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Mad Fate : infernal destination

Si la majorité du public occidental a découvert Soi Cheang avec le tétanisant Limbo, ce virage radical nous donne à découvrir une nouvelle collaboration sous l’égide du studio mythique Milkyway depuis Accident (2009). Connaissant le pedigree d’un producteur-réalisateur comme Johnnie To, dont les effets de styles et les changements de ton récurrents sont gages de qualité, Mad Fate ne lésine donc pas avec son humour décalé et son scénario alambiqué. Les personnages peuvent-ils seulement lutter pour changer leur destin et réprimer leurs pulsions meurtrières ? À force de tirer tous les filons divinatoires, la réponse est amenée avec beaucoup de confusion malgré la merveilleuse idée de peindre la folie sous une pluie qui appelle le sang.

Synopsis : Par une nuit d’orage, un maître de feng shui tente de sauver une prostituée d’une mort certaine, mais le destin en a décidé autrement. Arrivé à son domicile, il découvre le corps de la jeune femme, victime d’un abject serial killer. Un livreur déboule à son tour sur la scène de crime, hypnotisé et fasciné par ce qu’il voit. Le maître de feng shui prédit au garçon un avenir sombre et meurtrier. Mais cette fois, il jure de tout faire pour changer le cours des choses. Sauf que l’inspecteur chargé de l’enquête est convaincu que le livreur est un psychopathe-né dont la soif de sang ne peut être arrêtée…

Après l’impitoyable et l’implacable Limbo, Soi Cheang nous revient dans un registre pour le moins inattendu. Hong-Kong est peuplé de laissés-pour-compte et de vilains en tout genre. Comment Le Maître peut-il espérer sauver une vie, alors que les cadavres pleuvent sous les yeux attristés ? Ce diseur de bonne aventure, campé par un Gordon Lam (Lam Ka-tung, de son vrai nom) toujours aussi impliqué, tente alors de tromper le destin de ses clients dont le sort ne leur réserve ni fortune ni bonne santé. Entre coïncidences et superstitions, on se laisse transporter dans une course contre la montre pour sauver l’âme de Siu-tung (Lok Man Yeung), en proie à ses pulsions meurtrières, qui ont débuté avec le massacre de chats dans son enfance. Son retour derrière les barreaux ne surprendrait ni l’inspecteur qui attend le flagrant délit, ni sa famille. Commence alors une bataille contre ces mauvaises ondes, afin de ne laisser substituer qu’une seule croyance, celle d’une ferme et durable rédemption.

La folie des tueurs

Au milieu d’une nuit pluvieuse et orageuse, on démarre par une fausse scène d’enterrement qui donne lieu à un décalage comique bluffant, tout en préservant le mystère sur la suite du programme. Les personnages que l’on suit font effet partie d’une chaîne dont le destin se délecte de les voir se débattre pour rien. Ce n’est pas faute d’essayer, car c’est ce que Le Maître tente de défier à chaque instant. Il est de ceux qui aiment croire que le destin reste imprévisible, car l’avenir est toujours en mouvement. Peut-être pour se moquer de lui, ce dernier est amené à croiser la route d’un livreur au regard vide et noir, qui s’excite à la vue d’une scène de crime. Le destin place alors tout un arsenal de lames aiguisées sur sa trajectoire et c’est au Maître de faire en sorte de préserver d’innocentes victimes d’une disparition, à la fois commune et tragique dans les bas-fonds d’une cité qui a perdu tout optimisme. On le constate à travers le mode de vie et les individus qui la peuplent.

Pourtant, Mad Fate s’inscrit avant tout comme une étude symbolique sur Hong-Kong et sa névrose. Peuplée de prostituées, de psychopathes, de fous et d’une police qui boîte, la cité ne s’écarte pas du portrait que le cinéaste en fait, comme à son habitude. Mais dans cette noirceur et cette puanteur indescriptible, est-il possible d’y trouver de la lumière ? De la vie ? Est-il possible de pardonner et de changer son destin ? Ces interrogations font partie d’un refrain mis en défaut par un changement de ton permanent, dont les bienfaits ne dépassent pas la demi-heure de visionnage. L’écriture est confuse et la narration s’emmêle. On ne sait jamais si on a affaire à un thriller policier ou à une comédie surnaturelle, là où son principal modèle, Mad Detective, avait réussi à conjuguer les deux registres. Ajoutons à cela une débauche de CGI affligeante, en passant par le ciel nuageux en mouvement ou bien par un chat noir (en partie en animatronique), symboles évidents pour les plus superstitieux. Pourtant, entre les temples, les cérémonies et les cimetières, le cinéaste porte un soin particulier à brosser une ville-monde en proie à la démence.

Est-on finalement destiné à vivre ou à mourir selon notre karma ? Est-il possible de changer son destin ? En attendant la castagne de City of Darkness, ce dernier Soi Cheang, à l’intrigue difficilement lisible, peut toutefois trouver une pertinence si on la considère comme une version taoïste du Minority Report de Steven Spielberg. Le cinéaste hongkongais compense toutefois les défauts d’écriture de ses personnages en insistant sur les symboles qui alimentent les superstitions du médium, jusqu’à effacer cette frontière entre le réel et le surnaturel. Le rythme survitaminé du film et ses effets de style à outrance font que l’on s’égare dès que l’on entre dans la psyché des protagonistes. Contrairement à Only the River Flows, qui a choisi d’insister sur cet exercice, Mad Fate se heurte à ses bonnes intentions qui ne font pas bon ménage avec l’aura du thriller qu’il aurait souhaité être.

Bande-annonce : Mad Fate

Fiche technique : Mad Fate

Réalisation : Soi Cheang
Scénario : Yau Nai-Hoi, Melvin Li
Histoire de : Yau Nai-Hoi, Au Kin-Yee
Directeur des combats : Wong Wai-Leung
Directeur de la photographie : Cheng Siu-Keung
Décors : Bruce Yu
Directrice artistique : Cat Leung
Costumes : Karen Yip
Montage : Allen Leung
Musique : Chung Chi-wing, Ben Cheung
Producteurs : Johnnie To, Yau Nai-Hoi, Elaine Chu
Production : MakerVille Company, Noble Castle Asia, Milkyway Image
Pays de production : Chine, Hong-Kong
Distribution France : Carlotta Films
Durée : 1h48
Genre : Thriller
Date de sortie : 17 juillet 2024

Mad Fate : infernal destination
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X Façons De Faciliter Les Transactions Internationals

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Dans le monde d’aujourd’hui, qui ne cesse de progresser tout en étant interconnecté, les entreprises et les particuliers sont fréquemment amenés à effectuer des transactions au-delà des frontières internationales.

Qu’il s’agisse de payer des fournisseurs dans différents pays, d’envoyer de l’argent à des proches à l’étranger ou de gérer des finances pour des investissements internationaux, la complexité des transactions transfrontalières peut s’avérer difficile à gérer.

Heureusement, il existe de nombreuses façons de simplifier le processus et de le rendre plus efficace en termes de transactions internationales, dont certaines sont mentionnées ci-dessous.

  1. Profiter Des Plateformes De Banque En Ligne

La majorité des banques proposent aujourd’hui des plateformes de banque en ligne qui permettent aux clients de gérer leurs comptes et d’effectuer des transactions depuis n’importe où dans le monde. Il vous suffit de vous connecter au site web officiel ou à l’application mobile de votre banque pour pouvoir transférer facilement de l’argent où que vous soyez.

En outre, vous pouvez vérifier les taux de change et contrôler les relevés de transactions. De plus, certaines banques proposent des services spécialisés pour ceux qui ont l’intention d’effectuer des transactions internationales, notamment des comptes multidevises et des outils de change.

  1. Pensez À Opter Pour Les Virements IBAN

L’utilisation du numéro de compte bancaire international (IBAN) peut faciliter les transactions en Europe. Les IBAN facilitent les transactions transfrontalières au sein de l’espace unique de paiement en euros (SEPA).

Par exemple, si vous devez envoyer de l’argent en France, vous devez connaître l’ iban france du destinataire, afin d’être sûr que les fonds sont acheminés correctement et efficacement. Cela minimise le risque d’erreurs, de fraudes et de retards liés aux virements bancaires traditionnels.

  1. Explorez Les Plateformes De Paiement De Pair À Pair :

En raison de leur facilité d’utilisation et de leur commodité, les plateformes de paiement de pair à pair (P2P) sont de plus en plus populaires. Des services tels que PayPal, Venmo et Cash App permettent aux utilisateurs de transférer de l’argent à leurs amis, familles et entreprises de l’autre côté de la frontière en quelques clics.

Ces plateformes axées sur les solutions offrent souvent des taux de change compétitifs et des frais peu élevés, ce qui en fait les options les plus recherchées par les personnes souhaitant effectuer des transactions internationales de petite ou moyenne envergure plus rapidement et en toute sécurité.

  1. Envisager De Recourir À Des Services De Transfert International D’argent

Différents services de transfert d’argent international, tels que Wise, Remitfy et bien d’autres, offrent des solutions spécialisées pour envoyer et recevoir de l’argent au-delà des frontières. Ces services avantageux offrent généralement des taux de change compétitifs, des frais transparents et des délais de transaction accélérés.

En outre, certaines plateformes proposent des fonctionnalités telles que des portefeuilles multidevises et la possibilité de bloquer les taux de change, offrant ainsi une flexibilité et un contrôle accrus sur vos transactions à l’étranger. 

  1. Exploiter Les Crypto-Monnaies Pour Des Transactions Sans Frontières

Les crypto-monnaies telles que Bitcoin, Ethereum et bien d’autres offrent des alternatives décentralisées et transfrontalières aux monnaies fiduciaires traditionnelles.

En tirant parti des portefeuilles et des échanges de crypto-monnaies, les particuliers comme les entreprises peuvent transférer de l’argent à l’échelle internationale sans avoir besoin d’intermédiaires tels que les banques.

Bien que la volatilité des crypto-monnaies comporte des risques, elles peuvent également offrir plusieurs avantages, tels que des frais de transaction moins élevés et des délais de règlement plus courts, en particulier pour les transactions plus importantes ou qui prennent plus de temps.

  1. Les Services De Change Grab

Les services de change facilitent l’échange de devises et les transferts d’argent transfrontaliers, en répondant aux besoins spécifiques et aux préférences des entreprises et des particuliers. Différentes sociétés proposent des « taux de change compétitifs » et des services personnalisés en fonction de vos besoins transactionnels.

Que vous effectuiez des transactions avec des fournisseurs étrangers ou que vous convertissiez vos devises à des fins de voyage, les services de change peuvent vous aider à optimiser vos transactions et à réduire vos coûts.

 

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Twister : un vent de terreur

Facile de reconnaître un monstre de cinéma quand on en voir un. La tornade fait partie de ces phénomènes météorologiques qui engendrent autant de dégâts que de succès sur la scène hollywoodienne. Pourtant, aucune autre bourrasque ne semble faire le poids avec le second long-métrage de Jan De Bont. Parfois dévastatrice, souvent kitsch, rarement mémorable, certains y ont même placé des requins dans le tourbillon, la tornade est une star à part entière dans Twister, un récit d’action et de réconciliation.

Synopsis : Les exploits quotidiens et méconnus d’un groupe de scientifiques, chasseurs de tornades du Midwest aux Etats-Unis. Jo Harding, qui a vu son père emporté par une tornade quand elle était enfant, sillonne inlassablement les routes du Midwest à la tête d’une petite équipe de météorologues, aventuriers et casse-cou, unis autour d’un même objectif : observer les tornades sur leur terrain d’élection.

Ni l’Homme, ni sa création ne rivalisent avec la puissance naturelle (et presque divine) des éléments. Mais qu’est-ce qui peut bien divertir dans la démesure et la vision d’un monde en proie à la terreur ? Tout est possible dans les salles obscures, alors autant braver la tempête à la force de l’imagination. De Bont confesse encore aujourd’hui des prouesses et des difficultés de la production : « Quand des choses tombaient du ciel, il y avait de vraies choses qui tombaient d’un hélicoptère. Si vous filmez une voiture échappant à une tornade dans une tempête de grêle, c’était de la vraie glace qui nous tombait dessus. C’est un film qui ne peut pas être refait… Cela n’arriverait plus jamais ». Cependant, rien n’empêche l’humanité de se relever après une telle épreuve et c’est justement dans le sillon des familles recomposées qu’il est permis de renaître et aller de l’avant pour de bon.

Trois semaines avant que la terre entière ne s’embrase dans Independence Day, c’est dans l’Oklahoma que l’on se donne rendez-vous. Des maisons sont rasées, des récoltes réduites à néant et les familles sont déchirées par des pertes traumatisantes. Ce n’est que du vent en apparence, mais il existe bien un monstre caché dans l’œil des tourbillons et les protagonistes ne peuvent que garder un vis-à-vis, en espérant que le vent tourne en leur faveur.

En attendant le retour à l’écran, ce 17 juillet prochain, d’une aventure originale portée par Le Isaac Chung (Minari), retour sur un film populaire qui continue de tout raser sur son passage.

Stormbusters

Si les avancées technologiques ne lui sont pas favorables, il faut reconnaître à Jan de Bont un sens aigu de la narration par la tension. L’ancien directeur de la photographie de Paul Verhoeven et de John McTiernan a donc dédié toute son attention sur le crescendo, ce qui lui permet également de compenser avec des faiblesses d’écriture. En prenant en otage Keanu Reeves et Sandra Bullock dans un bus que l’on prive de pédales de frein, le cinéaste néerlandais garde une structure similaire pour son nouveau couple, qui connaît également ses zones de turbulences. Speed puisait ainsi dans les codes du film catastrophe pour rectifier la trajectoire de ses personnages en cours de route. Et cette fois-ci la menace n’a pas de visage, si ce n’est une sombre silhouette enveloppée dont la force de frappe défie toutes les créations humaines qu’elle croise. Un programme aussi récréatif qu’un rollercoaster avec le plus d’effets pratiques possible. C’est pourquoi le film ne réclame rien de plus qu’un divertissement vrombissant, ce à quoi George Miller parviendra à compléter d’une signature d’auteur avec Mad Max : Fury Road, mais c’est encore une autre histoire…

À peine sorti d’un succès dinosauresque, Steven Spielberg confie une ébauche de scénario à l’écrivain Michael Crichton, auteur à succès de Sphère, Jurassic Park et Le Monde perdu, rien que ça. Accompagné de son épouse Anne-Marie Martin, il développe une intrigue sur-mesure pour que le rodéo au cœur de Tornado Alley prenne vie. Les astres se sont ensuite alignés pour que Jan de Bont succède aux anciens prétendants (James Cameron, Tim Burton, Robert, Zemeckis…) après avoir essuyé des conflits artistiques sur Godzilla, qui deviendra celui de Roland Emmerich. S’il n’a pas pu piétiner New York avec un kaijū, il se donnera à cœur joie de malmener les habitués du grand écran en nous propulsant dans les cockpits d’un contingent de têtes brûlées, des chasseurs de tornades (ou plutôt d’orages).

Ils ne sont pas là pour les stopper, mais pour étudier leur comportement. La météorologie reste encore un domaine rempli d’incertitudes et qui nécessite de prendre des risques pour obtenir des données scientifiques exploitables, afin de prévenir les catastrophes. L’Oklahoma semble tout indiqué pour cette étude, étonnamment prémonitoire de l’éruption de tornades qui a eu lieu quatre ans après le tournage. Les nombreuses caméras de De Bont y ont donc séjourné le temps d’une production chaotique, malgré des résultats plus que satisfaisants.

Une épreuve de vitesse

Des champs à perte de vue, un ciel assombri numériquement pour que les montres de vent puissent descendre des cieux, une armada de véhicules tout-terrain… Tous les ingrédients d’une bonne course-poursuite sont réunis. Mais au lieu de fuir le danger, la tâche consiste à s’en approcher le plus possible. Posons ensuite les bases d’une sous-intrigue conjugale et rendons la métaphore de la chasse aussi épique que la réplique de la pauvre Melissa Reeves (Jami Gertz). Cette dernière ne peut que constater avec stupeur, qu’elle n’aura jamais droit au premier plan dans le récit. Au mieux, ce sera la banquette arrière et rarement dans le même plan que les deux têtes d’affiche.

Ce qui devait simplement constituer un déplacement administratif pour enterrer un mariage dysfonctionnel se transforme soudainement en un road-trip intense. L’appel du vent et un outil révolutionnaire remet Bill (Bill Paxton) en selle pour un rodéo en tandem avec sa femme Jo (Helen Hunt). Il ne manque plus que la mise en scène et le montage fassent leur effet, car on se croirait dans un western moderne, où l’adrénaline serait l’unique carburant. Les personnages secondaires apportent également une cohésion à l’équipe, à commencer par l’énergie de Dusty (Philip Seymour Hoffman), farceur et toujours souriant. De même pour Rabbit (Alan Ruck), le cartographe qui guide le peloton vers le désastre à la trajectoire imprévisible. Il ne manque donc plus que Cary Elwes pour compléter le tableau des archétypes, dans la peau d’un concurrent suffisamment détestable pour qu’on ne regrette pas ses manœuvres inconsidérées.

Chacun est filmé dans sa voiture, pied enfoncé dans la pédale d’accélération et musique à fond. Le champ-contrechamp fonctionne encore mieux dans ce dispositif où la parole est d’argent. Communiquer est à la clé d’une bonne relation de confiance et la thérapie du couple ne s’éloigne pas de ce constat. Ce sera la même chose pour venir à bout de la fameuse tornade F5, selon l’échelle de Fujita. Son entrée est aussi fracassante que Jack Torrance dans Shining, mais la comparaison n’est pas si fortuite avec un peu de bon sens. Les héros cherchent à comprendre le phénomène qui les relie et qui les maintient en joug dans le même temps. Le tour de force du cinéaste néerlandais réside dans sa façon de transposer la dualité de Bill et Jo, deux êtres heurtés par une forme d’injustice qu’ils prennent à cœur de combattre. Et souvent pour des raisons personnelles.

Des monstres et des hommes

De plus en plus puissantes, les tornades fascinent pour leur puissance destructrice. Il fallait donc les représenter avec beaucoup d’acuité, tout en restant cohérent avec l’aventure dantesque du récit. Les effets n’ont pas tant vieilli que ça, car le sentiment de danger compense les petites imperfections narratives et techniques. À l’aide d’un turboréacteur orienté vers les acteurs, De Bont jette un vent à décorner les bœufs et à envoyer valser les vaches. Et si vous pensiez qu’il y en avait deux dans le tourbillon, détrompez-vous. Il s’agissait bien de la même ! Le film ne manque pas non plus d’humour, ce qui fluidifie le visionnage au fur et à mesure que l’on s’approche du climax.

Pourtant, les bonnes intentions ne sont pas toutes rassurantes. Aveuglement par des lampes électroniques, marécages insalubres, cascades douloureuses, intempéries fréquentes, accès de colère du cinéaste… L’orage est bien passé sur le tournage du film, qui a laissé de nombreuses cicatrices aux comédiens et aux équipes techniques, qui ont subi plusieurs remplacements en cours de route. Ce point noir n’est pas à occulter, même si on préfère prendre tout le plaisir à traverser les champs de maïs à toute berzingue. Le contrecoup de la vitesse se ressent dans les retours d’expérience, qui attestent que rien de conventionnel n’a vraiment eu lieu sur les plateaux à ciel ouvert ou même en studio.

Propulsé par Amblin, distribué par la Warner, Twister reste aujourd’hui un indémodable film catastrophe et d’action qui emporte tout sur son passage. En maximisant les effets pratiques, quitte à mettre la santé des comédiens en danger, le film témoigne d’un savoir-faire qui s’est perdu parmi les séries B. Le spectateur est constamment mis sous tension, avec la belle assurance qu’elle ne redescende pas de sitôt, même à la fin du générique. Si tout n’a pas été parfait en coulisses, il faut reconnaître les qualités d’un artisan tel que Jan de Bont, un magicien du numérique et un conteur d’une incroyable efficacité. Ses tornades n’ont pas à bouder celles qui lui ont succédé, qu’elles soient des F5 ou plus. C’est ce qui différencie foncièrement ce film d’un Black Storm assez malhonnête dans sa conception du danger pour qu’on y croit. Si le vent n’a toujours pas tourné d’ici là, autant sauter sur ce divertissement qui tient toutes ses promesses.

Bande-annonce : Twister

Fiche technique : Twister

Réalisation : Jan de Bont
Scénario : Michael Crichton et Anne-Marie Martin
Musique : Mark Mancina
Photographie : Jack N. Green
Montage : Michael Kahn
Décors : Joseph C. Nemec III
Costumes : Ellen Mirojnick
Conseiller scientifique : Harold E. Brooks (National Severe Storms Laboratory)
Producteurs : Ian Bryce, Michael Crichton, Kathleen Kennedy, Laurie MacDonald, Steven Spielberg
Sociétés de production : Warner Bros. Pictures, Amblin Entertainment et Constant c Productions
Pays de production : États-Unis
Distribution France : Warner Bros. Entertainment
Durée : 1h53
Genre : Catastrophe, Action, Aventure, Drame
Date de sortie : 21 août 1996

« Atlas géographique mondial » : le monde en cartes

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Aurélie Boissière, géographe et cartographe, publie aux éditions Autrement un passionnant Atlas géographique mondial. En quelque 300 pages, elle offre aux lecteurs une vision globale et détaillée du monde, à travers des cartes thématiques et des perspectives inédites.

Aurélie Boissière utilise des bases de données géoréférencées actualisées pour offrir une représentation précise et actuelle de notre planète. En abordant diverses thématiques, elle permet de problématiser des questions démographiques, culturelles, environnementales ou sociales, avec à chaque fois la cartographie pour révélateur. 

Les cartes sur le climat révèlent par exemple les vastes étendues désertiques comme le Sahara et les zones arides d’Australie, tandis que les zones économiques exclusives, ces espaces maritimes où les États côtiers exercent leurs droits, s’appréhendent dans l’ouvrage en un coup d’œil. Ailleurs, ce sont les cartes démographiques qui mettent au jour les zones de forte densité de population, comme la Californie du Sud, Mexico, la vallée du Gange et le delta du Yangtsé. C’est d’ailleurs l’une des fonctions principales de la cartographie : elle permet un aperçu précis des dynamiques de population, mondiale comme locale, et des migrations, aspects évidemment présents ici.

L’Atlas géographique mondial s’attarde aussi sur des sujets ou des régions souvent sous-représentés dans les atlas traditionnels. Car en plus de mettre en évidence les populations, les fleuves, les montagnes et d’autres caractéristiques géographiques plus usuelles, il aborde aussi le monde de manière originale. Aurélie Boissière propose ainsi des cartes rarement vues ailleurs, comme celles des villes traversées par l’équateur, ou portant sur les différences en termes de système métrique, de sens de conduite, de prises électriques ou de formats de papier, révélant des différences culturelles et pratiques entre les pays.

Cet atlas sera particulièrement utile pour les étudiants, les chercheurs et les passionnés de géographie souhaitant approfondir leur connaissance des continents et océans. L’accent y est également mis sur des thématiques modernes comme les câbles sous-marins, essentiels pour la connectivité internet mondiale, et la liberté de la presse, montrant les zones où elle est particulièrement menacée, comme en Russie, en Chine, en Inde et dans le monde arabe. Ces cartes enrichissent notre compréhension des enjeux contemporains et des disparités globales.

Sans surprise, cet atlas accorde une attention particulière à la France, explorant sa population, ses langues, sa géologie, son hydrographie, ses paysages et ses espaces naturels. Les cartes détaillent le tourisme, les pistes de grandes randonnées, les vignobles et les points culminants, offrant une vue relativement large des richesses naturelles et culturelles du pays.

L’Atlas géographique mondial d’Aurélie Boissière est un ouvrage de référence qui permet de mieux appréhender la géographie mondiale. Il combine des cartes thématiques traditionnelles avec des perspectives originales et des données actualisées, offrant une vision accessible, fine et nuancée du monde. Malgré quelques cartes qui nous paraissent moins lisibles, comme celle sur les organisations régionales, il n’en demeure pas moins une ressource précieuse pour tous ceux qui souhaitent approfondir leur connaissance du monde.

Atlas géographique mondial, Aurélie Boissière
Autrement, juin 2024, 296 pages

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« Métamorphes » : entités et identités

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Le premier tome de Métamorphes, intitulé « Beast Friends », voit le jour aux éditions Bamboo, dans la collection « Drakoo ». Cette bande dessinée signée Olivier Gay et Jonathan Aucomte plonge les lecteurs dans un récit young adult où les protagonistes, Ambre et Lucas, voient leur vie bouleversée par une mystérieuse transformation.

Au cours des premières pages, les auteurs opèrent une dichotomie nette entre les deux protagonistes. Ambre, la fille populaire du lycée, organise des fêtes prisées et se caractérise par une tendance à ridiculiser ceux qui ne répondent pas aux normes de beauté édictées par son groupe. En contraste, Lucas, passionné de lecture, de musique et de jeux de rôles, mène une vie bien plus rangée et discrète. Ce n’est qu’après avoir été aspergés d’un liquide inconnu qu’ils se rapprochent. Et pour cause : Ambre devient une louve-garou poilue, puissante et musclée, tandis que Lucas se transforme en vampire agile et hypnotique, bien qu’intolérant au soleil.

Ambre et Lucas se découvrent un nouvel état, avec ses avantages et ses vulnérabilités. Cette chose qu’ils ont désormais en commun doit en revanche être cachée aux autres, pour ne pas les effrayer. Partant, ce que narre Métamorphes tient avant tout à la découverte de soi et de l’autre. Si la narration parallèle des premières planches soulignait les différences initiales, les deux adolescents traversent la même épreuve et vont par conséquent développer une certaine complicité.

Sur le plan personnel, Ambre est issue d’une famille aisée avec un père député et distant. Son petit ami Gaëtan, superficiel, se montre souvent indifférent à ses émotions. Lucas, de son côté, est entouré de parents protecteurs et d’amis fidèles. Olivier Gay et Jonathan Aucomte n’hésitent d’ailleurs pas à incorporer des fiches informatives çà et là, pour consolider le background de leurs deux protagonistes. Ensemble, ils découvrent bientôt une conspiration étroitement liée à leur transformation.

Cette épreuve initiatique les pousse à regarder le monde d’un œil neuf et à questionner les valeurs et les préjugés qui les entourent. Ce parcours formateur est habilement illustré par les auteurs. Par ailleurs, les dessins de « Beast Friends » sont marqués par des couleurs vives et des formes arrondies, typiques du style young adult. Cette esthétique renforce l’accessibilité de l’œuvre . La narration, dynamique et rythmée, alterne entre les points de vue d’Ambre et de Lucas, permettant aux lecteurs de s’immerger pleinement dans leurs pensées et leurs émotions.

Métamorphes en pose les jalons : Ambre et Lucas ressortent de cette aventure transformés, non seulement physiquement mais aussi intérieurement. Ainsi, Olivier Gay et Jonathan Aucomte nous livrent une histoire à hauteur d’ados, illustrée avec maîtrise, dans laquelle apparaissent successivement les thèmes familiaux, amoureux, sociaux et identitaires.

Métamorphes : Beast Friends, Olivier Gay et Jonathan Aucomte
Bamboo/Drakoo, juillet 2024, 64 pages

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3.5

Interviews croisées : Floriane Joseph et Juliette Elamine nous parlent de leurs écrits

Elles ont en commun une maison d’édition (Sterenn), quelques salons du livre, et certainement beaucoup plus. Elles sont deux autrices aux univers très différents mais aux écritures fortes et touchantes. Floriane Joseph a déjà publié deux romans (La Belle est la Bête et Les vivants sont des rois) ainsi qu’un recueil de poésie (Tant qu’il restera des corps à étreindre). Juliette Elamine est une autrice très prolifique au quotidien (entre écriture quotidienne et ateliers d’écriture qu’elle anime), qui a déjà publié Les Chroniques de l’imaginaire, Le Nom de mon père et son dernier roman en date, Les Enfants de la vie. Toutes deux auront respectivement une nouvelle publication chez Sterenn éditions d’ici janvier 2025. Pour prolonger leurs textes tour à tour engagés, poétiques et ambitieux, elles ont accepté de répondre à quelques questions.

Qu’est-ce qui t’a poussé vers l’écriture ?

Floriane : J’ai l’impression d’avoir toujours voulu écrire. Petite je lisais énormément, et vers l’âge de dix ans environ, j’ai commencé à écrire de petits textes.

Juliette : La lecture ! Et la découverte du roman de Louisa May Alcott Les Quatre Filles du Docteur March. Je me suis complètement identifiée au personnage de Joséphine March. J’enviais ses feuilles jaunies, sa plume et son encrier. J’avais l’impression d’avoir beaucoup d’imagination moi aussi. Ce livre, et plus tard le film, ont été des déclics.

Est-ce que tu vis aujourd’hui de l’écriture ? Si non, quel est ton métier ?

Floriane :  Non, je ne vis pas de l’écriture aujourd’hui. Un auteur touche en général autour de 10% du prix du livre, donc très peu d’auteurs vivent véritablement de leur plume. Je suis prof d’anglais, et je fais actuellement une thèse de littérature anglaise.

Juliette : Je ne vis pas entièrement de l’écriture. J’anime un grand nombre d’ateliers littéraires dans les établissements scolaires ou lieux culturels (médiathèques, librairies, etc.), j’adore ça ! Et je travaille pour le fonds de dotation Le Cèdre Solidarity. Je suis chargée des projets culturels et éducatifs, et rédactrice des contenus. Nous nous donnons pour mission de soutenir des initiatives en faveur d’un Liban juste, écologique et résilient.

Justement Juliette, tu partages ton travail d’écriture dans des ateliers auprès de différents publics, dont des scolaires, peux-tu nous en parler ?

Juliette : J’adore ça. La transmission de ma passion pour la lecture et du prolongement développé dans l’écriture me tient à cœur, à l’heure où la jeunesse délaisse la littérature. Après les phases de travail avec les jeunes, quelles que soient les productions obtenues (en quantité je veux dire) les jeunes ont le sourire, sont fiers d’eux. Il y a une vraie satisfaction dans la production écrite, même si ce n’est pas un centre d’intérêt pour eux au départ.
La cerise sur le gâteau c’est quand, en plus, nous écrivons sur le Liban ! Enfin, leur plaisir d’écrire nourrit le mien.

Floriane, tu écris principalement des drames mais avec un certain élan de vie, en tout cas dans ton deuxième roman (Les vivants sont des rois) comme dans ta poésie … Qu’en penses-tu ? D’ailleurs Les vivants sont des rois  est un texte très poétique dans son approche et son écriture, quel est ton rapport à la poésie ?

Floriane : C’est vrai je crois, je n’y avais jamais pensé comme ça … Je crois que je suis intéressée par les chagrins, mais aussi, justement, par ce qu’il reste quand tout s’effondre.

J’essaie justement d’écrire des textes poétiques, même lorsqu’il s’agit de prose. Je veux que chaque phrase soit ciselée, que le texte soit comme un poème qu’on puisse relire juste pour sa beauté. J’ai toujours adoré la poésie. Plus jeune, j’en lisais énormément, surtout les classiques qui me tombaient sous la main (Hugo, Aragon, Rimbaud…) et je retenais sans effort à force de relire les poèmes que je trouvais beaux. J’en connaissais pas cœur et je les récitais parfois dans ma tête par petits bouts comme on chantonne une chanson.

Juliette, tu écris sur le Liban, pourquoi ? Quel est ton lien avec ce pays ? Est-ce que tu t’y rends parfois ?
Dans ton premier roman (Le Nom de mon père), il y avait un rapport à la nourriture, qui revient un peu dans le deuxième (Les Enfants de la vie), peux-tu en parler ?

Juliette : Je suis séduite par mes origines libanaises depuis… que je suis née ! Je veux dire que mon père m’a baigné dans la culture et les traditions libanaises depuis mon plus jeune âge. Enfant, j’ai découvert le Liban d’après-guerre (en 1994) et j’en suis tombée amoureuse. Adolescente, j’ai compris l’histoire du pays plus profondément. La guerre de 2006 m’a poussée vers l’écriture de mon premier roman et mes recherches ont ensuite nourri mon imaginaire.
J’y vais depuis que j’ai 5 ans et demi, très régulièrement. Depuis mon engagement au Cèdre Solidarity, je m’y rends encore plus souvent.

La nourriture, la cuisine libanaise sont des vecteurs puissants de transmission culturelle. Une partie de mon amour pour le pays vient de sa gastronomie. Les recettes de mon père, de ma grand-mère sont un don précieux. C’est véritablement un héritage! Et puis, la cuisine libanaise est absolument délicieuse et addictive… alors autant inviter les lecteurs à déguster avec moi !

Floriane, tu as écrit sur l’amitié, où puises-tu la matière de tes écrits, comment travailles-tu en amont de l’écriture ? Compte tenu de tes personnages, qui sont décrits comme des astres au début de Les vivants sont des rois , peux-tu nous parler de la manière dont tu inventes l’individu au milieu du groupe dans ce récit d’une soirée?

Floriane : L’inspiration est très différente suivant mes écrits. Pour Les vivants sont des rois, j’ai eu l’idée de ce roman pendant des soirées avec mes propres amis. J’ai pensé qu’il y avait tant de beauté, tant de chagrin, et tant d’amour qui flottaient durant ces moments, et que tout s’envolait au matin… Alors, j’ai voulu écrire un livre qui capte tout cela, qui le garde quelque part pour que ça ne s’envole pas. Les premières phrases du roman, qui disent « Je voudrais capter de vous… » c’est un peu l’intention du roman que j’expose dès le début, ce sont les phrases où moi, personnellement, je suis le plus présente.

Ces six personnages-là me sont apparus très naturellement, comme une photo dont les couleurs se révèleraient petit à petit. Ensuite, de petits ajustements ont été faits grâce aux remarques de mon agente, Julie, et de mon éditrice Clémence, qui m’ont beaucoup aidée. Les relations amoureuses de certains personnages étaient moins développées que pour d’autres par exemple, les relations d’amitié entre les filles également. J’ai beaucoup de chance d’avoir eu de si précieux retours, qui ont vraiment contribué à rendre le livre meilleur. C’est comme si elles m’avaient fait remarquer des tâches de noir qui restaient à des endroits : alors j’ai pu y braquer une lampe de poche et voir ce qu’il manquait.

Juliette, Les Chroniques de l’imaginaire est le titre d’un recueil de textes, c’est aussi le nom des textes politiques de Georges, l’un des personnages des Enfants de la vie, quel est le rapport dans tes romans à l’imaginaire ? Écrire des chroniques, est-ce un travail quotidien pour toi ?

Juliette : En fait, lorsque j’écrivais Les Enfants de la vie, j’étais aussi rédactrice pour le média en ligne Ici Beyrouth. Un média d’information, avec différentes rubriques, dont une culturelle. Ici Beyrouth offre, entre autres, un accès gratuit à la culture pour tous. J’écrivais donc à rythme régulier des histoires imaginaires imprégnées de Liban, dans le but de le valoriser.
Je créais le personnage de Georges en parallèle, pour mon deuxième roman. Georges, lui, écrit des chroniques imaginaires basées sur des faits réels de l’histoire du pays. Et sa liberté d’expression est un vrai questionnement. La mienne aussi. Écrire des fictions inventées sur base de faits réels est un vrai défi, une passion pour moi. Presque quotidien ! Je dirais qu’écrire des histoires courtes, chroniques, nouvelles, poésies, est un acte quotidien. Dans ma tête et/ou sur le papier. Et quand il y en a trop dans ma tête, j’en écris plusieurs d’un coup.

Plus largement comment écrit-on sur la guerre, le traumatisme ? Comment travailles-tu en amont de l’écriture ?

Juliette : J’effectue un très grand nombre de recherches, afin de conserver le plus de neutralité et objectivité possible sur les sujets que je traite. Le Liban et son histoire sont bien souvent ma toile de fond. L’imaginaire me conduit vers des histoires diverses et variées et en fonction, j’oriente mes recherches et suis amenée parfois à creuser des sujets que je n’avais pas envisagés. Et ça c’est super !
Écrire sur la guerre peut être « traumatisant ». Je mets des guillemets parce que ce n’est rien comparé à la réalité. Il n’empêche que cela me remue beaucoup, fait partie de mon histoire et pas seulement relative au Liban, et l’écriture soulage ces douleurs. Les fictions sont une échappatoire puissante.

Et le rapport à l’enfance dans l’écriture ? 

Juliette : Il est vrai que depuis Les enfants de la vie, j’écris beaucoup sur l’enfance, je donne la parole aux enfants et aux mères. Je suis personnellement très remuée par le sort des innocents victimes de guerre. Au-delà de ça, l’enfance est un cadeau dont on mesure le caractère précieux lorsqu’on devient adulte. Donner naissance à des enfants de papier est aussi un plaisir immense dans l’écriture.

Peux-tu nous parler de la maison d’édition Sterenn. Plus largement, comment approches-tu le monde l’édition ?

Floriane :  Sterenn est une pépite ! En fait, la fondatrice de Sterenn, Paloma Gressien, était mon éditrice dans ma précédente maison d’édition (Frison-Roche Belles Lettres, chez qui mon premier roman, La Belle est la Bête, a été publié). Frison-Roche Belles Lettres a fait faillite, mais avant cela, Paloma avait déjà comme rêve de fonder sa propre maison d’édition, ce qu’elle a fait avec Sterenn. Dès la fondation de la maison, elle est tout de suite revenue vers moi pour voir la façon dont on pourrait travailler ensemble, notamment sur la poésie. Et je suis ravie que mon premier recueil, Tant qu’il restera des corps à étreindre, soit publié chez elle ! Ce n’est que le début d’une merveilleuse aventure, j’en suis convaincue ! Plus largement, le monde de l’édition est parfois un peu compliqué à appréhender je trouve (jamais je n’aurais imaginé que la première maison d’édition qui me publierait ferait faillite). C’est pour cela que j’ai fait appel à celle qui a accepté de devenir mon agente, Julie Finidori. C’est grâce à elle que Les vivants sont des rois a été publié aux éditions Michel Lafon par exemple. Au-delà de défendre mes livres, elle m’explique les contrats, et elle me permet d’avoir un suivi global de tous mes projets, sur le long terme, auprès de plusieurs maisons d’édition si besoin. Cela me donne un sentiment de stabilité très rassurant.

Juliette : Sterenn éditions est une maison d’édition indépendante, à compte d’éditeur. Elle publie de la poésie, des romans et des nouvelles. Sterenn éditions est la maison qui abrite mes Enfants de la vie avec bienveillance. Sa fondatrice, Paloma Gressien est brillante et très professionnelle. Le travail éditorial du texte est une véritable aventure, dans laquelle le fond de l’histoire est respecté, la forme est réfléchie ensemble. Mon éditrice me permet de grandir dans l’écriture. Elle me conseille bien au-delà de ce seul roman. Elle veille sur les manuscrits que je lui soumets, me pousse dans mes retranchements.

Je choisis les maisons d’éditions à qui j’adresse mes manuscrits en fonction de mes lectures, de leur ligne éditoriale, des échos que j’en ai de la part d’auteurs rencontrés en salon par exemple. Mais surtout, je choisis en fonction du sentiment qu’elles m’inspirent. Et quand l’envoi d’un manuscrit se prolonge d’un échange avec un éditeur ou une éditrice, la relation humaine compte beaucoup.

Quels sont tes futurs projets d’écriture ?

Floriane :  Mon prochain livre sera un recueil de nouvelles, intitulé Elles dormaient sous le sable. Il s’agira de nouvelles qui traversent les âges, de réécritures de mythes antiques (au féminin) à des récits qui ressemblent à des contes, jusqu’à des histoires contemporaines. Mais toutes seront liées les unes aux autres comme différentes étapes d’un même voyage où les héroïnes seront particulièrement mises à l’honneur, mais pas uniquement. Il sera publié chez Sterenn le 24 septembre 2024. Je travaille également sur une série de livres pour enfants, ainsi que sur mon prochain roman adulte, mais je préfère ne pas en dire plus pour l’instant…

Juliette : Mon prochain roman sera publié en janvier 2025 chez Sterenn éditions ! Mon quatrième manuscrit attend son sort chez différents éditeurs. J’ai démarré plusieurs autres projets, pour lesquels j’attends des avis, des conseils ou qui reposent en attendant que j’y revienne, tout simplement.

Enfin, quelles sont tes lectures favorites ?

Floriane : En ce moment, je lis beaucoup d’auteurs et d’autrices contemporaines. J’adore Line Papin, Laurent Gaudé, Sophie Astrabie… Je lis aussi pas mal de poésie : la poétesse Renée Vivien a été en partie effacée du canon littéraire par exemple, alors que ses vers n’ont rien à envier à Baudelaire !

Juliette :  Je lis beaucoup de romans très différents. Pas forcément des classiques, de tout en fait. J’ai en tête quelques coups de cœurs ces derniers mois : Le Livre des reines de Joumana Haddad, Trois de Valérie Perrin, La Vraie Vie d’Adeline Dieudonné, Un jour de plus de ton absence de Mélusine Huguet et puis bon… Harry Potter bien entendu !

Interview : Oli pour L’Art de la Bonté

Oli est aussi pétillante et inspirante que son ouvrage L’Art de la Bonté. Si vous la croisez en salon du livre (son livre jaune ne passe pas inaperçu, son sourire non plus), elle aura sûrement dans les mains une boîte à bonbons transparente remplie de petits post-it, pardon  « pense-bonté » comme elle aime les appeler. L’idée ? Offrir à celui qui pioche un message positif qui souvent entrera en résonance avec son propre état intérieur. Ce projet, elle le prolonge dans L’Art de la Bonté, qui n’est que réconfort (même si la question de la souffrance n’est pas écartée). Un texte truffé de citations et autres références, qui n’a d’autre but que de rencontrer un lecteur qui a besoin de lui pour « avancer dans la  vie ». Oli a accepté de répondre à quelques questions, pour prolonger la dose de bonnes ondes qu’elle offre quotidiennement sur les réseaux sociaux.

Qu’est-ce qui t’a poussé vers l’écriture ?

J’ai toujours écrit, c’est une façon pour moi d’exprimer en mots ce que je ressens et perçois du monde… Pendant le premier confinement, j’ai décidé de me faire un condensé de mes écrits, comme un manuel pratique pour bien vivre dans mon monde intérieur, en quelque sorte… Je ne savais pas encore à ce moment-là que j’allais le partager quelques années plus tard, et même le publier et écrire la suite !

Est-ce que tu vis aujourd’hui de l’écriture ? Si non, quel est ton métier ?

Non je n’en vis pas, je suis auteure et professeure des écoles. Mon but est de diffuser L’Art de la Bonté pour aider ceux qui pourraient en avoir besoin. Qu’en au fait d’en vivre, nous verrons bien ce que l’avenir nous réserve…

Peux-tu nous parler de ton éditeur ? Plus largement, comment approches-tu le monde l’édition ?

Je suis éditée chez Hello Editions, une maison d’édition traditionnelle parisienne (ils ont également une librairie-café là-bas) qui a lu et choisi mon manuscrit pour être publiée vers début 2023… J’envoyais mon manuscrit aux maisons d’édition traditionnelles depuis plusieurs mois et j’avais conscience que je n’aurais sûrement aucun retour… Mais il a suffit d’un ! En fait, je découvre les subtilités du monde de l’édition en m’investissant dans la promotion du livre et en échangeant lors des dédicaces et autres salons du livre, où je rencontre toujours des auteurs formidables avec qui je crée des liens profonds et inspirants.

Tes textes appellent la joie, L’Art de la Bonté  est un titre évocateur… est-ce un état d’esprit quotidien ?

Oui en fait c’est vraiment une philosophie de vie, pour moi la gentillesse est une force et ce qu’il y a de bon en nous est à cultiver de tout notre cœur. Cette question est tellement passionnante, je pourrais en parler pendant des heures ! Ce que j’ai la chance de faire en salons du livre et dédicaces grâce aux lecteurs, mais aussi chaque jour dans mes écrits, notamment pour les prochains tomes, étant en train d’écrire le tome 2 : L’Art de la Bonté 2, découvrir notre merveilleux potentiel

Penses-tu écrire de la fiction pure, roman, nouvelle, peut-être poésie ?

À vrai dire j’ai retrouvé des écrits datant de plus de quinze ans pour un roman fantastique en plusieurs tomes, et je crois bien que je vais en reprendre l’écriture avec enthousiasme ! Tout en poursuivant l’écriture de L’Art de la Bonté car j’ai encore tellement à en dire… Quoi qu’il arrive dans l’avenir, je continuerai d’écrire… Toujours.

Enfin, quelles sont tes lectures favorites ?

La question la plus difficile, moi qui suis à la fois auteure et grande lectrice, et je lis de tout ! Mais je condense mes plus grandes inspirations dans ma bibliographie du tome 1, Du Petit Prince en passant par L’Art de la méditation de Matthieu Ricard… La bibliographie du tome 2 risque fort d’être tout aussi riche ! Par exemple, en ce moment, je lis les formidables ouvrages du philosophe Charles Pépin, comme La Rencontre ou encore La Confiance en soi

“Danse avec le diable” : tout a commencé par une danse sur TikTok

Netflix a encore frappé avec une série documentaire qui dévoile la descente aux enfers de danseurs et influenceurs TikTok. Au-delà des apparences, nous plongeons dans les dessous d’une industrie cachée et manipulatrice, diablement orchestrée par l’entreprise de gestion de talents The 7M Films et surtout par l’homme derrière tout ça : Robert Shinn.

La série documentaire est divisée en trois parties où nous suivons le témoignage de la famille Wilking. Tout part d’un rêve d’enfant des sœurs Wilking passionnées de danse depuis toujours : c’est définitivement ancré en elles, elles en feront leur métier.

Pour y arriver, elles décident de danser ensemble et de se lancer sur les réseaux sociaux sous le nom des Wilking Sisters : un succès qui prend rapidement de l’ampleur mais qui ne suffit visiblement pas à une des deux sœurs : Miranda. Cette dernière finit par prendre un autre chemin vers ce qu’elle pense être le succès. C’est à partir de ce moment-là que le rêve vire au cauchemar pour toute la famille Wilking.

En 2021, c’est le coup de grâce. Les deux sœurs arrêtent de produire des vidéos ensemble et Miranda quitte définitivement le nid familial pour intégrer un collectif de danseurs pour les 7M Films, une entreprise de gestion de talents située à Los Angeles. Le nouveau chemin que prend Miranda semble donc anodin et innocent aux premiers abords, mais cela va vite prendre un autre tournant. En effet, on apprend très rapidement que 7M Films est en fait rattaché à une église chrétienne Shekinah Church International, dirigée par Robert Shinn. Ce dernier se présente lui-même comme “homme de Dieu” et affirme que lui seul peut sauver ses adeptes de l’enfer, si et seulement s’ils acceptent de couper les ponts avec leur entourage.

Contre toute attente, Miranda, après quelques mois dans cette organisation et sous l’influence de son gourou, a coupé les ponts avec sa famille pour se consacrer entièrement à la danse et à sa nouvelle famille : les danseurs de 7M.

Danse avec le diable est une série documentaire touchante, troublante et originale. Touchante, car on suit le parcours d’une famille éclatée en mille morceaux, qui, par le biais d’une série documentaire, essaie de retrouver tant bien que mal, leur fille. Touchante aussi, car nous suivons le témoignage d’autres rescapés qui nous partagent leur combat au quotidien. Troublante, car l’affaire est encore en cours et que la famille Wilking cherche encore aujourd’hui à renouer contact avec Miranda, et surtout, car le collectif de danseurs performent toujours sur place. Originale, par le sujet en lui-même qui part d’une simple histoire de danseurs TikTok qu’on voit tous les jours lorsqu’on scrolle sur son téléphone et qui tourne très vite en sujet plus dramatique.

Tous ces éléments donnent un ton particulier à cette série documentaire. Certains danseurs ont décidé de rester, d’autres de partir. Certains témoignages, à vif, sont touchants comme le témoignage de Pryscilla Lee, membre de Shekinah qui est restée plus de 25 ans de sa vie dans cette organisation.

Une action en justice a fini par être engagée contre 7M Films et Robert Shinn pour manipulation émotionnelle, extorcation d’argent et harcèlement sexuel. Mais à ce jour, son activité continue et Robert Shinn n’a pas été condamné. Pour ce qui est de Miranda, elle a décidé de prendre la parole sur les réseaux sociaux pour exprimer sa déception envers sa famille pour avoir créé son documentaire sans son consentement… affaire à suivre.

Bande annonce – Danse avec le diable : une secte sur TikTok ?

Fiche technique – Danse avec le diable : une secte sur TikTok ?

Titre original : Dancing for the Devil: The 7M TikTok Cult
Diffuseur : CNN
Genre : Documentaire
Première diffusion (France) : 29 mai 2024 (Netflix)
Première diffusion (États-Unis) : 29 mai 2024 (Netflix)
Pays d’origine : États-Unis
Statut : Terminée
Nombre de saisons : 1
Durée : 58 min
Synopsis : Comment de jeunes aspirants danseurs, stars des réseaux sociaux, sont entrés au sein du culte 7M et sous l’emprise de Robert Shinn.

Longlegs – Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras

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Voici l’exemple même de ce que le marketing peut faire de mieux pour vendre un film en amont et faire monter le buzz. De la bande-annonce extrêmement intrigante, poisseuse et sibylline, au film de serial-killer très sombre, comme on en voit plus que très rarement actuellement, en passant par les avis de certains (supposés) critiques Outre-Atlantique semblant dithyrambiques, l’excitation était à son comble. Une campagne de promotion agressive mais très réussie qui faisait saliver d’avance. Le résultat est-il conforme à des attentes forcément disproportionnées ? Clairement pas. Est-ce pour autant un mauvais film honteusement vendu ? Non plus. Longlegs est un bon thriller à l’ambiance et à l’atmosphère très réussies. La mise en scène au cordeau nous tient quant à elle en haleine durant une heure et demie, malgré un tempo assez lent. Maïka Monroe est excellente dans le premier rôle, confirmant les espoirs qu’on plaçait en elle dans It follows. Et puis, il y a Nicolas Cage dans une composition complètement dingue dont il a le secret, où on hésite entre génie pur et posture ridicule…

Synopsis : L’agent du FBI Lee Harker, une nouvelle recrue talentueuse, est affectée sur le cas irrésolu d’un tueur en série insaisissable. L’enquête, aux frontières de l’occulte, se complexifie encore lorsqu’elle se découvre un lien personnel avec le tueur impitoyable qu’elle doit arrêter avant qu’il ne prenne les vies d’autres familles innocentes.

La première séquence nous plonge dans une Amérique rurale enneigée où le tueur en série qui donne son surnom au titre du film est montré en partie. Ne nous laissant deviner que son apparence qui semble unique. effrayante et donc terriblement intrigante… Puis, on suit les pas d’une enquêtrice du FBI qui laisse penser qu’elle possède des dons de medium et qui va se mettre à la recherche du tueur avec l’aide de son boss. En effet, on entre de plain-pied dans le genre du film policier sombre et macabre où un serial-killer aux pratiques complètement barges va donner du fil à retordre aux enquêteurs. C’est d’ailleurs peut-être sur ce point que Longlegs est le moins réussi. L’intrigue avance doucement ou brusquement, par
à-coups très explicatifs, mais tout cela n’est pas très clair à la fin du film. Volontairement ou pas, cela demeure un peu frustrant pour le spectateur. En outre, l’ajout d’une pincée de fantastique ici n’est pas forcément la meilleure des idées.

La force de Longlegs réside plutôt dans l’ambiance qu’il parvient à dégager. Une ambiance malsaine et glauque qui met mal à l’aise sporadiquement. Et tout cela sans effusions de sang ou de gore car le long-métrage d’Oz Perkins est étonnamment chiche sur ces terrains-là. Ce n’est d’ailleurs pas un reproche car il parvient à instaurer un climat délétère sans avoir recours aux sempiternels jump-scares à la mode ou à un trop-plein de violence et de morts graphiques. Ce résultat obtenu concernant l’atmosphère, car Longlegs est un film d’atmosphère sur bien des aspects, est également dû à l’excellence de la mise en scène. Du format carré employé à bon escient au décorum vintage et rural des années 90 en hiver faisant penser à Fargo (film ou série), en passant par les cadrages concoctés par Perkins, ou encore l’enveloppe sonore utilisée, c’est un tout bon. Il y a un univers rare et peu commun dans lequel on peut aimer se glisser. Si on est client bien sûr, on s’immerge donc dans le film et son enquête poisseuse et étrange.

Le film a le bon goût de ne pas être trop long au vu de son tempo languissant. Mais c’est aussi ce qui fait sa marque en tant que policier aux relents fantastiques et horrifiques. Certaines séquences sont fortement angoissantes et nous collent à notre siège même si elles sont rares. Les rebondissements et les explications finales peuvent paraître inattendues de prime abord mais pas tant que cela si on y réfléchit bien laissant paraître un script qui sait où il va même si pas toujours bien construit. C’est aussi finalement assez simple et presque déjà-vu. De Se7en à Prisoners en passant par Zodiac (pour ceux adhérant à ce dernier) on a déjà vu plus ambitieux, ample et impactant. En effet, s’il fait passer un bon moment il n’est pas sûr que Longlegs fasse le même effet que ces œuvres phares citées ici. Il manque un petit quelque chose que la promotion nous faisait miroiter et qu’on ne retrouve pas ici.

Ensuite, il y a Maika Monroe qui porte le film sur ses frêles épaules avec aplomb. Elle confirme tout le bien qu’on pensait d’elle depuis It follows. Mais la cerise sur le gâteau que la promotion a su également cacher, c’est bien sûr la présence d’un Nicolas Cage dans une nouvelle prestation complètement azimutée. Depuis deux ou trois ans, l’acteur aux mille facettes, tombé en désuétude cette dernière décennie, revient sur le devant de la scène avec des propositions variées et intéressantes en général. Si, ici, il n’a qu’un second rôle (mais le rôle-titre en même temps), il surprend encore. On hésite entre prestation de génie ou délire ridicule.Toutefois, il ose et la première impression prend le dessus. Et surprend ! Il fout littéralement la trouille même si on a du mal à le reconnaître. Son incarnation d’un tueur satanique pas comme les autres marque les esprits, notamment dans la plus grande scène du film, celle de l’interrogatoire, où le Joker de Heath Ledger n’est pas loin.

Au final, il est clair que si on s’attend au thriller du siècle ou à un nouveau Le Silence des agneaux comme la vantait abusivement la promotion, on sera quelque peu déçu. Mais pris de manière plus neutre, par exemple, si on entre dans la salle de manière neutre et sans attente, Longlegs est un bon suspense à l’ambiance travaillée et au visuel très réussi. Le genre de film qu’on ne voit plus souvent et qu’il fait plaisir de retrouver. Les fans de Nicolas Cage devraient également jubiler de cette nouvelle interprétation délirante. Hormis cela, on peut tiquer sur une intrigue pas toujours bien fignolée et un rythme un peu neurasthénique qui invite à se laisser aller. Bref, pas la petite bombe annoncée, mais un honnête film policier à l’emballage original et intrigant.

Bande-annonce – Longlegs 

Fiche technique – Longlegs 

Réalisateur : Oz Perkins
Scénariste : Oz Perkins
Production : Saturn Films
Distribution: Metropolitan Filmexport France
Interprétation : Maika Monroe (Agent Lee Harker), Nicolas Cage (Longlegs),  Alicia Witt (Ruth Harker), Blair Underwood (Agent Carter), Erin Boyes (Jeune agent), Dakota Daulby (Agent Horatio Fisk)
Genres : Policier – Épouvante
Date de sortie : 10 juillet 2024
Durée : 1h41
Pays : USA

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3.5

To The Moon de Greg Berlanti : Apollo 11 ou la fabrique du mensonge

Délicieuse romance glamour interprétée avec talent par Scarlett Johansson en sorcière bien-aimée de la publicité et Channing Tatum en Steve Trevor de la NASA, To The Moon transforme la mythique mission Apollo 11 en une astucieuse mise en abyme du cinéma comme outil propagandiste, vecteur de poudre aux yeux au service de l’American Dream. Un divertissement estival de qualité qui séduit sans même décrocher la lune.

Quatrième long-métrage de Greg Berlanti (Love, Simon), To The Moon s’amuse de l’une des plus fameuses théories du complot selon laquelle l’alunissage de juillet 1969 n’aurait été qu’un vulgaire montage truqué, commandé par le gouvernement américain pour gagner la course à l’espace contre l’Union soviétique, une gigantesque supercherie hollywoodienne pilotée par la NASA elle-même, impliquant les maîtres des superproductions à effets spéciaux de l’époque dont Stanley Kubrick et Walt Disney. C’est là le plus bel atout scénaristique de cette comédie romantique qui réinvente l’histoire pour mieux cultiver le mythe-canular de « l’Opération Lune » ; Berlanti joue avec audace sur le concept de fabrique du mensonge et les tactiques de manipulation par l’image, en transformant la célébrissime mission Apollo 11 en une ingénieuse mise en abyme de l’objet cinématographique —ici séquence publicitaire alternative top secrète, destinée à tromper la planète entière en cas d’incident technique lors de la retransmission télévisée des petits pas d’Armstrong et Aldrin—, navigant sans cesse entre artifices terrestres et fantasmes célestes, réalité historique de la Guerre froide et fiction falsifiée, injonctions impossibles de la Maison-Blanche et coulisses lunaires d’un plateau de tournage improvisé dans un vieux hangar poussiéreux de la NASA.

Toujours conscient du caractère grotesque de cette mascarade aux allures de making-of improbable, le spectateur sourit de ces astronautes-pantins articulés par de minables ficelles devant un rocher en carton-pâte, de l’hystérie burlesque du metteur en scène incompris et de son équipe technique de bons à rien perturbée par un chat noir farceur, et se laisse ainsi embarquer à bord de cette fusée parodique lancée à pleine vitesse sur le satellite des stéréotypes hollywoodiens. Si dans son exposition, le film semble d’abord hésiter entre les différentes trajectoires proprettes et stylisées qui s’offrent à lui (fresque de l’Amérique des sixties swinguant sur du Sam Cooke, rom-com sirupeuse, mise en scène réflexive de l’épopée spatiale, critique d’une NASA en pleine refonte qui doit tirer le bilan des échecs passés et satire de la naissance de la société de consommation), To The Moon parvient peu à peu à trouver son tempo comique grâce à l’agencement parallèle de ces différentes couches narratives qui s’entrelacent et fonctionnent en miroir. Sublimée par la photographie de Dariusz Wolski, la lumière éclatante et l’harmonie fiévreuse de l’American way of life, ses diners floridiens au parfum d’insouciance et parkings parfaitement symétriques transpirent dans chaque plan, tandis que le couple à la fois glamour et complémentaire, incarné par Scarlett Johansson et Channing Tatum –elle, charmante sorcière bien-aimée experte en escroqueries publicitaires, et lui ancien pilote et héros de la nation dont le sourire ravageur évoque celui du capitaine Steve Trevor–, donne sa dynamique sensuelle au film. Un ingénieux divertissement estival qui séduit sans même décrocher la lune.

Sévan Lesaffre

To The Moon – Bande-annonce

Synopsis : Chargée de redorer l’image de la NASA auprès du public, l’étincelante Kelly Jones, experte en marketing, va perturber la tâche déjà complexe du directeur de la mission, Cole Davis. Lorsque la Maison Blanche estime que le projet est trop important pour échouer, Kelly Jones se voit confier la réalisation d’un faux alunissage, en guise de plan B et le compte à rebours est alors vraiment lancé…

To The Moon – Fiche technique

Réalisation : Greg Berlanti
Scénario : Rose Gilroy, d’après une histoire de Bill Kirstein et Keenan Flynn
Avec : Scarlett Johansson, Channing Tatum, Nick Dillenburg, Jim Rash, Anna Garcia, Noah Robbins, Colin Wodell…
Production : Keenan Flynn, Scarlett Johansson, Jonathan Lia, Sarah Schechter, David Batchelor Wilson
Photographie : Dariusz Wolski
Musique : Daniel Pemberton
Distributeur : Sony Pictures France
Durée : 2h11
Genre : Comédie / Romance
Sortie : 10 juillet 2024

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Sous la Seine : navet en eaux troubles

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1

En attendant les Jeux olympiques de Paris 2024, Sous la Seine, disponible sur Netflix, nous plonge dans les tréfonds du fleuve parisien, abritant dans ses méandres un gigantesque requin tueur. Malgré ce pitch totalement abracadabrant, le film aurait pu composer un divertissement un peu plus convaincant. Il s’enlise toutefois dans un scénario absurde, n’offrant que de rares séquences d’action dénuées de tension. Un mauvais nanar qui nous mène en bateau.

Depuis Les Dents de la mer de Steven Spielberg, on ne compte plus les blockbusters estivaux mettant en scène des squales monstrueux et terrifiants.  Peur bleur, Open Water, Instinct de survie ou plus récemment, En eaux troubles, ont ainsi rendu très périlleuses les baignades maritimes. Avec Sous la Seine, la menace du requin s’invite pour la toute première fois dans le fleuve parisien. Un pitch extravagant qui tombe à point nommé, quelques semaines à peine avant le lancement des Jeux olympiques, durant lesquels des épreuves en nage libre devraient se dérouler dans la Seine. 

Mis en scène par Xavier Gens, réalisateur de Hitman et Farang, Sous la Seine se noie malheureusement dans des décalitres de stupidité. Incohérences flagrantes, récit bâclé, dialogues poussifs, sans oublier son squale numérique plutôt ideux, le film ne procure pas l’ombre d’un frisson. En délaissant étonnement l’action au profit d’une romance mièvre et d’un message écolo appuyé et caricatural, il ne parvient, tout au mieux, qu’à nous faire sourire grâce à son absurdité permanente et à une Bérénice Béjo totalement naufragée. 

Soupe au squale

Sophia, une scientifique campée par Bérénice Béjo, a perdu tout son équipage lors d’une attaque de requins. Encore marquée par ce traumatisme, elle est informée par Mika, une écologiste activiste, de l’arrivée d’un immense requin dans les eaux de la Seine. Alors que la ville de Paris organise les championnats du monde de triathlon, les deux femmes s’allient avec Adil, le commandant de la police fluviale, pour empêcher un massacre. Une périlleuse chasse au requin commence.

Si la présence d’un squale dans les profondeurs de notre fleuve a déjà de quoi méduser, Sous la Seine se casse d’emblée les dents en soulignant les contradictions de sa propre histoire. Pourquoi un requin remonterait-il la Seine ? Comment pourrait-il s’adapter à l’eau douce ? Se nourrir ?  Et surtout, franchir les écluses ? Le mystère reste entier. Même en passant outre ces divagations, on peine à trouver en amont une vraie source de distraction. Après une séquence d’ouverture ratée, le film patine en effet dans un récit inutilement étiré et trop dialogué.

Ainsi, en attendant longuement la première attaque parisienne de requin, le film s’apesentit sur la relation entre Sophia et Adil, deux solitaires réunis par des drames personnels, puis sur un groupe d’écologistes activistes désireux de sauver le squale égaré. Doté d’un QG high tech en plein coeur de Paris et d’une armada de partisans, l’organisation des militants, digne d’un véritable réseau d’espionnage, prête un peu à sourire. Néanmoins, le message alarmiste est là. Vortex de déchets au coeur de l’océan, fleuve poubelle, dérèglement climatique, Sous la Seine s’inscrit pleinement dans la crise environnementale actuelle.

À l’image des Dents de la mer, Xaver Gens dénonce également l’inaction et l’incompétence du politique, qui préfère ignorer le danger pour maintenir à flot la réputation de la ville. En effet, la maire de Paris, interprétée par Anne Marivin, ne compte pas annuler le triathlon pour cette menace insensée.

Avec tous ces ingrédients hétérogènes, mixé dans une soupe numérique assez indigeste, le film ne procure malheureusement pas une once de tension, si bien que l’on s’ennuie ferme malgré quelques éléments inattendus. 

Requin sous roche

Malgré son synopsis classique, placé dans le contexte des Jeux olympiques, Sous la Seine prend une tournure plutôt inattendue. Film catastrophe, chargé d’un propos écologique et politique, plus que d’horreur, il ose une dernière séquence pour le moins surprenante. Aussi, son propos réel et la double signification de son titre demeurent partiellement immergés, comme le corps du squale, jusqu’au final qui ne ménage pas si mal ses effets. Sans doute la seule mico sensation du récit. L’écluse reste d’ailleurs ouverte pour une suite, même si le filon, circonstanciel et très fragile, semble déjà bien épuisé.

Parmi les thrillers mettant en scène des animaux tueurs, nous avons vu bien mieux avec les alligators de Crawl, les sauterelles de La Nuée ou plus récemment, les araignées de Vermines. Force est d’admettre qu’aujourd’hui, le requin peine à se renouveler dans les salles obscures ou sur les plateformes. Sous la Seine ne déroge pas à la règle. Il pourra cependant déclencher quelques rires sarcastiques face à ses monstrueuses élucubrations, avant que les athlètes du monde entier ne se jettent, ou pas, dans les eaux insondables du fleuve parisien. 

Sous la Seine – Bande-annonce

Sous la Seine – Fiche technique

Réalisation : Xavier Gens
Scénario : Xavier Gens, Yannick Dahan, Maud Heywang
Casting : Bérénice Béjo (Sophia), Nassim Lyes (Adil), Anais Parello (Jade), Inaki Lartigue (Juan)…
Musique : Alex Cortés, Anthony D’Amario, Edouard Rigaudière
Photographie : Nicolas Massart
Montage : Riwanon Le Beller
Sociétés de production : Netflix France
Genre : action, thriller
Durée : 1h44
France – Sortie le 5 juin 2024 (Netflix)

Saravah (1969) de Pierre Barouh : pas de « samba sans tristesse »…

En ces temps de rigidité et de raidissement communautariste, ressort un très salutaire documentaire de Pierre Barouh, Saravah (1969), qui chante la possibilité d’un métissage aussi heureux que réussi.

« S’il est une samba sans tristesse, c’est un vin qui ne donne pas l’ivresse »… Telles sont les paroles de la Samba Saravah, de Vinicius de Moraes et Baden Powell, qui ouvre le film, à la fois mythique et confidentiel, tourné à Rio de Janeiro par Pierre Barouh (19 février 1934, Levallois-Perret – 28 décembre 2016, Paris) dans l’hiver 1969 et bénéficiant aujourd’hui d’une nouvelle sortie après restauration. Creusant le sillon, mais ici sous forme documentaire, de la sombre et lumineuse réalisation de Marcel Camus, Orfeu Negro (1959), sortie dix ans plus tôt, l’écrivain-musicien-acteur-réalisateur et baroudeur, épisodique mari d’Anouk Aimée de 1966 à 1969, contourne rapidement la joie pailletée du Carnaval de Rio pour s’enfoncer dans le dédale autrement fascinant des racines africaines de la samba. Univers marqué par la mélancolie et la perte, comme l’illustrait déjà le chant phare d’Orfeu Negro, l’envoûtant  A felicidade de Tom Jobim et du même Vinicius de Moraes : « Tristeza não tem fim / Felicidade sim ».

Tourné en quelques jours, grâce à l’équipe technique (Yann Le Masson à l’image, Jean-Claude Leaureux au son) qui se trouvait initialement sur place pour un film du réalisateur et ami de Pierre Barouh, Pierre Kast, Saravah (parole de salutation et de protection africaine qui correspondrait à la traduction du mot hébraïque « barouh ») offre une déambulation poétique et charmée d’un maître de la samba à l’autre, guidée et commentée par l’ami de toujours, le chanteur et guitariste virtuose Baden Powell (6 août 1937, Rio de Janeiro – 26 septembre 2000, Rio de Janeiro). On passe ainsi des anciens – le saxophoniste et compositeur Pixinguinha (23 avril 1897, Rio de Janeiro – 17 fevrier 1973, Rio de Janeiro), d’abord lors d’un libre entretien dans un café puis dans l’exercice de sa grande virtuosité instrumentale, le chanteur João da Baiana (17 mai 1887, Rio de Janeiro – 12 janvier 1974, Rio de Janeiro), déjà très âgé mais impeccable dans son costume colonial de lin blanc et les pieds animés par des rythmes africains immémoriaux, s’accompagnant imperturbablement d’un couteau frotté contre le rebord d’une assiette – aux plus jeunes et encore promis à un bel avenir : la fascinante Maria Bethânia (18 juin 1946, Bahia – ) et sa belle voix légèrement rocailleuse, son plaisir extrême, communicatif et partant en rire, dans la pratique du chant ; Paulinho da Viola (12 novembre 1942, Rio de Janeiro – ), au chant souple, serpentin, et fondateur de l’école de samba Portela. Les entretiens se mêlent au chant, l’un débouchant toujours sur l’autre et lui donnant étroitement la main, en une ronde inlassable et fascinante.

Tirant très habilement parti d’un problème technique rencontré lors du filmage et découvert seulement au retour en France, celui qui se présente comme « le Français le plus Brésilien de France » n’hésite pas, par instants, à décaler le son lors du montage, avec la complicité un peu perplexe de sa monteuse Suzanne Baron. Procédé qui accentue la fluidité du film, son caractère reptilien et aussi infiniment nostalgique, comme si ce documentaire était tissé d’images mentales infiniment amoureuses. La voix off de Pierre Barouh l’annonce clairement dès la séquence introductive : « J’aimerais vous parler de mon amour de la samba comme un amoureux qui, n’osant pas parler à celle qu’il aime, en parlerait à tous ceux qu’il rencontre ».

Au-delà de l’hommage à un genre musical, ce court documentaire de Pierre Barouh est une ode magnifique à tout un pays, le Brésil, et à l’extraordinaire métissage qu’il avait réussi à l’aube des années soixante-dix, bien que sous le joug d’une dictature militaire.

Bande-annonce : Saravah 

Réalisateur : Pierre Barouh
Avec Pierre Barouh, Maria Bethânia, Baden Powell
10 juillet 2024 en salle | 1h 00min | Documentaire
Distributeur Arizona : Distribution