de l’audience en se servant de Chiara.

Fan de Honoré, on trouve toujours un sous-texte intelligent  ou une émotion plus directe à la majorité de ses films. Ce n’est malheureusement pas le cas ici. Le cabotinage des acteurs (Lucchini et peut-être Catherine Deneuve dans une moindre mesure), de l’incompréhension marquée de l’ex devenu ami Benjamin Biolay, les colères inexpliquées de l’autre ex devenu également ami Melvil Poupaud face au « travestissement », tant de paramètres brouillent la lecture de ce film qui partait pourtant d’une bonne idée, qui est de montrer comment faire face à l’absence, à l’absence d’un père.

L’idée sous-jacente également du poids de l’héritage sur l’acteur, le « népo-acteur » plus spécifiquement, n’est finalement balayée que d’une phrase prononcée par Nicole Garcia la dirigeant comme actrice, et qui lui demande un jeu avec « plus de Mastroianni et moins de Deneuve ». Une actrice dont les deux parents ont fait, dans une intervalle de presque 10 ans, l’affiche du Festival de Cannes, mériterait sans doute un développement plus important du sujet de l’identité et du fameux héritage.

Marcello Mio est un film mi-fable mi-comédie que l’on aurait aimé voir plus riche en émotion et en contenu, à l’image de l’acte manqué de Catherine Deneuve à la fin du film, qui apporte enfin un certain souffle à l’ensemble. Petite déception donc pour ce film aux intentions trop diffuses, qui n’enlèvera en rien notre admiration pour son réalisateur.

Marcello Mio – Bande annonce

Marcello Mio – Fiche technique

Réalisateur : Christophe Honoré
Scenario : Christophe Honoré
Interprétation : Chiara Mastroianni (Chiara Mastroianni / Marcello), Catherine Deneuve (Catherine Deneuve), Fabrice Luchini (Fabrice Luchini), Nicole Garcia  (Nicole Garcia), Benjamin Biolay (Benjamin Biolay), Melvil Poupaud (Melvil Poupaud), Hugh Skinner (Colin), Stefania Sandrelli (Stefania Sandrelli)
Photographie : Rémy Chevrin
Montage : Chantal Hymans
Musique : Alex Beaupin
Producteurs : Philippe Martin Coproducteurs : David Thion , Angelo Barbagallo, Andrea Occhipinti, Stefano Massenzi
Maisons de production : BiBi Film, France 2 Cinéma, LDRP II, Les Films Pelléas, Lucky Red, Super 8 Production, TSF
Distribution (France) : Ad Vitam Distribution
Durée : 120 min.
Genre : Comédie
Date de sortie : 21 Mai 2024
France – 2024

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