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Luke Cage, une série de Cheo Hodari Coker : Critique saison 1

https://www.youtube.com/watch?v=UrVGKVExsJU

Luke Cage, série de gangsters

Dans sa lutte pour la justice et la vérité, le héros éponyme devra faire face à des gangsters, dont l’un des « big boss » de Harlem, et roi des nuits de la communauté puisque gérant du Harlem Paradise, Cornell Stokes, surnommé Cottonmouth. Brillamment interprété par le formidable Mahershala Ali, impeccable aussi dans House of Cards dans le rôle de Rémi Denton entre autres. Si le Caïd Wilson Fisk de Daredevil était un être sensible, Cottonmouth est un dur, lucide, intelligent, avec son propre code de l’honneur, sa morale douteuse, qui échouera parfois à cause de son égo. Il est aussi un adorateur de la musique noire, soit la soul, funky et jazz music. Cottonmouth est aussi un être en proie à son passé, qui a accepté de prendre le chemin de gangster par obéissance familiale aux femmes de sa famille, sa grand-mère Mama Mabel et sa cousine Mariah Dillard. Alors que son oncle Pete voyait en lui l’artiste musical en puissance, Cornell élimina brutalement cette possible grande voie musicale, faisant de lui un big boss de Harlem et le condamnant à être un artiste musicien mélancolique et méconnu. Derrière Cottonmouth, veillant au grain pour le compte de Diamondback, se trouve Shades. Ancien détenu de Seagate qui a connu Luke alors qu’il s’appelait Carl Lucas, il est le bras droit de Diamondback, venu d’abord veiller sur un arrangement de vente d’armes entre Diamondback, Stokes et d’autres parties, puis veillant aux intérêts de son patron en guidant et aidant Cottonmouth. Il est interprété de manière classieuse et subtile par Theo Rossi aussi aperçu dans Sons of Anarchy. Puis nous avons Diamondback, joué par Erik LaRay Harvey dont la prestation manque d’un petit quelque chose. Certes le personnage est tout à fait différent des deux autres cités précédemment, il est très intéressant, relativement complexe (c’est un adulte qui vient prendre sa revanche contre un traumatisme d’enfance) mais Diamondback étant censé être LE bad guy de la série, on attendait beaucoup plus de charisme, de sentiment de puissance, de force, de ce personnage. En plus de cela, son dévoilement est gâché par son entrée en scène trop brusque ; son lien de fraternité avec Cage est introduit comme celui de Bond avec Blofeld dans Spectre, soit comme un éléphant dans une boutique de cristal ; et enfin, on ne saurait dire si c’est une erreur liée à l’acteur ou au personnage, mais il y a un terrible manque de charisme, d’aura chez ce méchant, qui peine à en imposer après le décès de Cottonmouth et face à Shades. Peut-être est-ce tout simplement que son but – celui de vaincre son demi-frère Luke – est trop personnel pour que l’on puisse croire à la réussite de ses discours d’établissement d’empire…

Enfin, comme dans tous les récits de gangsters, il y a luke-cage-les-femmes-de-la-seriedes femmes. Il y a une femme fatale et/ou victime, et, comme dans tout récit issu ou descendant de la blaxploitation, il y a une femme sexy, puissante, et active. Les deux personnages féminins sont des premiers rôles forts. D’un côté, Mariah Dillard –justement interprétée par Alfre Woodard (à gauche, sur l’image ci à droite)évoquée plus haut, cousine du truand Cottonmouth, politicienne usant de l’argent sale de son cousin pour mettre en place ses plans pour construire son bel avenir pour Harlem et la régir, la conseillère municipale de New-York est ainsi corrompue, même si elle tendra toujours à se justifier, à garder une bonne conscience. Cornell a toujours vu ce qu’elle était, quelqu’un de bien plus obscur, plus sombre, qui a su se cacher en mettant en place une nouvelle identité, et comme elle dira si bien après avoir assassiné son cousin qui aura réveillé la véritable Mariah : Cornell aura vu juste à son propos, elle est devenue ce qu’elle a toujours évité d’être, une femme plus vicieuse et dangereuse qu’on le croirait.

D’un autre, Misty Knight – formidablement interprétée par Simone Missick (au milieu sur l’image) – est une policière qui lutte contre Cottonmouth. Elle aura une relation physique avec Luke Cage, et une relation toute en tensions entre soupçons et reconnaissance se mettra en place. Courageuse, combattante, désirée et désirant, Misty est une femme de la blaxploitation. L’actrice expliqua notamment dans certaines interviews :

« Visuellement, j’avais en tête Pam Grier et tous les personnages qu’elle a joués. (…) J’ai imaginé Misty grandir en regardant Pam Grier. Les scripts et les histoires sont tellement ancrées dans notre époque que ce sont des hommages »

Rappelons que Pam Grier – avant d’être Kit Porter dans The L Word – fut l’icône féminine du genre de la Blaxploitation. Tarantino rendit un hommage et poursuivit en même temps sa carrière dans ce genre en lui donnant le premier rôle de Jacky Brown, sorti en 1997.

Enfin, ne l’oublions pas, il y a Claire Temple – de plus en plus justement portée à l’écran par Rosario Dawson (à droite) qui avait un tantinet tendance à surinterpréter –, l’infirmière des super-héros. Déjà présente dans Daredevil & Jessica Jones, elle commence donc à être rodée en matière de surhumains. Passionnée, combattante, douée, aussi désirable que désirant – même si cette facette est beaucoup moins mise en avant que pour Misty –, Claire devient progressivement le « love interest » de Luke, et ne manque pas d’humour.

Luke Cage, héros de Harlem / Luke Cage, série sur Harlem

Dans tout récit de gangster, un espace ou des espaces sont disputés. Dans le genre de la blaxploitation, deux lieux est particulièrement mis en avant : Harlem et le Bronx. Si Daredevil et Jessica Jones oeuvrent dans Hell’s Kitchen et plus largement dans la ville de New York, Luke Cage est le héros d’un arrondissement de la grande pomme, Harlem. Quartier nord de l’arrondissement de Manhattan, Harlem fut dès le XXe siècle le foyer de la culture afro-américaine et l’un des principaux centres de la lutte pour l’égalité des droits civiques. Aujourd’hui l’Amérique connaît toujours des problèmes raciaux. Des individus de couleur sont abattus par des policiers blancs sans raison valable (soit la légitime défense). Des manifestations contre les violences policières ont été organisées. On pouvait d’ailleurs y croiser un certain Quentin Tarantino. Dans la continuité de la blaxploitation, Luke Cage parle de la communauté afro-américaine de Harlem. Elle en parle même beaucoup plus directement que bien des divertissements du genre. La série filme les arrestations policières arbitraires, la peur et le ras-le-bol d’une communauté face à ces traitements, parfois presque comme un reportage, à la manière de The Wire. L’œuvre télévisuelle expose ses bâtiments, sa géographie, et cela dès son générique (voir vidéo ci-dessous) où de nombreuses images du quartier viennent se projeter sur la peau increvable de Luke, qui est alors présenté dès les premières images du show comme la nouvelle icône de Harlem, son nouveau visage, et surtout, son nouveau corps populaire à la fois individuel (Luke a sa vie, son identité) et collectif (il sert et aide les autres, il incarne le nouvel espoir de son quartier).

Les séries Netflix ont apporté de nombreux grands souffles au Marvel Cinematic Universe en nous exposant les rues New Yorkaises post-batailles des Avengers – héros qui ont combattu sans toujours faire attention aux victimes (cf. films des Avengers et Captain America : Civil War) –, ravagées, jonchées du sang de victimes collatérales et surtout de victimes du quotidien, oubliées, laissées pour compte par ces supers êtres qui combattent dans le monde entier et bientôt l’univers. Les shows Netflix nous ont alors présenté les héros de la rue, des quartiers, des lieux d’en bas des grandes tours et du ciel où combattent des êtres « divins », ceux qui combattent la misère, les injustices du quotidien, la corruption du pouvoir, la folie des hommes, et qui ont parfois leur lot d’ennemis fantasques, même si ce ne sont pas des aliens venus d’une autre dimension ou une organisation fasciste existant depuis des dizaines d’années. Luke Cage, plus que Daredevil et Jessica Jones, nous expose la réalité sociale de l’espace dans lequel il connaît sa renaissance en tant qu’individu et sa progression (en effet Carl a grandi à Savannah en Géorgie). La nouvelle renaissance du quartier désirée par Mariah Dillard n’est pas celle qu’elle croit mettre en place, corrompue, et planquée sous de jolis visages et discours. Non, elle est populaire, elle est imparfaite car humaine, elle a un visage parfois dur, parfois tendre et rieur, drôle et émouvant, et elle se nomme Luke Cage.

Un passage de la série expose à quel point Cage est lié à Harlem. Vers la moitié du douzième épisode, Method Man, du Wu-Tang Clan (un groupe composé d’afro-américains qui ont beaucoup traité l’état de leur communauté dans leurs musiques telles que celles de l’album A Better Tomorrow, et dont le son est utilisé à plusieurs reprises dans le show) fait un rap à la radio pour remercier et aider (d’une jolie manière) Luke Cage qui l’a sauvé lui et le vendeur d’une boutique lors d’un braquage. En voici un passage :

«…  On comprend pas un négro

Si on a vécu dans sa peau

Des cafards dans le berceau

Rien à bouffer dans le frigo

La criminalité prolifère

Les gamins sont en galère

(…)

Il déchire, le nouveau challenger

Tire, il pare les balles

Ton calibre, il est normal ?

Voyous dans le magasin

Qui te braquent de leur engin

(…)

La loi n’est plus respectée

Et pas d’Iron Man

Pour tous nous sauver, man

Le peuple au pouvoir

Luke Cage, c’est le grand soir

(…)

Seigneur, à qui se vouer

Mec, un héros, on n’en a jamais eu

Eliminés Malcolm et Martin

Celui-ci est le dernier cru

Je m’excuse mais il y en a qui abusent

V’là un héros qui réagit

Et c’est un renoi, l’ami »

Method Man, membre du Wu-Tang Clan

Si dans la fiction Cage est un nouveau corps porteur d’espoir pour Harlem, il faut espérer qu’il soit aussi une icône fictionnelle importante pour ce quartier, et donc que ses aventures télévisuelles – comme les comics en leur temps – sauront inspirer les individus, sinon, au moins rendre compte comme il se doit de la réalité de la communauté afro-américaine à New York.

Enfin même si le show a des faiblesses d’écriture et parfois d’interprétation comme il a été exposé plus haut, la richesse formidable, l’intelligence, la fraicheur, la palette d’émotions qui en ressort et le bien fondé de celui-ci, que ce texte espère avoir réussi à plus ou moins bien à vous montrer, se doivent d’être expérimentés. Alors, ouvrez Netflix, et foncez à Harlem, là où une communauté et un héros nommé Luke Cage vous attendent pour une nouvelle aventure humaine.

Marvel’s Luke Cage : Bande-annonce

Synopsis : Transformé en colosse surpuissant à la peau impénétrable après avoir été le cobaye d’une expérience sabotée, Luke Cage s’enfuit et tente de recommencer à zéro dans le Harlem d’aujourd’hui, à New York. Bientôt tiré de l’ombre, il va devoir se battre pour le cœur de sa ville dans un combat qui l’oblige à affronter un passé qu’il espérait avoir enterré.

Marvel’s Luke Cage : Fiche Technique

Créateur/Showrunner : Cheo Hodari Coker, d’après les comics marvel Luke Cage Hero For Hire créés et écrits par Archie Goodwin, John Romita Sr., George Tuska et Roy Thomas
Interprétation : Mike Colter (Carl Lucas/Luke Cage), Mahershala Ali (Cornell Stokes/Cottonmouth), Simone Missick (Misty Knight), Theo Rossi (Shades), Alfre Woodard (Mariah Dillard), Eric LaRay Harvey (Willis Stryker/Diamondback), Ron Cephas Jones (Bobby Fish), Rosario Dawson (Claire Temple), Frank Whaley (Detective Raphael Scarfe)…
Photographie : Manuel Billeter
Montage : Jonathan Chibnall (5 épisodes), Tirsa Hackshaw (4 épisodes), Miklos Wright (4 épisodes)
Direction artistique : Toni Barton (11 épisodes), Malchus Janocko (2 épisodes)
Musique (originale) : Ali Shaheed Muhammad, Adrian Younge
Décors : Alison Froling
Costumes : Stephanie Maslansky
Production : Marvel Television, Netflix, ABC Studios
Diffuseur : Netflix
Genre : Drame, polar, action, aventure
Format : 13 épisodes d’une durée allant de 46 minutes à 1 heure et 5 minutes
Date de première diffusion : vendredi 30 septembre 2016

États-Unis – 2016

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